Communisme

De Wikirouge
(Redirigé depuis Communiste)
Aller à la navigation Aller à la recherche
La faucille et le marteau, symboles communistes

Le terme communisme désigne à la fois un courant politique et la forme de société que ce courant vise à établir.

Les mots « communisme » et « socialisme » signifient étymologiquement la même chose, « socius » signifiant en latin « commun ». Ces sont les utilisations de ces termes par des courants menant des politiques différentes, en particulier à partir du 20e siècle, qu'ils en sont venus à avoir des connotations si différentes.

Le communisme du début du 20e siècle a été profondément marqué par les apports de Karl Marx (marxisme), et la tentative de révolution communiste en Russie en 1917 a soulevé d'immenses espoirs, conduisant à la création d'une Internationale communiste regroupant des millions dans le monde entier. Mais ce mouvement communiste a profondément dégénéré en une bureaucratie stalinienne dans les années 1920. Les nombreux « États communistes » qui ont vu le jour dans les décennies suivantes n'avaient plus rien de communiste, et ont souvent été de sordides totalitarismes.

Beaucoup de marxistes distinguent deux phases après une révolution socialiste :

  • la phase socialiste, dans laquelle la société est encore marquée par l'héritage des classes et la mentalité associée, qui nécessite une répartition des biens en fonction du travail, et un État,
  • la phase communiste, dans laquelle la plupart des biens sont abondants et distribués gratuitement, et l'État disparaît en tant qu'organe de contrainte.

1 Caractéristiques de la société communiste[modifier | modifier le wikicode]

Le système capitaliste engendre, de façon structurelle, crises, guerres, désastres écologiques, etc. Il contient en lui les germes de sa propre destruction. Mais si l'on peut être à peu près sûr que le capitalisme finira par disparaître, on ne peut pas savoir ce qui lui succèdera. Les ravages causés par le capitalisme peuvent très bien, par exemple, mener l'humanité à son extinction. Mais l'humanité peut aussi bâtir, en renversant ce système, une société communiste, sans classe et sans exploitation. L'histoire a déjà connu des sociétés sans classe : c'est ce qu'on appelle le communisme primitif, qui précède la Révolution néolithique. En fait, les sociétés de cette époque étaient contraintes d'adopter un fonctionnement "communiste", dans la mesure où l'on ne produisait pas assez pour que certains s'accaparent la richesse produite produite par d'autres. Mais il s'agit de sociétés miséreuses, où l'individu est perpétuellement soumis aux aléas de la nature, de la maladie, etc. Ce n'est évidemment pas une telle société que désirent les communistes modernes. Au contraire, le communisme au sens marxiste du terme suppose, pour être réalisé, un développement minimal des forces productives, que le capitalisme rend possible.

On ne peut pas savoir dans le détail à quoi ressemblera une telle société : ce sont les hommes et les femmes de demain qui l'inventeront. Mais on peut tout de même dégager quelques caractéristiques qui seraient celles d'une société libre, égalitaire et émancipée, telle que les communistes veulent l'établir.

1.1 Propriété collective des moyens de production et d'échange[modifier | modifier le wikicode]

Sous le capitalisme, les moyens de production et d'échange sont accaparés par une classe d'exploiteurs. La majorité des individus ne possède rien, sinon leur force de travail, qu'ils sont obligés de vendre aux exploiteurs capitalistes pour survivre. La propriété privée des moyens de production est donc indissociable de l'existence, dans la société, de classes antagonistes en lutte perpétuelle.

Dans une société communiste, les moyens de production sont socialisés. C'est donc la société tout entière, c'est-à-dire l'ensemble des individus qui la composent, qui possèderait les moyens de production et d'échange : usines, fermes, supermarchés, avions, trains, etc. Cela signifie concrètement que dans chaque entreprise, les patrons seraient remplacés par des assemblées générales des travailleur·ses pour décider de l'organisation du travail, ces différentes assemblées se coordonnant entre elles, en envoyant des délégué·es, pour décider démocratiquement des grands choix.

1.2 Organisation rationnelle de la production et de la distribution[modifier | modifier le wikicode]

Sous le capitalisme, c'est le profit individuel et à court terme qui est le moteur de l'économie. Chaque capitaliste doit faire plus de profits que son concurrent. Cette situation engendre crises, guerres, destructions, désastres écologiques, etc. Au contraire, une société communiste doit organiser de façon rationnelle la production et la distribution des biens et des services. Le fait de produire telle ou telle quantité de telle marchandise, par exemple, ne dépendrait pas de l'intérêt marchand immédiat des capitalistes, mais des besoins sociaux.

Planification.png

Pas de concurrence dans la société communiste, les différentes usines, fermes, etc., ne seraient que « les différentes sections d'un grand atelier populaire embrassant toute l'économie générale »[1]. La société dans son ensemble doit donc faire ce qu'aujourd'hui les conseils d'administration des entreprises font à l'échelle de leurs entreprises : organiser par avance la production et la distribution, au moins dans les grandes lignes. Ainsi, on peut assurer la complémentarité des entreprises plutôt que la concurrence. C'est ce qu'on appelle la planification.

Il existe des débats, parmi les marxistes révolutionnaires, à propos du rôle plus ou moins grand que les mécanismes de marché joueront ou non dans la société communiste. Mais personne parmi eux ne conteste la nécessité d'une planification plus ou moins précise.

1.3 Démocratie[modifier | modifier le wikicode]

Cette planification n'aurait rien à voir avec la planification bureaucratique stalinienne. Elle serait, au contraire, démocratique : puisque c'est la société tout entière qui est maîtresse des moyens de production et d'échange, c'est aux individus qui la composent de prendre toutes les décisions économiques et politiques.

Contrairement à ce que l'on croit parfois sous l'influence des discours réactionnaires, le communisme ne constitue pas, par rapport à la démocratie bourgeoise, une restriction de la démocratie, mais au contraire son extension. Le communisme verrait fleurir des organes de démocratie directe (conseils d'usine, de quartier...), élirait des organes sur la base de mandats tournants et révocables... La démocratie ne se limiterait pas à élire tous les quatre ou cinq ans une bande de politiciens bourgeois pour gouverner le pays, mais inclurait la gestion par les travailleur·ses eux·elles-mêmes de leur outil de travail (leur entreprise par exemple) et le contrôle permanent sur leurs élus. Les décisions seraient prises à l'issue de discussions libres et contradictoires.

1.4 Fin des oppressions[modifier | modifier le wikicode]

La fin de l'exploitation saperait les bases matérielles de nombreuses autres oppressions. Par exemple le racisme généralisé provient fondamentalement de l'inégalité entre pays imposée par l'impérialisme, et, particulièrement en temps de crise, des tentatives des politiciens bourgeois de monter les travailleur·ses contre des boucs émissaires.

Les communistes ont cependant de nombreux débats sur la question de l'articulation des différentes oppressions (sexisme, homophobie...) avec le capitalisme, et reconnaissent généralement l'utilité, voire la nécessité, de luttes spécifiques (féminisme, antiracisme...).

1.5 Les deux phases du communisme[modifier | modifier le wikicode]

Marx évoquait déjà une distinction entre une « première phase de la société communiste », qui commence avec la révolution prolétarienne, et qui évolue progressivement jusqu'à une « phase supérieure de la société communiste ».[2] Lénine a formalisé et développé cette distinction, en parlant de phase socialiste et de phase communiste.

1.5.1 Phase socialiste[modifier | modifier le wikicode]

La première phase résulte de la prise du pouvoir par les travailleurs, qui instaurent leur contrôle sur les grands moyens de production, et créent un nouvel État (que Marx appelait la dictature du prolétariat) pour s'assurer que les capitalistes soient vaincus à l'échelle internationale. Il y a donc plusieurs grandes ruptures qui introduisent un saut qualitatif :

  • rupture économique : collectivisation des grands moyens de production et introduction de la planification pour répondre aux besoins démocratiquement définis dans le cadre des nécessités écologiques ;
  • rupture politique : remplacement des institutions bourgeoises par des organes de démocratie ouvrière ;
  • rupture idéologie : la révolution prolétarienne ne pouvant être que consciente, elle ne peut que coïncider avec une victoire idéologique sur les pensées justifiant la domination capitaliste.

La première phase comporterait nécessairement certaines continuités avec le capitalisme, qui ne pourraient être transformées d'un seul coup :

  • continuité économique : un certain nombre de moyens de production (petite bourgeoisie) ne seraient pas collectivisés, ce qui implique que la planification ne serait pas totale, et que le marché existerait encore ;
  • continuité politique : tant que perdurera la lutte de classe internationale, il continue d'exister un État, dont le contrôle par les travailleurs reste un enjeu majeur ;
  • continuité idéologique : la victoire de forces communistes révolutionnaires ne signifie pas que l'ensemble des préjugés et des réflexes individualistes auraient disparu.

« Ce à quoi nous avons affaire ici, c'est à une société communiste non pas telle qu'elle s'est développée sur les bases qui lui sont propres, mais au contraire, telle qu'elle vient de sortir de la société capitaliste ; une société par conséquent, qui, sous tous les rapports, économique, moral, intellectuel, porte encore les stigmates de l'ancienne société des flancs de laquelle elle est issue. »[2]

Concrètement, par exemple, la société ne peut pas encore donner à chaque individu ce qu'il veut sans demander un travail équivalent en échange. Il s'agit donc dans un premier temps d'une généralisation du modèle "à chacun selon son travail". À plus forte raison, il est impossible d'abolir l'argent par décret...

« Le droit égal est donc toujours ici dans son principe... le droit bourgeois, bien que principe et pratique ne s'y prennent plus aux cheveux, tandis qu'aujourd'hui l'échange d'équivalents n'existe pour les marchandises qu'en moyenne et non dans le cas individuel. »[2]

Toutefois, comme Marx le soulignait, ce droit égal comporte une certaine injustice, puisque les individus ont des capacités (notamment physiques) différentes, des charges différentes (enfants...). Pour les prendre en compte, c'est au contraire des modulations du "droit égal" qu'il faut introduire (ex : allocations pour handicap, pour enfants...).

« Mais ces défauts sont inévitables dans la première phase de la société communiste, telle qu'elle vient de sortir de la société capitaliste, après un long et douloureux enfantement. Le droit ne peut jamais être plus élevé que l'état économique de la société et que le degré de civilisation qui y correspond.  »[2]

En revanche on retrouve l'idée d'une nécessaire période de transition chez divers courants socialistes révolutionnaires, comme chez Emile Pouget, un des fondateurs du syndicalisme révolutionnaire, qui écrivait dans un écrit d'anticipation :

« Le vieil homme ne put, d’emblée, faire litière de ses préjugés et des vestiges du passé persistèrent. Tandis que certains produits de première nécessité étaient mis, sans restriction, à la disposition de tous, d’autres continuèrent à s’échanger suivant le mode ancien. La notion de valeur persista et la monnaie conserva en partie sa fonction transactionnelle, avec cette restriction qu’elle fut limitée aux échanges. L’or avait perdu sa puissance de « capital » et ses détenteurs n’avaient plus possibilité de le faire fructifier.  » [3]

1.5.2 Phase communiste[modifier | modifier le wikicode]

Les nouveaux rapports socialistes de production et d'échange, associés à une hausse des forces productives pour répondre aux besoins, sont la base qui permet ensuite l'évolution vers des rapports de production et d'échange communistes.

« Dans une phase supérieure de la société communiste, quand auront disparu l'asservissante subordination des individus à la division du travail et, avec elle, l'opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel; quand le travail ne sera pas seulement un moyen de vivre, mais deviendra lui-même le premier besoin vital; quand, avec le développement multiple des individus, les forces productives se seront accrues elles aussi et que toutes les sources de la richesse collective jailliront avec abondance, alors seulement l'horizon borné du droit bourgeois pourra être définitivement dépassé et la société pourra écrire sur ses drapeaux "De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins !" »[2]

Dans cette société devenue une société d'abondance, l'argent n'aurait plus de nécessité d'exister, les biens de consommation pouvant être distribués en libre service. La société communiste est organisée selon l'adage « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ».

La seule restriction qui pourrait être envisagée, en raison des limites naturelles, serait un système de quotas pour certains biens (limitation des vols en avion, de la consommation de poissons menacés de surpêche...).

Le communisme ayant triomphé sur l'ensemble de la planète, l'État au sens d'appareil de domination d'une classe, s'éteindrait (extinction de l'État). Il demeurerait bien sûr un grand nombre de choix politiques à faire (dans la production, dans les domaines et les applications de la recherche scientifique, l'aménagement du territoire...), mais ceux-ci seraient faits par la société, au sein d'organes démocratiques non séparés d'elle.

Dans une société où les besoins humains sont satisfaits pour tout le monde, l'attachement à la propriété privée aurait toutes les raisons de se réduire à quasiment rien. Beaucoup d'utopistes et de « proto-communistes » avant les marxistes avaient mis en avant que le communisme serait viable si les racines des conflits d'intérêts étaient supprimées (le moyen de les supprimer faisant bien sûr débat).

Les intérêts divergents entre nations n'existant plus, les frontières s'éteindraient elles aussi, probablement réduites à des indications culturelles et touristiques.

2 Le communisme, un courant politique[modifier | modifier le wikicode]

2.1 Origines[modifier | modifier le wikicode]

En tant que courant politique, le communisme peut être vu comme un courant qui a la même origine que le socialisme.

Dans les sociétés de classe du passé, au cours des révoltes qui ponctuaient l'histoire, il arrivait que certains imaginent des sociétés plus égalitaires, voire complètement égalitaires. Cela prenait alors toujours des formes idéalistes : mythes de retour à un âge d'or ancestral, millénarismes religieux, rêves de philosophes... Pour la simple raison qu'il n'existait pas vraiment de bases matérielles permettant de concrétiser une société sans classe. Il arrivait que suite à de grandes révoltes (ou colonisation), de grands partages des terres aient lieu, mais l'inégalité tendait toujours à réapparaître.

A l'époque moderne eu Europe, les écrits d'utopie se sont multipliés, dont beaucoup ont des aspects socialisants. Comme le modèle antique de La République de Platon, ces écrits ont la caractéristique de décrire avec beaucoup de minutie l'organisation idéale selon leur auteur, ce qui reflète leur aspect profondément subjectif. Mais au travers de ces écrits restait vivante l'idée que la société pourrait être bien meilleure, que si les hommes et femmes n'avaient pas à se battre pour survivre, ils·elles seraient bien plus heureux et vertueux. Le siècle des Lumières a développé les réflexions sur la différence entre l'homme à l'état de nature et dans la civilisation, donc sur la nature humaine et l'impact de l'organisation sociale. Agir sur le levier politique pour transformer radicalement la société devenait concevable.

A l'époque même d'une grande révolution bourgeoise comme la Révolution de 1789, certains commencent à se battre contre la bourgeoisie elle-même, anticipant le socialisme. Un des précurseurs du communisme est Gracchus Babeuf, qui envisage concrètement la mise en commun du travail et des produits du travail.

2.2 19e siècle[modifier | modifier le wikicode]

Brochure de Cabet en 1840

Dans les années 1830, certains socialistes utopiques se désignent comme "communistes". C'est le cas d'Etienne Cabet[4], ou l'Allemand Weitling. Cela aurait marqué l'oweniste Barmby qui aurait été le premier à employer le terme en anglais en 1841. Certains affirment que le mot communisme serait apparu avant le mot socialisme.[5]

Les écrits de Babeuf sont redécouverts dans les années 1830, et inspirent tout un courant communiste « néo-babouviste » autour de Théodore Dézamy, Albert Laponneraye, Richard Lahautière, Jean-Jacques Pillot. Contrairement à des gens comme Fourier, ils s'intéressent à nouveau à la révolution française, soit directement (Laponneraye admire Robespierre), soit en voulant la dépasser (pour Lahautière, de même que Babeuf a dépassé Robespierre, Babeuf doit être dépassé). Ils sont partisans d'une révolution.

« Citoyens, le but vers lequel nous tendons est l’égalité réelle réalisée au moyen de la communauté des biens. Une dictature populaire forte, dévouée, nous paraît indispensable pour façonner nos mœurs, détruire les obstacles, enfin d’aplanir les voies qui doivent nous conduire à l’application de ce principe. » Profession de foi des travailleurs égalitaires, 1840

Le terme de « communisme » est alors peu différencié du terme « socialisme » qui naît au même moment, même s'il a déjà une connotation plus radicale. Il est défini par Sainte-Beuve en 1840 comme un « socialisme préconisant la suppression de la propriété privée ».[6] Plus fortement que d’autres, les communistes insistent sur la réalité de la lutte des classes. Ils ne comptent pas sur la bonne volonté des classes dominantes pour parvenir à un autre type de société. Persuadés qu'ils faut changer la société pour changer les individus, ils accordent une importance décisive aux conditions matérielles de la vie. C’est ainsi que l’un d’entre eux, Théodore Dézamy, critique ceux qui ont cru « que pour façonner l’homme à leur gré il leur suffisait de le vouloir d’une manière opiniâtre et énergique ». Il critiquera aussi le « communisme pacifique » de Cabet, qui prétendait unir les capitalistes et les prolétaires.

Au début des années 1840, des "banquets communistes" (très ouvriers) se tiennent à Paris. En 1842, le jeune Marx désigne le communisme comme un mouvement déjà visible en Allemagne, en France et en Grande-Bretagne.[7] Heine qui vit à Paris depuis 1831 écrit le 15 juin 1843 : « les communistes sont le seul parti en France qui mérite l’attention. » En 1846, sous l'influence de Marx et d'Engels, la Ligue des Justes devient la Ligue des communistes.

Première publication en anglais du Manifeste communiste (1850) dans le Red Republican

Engels dira que « le socialisme signifiait en 1847 un mouvement bourgeois, le communisme un mouvement ouvrier »[8]. L’opposition est un peu trop tranchée, car les courants socialistes touchent aussi un certain nombre d'ouvriers. L'Atelier, premier journal écrit par des ouvriers, défend le socialisme chrétien de Buchez.

Même si le terme existait avant Marx et Engels, ce sont ces deux penseurs qui fixent le mot communisme dans son usage actuel. Dans le Manifeste du parti communiste, le mot communiste sert à désigner une certaine partie des socialistes, à l'exclusion des socialistes féodaux, des socialistes petits-bourgeois, des socialistes "vrais" et des socialistes bourgeois. L'étiquette communiste s'applique aux courants qui surgissent à l'époque de l'antagonisme entre bourgeoisie et prolétariat, qui proclament les revendications de ce dernier, et qui reconnaissent l'existence d'un antagonisme de classe. Des penseurs comme Babeuf, Saint-Simon, Owen, Fourier sont désignés par Marx et Engels comme "communistes", même s'il s'agit de communistes "utopiques".

Au cours du 19e siècle, beaucoup de tentatives de réalisations de micro-sociétés communistes vont avoir lieu. En particulier aux Etats-Unis (où il était facile de prendre possessions de terres), de nombreuses expériences de communautés agricoles égalitaristes ont lieu, suivant les préceptes de différents théoriciens (Fourier, Owen, Cabet, Weitling...). Mais ces établissements ne concentrent que des militants déjà acquis aux principes communistes, et ne peuvent survivre bien longtemps dans un environnement hostile.

Marx et Engels eux-mêmes se désignent aussi comme communistes, et faisaient la différence avec les termes « socialistes » ou « social-démocrate ». Mais ils estimaient que la construction d'organisations de masse regroupant le mouvement ouvrier (Première internationale, Parti social-démocrate allemand...) était plus importante que la pureté idéologique, parce qu'ils avaient une grande confiance dans le fait que la lutte de classe favoriserait la clarification.

2.3 20e siècle[modifier | modifier le wikicode]

ViveLaTroisièmeInternationale.jpg

Au 20e siècle, le mot communisme est à nouveau utilisé par les fondateurs de la Troisième Internationale pour introduire une distinction entre les socialistes et sociaux-démocrates fidèles à la Deuxième Internationale, et ceux qui se regroupent au sein de la IIIe Internationale pour la défense et l'extension de la révolution russe. Le fait d'inclure le mot communiste dans le nom du parti fait même partie des vingt et une conditions édictées par Lénine pour l'adhésion à la IIIe Internationale.

Aujourd'hui, plusieurs courants se revendiquent du communisme :

Tous ces courants se revendiquent, au moins formellement, de l'anticapitalisme, et affirment vouloir établir une société sans classe et sans exploitation. Naturellement, ils le font avec plus ou moins d'inconséquence et plus ou moins de bonne ou de mauvaise foi.

3 Utopies et mouvement réel[modifier | modifier le wikicode]

3.1 Communisme utopique[modifier | modifier le wikicode]

De nombreuses utopies du passé ont imaginé des sociétés dans lesquelles les êtres humains vivraient dans une forme de communisme idéalisé. On parle de communisme utopique pour désigner ces visions dans lesquelles la propriété est radicalement abolie. Ces sociétés sont « communistes » sur plusieurs plans :

  • communauté du travail : le travail est réalisé ensemble. Souvent, il s'agit d'une idéalisation du travail paysan communautaire (communisme agraire), par opposition au travail sur la petite parcelle isolée (et au marchand, artisan...).
  • communauté des biens : les biens produits ne sont pas appropriés mais partagés entre tous·tes selon les besoins.

Certains ont tenté de réaliser de telles visions dans des communautés idéales, qui quasi systématiquement ont disparu très vite.

3.2 Mouvement réel[modifier | modifier le wikicode]

Le communisme ne désigne pas seulement une idéologie, mais une force réelle, qui a la capacité de transformer la société parce qu'elle s'appuie sur les contradictions actuelles du capitalisme. Marx et Engels insistaient beaucoup sur ce point :

« Le communisme n'est pour nous ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l'état actuel. Les conditions de ce mouvement résultent des prémisses actuellement existantes. »[9]

Le capitalisme n'apporte pas "naturellement" le communisme, mais il a créé la base sociale pour le renverser et des contradictions qui ne peuvent se résoudre qu'en un dépassement révolutionnaire :

« Les innombrables formes contradictoires de l'unité sociale ne sauraient être éliminées par de paisibles métamorphoses. Au reste, toutes nos tentatives de les faire éclater seraient du donquichottisme, si nous ne trouvions pas, enfouies dans les entrailles de la société telle qu'elle est, les conditions de production matérielles et les rapports de distribution de la société sans classes. »[10]

3.3 Communisme possible[modifier | modifier le wikicode]

Ainsi c'est en s'appuyant sur ce qui existe déjà et ce qui est raisonnablement prévisible que l'on peut envisager ce qui serait mis en commun, et non en projetant sur l'humanité un idéal subjectif :

  • La communauté du travail est déjà largement réalisée par le capitalisme, qui a remplacé les petits moyens de production isolés par des moyens industriels. Le communisme hériterait donc de cette mise en commun, et la débarrasserait de son caractère aliénant : alors qu'actuellement, le collectif de travail est soumis à un objectif (de profit) défini extérieurement à lui, en passant à l'auto-organisation, le travail récupèrerait du sens. La haute productivité de l'industrie moderne permet par ailleurs de passer moins de temps au travail, et de changer beaucoup plus facilement de travail. C'est une vision éloignée d'un communisme agraire noyant l'individualité dans un collectif faisant éternellement et cycliquement les mêmes travaux aux champs.
  • La communauté des biens n'a plus à être un objectif en soi. La production moderne permet de produire suffisamment pour que la plupart des biens de consommation courante soient abondants. Dans le cas des biens de «luxe », des biens rares, ou des biens coûteux à produire en termes d'impact écologique ou de temps de travail, la population pourra décider au cas par cas. Soit une interdiction (pas de yacht ou de jets privés...), soit un rationnement (trajets en avion, surpêche...), soit une mutualisation (voitures en autopartage...).

4 Critiques[modifier | modifier le wikicode]

Parmi les critiques les plus classiques et basiques de l'idée du communisme, on entend souvent que :

  • plus personne ne voudra faire les travaux pénibles si chacun reçoit à volonté les biens selon ses besoins ;
  • si la propriété privée est abolie tout le monde se battra pour s'accaparer une plus grande part de la production commune et cela dissoudra la communauté.

Engels mentionnait déjà ces critiques en 1845.[11]

5 Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

  1. Nikolaï Boukharine, L'ABC du communisme, 1923
  2. 2,0 2,1 2,2 2,3 et 2,4 Karl Marx, Gloses marginales au programme du Parti Ouvrier allemand, 1875
  3. Émile Pouget, Que nous réserve la révolution de demain ?, in Touche à tout, n°6 à n°8, juin-août 1909
  4. Étienne Cabet, Comment je suis communiste, 1840
  5. Emerson Kent, Communism
  6. Charles-Augustin Sainte-Beuve, Correspondance générale, 3, 332
  7. Karl Marx, Der Kommunismus und die Aubsgurger Allgemeine Zeitung, 16 octobre 1842
  8. Friedrich Engels, Préface de 1890 au Manifeste du Parti communiste
  9. L'idéologie allemande, Karl Marx, Friedrich Engels, 1845
  10. Karl Marx, Grundrisse, 1857
  11. Friedrich Engels, Description de colonies communistes surgies ces derniers temps et encore existantes, 1845