Forces productives

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Les forces productives sont un concept qui rassemble la force de travail et les moyens de production.

Ce sont les forces productives associées aux rapports de production qui forment le mode de production d'une société.

Généralités[modifier]

Les forces productives sont l'ensemble des facteurs de la production matérielle : la force de travail déployée par les travailleurs (plus ou moins formés), les instruments de production (outils, machines, connaissances techniques...), les modes d'organisation du travail, et les matières premières. C'est bien cet ensemble objectif qui constitue les forces productives, qui ne sont donc pas confondues avec la notion de progrès social.

La plupart des marxistes qui ont écrit sur le sujet (Boukharine, Lénine, Luxemburg, Trotski...) considèrent que les forces productives sous le capitalisme peuvent être assimilées à l’accumulation du capital (la croissance).

Dynamique des forces productives[modifier]

Les forces productives se développent dans le cadre de rapports de production donnés : la production étant sociale, elle est régie par des rapports définis entre les hommes (qui produit quoi, seul ou à plusieurs, librement ou sous contrainte...). Mais ce développement des forces productives n'est pas linéaire :

«À un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n'en est que l'expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s'étaient mues jusqu'alors. De formes de développement des forces productives qu'ils étaient ces rapports en deviennent des entraves. Alors s'ouvre une époque de révolution sociale.»[1]

Les forces productives peuvent à nouveau connaître une nouvelle ère de croissance après ce saut qualitatif[2], et généralement à une vitesse supérieure (la hausse de la productivité s'accélère).

Le niveau et la nature des forces productives est une composante essentielle de l'infrastructure (le mode de production) donc déterminant pour la superstructure sociale bâtie sur elle.

Perspective historique[modifier]

Sur le long terme, les forces productives tendent à se développer, mais de façon tout sauf linéaire.

On peut considérer que pendant le « communisme primitif » les forces sociales étaient réduites à presque rien : l'effort pour cueillir des fruits par exemple.

Dès l'apparition des premiers accroissements de productivité avec les premiers outils (révolution néolithique), les forces productives ont commencé à croître, et la division de la société humaine en classes s'en est suivi. Paradoxalement, lorsque les premières formes de noblesse se sont renforcées et ont réussi à fonder de lourds Etats bureaucratiques, elles ont aussi freiné le progrès des forces productives dans l'agriculture, alors source principale de richesse. A de nombreuses reprises, de vastes empires décadents se sont ainsi écroulés, tandis que des peuples moins avancés à leur périphérie apportaient une nouvelle période de chaos, mais aussi d'innovation.

Les forces productives ont par exemple connu un important recul à l’époque du déclin de l’Empire romain en Occident, ou à l’époque du déclin du Califat oriental au Moyen-Orient.

Les forces productives se sont développées en accentuant globalement la division du travail, puis sous le capitalisme en conduisant à une division internationale du travail.

Quelques grands jalons qui ont permis des bonds dans les forces productives :

  • Maîtrise du feu
  • Découverte de l'agriculture
  • Domestication et élevage d'animaux
  • Utilisation des animaux de trait
  • Métallurgie
  • Rotation des cultures (assolement triennal...)

Forces productives sous le capitalisme[modifier]

La Révolution industrielle du 19e siècle a produit un décollage sans précédent des forces productives. L'industrialisation des économies a provoqué une forte hausse de la productivité et de la production.

Dans le Manifeste, Marx et Engels voyaient dans le capitalisme un système en perpétuelle révolution technique (avec ses répercussions sociales), par opposition aux anciens modes de production :

« La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les rapports de production, c'est-à-dire l'ensemble des rapports sociaux. Le maintien sans changement de l'ancien mode de production était, au contraire, pour toutes les classes industrielles antérieures, la condition première de leur existence. Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l'époque bourgeoise de toutes les précédentes.  »[3]

C'est plus ou moins ce que développera plus tard l'économiste Joseph Schumpeter (et son concept de "destruction créatrice") :

« Alors qu'une économie féodale stationnaire serait toujours une économie féodale, et qu'une économie socialiste stationnaire serait toujours une économie socialiste, un capitalisme sans croissance est une contradiction dans les termes ».[4]

Marx remarque que par ses gains de productivité, le capital a tendance « d’une part à créer du temps disponible, mais d’autre part à le convertir en surtravail. »[5] Mais comme le capital conduit à des crises, « le travail nécessaire est dès lors interrompu, parce que le capital ne peut plus mettre en valeur le surtravail. » Paradoxalement, pour la même raison de fond, le capitalisme limite à la fois les forces productives et le temps libre disponible. C'est pourquoi il conclut que la gestion ouvrière de la production permettra une libération du temps libre en même temps que des forces productives :

« le temps de travail nécessaire aura d’une part sa mesure dans les besoins sociaux, et d’autre part le développement de la force productive sociale croîtra si rapidement que malgré le fait que la production est maintenant indexée sur la richesse de tous, le temps disponible pour tous croîtra également. »

« La véritable économie - épargne - consiste dans l’économie de temps de travail : minimiser les coûts de production et les réduire vers le minimum ; mais cette économie est identique au développement de la force productive. Il ne s’agit donc point de renoncer à la jouissance, mais de développer le pouvoir, les capacités de produire, et donc les capacités de même que les moyens de jouir... » [5]

Marx souligne par ailleurs que le temps libre permettra aussi un épanouissement des hommes qui permettra d'améliorer encore leur productivité :

« Le développement plein et entier de l’individu réagit à son tour sur la productivité du travail, car il constitue la plus grande force productive... Le temps libre, qui est à la fois temps de loisir et temps pour des activités plus élevées, a évidemment transformé son propriétaire en un sujet différent, et il rentre dans le processus immédiat de production comme cet autre sujet. » [5]

Le capitalisme connaît à la fin du 19e siècle et jusqu'à la Première guerre mondiale une période de croissance relativement forte. En revanche, la guerre plonge l'Europe dans la régression économique, et l'économie a du mal à redémarrer après la fin de la guerre. L'Internationale communisme pense alors que « les forces productives ne peuvent plus se développer dans le cadre du régime capitaliste. »[6]

En 1928, Trotsky écrit :

« Théoriquement, on ne peut pas dire qu'il ne saurait y avoir un nouveau chapitre de progression capitaliste générale dans les pays les plus avancés, dominateurs et animateurs. Mais pour cela, le capitalisme devrait au préalable sauter par-dessus de hautes barrières dans le domaine des classes et des relations entre États : écraser pour longtemps la révolution prolétarienne, réduire définitivement la Chine en esclavage, renverser la République des soviets, etc. […] En dernière analyse, cette question sera tranchée par la lutte des forces mondiales »[7]

En 1938, alors que le monde capitaliste ne parvient pas à sortir de la Grande dépression, Trotsky écrit que "les forces productives ont cessé de croître"[8]. Cela exprimait la profonde stagnation d'alors, dans un contexte de faible rentabilité du capital productif. Il est vrai que Trotsky semblait penser que les forces productives avaient définitivement cessé de croître :

« [...] nous voyons que les cycles des crises et des périodes de prospérité forme une ligne de déclin. Cela signifie maintenant que la société a totalement épuisé ses possibilités internes et doit ètre remplacée [...]»[9]

En revanche, les vastes destructions de la Seconde guerre mondiale ont permis de relancer l'accumulation, et les forces productives ont connu un bond dans ce qui a été appelé rétrospectivement "les 30 glorieuses".

En raison des contradictions fondamentales du capitalisme, et principalement la contradiction entre d'une part des forces productives toujours plus socialisées, et d'autre part des moyens de production privés, les forces productives sont chroniquement sous utilisées sous le capitalisme.

  • Allemagne : en RFA le taux d'utilisation des capacités de production était arrivé dans les 60%, a grimpé à 90% à la réunification grâce à l'absorption d'un gigantesque nouveau marché.
  • USA aujourd'hui : 69%

Par ailleurs, il peut y avoir croissance des forces productives sans qu'il n'y ait d'amélioration pour les exploités, notamment dans le cas des pays dominés. Par exemple Kautsky écrivait en 1907 qu’en Inde il y a « une augmentation continue de la famine et de la misère, en dépit d'un flux important de capitaux anglais vers l'Inde et d'une augmentation conséquente des forces productives du pays ».

Les communistes et les forces productives[modifier]

Un facteur objectif de la révolution[modifier]

Les forces productives représentent une condition objective à la révolution socialiste.

« Une formation sociale ne disparaît jamais avant que soient développées toutes les forces productives qu'elle est assez large pour contenir, jamais des rapports de production nouveaux et supérieurs ne s'y substituent avant que les conditions d'existence matérielles de ces rapports soient écloses dans le sein même de la vieille société. »[1]
« Tant que la société est capable de développer les forces productives et d’enrichir la nation elle demeure forte et stable. »[9]

Deux conséquences peuvent être tirées par les marxistes :

  1. Nécessité d'un niveau absolu de forces productives
  2. Nécessité d'une crise économique faisant stagner ou détruisant des forces productives

Ces points font l'objet de nombreux débats.

Contre la centralisation militariste[modifier]

Partant du constat du renforcement politique de l'appareil d'État impérialiste, en pleine période de "capitalisme d'État" et de guerre mondiale, Boukharine écrivait en 1916 :

« Tout autre nouveau développement des organismes d'Etat — avant la révolution socialiste — n'est possible que sous la forme d'un capitalisme d'Etat militariste. La centralisation devient celle de la caserne. Dans la couche supérieure de la société une vile clique militaire accroît inévitablement sa force, aboutissant à une brutale mise au pas et à une sanglante répression du prolétariat. [...] La social-démocratie doit voter contre l'introduction de tout monopole, de toute union douanière, etc. Certains adhérents du centre du Parti essaient en vain de démontrer que de telles innovations signifient une régression économique. Mais ce n'est pas la raison de notre tactique. Au contraire, d'un point de vue économique isolé et limité « nationalement », ces formes entraînent une centralisation supplémentaire et un progrès indubitable. Le véritable point est que ce progrès n'est rien de plus qu'un renforcement et un soutien du militarisme et de l'impérialisme. Soutenir l'Etat contemporain veut dire soutenir le militarisme. De nos jours la tâche historique n'est pas de s'inquiéter pour les nouveaux développements des forces productives (elles sont parfaitement adéquates pour la réalisation du socialisme), mais de préparer une attaque universelle contre les gangsters du gouvernement.»[10]

Critique écologiste[modifier]

Depuis plusieurs décennies, des courants écologistes ont adressé pour critique au marxisme qu'il ferait un but en soi de l'augmentation des forces productives (productivisme), et donc de la consommation d'énergie et de ressources.

On trouve par exemple cette formule dans le programme de 1928 de l'Internationale communiste :

« La propriété privée des moyens de production abolie et transformée en propriété collective, le système communiste mondial substitue aux lois élémentaires du marché mondial et de la concurrence, au procès aveugle de la production sociale, l'organisation consciente et concertée - sur un plan d'ensemble - tendant à satisfaire les besoins rapidement croissants de la société. Les crises dévastatrices et les guerres plus dévastatrices encore disparaîtront avec l'anarchie de la production et de la concurrence. Au gaspillage formidable des forces productives, au développement convulsif de la société, le communisme oppose l'emploi systématique de toutes les ressources matérielles de la société et une évolution économique indolore basés sur le développement illimité, harmonieux et rapide des forces productives. »[11]

Evolutions et débats sur le concept de forces productives[modifier]

Les forces productives ont-elles cessé de croître ?[modifier]

Certains courants, comme le courant lambertiste, continuent à soutenir que les forces productives ont cessé de croître depuis l'entrée au début du 20e siècle dans le stade de « l'impérialisme sénile ». C'est une position souvent critiquée par les autres courants (Ernest Mandel a par exemple décrit le capitalisme des 30 glorieuses comme ayant connu un fort accroissement des forces productives) et par des membres de ce courant qui ont rompu avec[12].

Moyens de production ou productivité ?[modifier]

Marx n'a pas légué de définition très précise de ce qu'il entendait par forces productives, et certains courants ou auteurs ont développé des conceptions parfois divergentes.

La première motivation de Marx et Engels lorsqu'ils commencent à employer ce terme est d'insister sur l'explication matérialiste de l'histoire, pour lutter contre l'idéalisme (et en particulier la conception téléologique). C'est là dessus qu'ils insistent dans l'Idéologie allemande :

« L’histoire n’est autre chose que la succession des différentes générations, dont chacune exploite les matériaux, les capitaux, les forces productives, qui lui sont transmis par toutes les générations précédentes » [...] « Cette conception montre que la fin de l’Histoire n’est pas de se résoudre en "conscience de soi" , comme "esprit de l’Esprit" , mais qu’à chaque stade se trouvent donnés un résultat matériel, une somme de forces de productives, un rapport avec la nature et entre les individus, créés historiquement et transmis à chaque génération par celle qui la précède, une masse de forces productives, de capitaux et de circonstances. Cette somme de forces de production, de capitaux, de formes sociales de relations et d’échange, que chaque individu et que chaque génération trouve comme des données existantes, est la base concrète de ce que les philosophes se sont représenté comme "substance" et "essence" de l’Homme »[13]

Dans l'Idéologie allemande, ils écrivent parfois "forces productives" (Produktivkräfte), parfois "forces de production" (Produktionskräfte).

Quand Marx utilise "forces productives" au pluriel, il semble qu'il l'associe plutôt au sens anti-idéaliste, plutôt repris de littérature politique française. Quand il utilise "force productive" au singulier (repris du "productive power" des économistes anglais) il désigne la "productivité". C'est ce sens qui devient prépondérant à partir de 1857-1858 et dans Le Capital.

Dans l'Anti-Düring, Engels identifie nettement "forces productives" et moyens de production. « Elles sont le piston qui fait marcher la machine de l’histoire ».

D'une certaine façon, on peut dire que « les forces productives (les ouvriers principalement) luttent pour s'approprier les forces productives (les moyens de production). »[14]

Forces productives et rapports de production[modifier]

Quel est le lien entre forces productives et rapports de production ? De fait, il existe de fortes connexions entre la notion de forces productives et la notion de rapports de production.

« un mode de production déterminé est toujours lié à un mode déterminé de collaboration ou de degré social, ce mode de collaboration étant lui même une force productive »

Ce qui fait dire à certains marxistes :

« Il apparait dans cette définition du lien social comme force productive une totale imbrication des notions de forces productives et de rapports de production. Si l’on se situe du point de vue de l’action humaine sur le milieu naturel on parlera de forces productives ; si l’on se situe du point de vue des rapports constitutifs de la société on parlera de rapports de production. [...] Marx entendait ne pas penser ces deux plans, et les faits qui s’y rapportent, selon une relation de causalité mécanique. C’est la vulgate marxiste introduite dans la Social Démocratie Allemande des années 1900 qui traita les rapports constitutifs des classes comme des effets de la production traitée en cause : le matérialisme historique dégénérait en déterminisme économique. »[15]

Base naturelle et limites des forces productives[modifier]

Le fait que les forces productives sont basées sur des éléments naturels ne fait aucun doute. Ne serait-ce que parce qu'un certain nombre de marchandises (fruits, bois...) sont peu transformées, et parce que n'importe quelle machine est issue de matières premières (minerai de fer, cuivre...). Plus fondamentalement, la distinction nature / humanité est une approximation qui reflète un point de vue humain, mais elle n'est pas une différence essentielle. Tout est de la nature plus ou moins transformée par l'homme, et l'homme étant une partie de la nature, tout est de la nature sous différentes formes.

Cette évidence était exprimée par Marx et Engels dans l'Idéologie allemande :

« La condition première de toute l’histoire humaine est naturellement l’existence d’êtres humains vivants. Le premier état de fait à constater est donc la complexion corporelle des individus et des rapports qu’elle leur crée avec le reste de la nature. Nous ne pouvons naturellement pas faire ici une étude approfondie de la constitution physique de l’homme elle même, ni des conditions naturelles que les hommes ont trouvé toutes prêtes, conditions géologiques, orographique, hydrographiques, climatiques et autres. Toute histoire doit partir de ces bases naturelles et de leur modification par l’action des hommes au cours de l’histoire »

Les forces productives ne dépendent donc pas uniquement du travail humain. Pour les comprendre globalement, il faut comprendre aussi les intéractions entre l'humanité et le reste de la biosphère (écologie). Cette compréhension était encore faible au 19ème siècle, et recevait peu d'intérêt scientifique. La vision qui prédominait était celle d'une nature figée, servant de base gratuite à l'humanité, dont le travail permettait une croissance des forces productives. Dans cette vision, a priori, il n'y a pas de borne supérieure aux forces productives.

Face aux travaux qui étaient alors en pointe pour remplacer cette vision par une vision plus complète, Marx et Engels ont eu des réactions diverses :

  • Marx s'intéressait aux travaux du chimiste Liebig et était convaincu par son analyse des déséquilbres apportés par l'agriculture capitaliste. Il s'intéressait également aux travaux d'Arrhénius qui faisait alors l'hypothèse d'un effet de serre d'origine anthropique.
  • Lorsque le scientifique socialiste ukrainien Podolinski a tenté une fusion de l'économie marxiste et d'une vision en terme de flux d'énergie (anticipant sur l'importance de l'énergie solaire, la question des pertes énergétiques...), Engels a repoussé cette ambition.

La plupart des marxistes de la Deuxième et de la Troisième internationale ont par la suite grandement négligé ces questions (malgré des percées dans la science de l'écologie en URSS, qui n'ont pas eu d'impact sur la politique stalinienne). Il aura fallu l'apparition d'éléments de crise écologique de grande ampleur pour qu'une vraie vision écosystémique s'impose,  dans la deuxième moitié du 20ème siècle.

Une des conséquences de cette vision est de poser la question des limites. Les énergies fossiles ne sont pas renouvelées assez vite par les écosystèmes pour que la croissance soit durable. Les rejets de gaz à effet de serre menacent l'humanité (et donc menacent a fortiori de faire baisser les forces productives). Les forces productives que peuvent développer l'humanité ne sont sans doute pas quantifiables dans l'absolu (la composante "productivité", à énergie constante, a-t-elle une limite ?) mais il y a au moins une composante bornée : celle du flux solaire qui alimente la Terre (toutes les autres énergies en dérivent).

Forces productives et aliénation[modifier]

Adam Smith lui-même avait relevé, à une époque où le machinisme était tout juste naissant, que la productivité développée par l'industrie pouvait s'accompagner de conditions de travail abrutissantes pour les travailleurs.

Marx avait pleinement à l'esprit cette critique de l'abrutissement par le travail capitaliste. Lors qu'un bourgeois comme Friedrich List vantait les "forces productives" comme un but noble et spirituel, il rétorquait :

« Dans le système actuel, si un dos rond, une luxation des os, un développement et un renforcement exclusifs de certains muscles, etc., te rendent plus productif (plus apte au travail), ton dos rond, ta luxation des membres, ton mouvement musculaire uniforme sont une force productive. Quand ton inintelligence est plus productive que ta féconde activité intellectuelle, ton inintelligence est une force productive, etc. Quand la monotonie d'une occupation te rend plus apte à cette même occupation, la monotonie est une force productive. »[16]

Notes et sources[modifier]

  1. 1,0 et 1,1 Critique de l'économie politique - Préface, Karl Marx, 1859
  2. On retrouve là la notion dialectique de transformation de la quantité en qualité.
  3. Karl Marx et Friedrich Engels, Le manifeste du Parti communiste, 1847
  4. Joseph Schumpeter, Capitalism in the postwar world, 1943
  5. 5,0, 5,1 et 5,2 Karl Marx, Introduction générale à la critique de l’économie politique (dite Grundrisse), 1857
  6. https://www.marxists.org/francais/inter_com/1921/ic3_13.htm
  7. Trotsky, L'Internationale Communiste après Lenine, 1928
  8. Trotsky, Le programme de transition, 1938
  9. 9,0 et 9,1 Trotsky,Discussion sur le programme de transition, 1938
  10. Boukharine, Contribution à une théorie de l'Etat impérialiste, 1916
  11. Internationale Communiste, VI° Congrès, Programme, 1928
  12. Groupe CRI, Discussion autour du livre de Daniel Gluckstein, Lutte des classes et mondialisation
  13. Karl Marx, Friedrich Engels, L’idéologie Allemande, 1845
  14. Jean-Pierre Lefebvre, Les deux sens de « forces productives » chez Marx, 1979
  15. Gérard Vaysse, Forces productives et progrès dans la pensée de Karl Marx, 1992
  16. Karl Marx, A propos du Système national de l'économie politique de Friedrich List, 1845