Trotskisme

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Le trotskisme est un courant communiste révolutionnaire qui se revendique du socialisme scientifique marxiste, suite aux apports de Lénine et de Trotsky.

Le trotskisme[modifier]

L'héritage[modifier]

Les trotskistes revendiquent l'héritage du meilleur du mouvement ouvrier et des révolutionnaires socialistes :

Apports ultérieurs[modifier]

Les trotskistes d'aujourd'hui sont aussi très divisés, mais revendiquent en commun :

« Trotskisme » calomnié[modifier]

Propagande stalinienne antitrotskyste[modifier]

Le terme de « trotskisme » viendrait de Milioukov, dirigeant du parti KD, dénonçant en 1905 le rôle de Trotsky dans le Soviet. Il a été également été utilisé dans les débats du POSDR avant 1917. Mais son usage massif vient des zinoviévistes et des staliniens dans les années 1920. Tout en se réclament de Lénine, ils laissent entendre que Trotsky avait des idées opposées à celui-ci et contre-révolutionnaires. En 1929, la Pravda titre sur « Mister Trotsky au service de la bourgeoisie britannique ». L’Internationale Communiste stalinisée de son côté affirme que « la lutte contre le trotskisme est aujourd’hui l’une des plus importantes tâches de tout le mouvement ouvrier international », et qu’« à l’heure actuelle, toutes les conditions pour écraser la vermine trotskiste existent ».

Dans les années 1930, la propagande stalinienne se fit encore plus grossière et n'utilisait plus que le terme d’« hitléro-trotskistes » pour condamner ses opposants. En France, le PCF et L'Humanité applaudissent à ces consignes. En 1935, L’Humanité exige la mise hors la loi des trotskistes en France, et ne parle désormais plus que des « hitléro-trotskistes au service de l'étranger ». L'apothéose est atteinte avec les procès de Moscou, où Vychinski parle des « bandits trotskistes, vulgaires mouchards et espions » ; affirme que « le trotskisme contre-révolutionnaire est devenu depuis longtemps déjà le pire détachement d’avant-garde du fascisme international », « converti en une des succursales des SS et de la Gestapo »...

Tous les partis communistes épurent leurs rangs, et tout militant critique peut se voir étiqueté de « trotskiste », exclu et diffamé, et souvent molesté. Il devient de plus en plus difficile pour les militants trotskistes de militer, et en particulier dans les entreprises, situation qui perdurera dans les décennies de Guerre froide.

Deux mythes sur le trotskysme[modifier]

Les calomnies des staliniens contre Trotsky et le trotskysme stigmatisent essentiellement deux aspects : la prétendue haine de Trotsky pour la paysannerie d'une part, et son prétendu aventurisme putschiste et gauchiste d'autre part. Aujourd'hui, les staliniens ne croient plus guère aux théories qui font de Trotsky un agent de la Gestapo ou de l'Intelligence Service britannique ; en revanche, les accusations plus "politiques" contre Trotsky peuvent encore, elles, trouver de l'écho.

Haine de la paysannerie[modifier]

Trotsky pensait, comme la plupart des marxistes, que « l'histoire du capitalisme est l'histoire de la subordination de la campagne à la ville »[1] et que la classe ouvrière devait jouer un rôle déterminant. Dans la Russie semi-féodale et majoritairement paysanne, les marxistes, y compris Lénine et les bolchéviks, pensaient qu'il faudrait d'abord une révolution démocratique-bourgeoise, qui repose sur la force de la paysannerie. Trotsky a été accusé, en raison de sa théorie de la révolution permanente qui donne un rôle dirigeant à la classe ouvrière, de sous-estimer le potentiel de la paysannerie. Ces accusations ressortent en particulier fin 1923 à des fins polémiques[2]. Cela est renforcé par le fait qu'à ce moment-là Trotsky défendait qu'il était urgent de développer en priorité l'industrie (pour renforcer la classe ouvrière et également pour résoudre la crise des ciseaux). Pourtant Trotsky n'a quasiment pas eu la moindre divergence pratique avec Lénine et la direction bolchévique en Octobre et après sur la question paysanne. Il était convaincu de la nécessité de s'allier à la paysannerie et a largement réalisé cette alliance dans la pratique en dirigeant l'Armée rouge, armée majoritairement paysanne. Trotsky fut également un des premiers à défendre une nouvelle politique économique plus favorable à la paysannerie en 1920, ce que le comité central refuse alors. Et il s'opposera aux collectivisations forcées dans les campagnes menées par Staline en 1928.

Aventurisme et gauchisme[modifier]

Trotsky ne se conduisit jamais de façon aventuriste : contre l'avis de Lénine, il s'opposa à la campagne de Pologne en 1920 ; il s'opposa aussi aux tentatives révolutionnaires avortées des communistes allemands en 1921 et 1923. Ce que les staliniens appellent « aventurisme », c'est tout ce qui dépasse leur horizon devenu réformiste à force de collaborer avec différents partis ou Etat bourgeois.

Rapports entre Lénine et Trotsky[modifier]

Trotsky considérait que sur la question du Parti, c'est Lénine qui avait eu raison contre lui, mais que sur la perspective de la révolution (permanente), il avait eu raison contre la perspective de Lénine (dictature démocratique).

Les scissions[modifier]

Ernest Mandel écrivait en 1978 :

« La fameuse «inclination congénitale des trotskystes aux scissions», qui nous a été si souvent attribuée, est la conséquence de la quasi stagnation, plutôt que sa cause. Pour la première fois d'ailleurs, depuis ses origines, il n'y a pas eu de scission internationale depuis quatorze ans dans l'histoire de la IVe Internationale. »[3]

Historique du trotskisme[modifier]

L'Opposition de gauche[modifier]

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Avant de mourir en 1923, Lénine était très malade et écarté de fait de la politique du nouvel Etat. C'est aussi en 1923 que Trotsky commence à critiquer la bureaucratisation du parti bolchevik. Son courant lutte en interne pour plus de démocratie, plus d'intervention de la base ouvrière face notamment aux bureaucrates derrière Staline qui accroissent rapidement leur pouvoir. Mais comme Lénine et la vieille garde bolchévique, il sait que le salut ne peut être que dans la « révolution permanente et mondiale ». L'enfermement dans un pays économiquement arriéré ne peut conduire qu'à la démoralisation ouvrière. C'est pourquoi l'échec de la Révolution allemande a directement renforcé la bureaucratie, qui défend désormais la thèse révisionniste du "socialisme dans un seul pays".

L'Opposition de gauche naît en octobre 1923. Elle s'oppose d'une part à la confiscation du pouvoir par la bureaucratie des mains de la classe ouvrière, mais promeut aussi l'industrialisation rapide du pays pour le sortir de la misère et redonner courage aux masses.

La montée de la Révolution chinoise redonne du souffle à l'Opposition, qui condamne fermement la poltique de l'Internationale communiste qui conduit en 1927 au massacre de Shanghai. Mais le soulèvement final que lance Staline conduit à l'écrasement des ouvriers révolutionnaires chinois. Tout en validant théoriquement les critiques de Trotsky, cela va objectivement miner son camp. La répression va alors s'abattre : Trotsky exilé, ses partisans déportés et/ou tués...

Lutte internationale[modifier]

Mais la lutte entre trotskisme et stalinisme n'est ni la lutte entre deux personnes, ni un simple "clivage poitique" de l'URSS. C'est grosso-modo la lutte entre les authentiques révolutionnaires communistes d'une part, et la bureaucratie stalinienne et ses laquais internationaux qui lui donnent une puissance incomparable. Et la première force des PC stalinisés partout dans le monde sera un soutien souvent fort de nombreux ouvriers et de "compagnons de route".

Cette lutte internationalisée se traduit en premier lieu par l'insécurité physique des trotskistes dans le monde entier[4], face à un NKVD / KGB au bras long. L'opposition apparaît nettement dans les situations révolutionnaires : lors de la Révolution espagnole les staliniens, freinant la révolution, s'en prennent au POUM. Trotsky a donné son avis sur ce qu'aurait pu et dû faire le POUM selon lui.

En URSS, les procès de Moscou de 1936 mettront un terme au trotskisme sur la phrase de Vychinski : « Il faut fusiller ces chiens enragés ». Des anciens bolchéviks, il ne reste que le sinistre Staline.

Fascisme, front unique vs front populaire[modifier]

De son exil, Trotsky s'implique plus que jamais dans le mouvement communiste international, critiquant, soutenant et analysant sans cesse, malgré son influence limitée par le manque de base. L'échec de la vague révolutionnaire et la crise de 1929 font monter la réaction fasciste. Trotsky préconise des politiques de front unique des organisations de la classe ouvrière : notamment l'union du KPD et du SPD allemand dans la défense contre le fascisme. Mais c'est l'Internationale, qui impose sa politique de "classe contre classe" et dicte une politique sectaire et suicidaire au KPD, qui porte donc une lourde responsabilité.

En France, Trotsky conseillera alors à ses sympathisants de faire de l'entrisme ouvert dans la SFIO : ce que l'on a appelé le "tournant français". Mais malgré leur demande en ce sens, la gauche bourgeoise, les radicaux-socialistes, ne sont pas exclus de l'alliance. Pour s'allier au PCF, Léon Blum fait exclure les trotskistes.

La IVème internationale[modifier]

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Trotsky a renoncé à peser sur l'Internationale Communiste, désormais verrouillée par le stalinisme. C'est ce qui l'amène en 1938 à fonder à Paris la IVème internationale, dotée d'un "programme de transition". Désormais ce nouveau courant sera durablement identifié sous la dénomination de "trotskisme", et naturellement, dans la société bourgeoise, classé à l'extrême gauche.

La seconde guerre mondiale[modifier]

Après l'assassinat de Trotsky en 1940, les questions stratégiques diviseront rapidement ses successeurs. Notamment l'attitude face à l'Occupant nazi et aux Alliés. En mars 1944, Michel Pablo réunit plusieurs groupes trotskistes dans le Parti Communiste Internationaliste. S'ensuit une première division entre eux, les "pablistes", et le Groupe Barta, qui deviendra l'actuelle Lutte Ouvrière.

Par ailleurs, Trotsky pensait que le stalinisme ne survivrait pas à la guerre, et qu'ainsi le verrou de l'Internationale Communiste sauterait et permettrait à la IVème internationale de se reconstituer rapidement une base. Ca n'a pas été le cas et les analyses divergentes ont aussi divisé le courant, a priori condamné encore à l'isolement.

L'après-guerre[modifier]

Les trotskistes français se divisent, en 1952, entre pablistes et lambertistes, ceux-là préconisant l'entrisme au sein du PCF et de la CGT, tandis que ceux-ci préfèrent continuer le travail syndical au sein de Force ouvrière et de la SFIO. Le schisme se propage rapidement au mouvement trotskiste international, qui se divise entre la Quatrième Internationale (« qi »), pabliste, et le Comité international pour la reconstruction de la Quatrième Internationale (Cirqi), lambertiste, qui prendra plus tard le nom d'Organisation communiste internationale (OCI). Malgré une réunification partielle, en 1963, au sein de la Quatrième Internationale - Secrétariat unifié (QI-SU), qui fait suite à des analyses partagées concernant la Révolution cubaine, cette scission demeure à ce jour la plus importante du mouvement trotskiste.

Lors de la Détente, qui débute avec la crise des missiles de Cuba (1962), la Quatrième Internationale apporte son soutien aux différents mouvements de libération nationale. Elle soutient ainsi, en Amérique latine, les différents mouvements guérilleros, théorisés par Che Guevara sous le nom de foco. Cette politique dure jusqu'en 1973, date à laquelle elle constate son échec: les Etats du Cône sud tombent les uns après les autres sous la coupe de juntes militaires d'extrême-droite.

Pour le groupe Barta, ancêtres de Lutte ouvrière qui demeurent cependant très minoritaires au sein du mouvement trotskiste, ne participant ni à l'une ni à l'autre des Internationales, le problème vient du fait que dans l'isolement où ils se trouvent, les militants trotskistes, souvent d'origine petite-bourgeoise, ne font pas le choix de consacrer l'essentiel de leur activité et de leur énergie en direction de la classe ouvrière. C'est pour cela qu'ils construiront une organisation séparée, caractérisée par une discipline plus ferme (que certains qualifient de moralisme révolutionnaire ), et le refus de rechercher une « avant-garde politisée », notamment dans les mouvements nationalistes du tiers-monde .

D'autres, comme Natalia Sedova (la femme de Trotski), Grandizo Munis, le Groupe Communiste Internationaliste espagnol, le Parti Ouvrier Communiste italien ou les ancêtres de la tendance Socialisme international (qui grandira avant tout dans des pays de langue anglaise) affirmeront que l'analyse de Trotsky sur le stalinisme est incomplète, et verront dans les pays staliniens une nouvelle forme de capitalisme, le capitalisme d'État.

La Quatrième Internationale considèrera que les pays de l'Europe de l'Est, malgré le manque de soulèvement révolutionnaire et de pouvoir direct des travailleurs, constituaient quand même une forme sociale à défendre, plus progressiste que les pays de l'Occident. Ces différences continueront pendant l'ensemble des trente glorieuses.

Critiques d'autres courants[modifier]

Voir aussi[modifier]

Mouvement trotskiste aux États-Unis

Sources[modifier]

Notes[modifier]

  1. Léon Trotsky, Bilan et Perspectives, 1906
  2. Léon Trotsky, Cours Nouveau, 1923
  3. Ernest Mandel, Actualité du Trotskysme, 1978
  4. Le NKVD tue le Tchécoslovaque Rudolf Klement, secrétaire de la IVe Internationale, le Polonais Reiss, l'Autrichien Kurt Landau, le Tchèque Erwin Wolf, l'Allemand Mouli, le Vietnamien Ta Thu Thau...
  5. http://www.sinistra.net/lib/bas/progco/qioi/qioinpibef.html
  6. http://www.vp-partisan.org/article495.html