Rapports de production

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Dans une société capitaliste, c'est le patronat qui domine les rapports de production.
Les rapports de production sont l'organisation sociale autour des moyens de production : qui les possède, qui règle la distribution des marchandises...

Plusieurs rapports de production peuvent cohabiter dans une même société, mais ils doivent être en phase avec le niveau et la nature des forces productives.

Le mode de production d'une société est la combinaison de ces rapports de productions et forces productives en adéquation.

Généralités[modifier]

Les rapports de production sont fondamentaux pour le socialisme scientifique, car une étude basée sur le matérialisme historique montre qu'ils sont l'infrastructure qui détermine en grande partie la superstructure (Droit pour la protéger, idéologies pour la justifier, politiques pour la pérenniser...).

Ils sont en relation directe avec les rapports de propriété (qui possède quoi).

« Dans la production sociale de leur existence, les hommes nouent des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté ; ces rapports de production correspondent à un degré du développement de leurs forces productives matérielles. L'ensemble de ces rapports forme la structure économique de la société, la fondation réelle sur laquelle s'élève un édifice juridique et politique, et à quoi répondent des formes déterminées de conscience sociale. Le mode de production de la vie matérielle domine en général le développement de la vie sociale, politique et intellectuel. Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c'est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience. A un certain degré de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en collision avec les rapports de production existants, ou avec les rapports de propriété au sein desquels elles s'étaient mues jusqu'alors, et qui n'en sont que l'expression juridique. Hier encore formes de développement des forces productives, ces conditions se changent en de lourdes entraves. Alors commence une ère de révolution sociale... »[1]

Les rapports de production correspondent globalement aux forces productives de la société.

Mais ils peuvent devenir un carcan pour des forces productives en expansion, ce qui ouvre une période de révolutions. A l’inverse, des rapports de production nouveaux peuvent être en avance sur le degré de développement des forces productives dans le pays donné. Ce fut le cas de la révolution bourgeoise victorieuse des Pays-Bas au 16ème siècle, et de la révolution socialiste d’octobre 1917, victorieuse en Russie.

Historique[modifier]

Esclavagisme[modifier]

Les rapports de production esclavagistes avaient une place centrale dans l'antiquité européenne (Grèce, Rome). Les esclaves n'étaient qu'une minorité, mais ils permettaient d'enrichir une minorité de patriciens (citoyens riches) et de faire fonctionner l'empire. La plupart des esclaves étaient employé-e-s dans l'agriculture et dans les mines.

Servage[modifier]

Le servage était défini par le lien obligatoire entre un foyer paysan et une terre agricole, sous la dépendance d'un seigneur. Ainsi si la terre changeait de mains, les serfs changeaient de maître. Contrairement aux esclaves, les serfs ne sont pas directement en tant que personne propriété du seigneur.

Les rapports de servage existaient dans la Rome antique (anguriae) mais ils se sont vraiment généralisés au Moyen Âge européen.

Capitalisme[modifier]

Les rapports de production capitalistes sont puissants, mais ils ne sont pas apparus "complets et purs". Leur établissement a nécessité la destruction des anciens rapports de production, et des mutations profondes.

« Aussi longtemps que le capital est faible, il s'appuie simplement sur des béquilles prises dans les modes de production passés ou en voie de disparition à la suite de son développement. Sitôt qu'il se sent fort, il rejette ces béquilles et se meut conformément a ses propres lois. » Marx, Grundrisse

Historiquement, on peut considérer qu'ils se mettent en place en deux temps : d'abord ce sont les rapports de propriété qui s'établissent, puis le capital transforme et s'approprie profondément la production.

  • Le rapport de propriété économique : qui possède les moyens de production.
    L'organisation des moyens de production est encore proche de celles des anciens rapports de production, mais ces moyens appartiennent à un unique propriétaire capitaliste, qui s'approprie ainsi le surtravail des travailleurs. La finalité de la production devient la plus-value (et non la valeur d’usage) et est imposé de l’extérieur à un procès de travail préexistant.  C’est le stade de la subordination (ou subsomption) formelle du travail au capital. 
  • Le rapport d’appropriation réelle : qui met réellement en œuvre les moyens de production, qui organise la production.
    Le capitalisme en arrive ensuite à transformer complètement le procès de production. Ce sont les bourgeois qui achètent et mettent en place un nouveau machinisme, un encadrement, ce sont eux (ou leurs cadres, qui sont leurs fondés de pouvoir) qui organisent les moyens de production... Les travailleurs sont effectivement dépossédés des moyens de production, et les bourgeois se présentent désormais comme les "donneurs de travail" face aux "preneurs d'emploi"[2]. Le capital imprime sa marque aux forces productives : c’est le stade de la subordination réelle du travail au capital ou « mode de production capitaliste proprement dit ». Marx parlait à ce propos de despotisme d'usine.

Socialisme[modifier]

Les rapports de production socialistes sont caractérisés par la gestion ouvrière de la production. C'est-à-dire que les travailleur-se-s décident démocratiquement de ce qui est produit et comment, et qu'il n'y a plus de classe au dessus d'eux et elles pour les exploiter.

Ce sont les objectifs communs aux différents mouvements issus du socialisme. En revanche, la façon concrète de mettre en place ces rapports de production nouveaux fait débat. Les réformistes pensent (ou font croire) que les rapports de production capitalistes peuvent être remplacés graduellement, tandis que les révolutionnaires (communistes et anarchistes) tirent la conclusion qu'une révolution sociale est nécessaire.

Pour les anarchistes, cette révolution sociale, simultanément, abolit l'État et la dictature du capital. Pour la plupart des marxistes, cette abolition immédiate de l'État est impossible : ils parlent plutôt d'extinction de l'État, qui ne se produira qu'au lendemain d'une révolution socialiste mondiale victorieuse.

Il existe une riche expérience d'auto-organisation des travailleur-se-s dans le mouvement communiste (conseils ouvriers en Russie, Allemagne, Hongrie...) et dans le mouvement anarchiste (guerre civile espagnole...). Dans ce contexte, l'Internationale communiste a mis en avant le mot d'ordre de contrôle ouvrier sur la production, vu comme une revendication transitoire, incitant les initiatives à la base, dans les entreprises, pour faire progresser vers la gestion ouvrière de l'ensemble de la société.

Dans le mouvement socialiste et communiste, il existe une forte tendance étatiste, qui tend à considérer que le critère central pour définir les rapports de production socialistes est la nationalisation des moyens de production. Pour les socialistes réformistes, ces nationalisations peuvent être réalisées sans changement majeur au niveau de l'État. Pour les communistes léninistes, l'État bourgeois doit être renversé et remplacé par un État ouvrier, qui ne peut naître qu'au milieu d'une large auto-organisation ouvrière coordonnée par un parti politique révolutionnaire.

Mais pour la majorité communiste, Lénine et Trotsky inclus, les rapports de production socialistes sont définis par la gestion par l'État ouvrier, avec une importance centrale donnée à la planification. L'État ouvrier est bien entendu basé sur des délégués issus de soviets, mais les comités d'usine en deviennent secondaires :

« Le contrôle ouvrier commence dans une entreprise. Le comité d'usine est l'organe du contrôle. Les organes de contrôle dans les usines doivent entrer en liaison les uns avec les autres, suivant les liaisons économiques existant entre les entreprises. A ce stade, il n'y a pas encore de plan économique global. La pratique du contrôle ouvrier ne fait que préparer les éléments de ce plan.

Inversement, la gestion ouvrière de l'industrie à une échelle beaucoup plus importante part d'en-haut, même à ses tous débuts car elle est inséparable du pouvoir et d'un plan économique général. Les organes de gestion ne sont plus les comités d'usine mais les Soviets centralisés. Le rôle des comités d'usine reste important, mais dans le domaine de la gestion de l'industrie, il s'agit d'un rôle auxiliaire et non d'un rôle dirigeant. »[3]

Ou encore : « La dictature du prolétariat se traduit par l'abolition de la propriété privée des moyens de production, par la domination de la volonté collective des travailleurs sur tout le mécanisme soviétique, et nullement par la forme de direction des diverses entreprises. »[4]

Cela a conduit des courants libertaires[5] ou de la gauche communiste à critiquer durement le pouvoir bolchévik pour n'avoir pas réellement instauré la gestion ouvrière, mais seulement un contrôle ouvrier qui a facilité la bureaucratisation.

Par ailleurs, la question de la nature des rapports de production dans des États comme l'URSS ou la Chine maoïste font l'objet de vives polémiques au sein du mouvement communiste (États ouvriers dégénérés ou déformés, collectivisme bureaucratique, capitalisme d'État...).

Notes et sources[modifier]

  1. Contribution à la Critique de l'Économie Politique, Karl Marx, 1859
  2. Ou encore employeur/employé, arbeitgeber/arbeitnehmer, employer/employee ...
  3. Léon Trotsky, La révolution allemande et la bureaucratie stalinienne, janvier 1932
  4. Léon Trotsky, Terrorisme et communisme, 1920
  5. Maurice Brinton, Les bolcheviks et le contrôle ouvrier 1917-1921, Revue Autogestion et socialisme n°24-25, septembre-décembre 1973