Théodore Dézamy

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Alexandre Théodore Dézamy, né le à Luçon (Vendée), commune où il est mort le , est un théoricien socialiste français. Représentant du néo-babouvisme des années 1840, avec Pillot, Lahautière et Laponneraye, il défend la doctrine d'un « communisme unitaire ». Il est considéré comme un précurseur du marxisme. En 1844, dans La Sainte Famille, Karl Marx dit de lui qu'il a développé la doctrine du matérialisme « en tant que doctrine de l'humanisme réel et base logique du communisme ».

1 Biographie[modifier | modifier le wikicode]

Théoricien du communisme utopique sous la Monarchie de Juillet, Dézamy quitte la Vendée, où il était instituteur, pour Paris, où il exerce la profession de surveillant de pension. Dans la capitale, il adhère à diverses sociétés républicaines secrètes (en particulier, à la Société des saisons en 1839) et se lie avec l'un des principaux représentants du mouvement socialiste de cette époque, Étienne Cabet, dont il devint le secrétaire, et collabore à son journal, Le Populaire.

Mais il finit par rompre avec Cabet, critiquant sa tactique conciliatrice et son opportunisme, ainsi que sa religiosité, rejetant ses appels à l'aide en faveur des ouvriers auprès des bourgeois comme irréalistes et appelant le prolétariat à s'unir et à se libérer lui-même.

Journaliste, il fonde L'Égalitaire en 1840. Le premier , il est, avec Jean-Jacques Pillot et Corneille Homberg, l'un des organisateurs du « banquet communiste » à Belleville.

Après le procès de L'Humanitaire, en , Dezamy qui s'était opposé jusqu'alors[1] à Charavay, rompt avec Cabet et développe les idées matérialistes défendues par ce journal.

En , Dézamy fonde les Communistes égalitaires, qui font l'objet de poursuites l'année suivante. Il donne lui-même à sa doctrine le nom de « communisme unitaire »[2].

Lors de la révolution de février 1848, il défend activement les revendications des travailleurs. Avec Blanqui, il fonde la Société républicaine centrale en 1848. Il est le rédacteur en chef du périodique Les Droits de l'homme... Liberté, égalité, fraternité, association, alliance des peuples, qui paraît entre le 2 et le [3].

2 Pensée[modifier | modifier le wikicode]

L'œuvre majeure de Dézamy est le Code de la Communauté, paru en . Divisé en 19 chapitres et contenant 47 articles de foi, le livre décrit un phalanstère communiste inspiré par le matérialisme du 18e siècle. Werner Sombart considère que cet ouvrage anticipe le socialisme révolutionnaire de Marx.

Dézamy pose comme base de toute organisation sociale les six principes suivants :

  • le Bonheur (« développement libre, régulier et complet de notre être, satisfaction pleine et entière de tous nos besoins physiques, intellectuels et moraux »),
  • la Liberté (le seul frein qu’on puisse lui imposer étant « celui de la science et de la raison »),
  • l’Egalité (« loi primordiale », hors de laquelle « on ne voit que confusion et contrainte, que discordes et guerres ! »),
  • la Fraternité (« le seul palladium véritable de l’égalité et de la fraternité »),
  • l’Unité (« c’est l’identification indissoluble de tous les intérêts et de toutes les volontés »),
  • la Communauté (c’est « le mode d’association le plus naturel, le plus simple et le plus parfait... »).

« Tous les éléments du bonheur existent sur terre. » Il s'agit donc de « trouver une situation qui puisse assurer à tous et sans contrainte la perpétuelle satisfaction des besoins du corps et des besoins de l’esprit. » Contre l'exploitation capitaliste, la solution, c’est le communisme. Mais Dézamy repousse le communisme utopique de Cabet qui a cru que le concours de la bourgeoisie était possible et utile.

« C’est une erreur capitale... Ce n’est pas le peuple qui doit devenir bourgeois, mais la bourgeoisie qui doit devenir peuple. Les principes, le système peuvent remplacer les hommes, que dis-je, ils engendrent toutes les capacités désirables : mais les hommes ne peuvent rien sans les principes, sans les systèmes. »

Dans ses théories utopiques, il se situe dans la lignée de Morelly, Babeuf et Fourier. Ses conceptions philosophiques matérialistes et athées en font un disciple d'Helvétius. Dézamy s’oppose aussi au socialisme chrétien de Lamennais avec lequel (tout en admirant l’homme) il polémique durement car l’anticapitalisme de Lamennais se résout pour lui en une sorte de pitié larmoyante, pathétique mais totalement inefficace. Il n’y a pas d’issue en dehors d’une triple communauté : communauté des propriétés, communauté du travail, communauté de l’éducation.

Dans La Sainte famille, Marx témoigne d'une grande estime pour la doctrine de Dézamy, qu'il considère comme « un des disciples communistes les plus conséquents des philosophes matérialistes du 18e siècle » qui a « développé la doctrine du matérialisme en tant que doctrine de l'humanisme réel et comme base logique du communisme. »

3 Œuvres[modifier | modifier le wikicode]

  • Question proposée par l'Académie des sciences morales et politiques : les nations avancent plus en connaissances, en lumières qu'en morale pratique..., Paris, L.-E. Herhan et Bimont, 1839, 68 pages
  • Patriotes, lisez et rougissez de honte ! : opinion des journaux français et étrangers sur la question d'Orient, le traité du et la guerre, discours de la couronne, pièces diplomatiques... (en collaboration avec Cabet), Paris, imprimerie Bourgogne et Martinet, 1840, 96 pages
  • Conséquences de l'embastillement et de la paix à tout prix, dépopulation de la capitale, trahison du pouvoir, Paris, l'auteur, 1840, 16 pages
  • M. Lamennais réfuté par lui-même, ou Examen critique du livre intitulé "Du passé et de l'avenir du peuple", Paris, l'auteur, 1841, 94 pages
  • Code de la communauté, Paris, Prévost, Rouannet, 1842, 292 pages (éd Kobawa, 289p, 2012 (ISBN 979-10-90589-05-6)
  • Almanach de la communauté, 1843, par divers écrivains communistes, Paris, Théodore Dézamy, 1842, 192 pages
  • Calomnies et politique de M. Cabet. Réfutation par des faits et par sa biographie, Paris, Prévost, 1842, 47 pages
  • Dialogue sur la réforme électorale entre un communiste, un réformiste, un doctrinaire, un légitimiste, Paris, Prévot, 1842, 16 pages
  • Le Jésuitisme vaincu et anéanti par le socialisme, ou les Constitutions des Jésuites et leurs instructions secrètes en parallèle avec un projet d'organisation du travail, Paris, tous les libraires, 1845, 220 pages
  • Examen critique des huit discours sur le catholicisme et la philosophie, prononcés à Notre-Dame, en et en , par M. l'abbé Lacordaire ; précédé d'une notice historique sur l'ordre des Dominicains et de la biographie de M. l'abbé Lacordaire, Paris, les libraires, 1845, 35 pages
  • Organisation de la liberté et du bien-être universel..., Paris, Guarin, 1846, 120 pages
  • Candidature à l'Assemblée nationale. Aux ouvriers de Paris, Alexandre-Théodore Dezamy, homme de lettres, Paris, Imprimerie de F. Malteste, 1848

4 Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

  1. Lettres saisies chez Charavay Arch. Nat. Série CC786 à 791
  2. Claude Mazauric, « La communauté des Égaux. Le communisme néo-babouviste dans la France des années 1840 », Annales historiques de la Révolution française, n° 322, 2000/4
  3. Le siège du périodique se situe 92 rue de la Harpe, à Paris. Trois numéros in-folio paraissent. En tête des deux premiers numéros, on lit : « ce journal paraît provisoirement de deux jours l'un ». Au troisième numéro, il est indiqué que « Ce journal paraîtra désormais sur feuille double, le jeudi et le dimanche ».

5 Compléments[modifier | modifier le wikicode]

5.1 Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]

  • Gian Mario Bravo, Les Socialistes avant Marx (3 tomes), Paris, Éditions Maspero, Petite collection Maspero, 1979, 240 pages
  • Roberto Tumminelli, Dézamy e l'utopia sociale, Milan, A. Giuffrè, 1984, 103 pages
  • Alain Maillard, La communauté des Égaux. Le communisme néo-babouviste dans la France des années 1840, Paris, Kimé, 1999, 323 p.
  • Claude Angenot, Les Grands récits militants du XIXe et XXe siècles. Religions de l'humanité et sciences de l'histoire, Paris, L'Harmattan, 2000

5.2 Liens externes[modifier | modifier le wikicode]