Force de travail

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La force de travail est un concept fondamental du socialisme scientifique, qu'il est important de dissocier du "travail" pour comprendre l'exploitation des salariés sous le capitalisme.

Définition[modifier]

La force de travail est la "capacité à travailler", et non pas un travail concret particulier. C'est un concept qui recouvre une réalité bien réelle, puisque c'est la force de travail qui est la marchandise que doivent vendre les travailleurs salariés à leurs employeurs capitalistes.

Lors de l'embauche, le patron achète (via le salaire) le droit à disposer de la force de travail de l'employé, pour une certaine durée. Au cours de cette durée, le travailleur se met à l'oeuvre sur les moyens de production du capitaliste (machines-outils, ordinateurs...), et créé une certaine valeur (qui appartient au propriétaire des moyens de production). Sur cette valeur, il y a assez pour que le capitaliste puisse payer les salaires, mais il y a également une "sur-valeur", la plus-value, qui se transforme en profit lorsque les marchandises sont vendues.

Pour le patron, la force de travail est donc une marchandise dont la valeur d'usage est de créer de la valeur. 

Valeur de la force de travail[modifier]

Comme toute marchandise, la force de travail a une valeur d'échange, qui correspond ici au salaire. Cette valeur moyenne est déterminée par des lois sociales : loi de la valeur, loi de l'offre et la demande, et rapports de forces entre les classes exploitée et exploiteuse.

"La valeur d'un homme, son estimation, est, comme pour toutes les autres choses, son prix, c'est-à-dire exactement ce qu'on en donne pour l'usage de sa force." Thomas Hobbes, Leviathan
"Il faut de toute nécessité qu'un homme vive de son travail, et que son salaire suffise au moins à sa subsistance ; il faut même quelque chose de plus dans la plupart des circonstances ; autrement il serait impossible au travailleur d'élever une famille, et alors la race de ces ouvriers ne pourrait pas durer au-delà de la première génération." Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776

La base du salaire est déterminée par l'argent nécessaire au travailleur pour se nourrir, se loger, se vêtir... et se "régénérer" pour être disponible le jour suivant. Etant donné que dans chacun de ces domaines, la loi de la valeur s'applique, cet argent est déterminé par la somme des temps de travail socialement nécessaire à produire ces différents biens. En conséquence, on retombe sur la loi de la valeur : la valeur de la force de travail est déterminée par la quantité de travail socialement nécessaire à la (re)production de la force de travail. 

Du point de vue directement concret, il serait absurde que le salaire moyen descende en dessous de cette valeur : le patronat a besoin d'une main d'oeuvre en vie ! Cela n'empêche pas que le "minimum vital" peut toujours descendre plus bas sous la pression du capitalisme (pression patronale, menace du chômage, absence d'autres perspectives...). Le syndicalisme et les luttes ouvrières constituent la première arme des prolétaires pour tenter au moins de défendre leurs conditions de travail, au mieux de les améliorer. Il n'y a en soi aucun salaire ni conditions de travail "décents", ce n'est que la norme sociale donnée à un lieu et une époque donnée.

Ce salaire peut être modulé par la loi de l'offre de la demande : si la main d'oeuvre est plus rare dans un secteur donné, il y une tendance à la hausse des salaires, et inversement. Cependant, une des conquêtes de base du mouvement ouvrier a été d'obtenir des contrats de travail fixant légalement le salaire, pour éviter les variations au grès du marché capitaliste. Diverses échéances ont ensuite pour but de négocier les évolutions de salaires (négociations annuelles obligatoires...).

Notes et sources[modifier]

Karl Marx, Salaire, prix et profit, 1865