Stalinisme

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Stalinisme

Le stalinisme (aussi dénommé de manière impropre "marxisme-léninisme") est la politique menée par la bureaucratie de l'URSS et l'Internationale Communiste pendant et après le thermidor soviétique. Cela désigne aussi "l'idéologie" de cette bureaucratie, personnifiée par Staline, bien qu'il n'y ait derrière aucune cohérence idéologique.

Le stalinisme a été une réaction victorieuse en URSS, notamment contre le trotskisme, mais a aussi été le fossoyeur de nombreuses révolutions socialistes, et probablement un des responsables principaux du recul du mouvement ouvrier pendant la seconde moitié du 20e siècle.

La dégénérescence stalinienne[modifier]

Les racines du stalinisme[modifier]

Le stalinisme s'est construit en même temps que la jeune révolution d'Octobre dégénérait. C'est la bureaucratisation de l'appareil d'Etat soviétique et du parti bolchévik qui a constitué la base sociale de cette régression. Cette bureaucratisation a progressivement confisqué le pouvoir des mains des soviets et donc des ouvriers et paysans., sous l'effet de plusieurs facteurs qui font largement débat : la guerre civile qui a aggravé la ruine du pays et tué de nombreux ouvriers bolchéviks conscientisés pendant la révolution, la démoralisation et le repli sur la survie individuelle qui a tué le dynamisme des soviets, l'entrée de nombreux arrivistes peu encombrés de principés dans les rangs du parti, les mesures extrêmes de terreur rouge prises par le parti bolchévik et l'interdiction des fractions...

La bureaucratie, qui détenait à présent des leviers du pouvoir dans un rapport descendant vers les masses, ne voulait plus être gênée par des considérations politiques : les débats pouvant remettre en cause le poste de tel ou tel apparatchik, les révolutionnaires sincères réclamaient des efforts pour l'extension de la révolution mondiale que les cadres ne voulaient plus faire... Cette bureaucratie s'est reconnue dans Staline, qui a su patiemment se constituer un réseau d'influence. C'est la raison de fond qui a fait que la fraction de Staline a pu progressivement s'imposer en écrasant les autres courants du parti.

La victoire des staliniens[modifier]

C'est ce poids croissant qui a permis au stalinisme de se présenter de grès ou de force comme la continuateur de Lénine, en calomniant tout opposant comme Trotsky et l'Opposition de gauche.

En 1937-1938 Staline ouvre un grand procès contre les partisans de Boukharine, qu'il fait appeler le procès du « bloc des droitiers et des trotskistes »[1].

Stalinisme et Opposition de gauche en URSS[modifier]

Le stalinisme a cherché à théoriser ses politiques d'abandon de la révolution internationale, voire contre-révolutionnaires. L'exemple le plus frappant en est la théorie du "socialisme dans un seul pays". C'est notamment ce qui fera que Trotsky dénoncera le « nationalo-socialisme » de Staline.

Stalinisme et Internationale Communiste[modifier]

Les débuts[modifier]

Née dans l'élan de la Révolution russe, l'Internationale Communiste s'est développée très rapidement, et face à la discréditée Deuxième internationale, elle avait vocation à donner un nouveau souffle révolutionnaire au mouvement ouvrier et au socialisme scientifique. Mais sa rapide stalinisation a tragiquement eu l'effet inverse : l'IC a conduit à l'échec ou a directement étouffé des révolutions ouvrières prometteuses. L'échec de la révolution allemande en 1923 s'explique encore en grande partie par des erreurs (notamment l'inexpérience du KPD). Mais quoi qu'il en soit, cela va avoir un effet démoralisant qui renforcera les conservateurs dans l'appareil soviétique, et affaiblira les révolutionnaires.

L'opportunisme croissant[modifier]

Au cours des années 1920, la politique de l'Internationale communiste devient progressivement de plus en plus opportuniste, au fur et à mesure de sa bureaucratisation. L'Etat soviétique utilise de plus en plus l'Internationale comme un outil pour défendre ses intérêts matériels et diplomatiques, dans une logique d'autoconservation qui se cache derrière le concept de socialisme dans un seul pays.

Cela conduit à une alliance avec les dirigeants syndicaux anglais qui brise la grève générale de 1926, et surtout à l'écrasement de la révolution chinoise (1925-1927).

Des concessions verbales aux restes de communistes sont encore faites, comme par exemple les textes de 1928 de l'Internationale communiste qui contiennent des passages évoquant des mesures à prendre contre la bureaucratisation en URSS, alors que celle-ci était déjà très avancée[2].

La « Troisième période » (1928-1935)[modifier]

En 1928 l'Internationale opère un brusque revirement, qui sera nommé la politique « classe contre classe », ou « troisième période ». Toutes les sections de l'IC reçoivent la consigne de passer immédiatement à l'agitation et action révolutionnaire.[3] En Chine, les communistes repliés dans les campagnes proclament de petites républiques soviétiques (sans aucune auto-organisation des masses).

En Europe, cela se traduit surtout par une attitude sectaire envers les partis social-démocrates, que les PC vont désormais qualifier de « social-fascistes ». Ils refusent tout front unique, et en particulier refusent d'organiser une riposte de classe face aux attaques des groupes fascistes.

Pire, les staliniens vont parfois jusqu'à brouiller les lignes idéologiques entre fascisme et communisme pour draguer l'électorat du parti nazi.

« Le fait est là, dans une campagne déterminée, le bureaucratisme stalinien entraîna les ouvriers révolutionnaires dans un front unique avec les hitlériens contre la social-démocratie. Dans la fanfare communiste du 1er août, en pleine agitation pour le "referendum rouge", on publie, à côté du portrait de Scheringer, un de ses messages apostoliques, voici ce qu'on y lit textuellement . "Quiconque s'oppose aujourd'hui à la révolution populaire, à la guerre révolutionnaire libératrice, trahit la cause des morts de la guerre mondiale qui ont donné leur vie pour une Allemagne libre". Ainsi, la bureaucratie stalinienne tend de plus en plus à agir contre le fascisme en utilisant les armes de ce dernier ; elle lui emprunte les couleurs de sa palette politique et s'efforce de la dépasser en surenchère patriotique. Il est difficile d'imaginer une capitulation de principe plus honteuse que celle des staliniens qui ont remplacé le mot d'ordre de la révolution prolétarienne par celui de la "révolution populaire". »[4]

En 1932, le PC allemand met sur pied l'Action antifasciste, qui prétend être un front d'autodéfense contre les nazis. Mais il refuse encore de réaliser des milices ouvrières unifiées avec les milices du SPD.

Cette politique désastreuse sera en grande partie responsable de la victoire des nazis en 1932. C'est cette échec menant à la destruction du mouvement ouvrier allemande qui convainc Trotski que l'Internationale ne peut plus être redressée et qu'une Quatrième internationale doit être fondée.

Les fronts populaires[modifier]

Staline fait faire un nouveau zigzag à l'Internationale à partir de 1935 avec la ligne des fronts populaires. Craignant directement pour la survie de l'URSS, il promeut l'alliance des forces antifascistes (qu'elles soient communistes, social-démocrates, bourgeoises...), et sur le plan diplomatique il flatte « le camp des démocraties » contre les Etats fascistes. Pour s'allier à leur bourgeoisie nationale, les PC vont épouser le nationalisme, mettre en veilleuse la dénonciation de l'impérialisme français et anglais...

Ainsi en France le tournant à 180° du PCF est spectaculaire. L'Humanité publie le 15 mai 1935 un communiqué suite à la visite de Laval à Moscou : « M. Staline comprend et approuve pleinement la politique de défense nationale faite par la France pour maintenir sa force armée au niveau de sa sécurité ». Alors que L'Humanité était engagée dans une campagne antimilitariste contre le gouvernement, elle devient brusquement patriote. Elle reprend la Marseillaise et le drapeau bleu blanc rouge...  Elle abandonne du jour au lendemain sa ligne « classe contre classe », et vantera bientôt le rapprochement non seulement avec la SFIO mais aussi avec le Parti radical (parti de gouvernement appuyé sur la petite-bourgeoisie), dans le cadre du Front populaire. Lorsqu'éclatera la grève générale de juin 1936, le PCF et la CGT feront tout pour calmer les ouvriers.

Dans la Révolution espagnole (1936-1939), les staliniens (qui sont au départ faiblement implantés mais qui bénéficient de l'appui de l'Etat soviétique) font un bloc acritique avec les bourgeois démocrates contre les franquistes, allant pour leur plaire jusqu'à désamorcer l'élan socialiste révolutionnaire et à assassiner des leaders anarchistes et poumistes. Or l'élan révolutionnaire était le seul qui pouvait donner aux masses la combativité suffisante pour vaincre le fascisme.

Jusqu'au milieu des années 1930, les militants communistes de certains pays ont parfois des réflexes démocratiques élémentaires pour défendre Trotsky. Ainsi en août 1936, lorsque des fascistes s'introduisent dans la maison où est hébergé Trotsky en Norvège, le PC norvégien convoque immédiatement un meeting de condamnation des fascistes. Mais Moscou opère aussi un recadrage : l'agence Tass affirme que les fascistes rendaient visite à Trotsky, l'Humanité reprend cette diffamation, et le PC norvégien revendique alors l'expulsion de Trotsky.[5]

La IIe guerre mondiale et la dissolution de l'Internationale[modifier]

Calomnies et falsifications[modifier]

Le régime totalitaire stalinien et ses relais à l'échelle mondiale vont se faire une spécialité de transformer la réalité à leur guise et de calmonier leurs opposants.

En 1929, la Pravda titre sur « Mister Trotski au service de la bourgeoisie britannique ».

Le 20 juin 1937, paraît dans L'Humanité un article de George Soria, « Le trotskisme au service de Hitler »qui invite que le POUM préparerait un complot avec les franquistes. Le même Soria récidive dans le numéro du 25 septembre en titrant « Le trotskisme au service de Franco ».

L'Humanité du 20 avril 1934 affiche en première page « La fraction trotskiste dans le camp de la contre-révolution »[6].

Ces pratiques iront jusqu'à la falsification de nombreuses photographies (opposants comme Trotski effacés...).

Cette propagande anti-trotskiste se poursuivra dans l'après-guerre. Par exemple en 1969 paraissent aux Editions de Moscou Le parti des bolchéviks en lutte contre le trotskisme, et Le Trotskisme, cet antiléninisme.

Le régime stalinien[modifier]

Répression de toute opposition[modifier]

Domination sociale[modifier]

La société sous Staline était bien sûr brutale (des millions de morts...), mais aussi profondément inégalitaire. La particularité par rapport aux sociétés capitalistes, était que cette inégalité ne se basait pas vraiment sur des différences de revenus, car les écarts sont restés relativement faibles depuis la révolution, même s'ils ont grandi. En revanche, les dirigeants de la production étatisée, c'est à dire la bureaucratie (ou Nomenklatura), s'est arrogée de grands privilèges dans l'accès aux biens.

Staline justifiait cet état de fait par une des formules lapidaires et pseudo-léninistes dont il avait le secret :

« Tout léniniste sait (s’il est un véritable léniniste) que l’égalisation dans le domaine des nécessités et de la vie individuelle est une absurdité réactionnaire petite-bourgeoise. » [7]

Regain du racisme[modifier]

Par rapport à la politique des bolchéviks qui étaient progressistes sur la question nationale en Russie (notamment sous la vigilance de Lénine qui critiquait activement les tendances au chauvinisme grand russe, y compris dans le parti), le stalinisme a représenté un recul. L'affaire géorgienne, dans les derniers moments de Lénine, montre que cela a même été un des symboles du basculement.

Sous le régime stalinien, l'antisémitisme a vite connu une résurgence, finissant par frapper même ceux des juifs qui étaient les plus zélés staliniens, comme le journaliste/dénonciateur David Zaslavski[8].

Staline n'hésitait pas à sous-entendre que l'Opposition de gauche était dominée par des juifs (ce qui était factuellement faux), et ce fut encore pire au moment de l'Opposition unifiée (avec Zinoviev et Kamenev), où des staliniens répandaient l'idée que l'opposition était le fait de « trois intellectuels juifs mécontents ».[9] Officiellement, Staline niait cependant tout antisémitisme. Il dut même déclarer un jour : « Nous nous battons contre Trotsky, Zinoviev et Kamenev non parce qu’ils sont juifs, mais parce qu’ils sont dans l’opposition, etc. ». Mais il prenait soin de véhiculer de nombreux sous-entendus, par exemple en insistant sur les noms juifs des bolchéviks qui avaient des pseudonymes, ou contre le fils de Trotski qui avait pris le nom russe de sa mère :

« lorsque mon fils Serge Sedov fut l’objet de l’incroyable accusation d’avoir comploté d’empoisonner des travailleurs, le GPU a annoncé dans la presse soviétique et étrangère que le véritable nom de mon fils n’était pas Sedov, mais Bronstein. Si ces falsificateurs avaient voulu souligner les liens de l’accusé avec moi, ils l’auraient appelé Trotsky, puisque politiquement le nom de Bronstein ne dit rien à personne. Mais ils avaient en tête une autre idée : en fait, ils voulaient souligner mon origine juive  »[9]

A l'étranger parmi les soutiens et compagnons de route du « communisme officiel » (le stalinisme), on ne voulait pas voir ces problèmes et celui de l'antisémitisme en particulier. L'URSS était vue comme porteuse de paix entre les peuples et d'opposition radicale au nazisme.

Recul du féminisme, des droits LGBTI...[modifier]

Le stalinisme a aussi représenté un recul sur la condition des femmes et des LGBTI. Entre 1927 et 1930, les autorités amorçent une vague homophobe : ces sujets sont censurés, l'homosexualité est considérée comme une maladie mentale...[10]

Le 7 mars 1934, l'interdiction de l'homosexualité masculine est ajoutée au code criminel (article 121), et attaquée comme « signe de fascisme » (dans un contexte de lutte contre l'Allemagne nazie). Autre signe de la profonde réaction de cette époque, l'avortement est interdit par un décret du 27 juillet 1936.

Recul artistique, scientifique...[modifier]

La période stalinienne entraînera dans les domaines artistiques, scientifiques et culturels une véritable chape de plomb. Toute production intellectuelle (comme manuelle) est mise au pas au service du régime. Ceux qui étaient reconnus dans leur domaine sont souvent mis à l'écart, même ceux qui avaient percé dans la période de la fin des années 1920 déjà bureaucratisée. Staline se méfie d'eux parce que leur poste et leur influence n'est pas totalement subordonnée à lui, ou parce que les créations ou recherches qu'ils ont développées ne sont pas parfaitement adaptées à la propagande de l'Etat. Ainsi les recherches novatrices sur l'écologie sont mises de côté, les thèses de l'historien Pokrovsky sont rejetées... Le symbole le plus caricatural de la « science » manipulée (et donc non scientifique) est la doctrine de Lyssenko, qui conduira au rejet pendant plusieurs années de la génétique, considérée comme « bourgeoise ».

Le stalinisme après Staline[modifier]

A la mort de Staline en 1953, le régime opère un léger assouplissement de son totalitarisme. Les « excès » de Staline sont dénoncés par Krouchtchev, ce qui sera appelé la « déstalinisation ». Mais les bases de la société resteront les mêmes.

Les travailleurs d'URSS n'étaient pas dupes, et voyaient bien la contradiction avec le dogme officiel. On peut en voir un exemple dans cette blague qui circulait sur Leonid Brejnev (chef de l'URSS de 1964 à 1982) :

Brejnev tenait [démontrer à sa mère] sa réussite. Il la fait venir de Dniéprodzerjinsk, en Ukraine, pour lui montrer son vaste appartement, mais elle reste muette, même un peu gênée. Alors il téléphone au Kremlin, ordonne qu’on lui amène sa Zil, et il conduit sa mère à sa datcha d’Ousovo, où ont résidé Staline et Khrouchtchev. Il lui fait tout visiter, lui montre les magnifiques jardins, mais elle ne dit toujours rien. Alors il commande son hélicoptère personnel et l’emmène droit à son pavillon de chasse de Zavidovo. Là, il la fait entrer dans la salle de banquet, lui fait admirer l’énorme cheminée, ses fusils, tout le luxe et, incapable de se retenir plus longtemps, il supplie : « Dis-moi, maman, qu’est-ce que tu en penses ? » Elle hésite, et puis hasarde : « Ma foi, c’est bien beau. Leonid… Mais si les Rouges reviennent ? »[7]

La loi du 23 novembre 1955 autorise à nouveau l’avortement. En revanche la répression de l'homosexualité se maintient. En 1968, un chirurgien soviétique est le premier à réaliser une opération de réassignation sexuelle, ce qui lui vaudra des ennuis et sera tenu secret pendant 20 ans[11].

Luttes contre les régimes staliniens[modifier]

Il y a eu différents exemples de luttes contre des régimes staliniens :

Bolchévisme et stalinisme[modifier]

Naturellement, la politique intérieure et extérieure de l’URSS sous Staline n’a rien à voir avec l’élan émancipateur et internationaliste de la révolution d’Octobre. Comment est-on passé d’un mouvement révolutionnaire inédit, créateur et libérateur à une dictature totalitaire ?

La thèse de la continuité entre bolchévisme et stalinisme est défendue, pour des raisons opposées, à la fois par les staliniens, qui se présentent comme les héritiers d’Octobre, et par les réactionnaires qui veulent couvrir d’un même opprobre le stalinisme et le communisme en général. Certains anarchistes font ou ont également fait ce raccourci entre marxisme et stalinisme.

Affiche de propagande soviétique, 1933
Affiche de propagande frontiste anticommuniste
Affiche de propagande anarchiste anticommuniste, 1980

Face à ce raccourci, Trotsky et les trotskystes voient dans l’isolement international de la Russie et dans l’affaiblissement numérique de la classe ouvrière la source de la bureaucratisation du régime, bureaucratisation dont Staline deviendra le nom.

Cependant, sans remettre en cause cette analyse générale, certains auteurs trotskystes se sont attachés à montrer comment certains défauts contenus dans la première phase de la révolution russe ont pu, par la suite, contribuer à donner naissance au monstre stalinien.

Article détaillé : Bolchévisme et stalinisme.

Notes et sources[modifier]