Richesse

De Wikirouge
Aller à : navigation, rechercher
Riche-cigare.gif
La richesse est une abondance, qui se traduit différemment selon les époques. Elle est toujours relative et définie socialement, comme la pauvreté.

On peut parler de richesse d'un ou plusieurs individus (les riches), mais aussi de la richesse sociale, de sa production, qui pose en même temps le problème de sa distribution.

Sources de la richesse[modifier]

On peut distinguer deux grandes sources de la richesse : le travail et la nature (fertilité des sols, fruits, minerais...). En réalité la distinction entre les deux est assez formelle, même si elle est intuitive, car les richesses naturelles sont le fruit du travail ne nombreux êtres vivants et phénomènes physico-chimiques, dont nous sommes une composante, certes plus consciente que les autres.

« Le travail n'est donc pas l'unique source des valeurs d'usage qu'il produit, de la richesse matérielle. Il en est le père, et la terre, la mère, comme dit Wlliam Petty. » Karl Marx, Le Capital, Livre 1

Aux premiers stades de l'humanité, le travail des hommes était très peu productif, et c'est la nature qui est était principalement considérée comme source de toute richesse, et souvent vénérée et déifiée comme telle.

Aujourd'hui, il paraît plus intuitif que les richesses les plus convoitées, en particulier le représentant universel de la richesse - l'argent, sont le fruit du travail humain. Mais depuis le début de l'ère capitaliste, les économistes bourgeois font tout pour embrouiller cette vision, et vont jusqu'à prétendre que c'est le capital qui créé de la richesse[1].

Marx était conscient bien avant l'heure des crises écologiques engendrées par le capitalisme :

« chaque progrès de l'agriculture capitaliste est un progrès non seulement dans l'art de dépouiller le travailleur, mais encore dans l'art de dépouiller le sol... La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu'en épuisant simultanément les deux sources d'où jaillit toute richesse: la terre et le travailleur. » Karl Marx, Le Capital, Livre 1

Lorsque le programme de Gotha de la social-démocratie allemande s'ouvrait sur "Le travail est la source de toute richesse et de toute culture", Marx réagissait :

« La nature est tout autant la source des valeurs d'usage (qui sont bien, tout de même, la richesse réelle !) que le travail, qui n'est lui-même que l'expression d'une force naturelle, la force de travail de l'homme. Cette phrase rebattue se trouve dans tous les abécédaires, et elle n'est vraie qu'à condition de sous-entendre que le travail est antérieur, avec tous les objets et procédés qui l'accompagnent. Mais un programme socialiste ne saurait permettre à cette phraséologie bourgeoise de passer sous silence les conditions qui, seules, peuvent lui donner un sens. Et ce n'est qu'autant que l'homme, dès l'abord, agit en propriétaire à l'égard de la nature, cette source première de tous les moyens et matériaux de travail, ce n'est que s'il la traite comme un objet lui appartenant que son travail devient la source des valeurs d'usage, partant de la richesse. Les bourgeois ont d'excellentes raisons pour attribuer au travail cette surnaturelle puissance de création : car, du fait que le travail est dans la dépendance de la nature, il s'ensuit que l'homme qui ne possède rien d'autre que sa force de travail sera forcément, en tout état de société et de civilisation, l'esclave d'autres hommes qui se seront érigés en détenteurs des conditions objectives du travail. Il ne peut travailler, et vivre par conséquent, qu'avec la permission de ces derniers.» [2]

Historique[modifier]

Aux premiers temps de l'histoire humaine (communisme primitif), il n'y avait pas vraiment de notion de richesse individuelle. Le fruit de la cueillette et de la chasse était consommé collectivement, et il n'y avait pas de moyens de production évolués permettant d'accumulation. Lorsque l'agriculture (révolution néolithique) puis les premières villes sont apparues, la productivité du travail a commencé à décoller, et une richesse sociale se dégager. Assez vite, cela a conduit à ce qu'une aristocratie se forme (noblesse souvent fusionnée avec un clergé) et se donne le pouvoir de récupérer une part dominante de cette richesse.

Jusqu'au capitalisme, les riches étaient donc principalement des nobles (au sens large : des mandarins, des évêques, etc...) détournant directement (corvées...) ou indirectement (dime, gabelle...) la richesse sociale, elle-même reposant avant tout sur la paysannerie. Mais il y a très tôt eu également une classe de marchands, dont certains étaient riches. Cette classe s'est développée en Europe à l'époque moderne (bourgeoisie commerçante), et c'est finalement elle qui est parvenue à édifier un nouveau mode de production, dans lequel l'argent est le point de départ et le point d'arrivée. Ce système permet aujourd'hui de générer une richesse sociale sans précédent, qui rend possible une distribution égalitaire pour un travail réduit. Mais cela se heurte à la propriété privée des moyens de production : les capitalistes produisent pour leur profit, et non en fonction des besoins sociaux ni des conséquences environnementales.

En 1977, le livre Travailler deux heures par jour montrait l'ampleur de la richesse accumulée et accaparée :

« Le revenu mensuel moyen, net d'impôts, pour un couple ayant deux enfants se situe en 1975 autour de 6 500 F [environ 3700 € de 2015]. Ce chiffre surprendra sans doute par son ampleur. Comment a-t-il été obtenu? En supposant que la somme totale de ce que chacun gagne en France a été répartie équitablement entre tous les foyers. »

La crise de 2007-2010 illustre encore une fois les profondes contradictions du capitalisme, qui conduisent à l'appauvrissement d'un côté, et de l'autre à l'enrichissement d'une minorité :

Millionnaires2009-2010.png

La soif d'enrichissement[modifier]

Les penseurs bourgeois définissent souvent la quête de l'accumulation de richesses comme le mobile éternel de chaque individu. Cela traduit surtout l'idéologie dominante née de la condition de capitaliste. On peut spéculer sur l'origine du plaisir d'accumuler des biens particuliers, mais la manie de l'accumulation de l'argent n'a pu se généraliser qu'après que l'argent soit devenu le représentant de toute richesse.

"La passion des richesses est autre chose que la soif instinctive de richesses particulières, telles les habits, les armes, les bijoux, les femmes, le vin ; elle n'est possible que si la richesse générale en tant que telle, s'individualise dans un objet particulier, [l'argent]. [...]
L'argent n'est donc pas seulement l'objet, mais encore la source de la soif de s'enrichir. Le goût de la possession peut exister sans l'argent ; la soif de s'enrichir est le produit d'un développement social déterminé, elle n'est pas naturelle mais historique. D'où les récriminations des Anciens contre l'argent, source de tout Mal."[3]

Notes et sources[modifier]

  1. Un exemple : ici
  2. Karl Marx, Critique du programme de Gotha, 1875
  3. Karl Marx, Grundrisse, Chapitre de l'Argent