Surpêche

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La surpêche est la pêche excessive de certains poissons, crustacés ou mollusques. Aujourd'hui, nous sommes partout en situation de surpêche en raison de la course aveugle de la pêche capitaliste. Cela menace à directement les populations qui vivent principalement de leurs petites prises, et cela détruit les équilibres écologiques marins.

Situation[modifier]

Aujourd'hui les trois quart des grandes réserves de pêche sont surexploitées, menacées de non-reproduction ou déjà épuisées.[1] Parmi les différentes espèces de poissons, 77 % seraient impactées à différents degrés, 8 % serait épuisées, 17 % surexploitées et 52 % exploitées à leur maximum. Les prises de poissons ont atteint un maximum de 100 millions de tonnes en l’an 2000 mais la production stagne depuis 1990 alors que les capacités de pêche ne cessent d’augmenter. Les individus capturés sont de moins en moins gros et de plus en plus jeunes.

Les espèces menacées sont de plus en plus nombreuses : le thon rouge en Méditerranée et dans l’Atlantique, la morue (cabillaud), le haddock de Merd du Nord, l'anguille d'Europe, la sardine en Californie, l’anchois du Chili / Pérou, voire le poulpe au large de la Mauritanie...

Même si la biodiversité marine est aussi attaquée par la pollution de l'eau (marées noires et autre...) et le changement climatique, c'est principalement la pêche excessive qui vide les océans.

Par ailleurs, il ne peut pas y avoir de surpêche sans qu'il y ait de graves conséquences sur les écosystèmes marins. Par exemple, on sait que beaucoup d'oiseaux prédateurs sont menacés par le manque de proies, et il se pourrait bien qu'en retour, leur diminution ait des conséquences nocives : comme ils attrapent plutôt les poissons malades ou moins vifs, ils entretiennent une bonne santé globale des stocks.

Prémisse : les progrès techniques[modifier]

Tant que les moyens de pêche étaient rudimentaires, les hommes ne pouvaient pas imaginer qu'ils étaient capables de vider les océans. Par exemple en 1609, un juriste proclamait « La pêche en mer est libre, car il est impossible d’en épuiser les richesses »[2].

Mais sur de petits écosystèmes, un peu d'ingéniosité a vite suffit à atteindre l'état de surpêche. Ainsi depuis au moins le XVIIIème siècle, on savait poser des barrages[3] interceptant tous les saumons remontant un cours d'eau !

C'est la révolution industrielle qui a engendré de tels progrès techniques qu'elle a rendu possible la surpêche à grande échelle. Le problème a commencé à se poser un peu après sur les littoraux, comme avec les sardines de Douarnenez surexploitées dès la fin du XIXème siècle. Puis rapidement, cela a touché les océans.

Début XXème, les bateaux à vapeur remplacèrent les voiliers, les filets remplacèrent les lignes, puis devinrent maillants. On inventa la congélation à bord. Dès 1921 la General Food inventa la machine à débiter les filets de morue. Vers 1950 des bateaux usines apparurent, le sonar fut utilisé pour détecter les bancs. La fuite en avant se poursuivit. Les gros armateurs de chaque pays compensèrent la raréfaction du poisson par l’augmentation de la taille des bateaux. Ils allèrent vider les eaux internationales à proximité de Terre-Neuve quand leurs propres eaux territoriales furent dépeuplées.

La surpêche capitaliste[modifier]

C'est le progrès technique qui a rendu possible la surpêche, mais le fait qu'elle se poursuive aveuglément est le fait du capitalisme, ce système de concurrence effrenée pour le profit.

L'augmentation de la productivité n'est pas un problème en elle-même, au contraire puisqu'elle permet d'économiser du travail humain. Il y a en revanche deux principaux bémols :

  • cette productivité est aujourd'hui basée sur la combustion à outrance d'énergie fossile, qui n'est pas renouvelable, et surtout qui menace déjà la planète d'un dangereux changement climatique
  • le niveau de pêche actuel va plus vite que la reproduction naturelle

Le problème de fond c'est que les choix concernant ces moyens techniques surpuissants ne sont pas faits de façon démocratique, ce que les bourgeois légitiment puisque c'est leur "propriété privée".

Il aurait fallu depuis longtemps planifier la pêche en surveillant scrupuleusement le renouvèlement des stocks, mais la logique capitaliste mène à l'exact opposé. À aucun moment il n’y eut de concertation ou de réel programme pour préserver des zones de reproduction. Il a fallu la quasi disparition de la morue dans l’Atlantique Nord pour qu'un moratoire de sa pêche soit imposé en 1992.

Aujourd'hui, cette course aveugle a conduit à une absurdité : les bateaux-usines surdimensionnés qui ne pourront fonctionner que peu de temps... Comme l’Atlantic Dawn mis en service en 2000, irlandais puis racheté par des Néerlandais, pouvait traiter 15 % de la capacité irlandaise de pêche et peut traiter 30 t/heure, 400 t/jour de poisson (pour une capacité totale de 7 millions de kg de poisson surgelé en moins de 30 jours, avec chambre froide de 3000 t. Entre 1970 et 1990, le nombre de bateaux de plus de 100 tonnes a doublé. La pêche mondiale est aujourd’hui dominée par quelques gros industriels : 1 % de la flotte de pêche mondiale est responsable de 50% des prises.

En plus de sa surcapacité, cette pêche capitaliste a d'énormes dommages collatéraux. Les filets employés sont si fins qu'ils récupèrent bien plus que les poissons recherchés : 25 % des poissons (27 millions de tonnes) qui sont péchés sont rejetés morts à la mer car ils n’appartiennent pas aux espèces souhaitées (des dauphins, des tortues, des oiseaux marins...). Plus cynique encore : la bourse étant suivie en direct depuis les bateaux-usines, il arrive que les prises soient rejetées simplement parce que le prix de vente est jugé trop bas et donc la pêche pas assez rentable.

Non seulement les gouvernements bourgeois ne font rien de sérieux pour enrayer cette prédation mais leur politique la renforce. Les représentants français aux commissions internationales sur la pêche au thon s’opposent, par exemple, à toute limitation sérieuse des prélèvements qui permettrait le renouvellement des stocks. Il faut dire que les prises françaises de thons - qui représentent 20 % du total - sont deux fois plus importantes que les quotas autorisés.

Le gouvernement invoque la sauvegarde de l’emploi. Mais les petits pêcheurs sont les premières victimes de la raréfaction du poisson. Il en est de la pêche ce qu’il en fut pour l’agriculture dans les années 1960 et 1970 : les petits pêcheurs disparaissent mais les gouvernements utilisent leur détresse pour subventionner massivement les gros armateurs. Des centaines de millions d’euros ont été versés par l’Union européenne aux gros propriétaires au prétexte de réduire le nombre de bateaux.

L'impérialisme dans la pêche[modifier]

Les premiers pays à avoir anéanti leurs stocks de poissons sont les pays où la bourgeoisie s'est développée le plus tôt (Europe occidentale, Etats-Unis, Japon). Ce sont ces pays qui les premiers ont étendu leur domination impérialiste au reste du monde, y compris dans la pêche. La raréfaction des ressources a poussé leurs flottes de pêche à pillier les mers des pays du Sud.

Bien sûr il y a en théorie des règles dans ces pays, surtout depuis la "décolonisation" de façade, mais les grands capitalistes passent facilement outre. Parfois de façon carrément illégale, plus souvent par mille et une pressions, par exemple par un marchandage de leur dette. L’Union européenne, au nom des gros pêcheurs d'Europe, achète des droits dans les eaux territoriales des États de l’Afrique de l’Ouest et dans l’océan Pacifique. Il y a plus de 300 bateaux européens qui pêchent régulièrement au large de l’Afrique. Il va sans dire que les accords entre la puissante Union européenne et ces différents pays sont profondément inégalitaires. Les compensations financières n’arrivent pas jusqu’aux pêcheurs locaux. Des dizaines de milliers de petits pêcheurs ne peuvent survivre qu’en sous-traitant pour les bateaux de pêche européens. Du coup ils n’alimentent plus le marché local du poisson, dont les prix flambent.

Dans les années 1960, la Mauritanie, aux eaux très poissonneuses était le pays dont la plus grande part des protéines consommées provenait de la mer. Suite à la vente des droits de pêche par le gouvernement, les poissons mauritaniens sont vendus sur les marchés occidentaux et ne sont plus accessibles au consommateur local.

L’arrivée de grosses flottes près des côtes prive les autochtones d’une ressource importante et pousse les pêcheurs à aller pêcher plus loin en mer pour une rentabilité moindre et de plus grands risques. De plus, la diminution des prises entraîne une augmentation des prix défavorable au consommateur pauvre. Une baisse de la consommation a déjà été observée en Asie du sud.

Même certains pays du Nord sont dominés. Ainsi, quand les bancs de la Mer du Nord commencèrent à s’épuiser, les bateaux britanniques allèrent racler les fonds près de l’Islande. Celle-ci réagit. À deux reprises, en 1958 puis en 1971, il y eut une véritable guerre de la morue entre l’Islande et le Royaume Uni : des navires de combat accompagnèrent les chalutiers britanniques dans les eaux poissonneuses de l’Islande.

Notes et sources[modifier]

  1. Selon la FAO, organisme de l'ONU pour l'alimentation mondiale.
  2. Grotius, Mare Liberum, 1609
  3. Un tel dispositif est ainsi décrit dans l'Encyclopédie de Diderot.