Socialisme utopique

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Phalanstère.jpg
Le socialisme utopique
est le nom qui a été donné rétrospectivement, suite à l'émergence du socialisme scientifique, aux premiers courants socialistes. Malgré leurs limites, ses penseurs ont pris une grande part dans la formation des idées socialistes.

Il désigne principalement les disciples de Saint-Simon, Fourier ou Owen.

Origine du terme[modifier]

Des traces attestées de cette expression peuvent être trouvées en 1839[1]. Quoi qu'il en soit, ce sont Marx et Engels qui marqueront réellement la distinction avec le socialisme scientifique, d'abord dans L'Idéologie allemande[2], puis dans Socialisme utopique et socialisme scientifique.[3]

Le terme utopie vient quant à lui du fameux livre de Thomas More, Utopia.

Généralités[modifier]

Au début du 19e siècle, le développement rapide de la Révolution industrielle et, partant, de l'opposition capital-travail, rendait flagrante l'absence d'harmonie du mode de production que l'on nomma capitalisme. Des penseurs se lancèrent à la fois dans d'âpres critiques de ce système économique, et dans l'élaboration imaginaire de communautés harmonieuses.

Le fondement de leurs conceptions est basé sur un idéalisme historique : la philosophie des Lumières prévoyait un monde humaniste, et s'il n'a pas vu le jour, c'est que des hommes de bonne volonté n'ont pas montré l'exemple et lutté contre la corruption de la richesse...

Alors les différentes écoles ou sectes que fondèrent leurs disciples, chacune avec des chefs, souvent de bonne volonté, mais souvent aussi un peu illuminés, étaient en concurrence les unes avec les autres. Les différentes théories variaient avec la formation intellectuelle et les penchants de leurs maîtres à penser respectifs. Les idées socialistes ne sortaient pas des débats théoriques, des constructions imaginaires, certes généreuses et brillantes, mais coupées de la réalité sociale et de l’économie.

Marx et Engels, en particulier dans leur jeunesse, furent marqués par les expériences et élaborations des socialistes utopiques. Par exemple en 1845 Engels décrit de façon élogieuse les expériences «communistes» faites aux Etats-Unis par des communautés égalitaristes (quakers, shakers, owenistes...)[4]. Mais au cours des différents débats qui traversent le socialisme, et suite à leurs réflexions et à leurs observations du mouvement ouvrier naissant, Marx et Engels vont produire une critique de ces courants, ce qui les conduira à définir leur « socialisme scientifique ».

Les trois grands utopistes[modifier]

Saint-Simon[modifier]

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Saint-Simon était un chantre de la nouvelle société industrielle et des entrepreneurs, face aux oisifs (nobles, rentiers...). Il voyait la misère sociale, mais pensait qu'un âge d'or était proche, à condition que les capitalistes écoutent la Raison et se lancent dans une planification économique.

Charles Fourier[modifier]

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Charles Fourier fut lui un grand critique des ravages du capitalisme, de l'idéologie bourgeoise, et l'un des premiers à dénoncer l'oppression des femmes. Il prônait la construction de phalanstères où les travailleurs pourraient vivre en Harmonie. Les capitaux nécessaires ne vinrent pas.

Robert Owen[modifier]

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Robert Owen était un industriel anglais philanthrope. Il tenta d'améliorer la condition de ses ouvriers et de financer des colonies modèles pour les travailleurs. Mais il s'intéressa aussi au syndicalisme et au mouvement révolutionnaire chartiste.

Autres[modifier]

Dans l'utopie d'Etienne Cabet (Voyage en Icarie, 1840), le machinisme et l'égalitarisme affranchissent l'humanité de la misère et des inégalités. Cabet et ses disciples ont tenté de réaliser des « Icarie » aux Etats-Unis, mais les expériences ont connu l'échec.

Marx cite également les théories de Charles Bray.[5]

Rupture partielle[modifier]

Louis-Auguste Blanqui[modifier]

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Blanqui repoussait les constructions imaginaires, et se voulait un homme d'action. Mais la révolution politique qu'il défendait consistait en une insurrection d'un petit groupe de comploteurs aguerris, et passait outre l'auto-organisation du mouvement ouvrier.

Proudhon[modifier]

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Proudhon est l'auteur d'une critique radicale de l'Etat bourgeois et de la propriété capitaliste. Mais ses conceptions mutuellistes et sa méfiance vis à vis du socialisme le limite à une politique petite-bourgeoise, opposée au marxisme.

Résurgences[modifier]

Le socialisme scientifique marxiste a éclipsé la plupart des courants utopistes par son grand succès à la fin du 19e siècle, principalement parce qu'il fut capable de s'adresser à la bien réelle classe ouvrière et d'analyser le capitalisme, alors qu'aucun utopisme ne parvenait à transformer la société.

Aux Etats-Unis, le marxisme a été historiquement moins fort, et on trouve un plus grand nombre de mouvements utopistes. On peut citer notamment le mouvement des « clubs nationalistes »[6] de Edward Bellamy, en faveur de la nationalisation pacifique de l'industrie mais sans aucune notion de lutte de classe. Le marxiste Morris Hillquit en faisait une critique dès 1903[7].

Néanmois il reste, notamment dans les périodes de reflux du mouvement ouvrier, des espaces pour une résurgence ponctuelle de tendances assimilables au socialisme utopique. Notamment beaucoup d'expériences post soixante-huitardes.

Notes et sources[modifier]

Daniel Bensaïd, Socialismes utopiques d'hier et d'aujourd'hui.

  1. Histoire de l'économie politique, Jérôme Blanqui.
  2. Karl Marx, Friedrich Engels, L'Idéologie allemande, 1845
  3. Friedrich Engels, Socialisme utopique et socialisme scientifique, 1880
  4. Friedrich Engels, Description de colonies communistes surgies ces derniers temps et encore existantes, 1845
  5. Karl Marx, Misère de la philosophie, 1847
  6. https://en.wikipedia.org/wiki/Nationalist_Clubs
  7. Morris Hillquit, History of Socialism in the United States. Fifth Revised and Enlarged Edition. New York: Funk and Wagnalls, 1910; p. 289.