Prolétariat

De Wikirouge
Aller à : navigation, rechercher
Travailleurs2.jpg
Le prolétariat est l’ensemble des personnes obligées de vendre leur force de travail pour vivre, ne possédant pas de moyen de production. Par extension y sont aussi inclus ceux qui sont sans emploi (chômeurs), ceux qui en ont vécu (retraités) et ceux qui en vivront (jeunes de familles prolétaires). Dans notre société capitaliste, c'est la classe sociale dont les intérêts objectifs sont diamétralement opposés à ceux de la bourgeoisie, et qui seule est capable de le renverser.

Définitions[modifier]

Étymologie[modifier]

Le mot prolétaire désigne à l'origine un citoyen romain qui n'a que ses enfants (proles) comme richesse. Il forme la classe la moins considérée de la civitas (ensemble des citoyens), constituée de ceux qui ne peuvent s'acheter aucune pièce d'armure et qui ne possèdent le droit de vote qu'en théorie. C'est la dernière classe sociale.

Prolétariat et classe ouvrière[modifier]

Le prolétariat est une catégorie plus générale que celle de "classe ouvrière", car on peut être prolétaire dans de nombreux secteurs non-industriels : saisonnier agricole, enseignant, dessinateur dans un bureau d'études...

Toutefois, le terme de classe ouvrière est souvent employé au sens de "classe travailleuse", donc pour désigner le prolétariat dans son ensemble.

Prolétariat et salariat[modifier]

Globalement, le salariat correspond au prolétariat. Mais le capitalisme a imposé partout la forme du salariat, si bien qu'on considère "salariés" certains dirigeants d'entreprises ou hauts fonctionnaires, qui font en réalité partie de la bourgeoisie. On va même parfois jusqu'à considérer dans les statistiques que les revenus des PDG sont des salaires, alors que ce sont des revenus du capital et non pas du travail.

Prolétariat et conscience de classe[modifier]

Une première évidence s'impose : il est a priori plus facile de faire naître la conscience de classe dans un milieu ouvrier, où beaucoup de travailleurs sont réunis et sont sur le même plan. A l'inverse, c'est plus difficile lorsque les travailleurs sont peu et très hiérarchisés (secrétaire, technicien, ingénieur...) ou dispersés (routiers, télétravail...). La proximité avec le patron ou la direction joue aussi un rôle important : dans une très petite entreprise, des rapports personnels directs masquent souvent l'exploitation ou la rendent taboue. L'augmentation du recours à la sous-traitance par les grands trusts est un facteur de destruction de la conscience de classe.

Cela étant, ce serait un matérialisme mécaniste de penser que c'est la seule voie de formation de l'identié prolétarienne. Le peuple travailleur de Paris pendant la Commune avait une conscience de classe aigüe, alors que la grande industrie était encore embryonnaire. Au XIXème siècle plus généralement, les lieux de travail ne ressemblaient pas aux grandes usines que nous connaissons, sans que cela empêche la révolte. La conscience d'être simplement "les pauvres exploités" peut aussi être très forte, lorsqu'elle est évidente dans la famille, le voisinage, la communauté... et que l'illusion d'ascension sociale n'existe pas.

Couches au sein du prolétariat[modifier]

Le prolétariat n'est pas un ensemble sociologique homogène. Pour le socialisme scientifique, il s'agit de mettre en avant les intérêts communs objectifs à l'ensemble, mais pas de bêtement nier les différentes couches en son sein. Au contraire, les étudier, c'est mieux comprendre comment l'idéologie dominante peut nous diviser, et comment on peut se battre pour réunifier.

Il existe une reproduction sociale relative : les travailleurs diplomés ont plus de chances de voir leurs enfants diplomés aussi, tandis que les non-qualifiés forment souvent les non-qualifiés des générations suivantes. Certaines exceptions sont facilement compréhensibles : les profs par exemple, s'ils ne sont pas particulièrement bien payés, ont un "capital culturel" qui peut les aider eux ou leurs enfants à se retrouver parmi les plus qualifiés.

Toutefois cela ne forme pas des classes : il est bien plus facile de "s'élever" ou de "chuter" au sein du prolétariat que de sortir de la condition de prolétaire (de devenir capitaliste, rentier, député...).

La délimitation est bien sûr floue pour certains catégories comme les ingénieurs ou les cadres. Ils ne possèdent pas non plus leur outil de travail. Mais leurs salaires et leurs fonctions dans les entreprises les rangent plus souvent dans le camp des patrons que dans celui des prolétaires. Pourtant aujourd'hui la catégorie des cadres n'est plus homogène, une partie de plus en plus grande se prolétarise. C'est-à-dire que ses conditions de travail sont régies par le capital : horaires, division et intensité du travail alors que la participation au profit est de plus en plus limitée. Par ailleurs dans des entreprises de plus en plus nombreuses la grande majorité du personnel est composée de cadres, ce qui les amène à des comportements proches de la classe ouvrière : syndicalisme, actions collectives. Seuls les cadres dits supérieurs échappent au processus.

Distinctions économiques[modifier]

Il peut être utile de distinguer, à des fins d'analyse économique, différentes sous-catégories dans le prolétariat.

Par exemple, Marx distingue le travail productif du travail non productif. Le travail productif est celui qui créé de la valeur nouvelle et donc de la plus-value. On le trouve dans les usines, la conception de logiciels, les chantiers, les mines, les transports, l'agriculture... A l'inverse le prolétariat non productif ne créé pas directement de la plus-value, ce qui ne change rien au fait qu'il doive lui aussi vendre sa force de travail comme marchandise. Ce terme n'a pas de connotation dévalorisante, et ne signifie pas nécessairement qu'il soit inutile au fonctionnement du capitalisme, loin de là.

Le prolétariat d'aujourd'hui[modifier]

Les Statistiques de l’INSEE sont éclairantes même si les définitions des catégories socioprofessionnelles utilisées ne recoupent pas la définition marxiste. Les ouvriers au sens le plus restrictif sont aujourd’hui environ 7 millions en France, soit a peu près 27% de la population active et les employés sont environ 7.8 millions soit 30% de la même population active. A cela s'ajoute les chômeurs et les retraités... et une bonne partie de ceux que l'INSEE classe comme « cadres » ou profession intermédiaires. Au total le salariat, la classe ouvrière au sens large représente entre 70 et 80% de la population adulte. C’est donc encore de loin la force sociale majoritaire dans la société.

Le rôle révolutionnaire du prolétariat[modifier]

Les classes sociales existent toujours, leurs intérêts s’opposent et restent inconciliables. La bourgeoisie étant organisée et ayant conscience d’avoir des intérêts communs, il est nécessaire d’organiser les salariés en reconstruisant la conscience d’être une classe, d’avoir des intérêts communs.

Enfin, le prolétariat :

  • Puisqu’il fait tourner la société en produisant toutes les richesses.
  • Puisqu’il constitue la grande majorité de la population.
  • Puisqu’il est concentré dans les villes ou dans une entreprise et que donc il est lié, qu’il discute de ses problèmes et se rend compte qu’il a les mêmes que ses collègues : il a par conséquent la capacité de s’organiser
  • Pour toutes ces raisons, seul le prolétariat est donc capable de mener la bataille pour la révolution socialiste

Cette notion de prolétariat comme classe révolutionnaire est une idée centrale que Marx exprimait dans le Manifeste communiste :

« Tous les mouvements historiques ont été, jusqu'ici, accomplis par des minorités ou au profit des minorités. Le mouvement prolétarien est le mouvement spontané de l'immense majorité au profit de l'immense majorité. Le prolétariat, couche inférieure de la société actuelle, ne peut se soulever, se redresser, sans faire sauter toute la superstructure des couches qui constituent la société officielle.  »[1]

Notes et sources[modifier]

  1. Marx et Engels, Le manifeste du Parti communiste, 1847