Démocratie

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Une démocratie est, selon sa définition historique, le gouvernement du peuple par le peuple. Mais dans des sociétés de classe, le "peuple" est divisé en classes sociales, donc la démocratie recouvre des intérêts contradictoires. C'est pourquoi les marxistes révolutionnaires distinguent bien la démocratie bourgeoise de la démocratie socialiste. La démocratie qui a pu exister dans certaines circonstances dans le monde antique reposait sur une classe d'esclaves.

Démocratie dans le monde antique[modifier]

Article détaillé : Mode de production antique.

Démocratie bourgeoise[modifier]

Article détaillé : Démocratie bourgeoise.

Le mouvement démocratique a originellement reposé sur les bourgeois, et des nobles progressistes, luttant contre les régimes féodaux et absolutistes. Il s'agissait par exemple de la lutte pour les libertés des cités, pour les droits des Etats_généraux, pour le contrôle sur les dépenses de l'Etat... Jusqu'aux révolutions bourgeoises.

Le mouvement ouvrier a historiquement défendu la démocratisation, d'abord avec la bourgeoisie, mais aussi souvent contre elle. A mesure que le capitalisme se développait, la démocratie bourgeoise tendait à devenir le régime "normal" dans les premiers pays capitalistes (pays impérialistes), mais la lutte de la classe ouvrière se développait aussi. Cela a conduit à un divorce dans le "mouvement démocratique" entre bourgeois et prolétaires. Par exemple lors de la révolution de 1848 : insurrection commune des ouvriers et des bourgeois pour "la République", puis répression par les républicains bourgeois des ouvriers parisiens qui réclamaient "la République sociale".

En dehors des périodes révolutionnaires, la forme de domination de la bourgeoisie est la démocratie. Mais en cas de durcissement de la lutte de classe, l'autoritarisme du régime peut se durcir (régime bonapartiste). Le développement de cette lutte, lorsqu'elle franchit un saut qualitatif, peut mener jusqu'au fascisme.

C'est pourquoi, pour les communistes révolutionnaires :

  • il faut lutter contre les illusions dans la "démocratie bourgeoise" au sein du mouvement ouvrier, et militer pour son dépassement par la révolution et la démocratie ouvrière
  • il faut lutter pour préserver les libertés démocratiques au sein du capitalisme, car ces libertés facilitent l'organisation, la lutte de classe, le débat d'idées au sein des militant-e-s

Les revendications démocratiques qui peuvent être mises en avant selon les circonstances sont par exemple :

  • suppression du sénat (assemblée moins démocratique que l'assemblée nationale)
  • instauration de l'élection à la proportionnelle
  • défense d'un régime parlementaire face aux régimes présidentiels

Selon le schéma historique des marxistes, la révolution bourgeoise devait dans un premier temps survenir, ouvrir la voie à une période de développement du capitalisme, créant les conditions d'une révolution socialiste. Au cours du 19ème siècle et particulièrement lors de la révolution russe de 1917, un débat a agité les marxistes sur le rôle du mouvement ouvrier. Le mouvement ouvrier était déjà fort (bien que plus faible qu'en Europe de l'Ouest) et le mouvement démocratique bourgeois était trop faible et hésitant pour être autonome. Cela a conduit notamment à la scission entre menchéviks (voulant se limiter à un soutien aux démocrates bourgeois) et bolchéviks (prônant un rôle moteur du prolétariat). Face au test de la période révolutionnaire, ce clivage s'est avéré être celui entre réformistes et révolutionnaires. Mais la question du type de gouvernement révolutionnaire à viser n'était pas consensuelle parmi les révolutionnaires. « Gouvernement ouvrier et paysan » (Lénine) ? « Dictature du prolétariat appuyée sur la paysannerie » (Trotsky) ?

L'Internationale communiste dans ses premières années débattait beaucoup de la stratégie et des tactiques à suivre pour réussir des révolutions dans d'autres pays "sous-développés" (n'ayant pas une classe ouvrière nombreuse comme en occident). Il était alors analysé que ces pays "arriérés" (d'un point de vue économique et politique : "pas encore démocratiques") étaient aussi des pays dominés par l'impérialisme des pays "avancés". Suivant l'audace bolchévique, le prolétariat devait jouer un rôle moteur et le plus indépendant possible, mais les conceptions étaient plutôt empiriques. La notion de "front unique anti-impérialiste" a été développée à cette époque par analogie avec le front unique ouvrier. Ce type de front devait servir à partir de la lutte nationale anti-féodale et anti-impérialiste pour la développer, avec ou sans la bourgeoisie (car celle-ci est faible et hésistante dans ces pays).

La revendication d'une assemblée constituante a souvent fait partie des revendications des partis révolutionnaires dans les pays dominés, particulièrement lors des périodes de rupture révolutionnaire avec un régime dictatorial / monarchiste.[1]

Démocratie ouvrière[modifier]

Article détaillé : Démocratie ouvrière.

Révolution et démocratie[modifier]

Les révolutions sont des moments d'intense participation des masses à la politique (même les révolutions qui portent finalement au pouvoir une nouvelle classe dominante). De ce point de vue, elles sont des moments beaucoup plus démocratiques que la vie politique "normale" dans les sociétés de classe.

Et pourtant les révolutions sont des moments où les règles démocratiques formelles sont très souvent bafouées. Il y a nécessairement une rupture avec d'anciennes institutions que les masses ne reconnaissent et ne supportent plus. Il y a nécessairement une initiative prise en un point donné (souvent central), qui entraîne le reste des masses derrière lui (parfois unanimement, mais souvent avec une guerre civile à la clé). Par exemple au sujet de la Révolution de Février 1917, Trotsky écrivait :

« Le renversement du pouvoir eut lieu sur l'initiative et par les forces d'une cité [Pétrograd] qui constituait à peu près la soixante-quinzième partie de la population du pays. Si l'on veut, on peut dire que le plus grand des actes démocratiques fut accompli d'une façon non démocratique. Le pays tout entier se trouva placé devant le fait accompli. Si l'on avait en perspective une Assemblée constituante, cette circonstance ne changeait rien à rien, car les délais et les modalités de la convocation d'une représentation nationale devaient être déterminés par des organes qui émanaient de la victorieuse insurrection de Pétrograd. Cela jette une lumière crue sur la question de la fonction des formes démocratiques en général, et, en particulier, en période révolutionnaire. Au fétichisme juridique de la " volonté populaire " les révolutions ont constamment infligé de rudes coups, d'autant plus implacables, qu'elles étaient plus profondes, plus hardies, plus démocratiques.  »[2]

Le gouvernement provisoire issu de Février gouvernait avant d'avoir convoqué une Assemblée constituante (s'appuyant sur la légitimité implicite des partis majoritaires), et lorsque les bolchéviks sont devenus majoritaires, ils ont dissout la Constituante, s'appuyant sur la légitimité d'organes de démocratie ouvrière, les soviets.

Les principes de la justice, notamment les libertés individuelles, sont également souvent bafoués et des excès sont inévitablement commis lorsque des foules opprimées se lèvent et rendent justice elles-mêmes.

Pour le succès d'une révolution socialiste, la direction de la révolution doit revenir à la classe ouvrière, qui doit donc avoir un haut niveau d'auto-organisation et de contrôle sur ses délégués-e-s. Mais la nécessité de mesures d'exception a toujours été admise par les communistes (ce que Marx appelait la « dictature du prolétariat »). Face aux anarchistes, qui se disaient socialistes anti-autoritaires, Engels ironisait :

« Une révolution est certainement la chose la plus autoritaire qui soit, c'est l'acte par lequel une fraction de la population impose sa volonté à l'autre au moyen de fusils, de baïonnettes et de canons, moyens autoritaires s'il en est ; et le parti victorieux, s'il ne veut pas avoir combattu en vain, doit continuer à dominer avec la terreur que ses armes inspirent aux réactionnaires.  »[3]

Notes et sources[modifier]