Ernest Mandel

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Ernest Mandel (1923-1995) est l'un des principaux dirigeants trotskystes de la seconde moitié du XXe siècle. Infatigable militant révolutionnaire, il est aussi l'auteur d'une oeuvre théorique d'envergure.


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Biographie[modifier | modifier le wikicode]

Jeunesse[modifier | modifier le wikicode]

Ernest Mandel naît à Francfort en 1923, d'une famille juive allemande établie à Anvers. Il grandit dans un monde marqué par la crise économique et la montée du fascisme : aidé par une tradition familiale communiste, antifasciste et antistalienne, il choisit le camp des opprimés. Son père, ancien membre du PC allemand et ami de Karl Radek, l'initia à la théorie marxiste. Dans les années 1930, Ernest fréquente les milieux révolutionnaires et internationalistes, notamment les militants du Parti socialiste révolutionnaire (section belge de la Quatrième Internationale). Anvers est aussi le siège de la section allemande de la Quatrième Internationale à l'étranger. Par ce biais, Ernest Mandel noue des liens indéfectibles avec le prolétariat allemand.

Guerre et résistance[modifier | modifier le wikicode]

Avec Abraham Léon, à la direction du PCR[modifier | modifier le wikicode]

Ernest Mandel devient militant du PSR en 1939. Mais ce parti, qui résiste à l'occupation de la Belgique par l'armée hitlérienne, est durement frappé par la répression en 1940 et 1941. Abraham Léon réorganise le parti, met sur pieds une organisation clandestine, et oriente la lutte contre l'occupation nazie dans une perspective internationaliste, en s'adressant notamment aux soldats allemands. Ernest Mandel rejoint le comité central du Parti communiste révolutionnaire (nouveau nom du PSR) en 1941, et participe, en 1943, à la première réunion du Secrétariat provisoire européen, puis, en 1944, à la première conférence européenne de la Quatrième Internationale. Dès lors, son activité militante se déploie selon deux axes principaux :construire un parti révolutionnaire en Belgique, et contribuer à la construction de l'Internationale.

Répression[modifier | modifier le wikicode]

Mais tout ce travail est brutalement interrompu par la répression nazie. Abraham Léon et Marcel Hic sont envoyés dans les camps nazis, dont il ne reviendront pas. Ernest Mandel est arrêté à deux reprises, pour diffusion de tracts. La première fois, il réussit à s'échapper. La seconde fois, il est envoyé dans un camp de travail en Allemagne, dont il s'échappe à nouveau avant d'être à nouveau arrêté : il sera libéré en avril 1945.

Après la guerre[modifier | modifier le wikicode]

Mandel et le mouvement ouvrier belge[modifier | modifier le wikicode]

Au début des années 50, la Quatrième Internationale, isolée et marginalisée, adopte la stratégie de l'"entrisme", qui consiste à agir comme courant révolutionnaire au sein des partis réformistes de masse. Ernest Mandel milite donc au sein du Parti socialiste belge, et devient journaliste à l'organe du parti, Le Peuple. Il devient en outre membre de la Commission d'étude de la FGTB, le principal syndicat belge. Mandel se familiarise avec le mouvement syndical, notamment pendant la grande grève de l'hiver 1960-1961, où il côtoie des centaines de militants syndicaux et voit de près les conditions de travail dans les usines. A la même époque, il prend part à la rédaction d'un document programmatique historique du mouvement ouvrier belge, Holdings et démocratie économique. Il lance aussi deux hebdomadaires, La Gauche (en Wallonie) et Links (en Flandres), qui rassemblent la gauche du PSB. Mais cette gauche du PSB est expulsée du parti en 1964, et explose en une multitude de courants. Elle échoue dans sa tentative de créer un nouveau parti socialiste de gauche. Mais Mandel continue de dialoguer avec la gauche des PC et des PS, notamment en Italie.

L'arène internationale[modifier | modifier le wikicode]

Evolution de la situation[modifier | modifier le wikicode]

A partir du début des années 1960, Mandel déplace son activité vers l'arène internationale. Le but est de faire en sorte que la QI devienne le noyau d'une nouvelle direction socialiste révolutionnaire pour le prolétariat mondial. Ce déplacement dans les préoccupations politiques de Mandel s'explique pour deux raisons.

Evolution de la situation mondiale[modifier | modifier le wikicode]

La fin des années 50 et le début des années 60 voient se fissurer l'ordre imposé, au lendemain de la guerre, pas les puissances victorieuses aux peuples et à la classe ouvrière :

Les grèves reprennent dans les pays impérialistes (dont la Belgique, en 1960-1961). En outre, les PC tendent à perdre leur caractère monolithique. ces fissures laissent s'affirmer des éléments d'une "nouvelle avant-garde large".

Evolution de la Quatrième Internationale[modifier | modifier le wikicode]

La direction de la QI est très sensible à ces développements, et fait preuve d'un grand optimisme révolutionnaire. En 1963, le 7e congrès mondial analyse "la dialectique actuelle de la révolution" (titre de la résolution centrale). Cinq ans plus tard, les événements de 1968 viendraient confirmer ces analyses.

En attendant, la QI fait preuve d'une grande sensibilité politique et s'accroche à des luttes radicales, à des expériences révolutionnaires d'une grande richesse politique :

  • organisation d'une brigade de travail en Yougoslavie (Mandel y participe), et théorisation de l'autogestion comme voie pour le renouveau du socialisme (1950) :
  • soutien au FLN pendant la guerre d'Algérie ;
  • soutien à la révolution cubaine, considérée comme socialiste (1959) - Mandel est invité par Guevara, en 1962, pour débattre sur les orientations économiques du régime cubain ;
  • soutien aux guérillas latino-américaines...
Ernest Mandel à la tête de la Quatrième Internationale[modifier | modifier le wikicode]

La période qui va de 1965 à la fin des années 80 marque l'apogée de la puissance créatrice de la pensée de Mandel, et le faîte de son influence politique. Ce fait est lié aux événements de 1968 et à l'essor numérique de la QI qui s'en est ensuivi. C'est l'époque où les frontières se ferment devant Mandel : il est interdit de séjour dans les pays du bloc de l'Est, mais aussi en Allemagne, en France, aux Etats-Unis, en Australie... A partir de 68, Mandel est largement connu au-delà des cercles militants. Il participe à des meetings et à des conférences, donne des cours universitaires... Mais Mandel est aussi un travail de l'ombre, concerné par tous les aspects, y compris les plus modestes, du travail de construction de la QI (traduction, mise en page des publications, infrastructure matérielle...). Il se dépense sans compter pour reconstruire des sections en Europe, notamment en Italie et en Allemagne.

La dernière bataille : pour Trotsky et la Quatrième Internationale[modifier | modifier le wikicode]

L'absence de révolution socialiste en URSS et en RDA au moment de l'effondrement du bloc de l'Est fut une grande déception pour Mandel, comme pour toute la gauche antistalinienne et socialiste. Mais Mandel mit toute son énergie à sauver ce qui pouvait l'être : il contribua à la création de noyaux marxistes-révolutionnaires en ex-URSS et en ex-RDA, et participa dans ces pays à des conférences pour réhabiliter la pensée de Trotsky. Mais Mandel était conscient de la tournure réactionnaire de la situation mondiale. Il prit conscience du fait que la survie de la QI dépendait plus qu'auparavant de la conviction politique de ses cadres et de ses militants. Quelques mois avant sa mort, en juin 1995, Mandel introduit encore les travaux du Congrès mondial de la QI, et appelle les jeunes générations à continuer le combat.

Sources[modifier | modifier le wikicode]

  • François Vercammen, "Ernest Mandel : la longue marche d'un militant révolutionnaire", in La Gauche, spécial Mandel, n° 15/16, septembre 1995, [1].