Productivité du travail

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La productivité du travail est la capacité à produire avec une force de travail donnée. Elle dépend des innovations technologiques et de l'organisation du travail autour des nouveaux moyens de production. C'est un paramètre essentiel du capitalisme, tenant une place très importante dans l'analyse marxiste.

Définition

La productivité du travail est le rapport entre la valeur nouvelle créée par un cycle de production, et le nombre de travailleurs salariés.

D'autres définitions sont utilisées, comme la productivité horaire (valeur créée en une heure de travail).

Productivité et intensité du travail

Il est possible de faire une distinction entre les gains de productivité selon leur origine :

Signification et conséquences

Les innovations technologiques permettent à l'industrie capitaliste de produire plus avec le même temps de travail (A' augmente), ou autant, avec moins de temps de travail (ns diminue).

Diminution de la valeur par marchandise

Puisque la valeur des marchandises est déterminée par le temps de travail social cristallisé en elles, l'augmentation de la productivité engendre une diminution de la valeur de chaque marchandise. Le profit par marchandise diminue, mais le profit de l'ensemble de la production, généralement plus importante, s'accroît. Parmi les marchandises impactées et leurs effets subséquents, on peut distinguer :

Les marchandises consommées par les travailleurs

Un accroissement de la productivité permet la diminution de la valeur des biens de consommation (nourriture, de logements de vêtements, etc...). Cela diminue donc la valeur de la force de travail : concrètement, les biens de première nécessité étant moins chers, les salaires peuvent être davantage comprimés sans nuire à la survie des travailleurs (reproduction de la force de travail). Autrement dit, cela rend possible un accroissement supplémentaire du taux d'exploitation, par la diminution du capital variable v.

Les marchandises utilisées comme moyens de production

La hausse de productivité fait aussi diminuer la valeur des moyens de production, donc la valeur du capital constant investi dans la production, ce qui est une contre-tendance à la hausse de la composition organique du capital, donc à la baisse du taux de profit.

« L'évolution qui pousse à l'augmentation du capital constant par rapport au capital variable tend à faire baisser, par la productivité croissante du travail, la valeur des éléments qui le constituent et à empêcher que sa valeur absolue augmente aussi rapidement que son importance matérielle. Il peut même arriver que la masse des éléments du capital constant s'accroissent alors que sa valeur reste invariable ou même diminue »[1]

Cependant, la dynamique concurrentielle du capitalisme pousse à un accroissement tel du capital constant que la composition organique du capital est régulièrement à la hausse. C'est d'ailleurs ce qui est constaté empiriquement par les rares études sérieuses qui existent. Voir Baisse tendancielle du taux de profit.

Par ailleurs, la productivité peut avoir un effet baissier sur la masse des profits.

« La dépréciation des éléments matériels du capital sous l'action du développement de l'industrie est également un des facteurs qui agissent sans cesse pour contrarier la baisse du taux du profit, bien qu'elle puisse aussi diminuer dans certaines circonstances la masse de profit, notamment lorsqu'elle a pour effet de réduire l'importance du capital engagé. » [1]

Productivité et taux de plus-value

Le taux d'exploitation (taux de plus-value) est lié à la productivité du travail :

où sr est le salaire réel.

Si la productivité et le salaire réel augmentent avec la même vitesse, le taux d'exploitation reste stable, mais si la productivité augmente plus vite, la part relative de la plus-value augmente au détriment de celle du capital variable (salaire).

Historique

Premiers temps du capitalisme

Les trois grands stades historiques de l'accroissement de la productivité du travail par le capitalisme sont :

  1. la coopération simple
  2. la division du travail et la manufacture
  3. les machines et la grande industrie

C'est ce que confirme, entre autres, l'étude de l'industrie dite « artisanale » en Russie, laquelle fournit une documentation très abondante illustrant les deux premiers de ces trois stades. Quant à l'action révolutionnaire de la grande industrie mécanique décrite par Marx en 1867, elle s'est manifestée, au cours du demi-siècle écoulé depuis cette date, dans plusieurs pays« neufs » (Russie, japon, etc.).

Sur le long terme

L'évolution de la productivité du travail sur le long terme est impressionnante. Sa hausse était déjà sensible au XIXème siècle, mais elle a connu une prodigieuse hausse depuis les années 1960. Exemple en France :

ProductivitéTravailFrance.png

1945 à nos jours

Après la Seconde guerre mondiale, plusieurs facteurs se conjuguent pour fournir de très importants gains de productivité :

Mais dès la fin des années 1960, l'augmentation des gains de productivité ralentit nettement, à la fois parce que ces innovations productives majeures sont généralisées, et parce que les luttes des travailleurs pour avoir leur part se font plus nombreuses.

La période d'après guerre se caractérise par un parallélisme entre l'augmentation de la productivité et des salaires réels, tandis que le compromis keynésien/fordiste est rompu dans les années 1970 / 1980, et l'exploitation augmente en conséquence dans la période 1970-2010.

Dans les années 1960, il fallait environ 1000 ouvriers pour produire 500 000 tonnes d'acier, quand une quinzaine peut suffire en 2017.[2]

A partir des années 2000, l'informatique se généralise dans de nombreux domaines de la production. Une des raisons principales est l'augmentation de la productivité qu'elle est censée permettre. Or le paradoxe de Solow énonce l'idée que l'on voit des ordinateurs partout sauf dans les statistiques de la productivité.

ProductiviteTravailSalairesFrance.jpg
Product-salaires.png
États-Unis ( Bureau of Labor Statistics


ProductivitéSalairesEspagne.png
Espagne (Sergio Camara Izquierdo, The Dynamics of The Profit Rate in Spain (1954-2001))
En gris, les périodes où le salaire réel augmente moins vite que la productivité.

Prospective

Les gains de productivité à attendre dans le futur sont aussi incertains. Pour certains optimistes[3], les innovations dans le numérique et l’automatisation vont amener une accélération très importante de la productivité, ce qui non seulement remplacera les cols bleus, mais aussi les cols blancs, car les machines, devenues plus « intelligentes » que les hommes, prennent de meilleures décisions (c’est déjà le cas avec le trading à haute fréquence par exemple…).

A la limite de la science-fiction, certains défendent l'idée qu'une « singularité technologique » est proche, c'est-à-dire une date charnière à partir de laquelle les progrès de l'IA seraient tels, que l'IA s'améliorerait elle-même de façon toujours plus exponentielle, provoquant via l'automatisation de la production une envolée des gains de productivité.

D'autres auteurs[4] défendent une vision plus « pessimiste » d’un ralentissement de long terme des gains de productivité.

Productivité par secteurs

Il faut souligner que les gains de productivité sont plus ou moins faciles à réaliser selon les secteurs. En particulier, il sont en moyenne deux fois plus élevés dans l'industrie que dans la moyenne de l'économie. C'est que dans le domaine de la production de biens en masse, il y a souvent des innovations technologiques permettant de substituer du capital constant au travail humain. A l'inverse, dans le domaine des services, c'est plus rare.

Par exemple, hormis quelques machines[5] consommant beaucoup d'énergie, le secteur de nettoyage reste très gourmand en main d'oeuvre.

Perspective historique

La productivité détermine en grande partie l'évolution des sociétés humaines. On peut considérer que l'apparition de la division du travail et la spécialisation dans l'utilisation de certains outils est à la base de la division en classes sociales. La lenteur dans l'évolution de la productivité dans les sociétés agraires antérieures au capitalisme se répercutent dans la lenteur des bouleversements sociaux et politiques d'alors. Grâce à la révolution industrielle, la bourgeoisie a réorganisé la société autour de nouveaux moyens de production, bouleversant profondément la société et ses superstructures.

La productivité a connu une formidable hausse. Sur la période 1870-2005, les gains annuels de productivité dans les pays industrialisés ont varié autour d’une moyenne de 2,5 % par an (2,6 % pour la France). Cette hausse est incontestablement un progrès social. Pour la France, si l'on s'en tient à de grossières approximations, cela a permis de multiplier d’un facteur d’environ 32 le PIB par heure travaillée, et de réduire de 50 % environ la durée moyenne du travail, donc de multiplier par 16 le niveau de vie global.

Mais ce genre de chiffre masque le fait qu'il faut un combat quotidien des travailleurs pour obtenir les fruits de cette productivité. De plus, les forces productives aux mains de la bourgeoisie se développent au mépris de notre santé et de notre environnement. Pire, dans les situation de crise de ce système aberrant, les politiciens bourgeois sont capables de mener la société à toutes les barbaries imaginables (guerres, fascisme...). Ce potentiel ne peut s'épanouir socialement que si le cadre devenu réactionnaire du capitalisme est renversé par une révolution socialiste, mettant l'ensemble du surproduit social à la disposition de la société et permettant de décider qualitativement de son usage.

Trotsky souligne qu’« il est impossible de fonder le socialisme sur la baisse de la productivité du travail ».[6]

Notes et sources

http://www.capitalisme-et-crise.info/fr

  1. 1,0 et 1,1 Le Capital - Livre III, Karl Marx
  2. https://www.bloomberg.com/news/articles/2017-06-21/how-just-14-people-make-500-000-tons-of-steel-a-year-in-austria
  3. Brynjolfsson E. et McAfee A. (2014), The Second Age of Machine. Work, Progress and Prosperity in a Time of Brilliant Technologies, Norton.
  4. Gordon R.J. (2012), « Is US economic growth over ?Faltering innovation confronts the six headwinds”, CEPR Policy Insight n°63, september.
  5. http://www.directindustry.fr/prod/rcm-spa/product-15646-465745.html?utm_source=images.google.fr&utm_medium=ImagesFr&utm_term=undefined
  6. Léon Trotsky, Terrorisme et communisme, 1920