Communisme primitif

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Malgré l'absence de classes, la place de chacun était toutefois très hiérarchisée.
Le communisme primitif ou communisme premier est la dénomination donnée par le marxisme à l'absence de classes sociales et donc d'État qui caractérise les premières sociétés humaines, jusqu'à la révolution néolithique. C'est le premier mode de production qu'ait connu l'humanité.

Caractéristiques générales[modifier]

De la naissance de l'espèce homo sapiens sapiens il y a environ 200 000 ans jusqu'au IVème siècle avant J.C, les groupes humains vivaient principalement de la chasse et de la cueillette. Leur technique rudimentaire et donc leur faible production ne permettait pas la création d'un surproduit social : tout le monde devait travailler pour que la communauté arrive à se sustenter.

Le terme de communisme doit être compris comme une absence de division en classe sociale, et non pas comme d'une société harmonieuse et totalement égalitaire. Le terme de sociétés primitives signifie simplement "premières" dans le temps historique.

Il est plus exact de parler de communautés communistes primitives, car il n'existait pas d'unité suffisante entre les diverses tribus ou sociétés pour justifier l'existence d'un véritable communisme qui est, lui, unitaire et mondial.

Dépendance à la nature, nomadisme, collectivisme[modifier]

Ces premières sociétés se caractérisaient d'abord par une dépendance totale à l'égard de la nature. Le besoin de chercher des ressources (fruits, gibier) obligeait initialement au nomadisme. On estime que 60 à 80% des ressources provenaient de la cueillette, sauf dans les régions arctiques ou sub-arctiques où la chasse domine (cas des Inuits ou des Yagans et Alakalufs de Terre de Feu).

Ainsi, dans les sociétés où les forces productives sont encore rudimentaires, le travail est une obligation pour tous, et c’est pour l’essentiel un travail en commun. Chez les peuples chasseurs primitifs, on est obligé souvent de se mettre à plusieurs pour chasser le gros gibier ; ainsi, les Aborigènes australiens chassent le kangourou par bandes de plusieurs dizaines d’individus ; les Esquimaux réunissent toute une flottille de canots pour la pêche à la baleine. Les kangourous capturés, les baleines capturées en commun sont considérées comme propriété commune. Le territoire de chaque tribu, chez les Australiens aussi bien que chez les autres peuples chasseurs, est considéré comme propriété collective.

Cette dépendance à la nature se reflète certainement dans le fait que l'art de cette époque est dominé par les représentations d'animaux (90 % des représentations).

Inégalités et hiérarchie[modifier]

L'absence de classe sociale n'implique pas que ces sociétés étaient égalitaires. En particulier, la plus ancienne des inégalités, celle entre les hommes et les femmes, était généralement répandue. Il pouvait également exister des distinctions de valeurs entre hommes (chamans, guerriers...) entraînant des privilèges différents. Mais ces inégalités n'avaient rien d'institutionnalisé et reposaient sur des coutûmes, elles n'étaient pas assises sur l'exploitation de l'homme par l'homme.

La hiérarchie pouvait également exister, selon les cas. Mais les chefs tiraient uniquement leur position d'une autorité morale parmi les membres de la communauté, et ne pouvaient représenter personne d'autre qu'elle.

Mortalité[modifier]

Au Paléolithique, schématiquement, l'espérance de vie à la naissance oscille entre 25 ans et 35 ans.

Un enfant sur 3 mourrait en bas âge.

Abondance ou pénurie ?[modifier]

Pendant longtemps, la vision des sociétés primitives était celle d'une pénurie généralisée, d'une condition humaine en permanence à la limite de la survie.

Des études ont pris le contre-pied de cette thèse, en faisant au contraire de ces sociétés des havres d'abondance et de loisir. C'est par exemple le propos de Marshal Sahlins, qui publie Âge de pierre, âge d'abondance dans les années 1970.

D'autres auteurs comme Christophe Darmangeat[1] contestent Sahlins et défendent plutôt une vision intermédiaire : ni abondance, ni pénurie, mais tendance à la précarité, avec des cas très différents (entre les Inuits pénant à trouver de la nourriture et les Aborigènes australiens relativement tranquilles).

Le temps de travail est très peu documenté. Il était certainement assez aléatoire, en fonction des chasses et cueillettes. Certains ont estimé qu'on ne travaillait alors que 4 ou 5 h par jour. Néanmoins, en prenant en compte le temps de travail total, sans invisibiliser le travail de préparation de la nourriture généralement assigné aux femmes, on peut estimer un travail allant jusqu'à 70h par semaine.

Par ailleurs, comme le fait remarquer Christophe Darmangeat, le "temps de loisir" n'est pas automatiquement un reflet de la prospérité :

« Au-delà de la discussion sur la durée réelle des loisirs dans ces sociétés, se dessine une autre explication pour ces périodes d'inactivité, qui peuvent résulter bien moins d'un choix que que de la pression de la nécessité. Soit que les chasseurs-cueilleurs aient le ventre creux, mais que les conditions climatiques les condamnent au repos forcé. Soit qu'ils puissent se mettre en quête de fruits ou de gibier supplémentaires, mais qu'une fois l'estomac plein, ils n'aient aucune possibilité d'échanger cette nourriture contre d'autres biens matériels. Tout anachronisme mis à part, le raisonnement qui interprète sans autre forme de procès le loisir des chasseurs-cueilleurs nomades comme un signe de leur prospérité est le même que celui qui, de nos jours, assimile l'oisiveté du chômeur à celle du rentier. »

Domination masculine[modifier]

Article détaillé : Patriarcat.
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D'après les études ethnologiques, la division sexuelle du travail aurait toujours existé dans les sociétés humaines (elle est attestée au paléolithique supérieur). En particulier, la plupart du temps, ce sont les femmes qui assurent le travail de cueillette, tandis que les hommes chassent et font la guerre.

Il semble que très tôt, cela ait conduit à une domination masculine, avant même l'apparition des classes (même si l'on peut observer des sociétés de chasseurs-cueilleurs sans oppression des femmes marquée). Mais économiquement, hommes et femmes sont des producteurs et se partagent les produits de leur travail, même de façon inégale. Il y a en même temps complémentarité et hiérarchie. 

Malgré l'universalité du patriarcat, on constate une forte variabilité selon les cultures.

Aborigènes australiens : la gérontocratie est très marquée, les jeunes femmes sont destinées en priorité aux hommes âgés, et le divorce est inconcevable.

Pygmées : les femmes peuvent quitter leur mari librement, avec ou sans leurs enfants, et la violence physique envers elles est très rare.

Bushmen : société avec très peu de domination également. Mais il a été observé qu'un homme chez les Bushmen parcourt une distance moyenne annuelle deux fois plus grande qu'une femme.

Indiens Naskapi (Canada) : On observe une quasi-égalité.

Baruyas (Amazonie) : Maurice Godelier fut un des premiers blancs à être en contact avec eux. Ils ignoraient toutes les formes de richesses et avaient une économie communiste, société sans classe et sans État. Tout ce qui était donné des femmes était dangereux et les substances féminines étaient perçues comme nocives. Au contraire, le sperme était perçu comme quelque chose de vivifiant. Cette tribu encourageait des pratiques homosexuelles chez les jeunes garçons comme un rituel, il existait une maison des hommes. Infériorisation des femmes à tous les niveaux : deux tracés des chemins, celui du haut réservé aux hommes, chemin du bas pour les femmes. Les femmes étaient frappées d’une incapacité d’avoir des outils, les femmes Baruyas cultivent la terre et récoltent des taros et des patates douces à la main ou avec des bâtons, en compagnie des enfants, tous sexes confondus, jusqu'à ce que les garçons soient initiés.

Selknams (Terre de Feu) : Des marins britanniques qui les ont rencontrés parmi les premiers s’étonnaient qu’il n’y ait ni inégalité, ni hiérarchie de richesse. L'un d'eux répondit « Oui, monsieur, nous avons des chefs : tous les hommes sont capitaines et toutes les femmes sont des marins. »

Chez les Yanomami (Amazonie) le mari est le maître incontesté. Il est courant de punir un caractère féminin jugé inférieur, à coups de gourdin.

Chez les Mundouroucou, les hommes punissaient par la mort et les viols collectifs les femmes qui regardaient des objets sacrés.

Chez les Inuits, le mari est très vigilant sur les relations des femmes. Il prête sa femme à de nombreuses occasions (accueil de visiteurs...), mais c'est toujours l'homme qui choisit. Etant donnée que la cueillette est impossible dans leur environnement, les femmes inuites pouvaient chasser des phoques, mais seulement avec de gros gourdins et sans avoir le droit aux armes des hommes. Pour la chasse aux oiseaux, comme les enfants, elles ne disposaient que de flèches dont l'extrémité était formée d'une boule qui assommait.

Même chez les Iroquois, pris comme modèle égalitaire, les hommes et les femmes ne se rencontraient que la nuit et n'avaient pas d’activité en commun. Les hommes avaient le monopole de la guerre et de la politique.

Réfutation de la "nature humaine"[modifier]

Pendant "populaire" de l'idéologie dominante, l'opinion selon laquelle la division en sociétés de classes est une fatalité, produit de la "nature humaine", est totalement invalidée par l'étude des premiers groupes humains.

En fait, si l'on considère le temps total écoulé depuis que l'homme existe, l'époque récente des sociétés de classe représente une proportion infime (moins de 5%).

Études[modifier]

Friedrich Engels fut un des premiers (avec August Bebel et son livre de 1879 La femme dans le passé, le présent et l'avenir.[2]) dans la tentative de dresser un schéma général de l'évolution de la famille d'un point de vue marxiste, avec L'origine de la famille. Pour ce faire, il devait englober les débuts de l'humanité. Il s'est cependant trompé (en se basé sur des recherches qui étaient trop parcellaires) sur un certain nombre de points. Par exemple lorsqu'il affirme que sous le communisme primitif, il n'y avait pas de domination masculine.

Dans la première décennie du 20ème siècle, l'accumulation de nouvelles données en contradiction viennent ébranler la thèse de Morgan/Engels. Le courant marxiste d'alors accepte globalement les critiques, et beaucoup abandonnent la thèse d'une prédominance primitive des femmes. Alexandra Kollontai donna des conférences dans lesquelles elle dressait un tableau différent de celui de l’Origine de la famille.

La période stalinienne, comme dans la plupart des domaines, a érigé des idées datées (parfois des caricatures de ces idées) en dogmes. Ainsi l’Origine de la famille a été présentée comme irréfutable, et même les chercheurs soviétiques les plus brillants se livraient aux pires contorsions intellectuelles pour y coller.

Seul le courant communiste révolutionnaire a su maintenir des réflexions vivantes sur le sujet en restant ouvert aux apports scientifiques. Ce qui n'empêche pas de retrouver des rechutes. Par exemple, dans son Introduction au marxisme, Ernest Mandel affirme qu'à l'origine reignait l'égalité homme-femme, puis qu'est venue une période de domination masculine avant les sociétés de classe. Il pense que le passage des mythes autour de la "déesse fertilité" à des dieux masculins en est le reflet.

On pourra notamment s'intéresser aux études d'anthropologues comme Claude Levi Strauss, ou des marxistes Maurice Godelier et Christophe Darmangeat.

Notes et sources[modifier]

Friedrich Engels, L'origine de la famille, de la propriété privée, et de l'Etat, 1884
Christophe Darmangeat, Le communisme primitif n'est plus ce qu'il était
Maurice Godelier, Le pouvoir masculin, Le groupe familial, revue trimestrielle de l'école des parents et des éducateurs, janvier 1978