Karl Marx

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Karl Marx est un philosophe et militant du 19e siècle, dont la pensée a eu un impact révolutionnaire sur la pensée et la politique contemporaine. Avec Friedrich Engels, il est fondateur d'une synthèse théorique qui été nommée le marxisme, qui est à la fois une méthode d'analyse (historique, économique, sociologique...) et un guide pour l'action politique (socialisme scientifique). Par la suite, le marxisme a été tantôt édulcoré et neutralisé (révisionnisme réformiste et stalinien), tantôt enrichi et actualisé par de grands révolutionnaires : Rosa Luxemburg, Lénine, Trotski

1 BIOGRAPHIE[modifier | modifier le wikicode]

1.1 Sa vie[modifier | modifier le wikicode]

Karl Marx naît le 5 mai 1818 à Trèves, située en Prusse rhénane, c'est-à-dire à l'extrême-Ouest du Royaume de Prusse. Il est issu d'une famille aisée et cultivée. Il étudie le droit, l'histoire et la philosophie à l'Université de Bonn, puis à celle de Berlin. Il achève ses études en 1841, en soutenant une thèse de doctorat intitulée Différence de la philosophie de la nature chez Démocrite et Epicure. A l'époque, Marx fait partie des "hégéliens de gauche", ou "Jeunes hégéliens" : il s'agit d'un groupe de philosophes qui adhèrent aux conceptions idéalistes de Hegel mais en en rejetant le caractère réactionnaire, et en essayant d'en tirer des conclusions athées et révolutionnaires.

A la sortie de l'université, Marx tenta d'entamer une carrière de professeur à Bonn, mais la politique réactionnaire des autorités politiques, qui avaient déjà refusé une chaire à Bruno Bauer, lui aussi "jeune hégélien", l'en empêcha. A cette époque, les idées jeunes hégéliennes connaissaient un développement assez rapide : Marx et Bauer participent à partir de 1842 à un quotidien d'opposition, La Gazette rhénane, animée par des bourgeois radicaux liés aux hégéliens de gauche. Marx en devient même rédacteur en chef en octobre 1842 : il déménage alors à Cologne, siège du journal. La tendance révolutionnaire démocratique du journal s'affirme de plus en plus, et sa parutin est suspendue par le gouvernement en avril 1843.

Portrait de Marx avant 1840

En 1843, Marx épouse Jenny von Westphalen, issue d'une famille prussienne réactionnaire. A l'automne de cette même année, Marx se rend à Paris pour éditer à l'étranger une nouvelle revue d'opposition, les Annales franco-allemandes, qui ne feront paraître qu'un seul numéro. Dans cet unique numéro, Marx apparaît déjà comme un révolutionnaire, qui proclame "la critique implacable de tout ce qui existe", et fait déjà appel aux masses et au prolétariat.

En 1844, Engels rencontre Marx à Paris : ils deviennent des amis intimes. A partir de cette époque, Marx et Engels combattent âprement les doctrines du socialisme utopique, notamment celles de Proudhon. Ils commencent à jeter les bases de ce qui serait plus tard systématisé comme socialisme scientifique. Mais en 1845, Marx est expulsé de Paris à la requête du gouvernement prussien : il s'installe alors à Bruxelles. Marx et Engels adhèrent en 1847 à une société secrète, la Ligue des communistes : le célèbre Manifeste du parti communiste est rédigé en 1848 pour servir de programme à cette ligue. Cet ouvrage expose avec une clarté et une vigueur remarquables la nouvelle conception du monde, le matérialisme conséquent étendu à la vie sociale, la dialectique, science la plus vaste et la plus profonde de l'évolution, la théorie de la lutte des classes et du rôle révolutionnaire dévolu dans l'histoire mondiale au prolétariat, créateur d'une société nouvelle, la société communiste.

Avec la révolution de février 1848, Marx est expulsé de Belgique. Il se fixe à Paris, puis à Cologne, où il fait paraître pendant près d'un an la Nouvelle Gazette rhénane. Sa théorie nouvelle se trouve brillamment confirmée par le cours des événements révolutionnaires de 1848. Mais la contre-révolution victorieuse expulse Marx d'Allemagne en mai 1849. Marx se rend à Paris, puis à Londres, où il vivra jusqu'à la fin de ses jours. Il y mènera une vie d'émigré, dans des conditions très difficiles. Sans l'appui dévoué et constant d'Engels, sa misère et sa mauvaise santé l'auraient sans doute empêché d'avancer autant dans la rédaction du Capital. Pendant les longues années de son exil londonien, Marx s'attache à élaborer sa théorie matérialiste à partir de son étude de l'économie politique, science qu'il révolutionna grâce à sa Contribution à la critique de l'économie politique (1859) et à son Capital dont le livre I paraît en 1867.

La recrudescence des mouvements démocratiques, à partir de la fin des années 1850, conduisent Marx à reprendre une activité politique. Il joue un grand rôle dans la fondation à Londres, en 1864, de l'Association internationale des travailleurs. Marx rédigera pour l'AIT un grand nombre de déclarations et de manifestes. En unissant le mouvement ouvrier des divers pays, en cherchant à orienter dans la voie d'une activité commune les différentes formes du socialisme non prolétarien, prémarxiste (Mazzini, Proudhon, Bakounine, le trade-unionisme libéral anglais, les oscillations vers la droite des lassalliens en Allemagne, etc.), en combattant les théories de toutes ces sectes et écoles, Marx forgea une tactique unique pour la lutte prolétarienne de la classe ouvrière dans les divers pays. Après la chute de la Commune de Paris (1871), dont il donna une appréciation révolutionnaire profonde et brillante dans La Guerre civile en France (1871), et à la suite de la scission de l'Internationale provoquée par les bakouninistes, il fut impossible à cette dernière de subsister en Europe. En 1872, Marx fait transférer le siège de l'Internationale à New York. Mais l'activité intense de Marx dans le cadre de l'A.I.T. et ses nombreux travaux théoriques avaient ébranlé sa santé. La maladie empêcha Marx de terminer Le Capital ; il mourut en 1883 et fut enterré au cimetière de Highgate à Londres, avec sa femme, morte en 1881.

1.2 Le communisme de Marx[modifier | modifier le wikicode]

Karl Marx a abordé à la fois la philosophie, la sociologie, l’analyse économique du capitalisme dans le cadre du matérialisme et de la science. Il a appliqué, toujours dans le cadre matérialiste, une analyse critique des pensées de Pierre-Joseph Proudhon, Hegel, Ludwig Feuerbach, etc. Il a donc construit une nouvelle conception d'étude des sociétés que l'on nomme conception matérialiste de l'histoire. Dans le cadre éthique, il milite pour le projet révolutionnaire communiste, c'est-à-dire l'abolition du capitalisme afin d'en finir avec la lutte/les pressions sur la classe prolétarienne. Dans le cadre de la Ligue des communistes, Engels, Wilhelm Wolff, Marx et quelques autres y visaient à soumettre

« à une critique impitoyable le mélange de socialisme ou de communisme anglo-français et de philosophie allemande, qui formait alors la doctrine secrète de la Ligue » ; ils y établissaient que « seule l'étude scientifique de la structure de la société bourgeoise pouvait fournir une solide base théorique »[1].

Ils y exposaient enfin « sous une forme populaire qu'il ne s'agissait pas de mettre en vigueur un système utopique, mais d'intervenir, en connaissance de cause, dans le procès de bouleversement historique qui s'opérait dans la société ».

Ainsi dans les Manuscrits de 1844, Marx écrit :

« Le communisme est la forme nécessaire et le principe dynamique de l'avenir immédiat, mais le communisme n'est pas en tant que tel ni le but du développement humain ni la forme de la société humaine. »[2] 

En 1845, dans L'Idéologie allemande, pour Marx et Engels,

« le communisme n'est pas un état de choses qu’il convient d’établir, un idéal auquel la réalité devra se conformer ». Ils appellent « communisme le mouvement réel qui abolit l'état actuel des choses. Les conditions de ce mouvement résultent des données préalables telles qu’elles existent actuellement »[3]. 

En 1847, Engels définit ce mouvement réel dans le premier des Principes du communisme, « Qu'est ce que le communisme ? » :

 « le communisme est l'enseignement des conditions de la libération du prolétariat »[4].  

Dans le Manifeste du parti communiste en 1848, Marx et Engels remarquent que

« le communisme, ce n'est pas l'abolition de la propriété en général, mais l'abolition de la propriété bourgeoise », condition de la libération du prolétariat. Par conséquent : « Le communisme n'enlève à personne le pouvoir de s'approprier des produits sociaux ; il n'ôte que le pouvoir d'asservir à l'aide de cette appropriation le travail d'autrui. »[5]  


En 1875, Marx indique dans un de ses derniers textes (la critique du Programme de Gotha) sa vision du communisme :

« Dans une phase supérieure de la société communiste, quand auront disparu l'asservissante subordination des individus à la division du travail et, avec elle, l'opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel; quand le travail ne sera pas seulement un moyen de vivre, mais deviendra lui-même le premier besoin vital; quand, avec le développement multiple des individus, les forces productives se seront accrues elles aussi et que toutes les sources de la richesse collective jailliront avec abondance, alors seulement l'horizon borné du droit bourgeois pourra être définitivement dépassé et la société pourra écrire sur ses drapeaux : « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ! » »[6]  

1.3 Les marxismes[modifier | modifier le wikicode]

1.3.1 Le marxisme de Marx[modifier | modifier le wikicode]

Karl Marx et Friedrich Engels voulaient que l'on ne parle pas de marxisme, mais de « socialisme rationaliste critique »[7] ou de « socialisme matérialiste critique »[8] ou encore de « socialisme scientifique »[8] pour la doctrine de la science pour éviter qu'on attribue à sa personne ce qui est le patrimoine théorique du prolétariat[9].

Marx lui-même à plusieurs reprises, dans les dernières années de sa vie, dit à Paul Lafargue : « Si c'est cela le marxisme, ce qui est sûr c'est que moi, je ne suis pas marxiste », marquant sa volonté de se démarquer du « marxisme » proclamé par le Parti ouvrier français naissant.

En effet, Jules Guesde et « les guesdistes se livrent à une vulgarisation de Karl Marx et Engels… mieux adaptée au public français ». C'est dans ce contexte que « Karl Marx, qui a rédigé les « considérants » du programme des guesdistes »[10], aurait prononcé cette expression.

Le terme est inventé à la fin des années 1870, par des adversaires des proches de Marx (les guesdistes, la social-démocratie allemande) au sein de l'Association internationale des travailleurs[11]. L'expression apparaît textuellement pour la première fois en 1882 avec la brochure de Paul Brousse le Marxisme dans l'internationale[12][13].

Toutefois, il ne faut pas entendre par cette affirmation de Marx qu'il s'opposait à toutes formes de vulgarisation. Sa déclaration est avant tout une opposition à toute théorie hagiographique.

Pour le reste, Marx affirme que

« Des essais scientifiques écrits  en vue de révolutionner une science ne peuvent être  jamais vraiment populaires. mais une fois la base scientifique  posée, la vulgarisation est facile. »[14].

1.3.2 La diversification du marxisme[modifier | modifier le wikicode]

🔍 Voir aussi : Marxisme.

On peut parler de « marxisme » parce que la pensée de Marx a une certaine cohérence, et fournit une méthode, qui a été partagée par de nombreux-se-s militant-e-s qui s'en sont inspirés (principalement, la conception matérialiste de l'histoire). Le marxisme constitue une synthèse de trois grands courants d'idées du 19e siècle : la philosophie classique allemande, l'économie politique classique anglaise et le socialisme français.

Il est certain que la pensée de Marx a évolué au cours de sa vie, ce que de nombreux académiciens étudient depuis sa mort (si bien qu'on peut parler de marxiens, ou de marxologues). Néanmoins l'essentiel de sa conception a été conservé. Engels dira de sa rencontre avec Marx en été 1844 : « Marx m’a raconté presque tout ce qu’il a développé plus tard ».

Par ailleurs, de nombreuses divergences existent entre courants marxistes, conduisants certains à refuser de parler de marxisme au singulier.

Mais à la différence de l'immense majorité des philosophes, Marx concevait l'élaboration théorique comme ayant vocation à servir directement à la transformation du monde. C'est pourquoi le corpus théorique que l'on a ensuite appelé "marxisme" a pour principal objet le socialisme scientifique, la plus grande tâche de l'époque contemporaine.

2 BIBLIOGRAPHIE[modifier | modifier le wikicode]

2.1 Œuvres principales[modifier | modifier le wikicode]

Voici une liste des principaux ouvrages (les plus importants et/ou ou les plus connus) de Marx, écrits seuls ou avec Engels :

2.2 Œuvres complètes[modifier | modifier le wikicode]

2.3 Note et Sources[modifier | modifier le wikicode]


  1. Herr Vogt, Costes, 1928, p. 105.
  2. Critique de l'économie politique (1844), (trad. Kostas Papaïoannou), éd. Allia, 2007, partie 3. Communisme et socialisme, chap. XVII. Communisme et socialisme 2. Athéisme, communisme, socialisme, p. 167.
  3. L'idéologie allemande, éd. La Pléiade, Œuvres, 1845, t. 3, p. 1 067.
  4. Principes du communisme. URL : https://www.marxists.org/francais/marx/47-pdc.ht
  5. Karl Marx (trad. de l'allemand par Laura Marx), Manifeste du Parti communiste, Champ libre, 1983 (1re éd. 1848) (ISBN 2-85184-138-6), « partie II (« Prolétaires et communistes ») », p. 47-48.
  6. Gloses marginales au programme du Parti Ouvrier allemand. URL : https://www.marxists.org/francais/marx/works/1875/05/18750500a.htm
  7. Georges Haupt (1980) « De Marx au marxisme » (p.93). In L'Historien et le Mouvement social. La Découverte.
  8. 8,0 et 8,1 Noëlle Castagnez-Ruggiu (1997). Histoire des idées socialistes. La Découverte ( coll. Repères no 223).
  9. Karl Marx et Friedrich Engels, LA COMMUNE DE 1871, Lettres et déclarations pour la plupart inédite - traduction et présentation de Roger Dangeville, Union générale d'Éditions, Paris, 1971, 322 p., p. 4 (format pdf). URL : http://classiques.uqac.ca/classiques/Engels_Marx/commune_de_1871/la_commune_1871.pdf
  10. René Bidouze (1991). Lissagaray, la plume et l'épée (pp. 144-145). Les Éditions ouvrières (coll. La Part des hommes).
  11. Margaret Manale, « Aux origines du concept de « marxisme » » . Études de marxologie, octobre 1974, p. (en ligne sur le site du collectif d'édition Smolny depuis le 8 mars 2011). URL : http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=1343#nh9
  12. Noëlle Castagnez-Ruggiu (1997). Histoire des idées socialistes (p.49). La Découverte (coll. Repères no 223.
  13. Margaret Manale, « L’édification d’une doctrine marxiste », Études de marxologie, janvier-février 1978, p. 165-215 (en ligne sur le site du collectif d'édition Smolny depuis le 3 avril 2011). URL : http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=1343#nh9
  14. Lettre de Marx à Ludwig Kugelmann, 28 décembre 1862. URL : https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/kug/km_kug_18621228.htm