Planification

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La planification de l'économie est un objectif des communistes révolutionnaires, afin d'utiliser les moyens de production pour répondre aux besoins de la population et minimiser les dégâts écologiques.

Une nécessité urgente

Le capitalisme et sa logique de concurrence pour le profit est incapable de répondre aux besoins sociaux, et au contraire sa crise menace toujours plus d'approfondir les crises sociales. A cela s'ajoute le fait que cette logique, pour les biens qu'elle juge rentable de produire, génère d'incroyables gâchis de travail humain et de ressources naturelles, multipliant les risques écologiques locaux et globaux. Seule une planification socialiste, c'est-à-dire une gestion démocratique de l'économie, peut rationaliser les forces productives de l'humanité.

Crise sociale permanente

A l'heure actuelle, la productivité du travail de l'humanité lui permettrait largement de satisfaire les besoins sociaux. La famine est une aberration : tandis que les capitalistes de l'agroalimentaire tendent à la surproduction par rapport à la demande solvable, 800 millions d'êtres humains ont faim et 25 000 meurent chaque jour, et quasiment autant meurent d'avoir pu de l'eau non potable. Ce sont des assassinés. Le discours dominant qui regrette seulement qu'il y ait des "pays en développement" est une hypocrisie : les gouvernements des vieux pays impérialistes (USA, UE) sont les principaux responsables de l'oppression néocoloniale qui maintient des peuples entiers dans la misère. Le capitalisme ne développe pas le Tiers Monde, ce n'est pas assez rentable.

Le pouvoir des travailleurs permettrait au contraire de developper rapidement les pays opprimés, sans passer par les déboires du développement capitaliste qu'ont connu les peuples occidentaux. Sans la concurrence entre multinationales, il pourrait y avoir un partage immédiat des meilleures technologies en matière d'énergie, de traitement d'eau, de médicaments, de construction... Sans les dettes et l'exploitation, il y aurait enfin la possibilité de dépenser autant que nécessaire dans l'éducation, la santé ou la culture.

Gâchis de ressources et de travail humain

Il est difficile d'étudier la structure de la production capitaliste, car elle se remodèle constamment et étant une somme de "propriétés privées", elle n'est recensée par personne. A y mettre le nez dedans, on se rend pourtant vite compte du vrai désordre mondial qu'elle représente. Chaque grande entreprise rationalise sa production et l’organigramme de ses différentes usines, elle le fait en concurrence avec tous les autres, ce qui engendre des absurdités sans nom du point de vue de l'humanité :

  • Chaque année, 60 000 tonnes de poulets sont importées par le Royaume-Uni depuis les Pays-Bas, tandis que les Pays-Bas importent, eux, 30 000 tonnes de poulets britanniques qui voyagent dans l’autre sens.
  • dans le domaine des téléphones satellitaires, deux compagnies (Iridium et Globastar) ont lancé des dizaines de satellites pour couvrir en double la planète
  • plus de 7000 camions relient chaque jour les 25 sites européens du groupe Renault
  • on peut trouver à Pointe-à-Pitre des oranges venues d’Afrique du Sud, après avoir transité parfois par Rungis, alors qu’on en cultive en Amérique Centrale ou dans la proche Floride…
  • dans les zones où la concurrence est rude entre opérateurs de télécom, il y a un double réseau d'antennes relais
  • au fil des fusions et des rachats de sous-traitants dans l’industrie automobile, des pièces de moteurs ont pu venir du Brésil ou des États-Unis pour être assemblées en Europe sur des véhicules Renault ou Volkswagen tandis que des pièces équivalentes traversaient l’océan Atlantique dans l’autre sens pour être montées sur des véhicules Mack, Ford ou General Motors.

Dans le domaine des transports, l'absurdité est particulièrement criante. Un nombre incalculables de poids lourds et de navires porte-conteneurs pourraient être évités si les moyens de production et de transports étaient planifiés rationellement.

Par ailleurs, c'est la logique même du capitalisme qui a conduit au tout-voiture, et qui a réorganisé complètement la vie de millions de travailleurs, par exemple en concentrant les produits les moins chers dans les hypermarchés en périphérie des villes. Les Etats ont encouragé ce mouvement, en finançant massivement les réseaux routiers, et en parallèle en délaissant les transports collectifs. En France, à force de fermetures de lignes, le réseau SNCF voyageurs est aujourd’hui revenu à sa longueur des années 1890.

Planification et démocratie

Marché et démocratie

Déjà du temps de Marx, de nombreux idéologues bourgeois se sont attaqués au socialisme en prétendant que le capitalisme véhicule la démocratie et que s'y opposer c'est nécessairement tomber dans une tyrannie. En niant les classes, ils défendent la "propriété privée" en général, et donc font passer l'expropriation des moyens de production pour une atteinte à la liberté.

La tragique dégénérescence stalinienne de l'URSS a ensuite donné l'occasion aux pro-capitalistes de dire que la planification implique un Etat bureaucratique et dictatorial. Il est indéniable que le fait de posséder tous les principaux moteurs de l'économie a donné un pouvoir considérable à la nomenklatura stalinienne. Mais si elle a pu s'accaparer ce pouvoir, c'est d'abord du fait de l'échec de la révolution mondiale, qui a laissé la Russie dans un état de misère, tuant la démocratie soviétique.

Article détaillé : Planification bureaucratique.

De façon générale, libre marché ou pas, les pays pauvres ont toujours eu tendance à être dirigés par un régime non démocratique : dictatures africaines, Amérique Latine et Asie oscillant entre dictatures et pseudo-démocraties... Dans ces conditions, sous-entendre que sans les communistes la Russie tsariste aurait connu une démocratisation tranquille est plus qu'hasardeux.

Le marché capitaliste est au contraire une source permanente de tyrannie, même si elle a l'avantage de paraître a priori sans tyrans. Par exemple :

  • Le marché des dettes publiques et des taux d'intérêts est une pression permanente sur les Etats dominés, et sur les restes de l'Etat-providence en général. Que peut le meilleur des gouvernements démocrates s'il doit d'emblée gérer un budget rétréci ?
  • Le marché du travail et le chômage de masse sont des fléaux pour le prolétariat, que personne n'a décidé démocratiquement.
  • Lorsque le marché engendre gâchis de masses et pollutions dans la production, quelle liberté pour les exploités ?
  • Quand se produit une intoxication alimentaire et que les responsabilités sont noyées dans un enchevêtrement d'intermédiaires, où est le marché optimal et démocratique ?

Etatisation, coopératives et autogestion

Marx ne présentait pas la planification et le communisme comme quelque chose de contradictoire et sans rapport avec les coopératives. Au contraire, il souglinait que la généralisation du principe coopératif à l'ensemble de la société était de fait le communisme :

« Mais si la production coopérative ne doit pas rester un leurre et une duperie; si elle doit évincer le système capitaliste; si l'ensemble des associations coopératives doit régler la production nationale selon un plan commun, la prenant ainsi sous son propre contrôle et mettant fin à l'anarchie constante et aux convulsions périodiques qui sont le destin inéluctable de la production capitaliste, que serait-ce, messieurs, sinon du communisme, du très « possible » communisme ? »[1]

Planification et efficacité

Face à l'idée de planification, les zélateurs bourgeois défendent le désordre capitaliste en invoquant Adam Smith et la théorie du marché comme économie optimale.

Quel critère d'efficacité ?

Une première question que l'on doit poser est celle du critère que l'on prend pour parler d'efficacité. Généralement, les économistes bourgeois se limitent à la croissance économique. Marx et Engels se plaçaient également sur ce terrain-là lorsqu'ils parlaient de croissance des forces productives. Le capitalisme a engendré une croissance sans précédent des forces productives, mais à travers ses crises, il devient un frein relatif. Le socialisme doit donc permettre de « libérer les forces productives », pour produire autant qu'il le faut pour satisfaire les besoins. En effet, en l'absence des aléas du marché, les moyens de production peuvent être utilisés même dans des conditions où dans le capitalisme, la surproduction ou la concurrence les aurait fait disparaître.

On peut faire une remarque à ce stade (déjà aperçue par Marx) : puisque le capitalisme est guidé par la croissance à court terme et produit des déséquilibres écologiques, des catastrophes d'origine anthropiques ou des raréfactions de ressources non renouvelables pourraient conduire à des "décroissances subies" à long terme.

D'autres aspects souhaitables ne peuvent pas être comptabilisés dans un critère quantitatif comme la croissance :

  • Puisqu'il est basé sur une division en classes sociales, le capitalisme conduit à des inégalités malgré sa croissance. A niveau de croissance égal, une économie planifiée pourrait répartir la production de façon bien plus égalitaire.
  • Le fait de pouvoir décider démocratiquement des grands choix de production permet d'en finir avec l'aliénation capitaliste.
  • Des secteurs entiers sont moins rentables (éducation, aide à la personne...) et donc moins développés sous le capitalisme. Le socialisme pourrait décider d'utiliser le temps de travail disponible grâce à la forte productivité moderne pour développer des secteurs utiles socialement.

Constats empiriques

Du point de vue des faits observables, on peut comparer les économies de marchés et les économies planifiées du présent ou du passé.

Pour ce qui est du capitalisme, malgré sa croissance tendancielle, les crises économiques ont été historiquement de plus en plus brutales, avec des périodes de stagnation qui semblaient insurmontables (fin 19e, années 1930...).

Lénine écrivait en 1919 que les chiffres de la production en Russie montraient déjà « la victoire du communisme sur le capitalisme », malgré toutes les difficultés liées à la guerre civile.[2]

A l'inverse, pendant la Grande dépression des années 1930, l'URSS n'était pas affectée par la crise capitaliste mondiale et affichait des taux de croissance records. Plus généralement, les économies planifiées du Bloc de l'Est se sont industrialisées rapidement par rapport aux pays aussi pauvres au départ et ayant un marché ouvert.[3] Jusqu’au milieu des années 1970, l’écart entre les économies planifiées et les sociétés capitalistes avancées a diminué. Après, il s'est mis à se creuser.

A partir des années 1980, la Chine est passée progressivement à une économie libéralisée, et a vu ses taux de croissance s'envoler. Cet exemple est généralement pris comme modèle par les économistes bourgeois, pour affirmer la supériorité du marché.

A l'inverse, la Russie a connu une profonde crise et stagnation économique lors de la transition brusque au marché en 1991.

Aujourd'hui, le seul pays qui conserve une économie bureaucratiquement planifiée, la Corée du Nord, connaît une quasi stagnation économique.

Il n'est cependant pas évident de se baser sur l'expérience des planifications bureaucratiques pour évaluer l'efficacité de la planification. En effet, le contrôle démocratique réel de la planification aurait nécessairement des effets, qui donneraient donc un résultat différent. Pour beaucoup de marxistes, dont les trotskistes, la planification bureaucratique engendre nécessairement une baisse d'efficacité (même en terme de croissance). Car sans démocratie, il y a un retrait de l'implication des travailleurs et donc un système aveugle provoquant des absurdités.

La planification dans le mouvement ouvrier

Planification, État ouvrier et socialisme

La conception marxiste générale est qu'une révolution socialiste prolétarienne  doit reverser le capitalisme (dont l'Etat bourgeois) et mettre en place le socialisme, basé sur un Etat ouvrier et le remplacement du marché par la planification.

Pour les trotskistes, la Révolution d'Octobre 1917 était une révolution socialiste qui a mis en place un Etat ouvrier et a abouti à la socialisation des moyens de production, et donc les rapports de production en URSS étaient « socialistes », malgré la présence d'une caste bureaucratique parasitaire. La socialisation / planification est donc un élément déterminant pour définir un Etat ouvrier et le socialisme.

D'autres courants marxistes ont développé l'idée que la planification n'est pas une condition suffisante, et qu'en l'absence de gestion ouvrière réelle, l'URSS était une autre forme de société de classe (capitalisme d'Etat, collectivisme bureaucratique...).

Certains comme Charles Bettelheim ont écrit que par analogie avec le fétichisme de la marchandise, il y avait un fétichisme du plan qui masquait des rapports de production capitalistes. D'autres ont repris cette idée de fétichisme, mais sans parler de rapports capitalistes.[4]

Débats sur la transition socialiste

Dans la plupart des théories socialistes, la planification économique ne concerne que les facteurs de production mais pas la répartition des biens et services produits à la consommation, qui seront distribués par le biais d'un marché.

« Théoriquement, nous avons toujours affirmé que le prolétariat, après la conquête du pouvoir, serait obligé, pendant un temps très long encore, de tolérer aux côtés des entreprises étatiques, les entreprises privées, moins perfectionnées au point de vue technique, moins susceptibles d´être centralisées ; nous n´avons jamais douté que les rapports entre les entreprises étatiques et privées, et dans une mesure considérable, les rapports réciproques entre les différentes entreprises ou leurs groupes, seraient régularisés par la voie du marché, au moyen du numéraire. »[5]

Exemples historiques d'économies planifiées

Article détaillé : Planification en URSS.

En Russie soviétique, les bolchéviks n'ont d'abord pas nationalisé toute l'industrie et ont même cherché à négocier avec des investisseurs capitalistes. La guerre civile à partir de 1918 les a poussé à étatiser toute l'économie essentiellement pour détenir tous les leviers de pouvoir dans la lutte (communisme de guerre). A partir de 1921, ils réintroduisent des mécanismes de marché (NEP), en particulier dans l'agriculture, où le tissu social n'est absolument pas prêt pour la collectivisation (paysannerie petite et moyenne). De nombreux débats ont alors lieu sur les moyens de développer l'économie et à quel rythme. En 1928, Staline décide brusquement la collectivisation forcée, et introduit le premier plan quinquennal.

La Chine populaire avait un système d'économie planifiée jusqu'en 1978. Depuis, son économie planifiée a été transformée en « économie de marché socialiste ». Ce concept permis de se défaire des conceptions qui avaient prévalu jusque là, et selon lesquelles « l'économie planifiée est le socialisme ; et l'économie de marché, le capitalisme ». Depuis 1992, le Parti communiste chinois a énoncé que « l'objectif de la réforme du système économique est d'établir un système d'économie de marché socialiste ».

Perpsective historique

Premières planifications

La planification n'a pas vraiment de sens pour les premières sociétés, dont l'économie était si rudimentaire qu'il n'y avait pas grand chose à planifier. Mais de fait il y a toujours eu à l'origine une grande part d'organisation collective. Les chasseurs-cueilleurs nomades décidaient collectivement quand et comment se procurer et distribuer leur nourriture (communisme primitif). Lorsque les premières divisions du travail ont été possible, il s'agissait avant tout de répondre à des besoins directs de la collectivité (artisanat pour la production d'outils...).

On ne peut pas parler de planification pour l'agriculture primitive, aléatoire et centrée sur des familles/lignages, mais pour tout ce qui relevait de toute la communauté (grands travaux, infrastructures...), la décision était collective. L'apparation des sociétés de classes (révolution urbaine) a fait reculer la démocratie mais renforcé la division du travail. Les classes dominantes ont érigé des Etats qui ont eu recours à de véritables planifications bureaucratiques, notamment dans le domaine des infrastructures de transport, de communication, dans l'armée...

Parallèlement et de façon tout sauf linéaire, des couches de la population sont apparues qui comptaient toujours plus sur le développement du marché : les marchands, les artisans, les banquiers... Parmi certains artisans, à des périodes où le commerce était florissant, on commençait à produire "pour le marché", c'est-à-dire sans savoir a priori contre quoi, en échangeant contre de l'argent, qui permettrait ensuite de se procurer les marchandises d'autres personnes ayant vendu "à l'aveugle", etc... Ce processus est très ancien, mais pendant longtemps il a été trop fragile pour être le moteur de la société. Il suffisait que les noblesses dirigeantes mettent des entraves à leur développement, directement ou par des guerres tuant les échanges, pour que l'on se réfugie dans le troc de proximité.

La "main invisible" de la société bourgeoise

Avec le développement sans précédant de l'échange marchand dans l'Europe de l'époque moderne, les caractéristiques capitalistes commencent à se dessiner, particulièrement dans les pays les plus intégrés à cette "mondialisation" naissante (Angleterre, Pays-Bas...). La division du travail s'accentue, et comme même à s'internationaliser. C'est la classe bourgeoise qui a un rôle dirigeant dans cette transformation de l'économie, et même si elle s'appuie sur son Etat, elle tient à sa "liberté d'entreprendre". Ces entrepreneurs se mettaient à produire avant tout pour dégager un profit, et le résultat fut une augmentation rapide du surproduit social, surtout après la révolution industrielle.

De fait, la bourgeoisie avait un rôle progressiste, à la fois dans le développement des forces productives et dans les idées. C'est ce constat qui poussa Adam Smith à théoriser les bienfaits du "marché libre" : à rebours de toute planification, la concurrence des capitalistes génèrerait d'elle-même le meilleur des résultats possibles, comme si une "main invisible" guidait le marché. Comme Marx le reconnaîtrait, Smith était brillant et il avait commencé à découvrir quelques lois du nouveau mode de production. Mais ce système allait s'avérer bien moins harmonieux que prévu. Il avait en réalité de profondes contradictions internes, qui allaient générer d'un côté une concentration des capitaux et de la liberté, de l'autre une concentration de la pauvreté et de l'aliénation. Et la nouvelle classe dominante allait bien sûr devenir la très réactionnaire gardienne de ce système.

Les planifications partielles dans le capitalisme

Cependant, le libre-marché ne reste pas dans un état stationnaire, mais conduit à une centralisation du capital en des industries et entreprises de plus en plus grandes. Même si cela conduit davantage à des oligopoles qu'à des monopoles, on assiste à une « socialisation objective » de plus en plus forte. Les travailleur-se-s font de fait partie d'un immense réseau interdépendant et très productif, mais l'appropriation de leur travail reste privée.

Dans un certain nombre de domaines, les capitalistes privés ne réalisaient pas les investissements nécessaires pour répondre aux exigences du prolétariat, ou à l'intérêt général des capitalistes. C'est pourquoi les Etats bourgeois ont souvent nationalisé les réseaux de chemins de fer, les réseaux électriques, les hopitaux...

Par ailleurs, le domaine militaire est par nature celui qui reste le plus chapeauté par l'Etat, même bourgeois. Plus généralement, en tant de guerre, les Etats ont tendance à nationaliser des pans entiers de l'économie afin de planifier la production en fonction de ses besoins impératifs.

Au cours du 20e siècle, en particulier, les guerres et les grandes crises de l'époque impérialiste ont fortement ébranlé le crédo libéral et pour beaucoup de politiciens et d'économistes (keynésiens notamment) il devenait évident qu'un interventionnisme étatique était nécessaire. Les diverses directions réformistes social-démocrates ou staliniennes ont par ailleurs soutenu cette aile de la bourgeoisie, en présentant cet interventionnisme comme un pas vers le socialisme, alors que c'était avant tout un étai pour le capitalisme.

Ainsi en France, le courant « planiste » connaît un certain essor dans l'entre-deux-guerres. Puis dans l'Après-guerre, il y avait au sommet de la hiérarchie administrative un Commissariat général du Plan, qui exerçait une forme de dirigisme et de planification incitative.

Article détaillé : Planification gaulliste.

Avec le tournant néolibéral, ce genre d'organes politiques ont partout été réduits à des structures d'études prospectives, tandis que les contrôles et règlementations sur les entreprises ont tendu à être levés. Néanmoins, le terme de planification est encore très présent dans le discours public, même s'il se borne à des études (rendues difficile car estimées à partir des tendances non voulues du marché[6]) et à des moyens incitatitfs.

Le socialisme : l'humanité maîtrisant ses propres forces

L'idée centrale du socialisme, c'est de mettre l'économie au service de l'intérêt général, en résolvant la question sociale (misère, inégalités...). Les ruptures entre grands courants du socialisme se sont faites sur les moyens d'y parvenir. Parmi les courants utopistes, une grande partie rêvent de communautés organisées autour de patrons d'usines généreux (Fourier, Owen...), ou d'une société de petits producteurs (Proudhon). D'autres cherchent davantage la solution dans une organisation plus juste et rationnelle de l'industrie (Saint-Simon, Louis Blanc, Blanqui, Bakounine, Marx..).

Marx s'inscrit dans le courant collectiviste, et il met l'accent sur le fait que la collectivisation ne peut venir que de la classe ouvrière. Le courant marxiste veut donc réaliser une planification démocratique par l'ensemble des producteurs/rices, c'est-à-dire une réelle gestion ouvrière de l'industrie.

Dans le capitalisme, le travail est reconnu socialement a posteriori, ou pas. C'est-à-dire que des entrepreneurs investissent dans du travail en faisant des paris et en se faisant concurrence avec d'autres, et que c'est la confrontation sur le marché qui validera quelles productions pourront perdurer et quelles productions devront disparaître. Indirectement, l'allocation des ressources (capitaux) est ensuite allouée différemment.

A l'inverse, dans la planification socialiste, le travail et l'allocation des ressources est décidé en amont, dans les secteurs jugés nécessaires. Les producteurs ne sont pas en concurrence, mais coopèrent. Il n'y a donc pas de précarité matérielle, pas de crise économique, et pas d'obstacle à la satisfaction de tous les besoins sociaux définis démocratiquement.

Critiques de la planification

Les économistes bourgeois libéraux ont depuis longtemps dénoncé toute idée de planification comme impossible ou inefficace.

La question de la « possibilité » de l'existence d'une économie planifiée a été une question majeure qui a animé le monde des économistes dans les années 1920-1930. Pour Ludwig von Mises, une économie planifiée est « impossible » car, en se privant du mécanisme des prix libres, les autorités planificatrices se privent de toute possibilité de calcul économique :

« Privé de tout moyen de connaître la valeur relative des différents biens, le planificateur central en est réduit à décider de façon aveugle et, en un mot, « irrationnelle ». On ne peut dès lors parler d’« économie » planifiée, la planification est impossible. Certes le planificateur pourra toujours décider une répartition arbitraire mais elle ne sera fondée sur rien de rationnel. »

La réponse des tenants de la planification s'exprima en particulier dans les écrits d'Oskar Lange et des autres tenants du socialisme de marché. Pour eux, la planification pouvait fonctionner si l'autorité planificatrice centrale obligeait les acteurs à mimer les mécanismes du marché pour avoir une idée de la demande réelle de chaque produit.

Friedrich von Hayek, dans L'utilisation de la connaissance dans la société (1946), soulignait que les prix véhiculaient une somme d'informations agrégées qu'aucune procédure bureaucratique ne pourrait transmettre. La planification reste pour lui une approximation inefficace, même au regard des buts affichés, car il est impossible de tout connaître pour une autorité planificatrice et qu'elle est condamnée au tâtonnement.

Pour Michael Polanyi, la planification est structurellement moins efficace que l'ordre spontané des économies de marché. Pour fonder sa thèse, il oppose les sociétés polycentriques, dans lesquels les individus indépendants interagissent librement, et les sociétés monocentriques, telles les sociétés planifiées, dans lesquelles un pouvoir central dicte ses ordres aux acteurs. Il soutient qu'une société polycentrique peut traiter un volume d'informations bien supérieur à ce qu'une société monocentrique peut traiter. Malgré son désordre apparent, une société libre fera toujours mieux qu'une société planifiée « rationnellement ».

Notes et sources

Pour la réflexion :

Cercle Léon Trotsky, Écologie : nature ravagée, planète menacée par le capitalisme !, 2007