Internationalisme

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L'Internationalisme prolétarien, ou simplement Internationalisme, est un principe théorique et pratique de solidarité et d'unité internationale, résumée dans le slogan de Karl Marx : « Travailleurs de tous les pays, unissez-vous ! ».

L'internationalisme passe d'abord par la solidarité au delà des nations entre les prolétaires. Cette solidarité doit s'effectuer d'abord pour lutter pour les droits et les conditions de vie des travailleurs, et cette lutte s'effectue inévitablement contre la classe dominante. La défense d'intérêts communs à l'humanité implique de s'opposer au nationalisme, au chauvinisme, à l'impérialisme, aux guerres entre les peuples.

Un principe nécessaire au socialisme[modifier]

L'internationalisme n'est pas un idéal abstrait, mais un principe qui se base sur les conditions matérielles des prolétaires et leurs intérêts convergents. Au 19e siècle, lorsque Marx et Engels écrivaient le Manifeste du parti communiste, le capitalisme unifiait rapidement l'économie mondiale et faisaient des prolétaires les mêmes pauvres exploités. D'où le célèbre passage :

« on a accusé les communistes de vouloir abolir la patrie, la nationalité. Les ouvriers n'ont pas de patrie. On ne peut leur ravir ce qu'ils n'ont pas. Comme le prolétariat de chaque pays doit en premier lieu conquérir le pouvoir politique, s'ériger en classe dirigeante de la nation, devenir lui-même la nation, il est encore par là national, quoique nullement au sens bourgeois du mot. Déjà les démarcations nationales et les antagonismes entre les peuples disparaissent de plus en plus avec le développement de la bourgeoisie, la liberté du commerce, le marché mondial, l'uniformité de la production industrielle et les conditions d'existence qu'ils entraînent.» [1]

L'internationalisme, pour le socialisme scientifique, part donc d'abord d'un constat. Mais du point de vue du mouvement ouvrier et de son action politique consciente, c'est également un combat et une nécessité. En effet, le Manifeste poursuit :

« Le prolétariat au pouvoir les fera disparaître plus encore. Son action commune, dans les pays civilisés tout au moins, est une des premières conditions de son émancipation. Abolissez l'exploitation de l'homme par l'homme, et vous abolirez l'exploitation d'une nation par une autre nation. Du jour où tombe l'antagonisme des classes à l'intérieur de la nation, tombe également l'hostilité des nations entre elles. »

Cette nécessité est à la fois économique et politique :

  • économique : le socialisme ne peut s'appuyer que sur la forte productivité établie par le capitalisme (pour répartir rapidement le travail, donner du temps libre pour exercer la démocratie ouvrière...), or celle-ci dépend fortement de la mondialisation, donc un Etat révolutionnaire ne peut être autarcique sans risquer de subir un profond recul économique ;
  • politique : si les travailleurs de tous les pays ne sont pas suffisamment solidaires, un éventuel Etat révolutionnaire serait immanquablement agressé par son entourage capitaliste. Et si la révolution ne s'étend pas, la dégénérescence bureaucratique est un fort risque, particulièrement dans les pays peu industrialisés.

En résumé, la révolution socialiste, même si elle peut démarrer dans un pays, est nécessairement mondiale (révolution permanente, en opposition au "socialisme dans un seul pays") ou elle n'est pas. Ce qui implique que le mouvement ouvrier révolutionnaire est internationaliste ou il n'est pas.

Le combat pour la révolution mondiale[modifier]

Historique[modifier]

L'Internationalisme dans son acception moderne nait dans les mouvements révolutionnaires de 1848 de la prise de conscience qu'il existe des intérêts communs à l'humanité.

C'est pour cela qu'un des principaux combats de Marx et Engels durant leur vie fut la construction d'une organisation internationale des travailleurs. C'est pour chanter la lutte de classe mondiale et l'Internationale Ouvrière qu'Eugène Pottier écrit dans sa prison les paroles de la fameuse Internationale. C'est pour défendre l'internationalisme trahi par la Deuxième internationale opportuniste (Union sacrée et social-chauvinisme décomplexé...) que Lénine tenta de réunir les révolutionnaires dès 1915[2] et impulsa la création de l'Internationale Communiste.

C'est enfin pour reprendre ce flambeau étouffé par le stalinisme que Trotsky tenta de mettre sur pied la Quatrième internationale, combat que mènent encore aujourd'hui les communistes révolutionnaires, malgré toutes les divergences et leurs difficultés.

Un combat permanent[modifier]

Comme la conscience de classe, l'internationalisme n'est pas spontané dans le prolétariat du monde. Même s'il repose sur des bases matérielles, bon nombre de tendances tendent à le contre-carrer. Au 19e siècle, il s'agissait surtout de traditions dues à l'inertie historique, que l'on trouvait surtout dans la paysannerie, et déjà moins chez les ouvriers et les bourgeois. La mondialisation, amorcée depuis des siècles par les échanges marchands, constituait une puissante lame de fond contre les idéologies étroitement nationales :

« La grande industrie a fait naître le marché mondial, que la découverte de l’Amérique avait préparé. […] En exploitant le marché mondial, la bourgeoisie a donné une forme cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au grand regret des réactionnaires, elle a dérobé le sol national sous les pieds de l’industrie. »[3]

Mais le capitalisme, de par ses violentes crises et les conflits impérialistes qu'il a développé à l'extrême au 20e siècle, pousse aussi à de profonds reculs réactionnaires. Les idéologies nationalistes et chauvines ont alors une profonde utilité pour la bourgeoisie : réaliser l'Union sacrée des exploités avec leurs exploiteurs, et préserver le système.

Aujourd'hui encore, malgré un niveau jamais atteint de mondialisation des échanges de marchandises et de capitaux, la majorité des travailleurs est enracinée dans un territoire, avec peu d'occasions de voyager ou de s'intéresser à d'autres pays. Malgré la baisse spectaculaire du coût des communications, seulement 2% des appels téléphoniques sont internationaux, et seulement une connexion internet sur 5 ou 6 dépasse les frontières nationales. Il est plus facile à un riche homme d'affaire passant d'avions à hôtels de se sentir "citoyen du monde", que pour un balayeur de Budapest.

Internationalisme et "mondialisme"[modifier]

Un thème en vogue actuellement à l'extrême droite est le combat contre le "mondialisme" (ou parfois la "mondialisation"). Sous couvert de nouveauté (puisque la mondialisation est à tort présentée comme nouvelle), il s'agit de surfer sur la dégradation sociale accélérée depuis le tournant néolibéral pour instiller une série de thèmes classiques ("la malfaisante finance cosmopolite juive ou anglo-saxonne nous attaque") et proposer de fausses solutions ("sortir de l'euro et mener une politique protectionniste", sans sortir du capitalisme, ce qui revient une fois de plus à s'unir avec nos bourgeois contre de faux ennemis, l'extérieur ou les immigrés).

Bien sûr, l'extrême droite en profite pour dénoncer l'internationalisme révolutionnaire comme une "trahison du pays", une "alliance objective avec le Capital financier"...

Les Internationales[modifier]

Pour permettre une réalisation efficace de cet idéal, différents courants politiques ont fondés à différentes époques des associations internationales. Les plus importantes sont :

D'autres associations internationales ont existé ou existent encore, regroupant généralement des partis frères sur leurs propres bases politiques.

La démarche pour construire une organisation révolutionnaire internationale et le fonctionnement qu'elle doit avoir sont sujets à débats entre trotskistes.

Article détaillé : Parti mondial.

Exemples historiques[modifier]

L'expérience de la Commune de Paris (1871) fut une belle illustration d'internationalisme. Comme l'écrivit Marx :

« Pro­cla­mant hau­te­ment ses aspi­ra­tions inter­na­tio­na­listes – parce que la cause du pro­duc­teur est par­tout la même et que son ennemi est par­tout le même, quel que soit son vête­ment natio­nal, Paris a pro­clamé le prin­cipe de l’admission des étran­gers à la Com­mune, il a même élu un ouvrier étran­ger (membre de l’Internationale) à son Exé­cu­tif » [4]

D'après de nombreux témoignages, le sentiment national était très présent parmi la base de l'Armée rouge, paradoxalement plus que parmi les nationalistes des Armées blanches qui elles avaient peu de soutien populaire et étaient au contraire soutenues par l'étranger. A propos de nationalisme et d'internationalisme, le philosophe anglais Bertrand Russel raconte suite à son voyage en Russie en 1920 :

« Le véritable communiste est absolument internationaliste. C’est ainsi que Lénine, autant que j’ai pu en juger, ne se préoccupe pas plus des intérêts de la Russie que de ceux des autres pays ; la Russie est en ce moment le protagoniste de la révolution sociale, et par là même elle est d’un grand enseignement pour le monde ; mais Lénine sacrifierait la Russie plutôt que la révolution, s’il devait jamais en être réduit à choisir entre les deux. C’est là l’attitude orthodoxe, qui est sans doute sincère chez un grand nombre des leaders. Mais le nationalisme est naturel et instinctif, et la fierté qu’ils ressentent pour leur révolution l’a fait renaître au coeur des communistes. Par la suite, à travers la guerre polonaise, les bolcheviques ont pu s’assurer l’appui du sentiment nationaliste et leur situation dans le pays s’en est trouvée de ce fait immensément fortifiée. (...) Il est incontestable qu’à l’heure actuelle, Trotski et l’Armée rouge disposent de l’appui d’un très grand nombre de nationalistes. Les opérations ayant pour but de reconquérir la Russie d’Asie ont même ravivé chez ces derniers un sentiment impérialiste, quoiqu’il soit certain que beaucoup d’entre ceux chez qui j’ai cru reconnaître ce sentiment s’en défendraient avec indignation. »[5]

Néanmoins, les dirigeants bolchéviks s'efforçaient pendant la guerre civile de faire vivre l'internationalisme prolétarien. Ainsi par exemple, l'Ordre du jour à l'armée et à la flotte du 24 octobre 1919 (n°159) proclamait :

«Combattants rouges !

«Sur tous les fronts, vous vous heurtez aux intrigues hostiles de l'Angleterre. Les armées de la contre-révolution tirent sur vous avec des canons anglais. Dans les dépôts de Schenkursk et de l'Onéga, sur les fronts du sud et de l'ouest, vous découvrez des munitions qui proviennent d'Angleterre. Les prisonniers que vous faites portent des uniformes anglais. Des femmes et des enfants, à Arkhangel et à Astrakhan, sont massacrés ou mutilés par des aviateurs anglais avec de la dynamite anglaise. Des vaisseaux anglais bombardent nos côtes...

«Mais même actuellement, alors que nous combattons avec acharnement le mercenaire de l'Angleterre, Ioudénitch, j'exige de vous que vous n'oubliiez jamais qu'il existe deux Angleterres. A côté de l'Angleterre des profits, de la violence, de la corruption, des atrocités, il existe une Angleterre du travail, pleine de puissance spirituelle, dévouée aux grands idéaux de la solidarité internationale. Nous avons contre nous l'Angleterre des boursiers, vile et sans honneur. L'Angleterre laborieuse, le peuple, est pour nous.»

Notes et sources[modifier]

  1. Karl Marx, Friedrich Engels, Le manifeste du parti communiste, 1847
  2. Lénine, Le problème de l'unification des internationalistes, 1915
  3. Karl Marx, Manifeste du Parti communiste
  4. Karl Marx, La Guerre civile en France, 1871
  5. Bertrand Russell, Pratique et théorie du bolchevisme, 1920