Sozialdemokratische Partei Deutschlands

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Affiche électorale de 1920

Le Sozialdemokratische Partei Deutschlands (en Allemand : Parti social-démocrate d'Allemagne), est un grand parti de gauche allemand. Plus ancien parti d'Allemagne, il a une histoire longue depuis le parti ouvrier des origines, proche de Marx et Engels, jusqu'au parti bourgeois actuel.

Histoire[modifier]

Naissance du grand parti ouvrier d'Allemagne[modifier]

Fondé en 1871, il fut réprimé par Bismarck de 1878 à 1890. Les lassalliens y sont d'abord les plus influents.

Dans les dernières décennies du 19ème siècle, le développement économique de l’Allemagne s’était accéléré. Sous la direction du chancelier Bismarck, l’Allemagne fut tardivement unifiée en un Empire allemand en 1871. Le pays connut alors un essor industriel rapide, transformant des millions de paysans crevant la faim et d’artisans, en prolétaires. Rien qu’entre 1882 et 1895, le prolétariat augmenta de 40 %, passant de 7 millions d’ouvriers à plus de 10 millions !

Concentrée dans les centres urbains et les régions industrielles, la classe ouvrière allait mener de nombreux combats contre les patrons et le gouvernement. C’est au travers de ces grèves, de ces manifestations, d’affrontements petits et grands avec la bourgeoisie et son Etat, que les travailleurs allemands allaient apprendre à s’organiser. Et c’est aussi au travers de batailles politiques, notamment électorales, qu’ils devinrent une véritable force politique, postulant à prendre la direction de la société.

Pourtant pas plus en Allemagne que dans les autres pays, l’idée que le prolétariat formait une classe avec des intérêts politiques distincts n’allait de soi. Les facteurs de divisions ne manquaient pas au sein du jeune prolétariat. Les particularismes de toutes sortes, le nationalisme, les divisions religieuses étaient répandus. Pour combattre ces préjugés et forger une conscience de classe, les militants sociaux-démocrates firent une propagande inlassable, gagnant les ouvriers les plus conscients à leurs idées, éveillant des couches de plus en plus larges du prolétariat à la vie politique, à la compréhension de leur situation et du rôle que pouvait jouer le prolétariat pour transformer la société.

Devant cette croissance numérique mais surtout sociale et politique du prolétariat, Bismarck, qui considérait les socialistes comme, je le cite, « des bandes de brigands qui campent sur nos places », tenta d’arrêter leur progression en interdisant leur parti. Pendant douze ans, de 1878 à 1890, les lois dites antisocialistes tentèrent de juguler le mouvement ouvrier en train de se développer. Bien sûr, le pouvoir n’avait pas attendu ces lois pour réprimer les grèves, poursuivre les militants devant les tribunaux, condamner les députés à la forteresse.

Mais si les nouvelles lois contre les socialistes ne les empêchaient pas de se présenter aux élections, elles leur interdisaient de mener toute propagande, et d’éditer des journaux. La police pourchassait les militants, dispersait les réunions. Les militants connus étaient privés de leur gagne-pain, bannis de leur ville. Les libraires, les aubergistes étaient mis sous surveillance. Berlin était placé en état de siège.

Progressivement, camouflés en groupes de lectures ou de joueurs de cartes dans des appartements privés, en promeneurs du dimanche dans les parcs, les militants renouèrent les contacts et reprirent leurs réunions politiques.

Une tâche très importante fut celle de continuer à diffuser et à publier la presse qui était rédigée à l’étranger. Il fallait échapper à la censure, en faisant circuler clandestinement cette presse, sous les manteaux, ou dans le double-fond des malles. C’était « la poste rouge ».

La vie du parti se transforma, autant de façon spontanée que par décision du parti lui-même. Et ce fut une école d’organisation, où les militants apprirent le dévouement, ainsi que l’art de ne pas succomber aux provocations policières. Le parti s’adapta à la répression en menant toute une activité illégale, en organisant les grèves, mais aussi en exploitant toutes les failles possibles du régime policier.

Et la possibilité de participer aux élections, d’élire des députés au Parlement, en était une de taille. Elle permit à la fois de mener des batailles politiques larges, à l’échelle du pays, et d’avoir une tribune, d’autant que les discours des parlementaires pouvaient être publiés, ce qui permettait de contourner la censure sur la presse.

La participation aux élections permit aussi de mesurer la croissance de l’influence social-démocrate dans la classe ouvrière.

Le résultat, ce fut qu’elle progressait inexorablement à chaque élection. Et lorsque les lois antisocialistes furent abandonnées en 1890, le parti avait multiplié par trois le nombre de voix, représentant 20 % de l’électorat et obtenant 36 députés, même si pendant des années encore certains d’entre eux continuèrent les allers-retours entre le parlement et la prison. C’est en utilisant toutes les possibilités, légales comme illégales, pour continuer leur agitation politique, que les socialistes devinrent la première force politique du pays.

Ainsi, le parti ouvrier allemand réussit à regrouper et à unifier les travailleurs derrière leurs objectifs de classe. La multiplication de grèves de plus en plus puissantes, les succès électoraux, la participation croissante d’ouvriers et de jeunes à l’activité du parti, tout cela lui conférait un poids important dans la vie politique du pays.

Impérialisme et révisionnisme[modifier]

À partir des années 1890 on peut considérer que s'ouvre une nouvelle époque du capitalisme, avec son "stade suprême", l'impérialisme. Dans cette période, le SPD et ses alliés syndicaux acquièrent une puissance sans précédent. Le capitalisme de la Belle Époque est florissant, et les luttes des travailleurs sont fructueuses, en parallèle d'une plus grande liberté politique pour le travail parlementaire. Beaucoup de social-démocrates veulent alors croire à une progression graduelle vers le socialisme, d'autant plus qu'une "aristocratie ouvrière" se forme à la tête des syndicats et du SPD, qui a de plus en plus d'intérêts à composer avec la bourgeoisie. Pour mettre en accord la théorie, qui reste révolutionnaire, avec la pratique réformiste centrée sur les syndicats et le parlement, une forte tendance révisionniste apparaît autour de la figure d'Eduard Bernstein.

Parallèlement, alors que la menace militariste gronde en Europe, le SPD en tête de l'Internationale ouvrière se porte garant du pacifisme. Néanmoins, en 1907, au congrès de Stuttgart, le SPD s’oppose à l’idée d’une grève générale en cas de déclaration de guerre et se prononce seulement en faveur de la propagande pacifique et de l’action politique.

Au congrès d'Iéna de 1911, sur la proposition de Karl Liebknecht, on proposa à Trotski (qui était alors en exil en Europe) de de parler des actes de violence commis par le gouvernement tsariste en Finlande. Mais Bebel demanda à Trotsky de ne pas intervenir pour éviter d’attirer des ennuis… Trotski accepta, et Liebnecht indigné, fit lui un discours véhément contre le tsar.[1]

La minorité de gauche est battue au congrès d'Iéna, mais continue sa propagande révolutionnaire. Dans les cercles dirigeants du SPD, on méprise et on craint cette aile gauche. Les "Rosaleute" sont une obsession constante chez Kautsky dans les années 1913-1914.

La Première guerre mondiale fut un test douloureux pour le mouvement ouvrier...

La trahison du Burgfrieden[modifier]

Si la gauche du parti, avec Rosa Luxemburg comme meilleure représentante, n'était pas dupe de la dérive droitière, elle ne s'attendait certainement pas à une trahison de l'ampleur de ce que fut le "burgfrieden", l'unité avec la bourgeoisie pour la "défense de la patrie".

La propagande pacifiste des socialiste était encore forte en juillet 1914, ce qui d'ailleurs irritait le Kaiser Guillaume II, qui écrivit le 29 juillet :

«Les socialistes se livrent dans les rues à des manœuvres antimilitaristes, il ne faut pas le supporter, surtout pas à présent. Si ces troubles se répètent, je proclamerai l’état de siège et je ferai enfermer les dirigeants et tutti quanti. Nous ne pouvons permettre à l’heure actuelle aucune propagande socialiste.»

Mais le gouvernement choisit plutôt de jouer finement. Par le biais notamment d'échanges entre le chancelier Bethmann Hollweg et le "socialiste" Albert Südeküm, il connaissait assez bien l'état d'esprit des dirigeants du SPD. Le 30 juillet, à la réunion du ministère d’Etat de Prusse, le chancelier disait : «Il n’y avait plus trop à craindre [du SPD] »

Ebert, le second président du parti écrivait le 27 juillet 1914 au comité directeur qu’au cas où une catastrophe surviendrait « il y aurait aussi des difficultés à l’intérieur de notre parti. La guerre et la puissante renaissance du mouvement ouvrier en Russie inspireront au groupe de Rosa de nouveaux plans…»

Le 4 août 1914, les 110 députés du groupe social-démocrate au Reichstag votent unanimement les crédits de guerre demandés par le chancelier impérial Bethmann Hollweg. Sur les 92 députés présents, 14 étaient contre, et 4 l'ont exprimé dans la discussion interne du groupe, mais tous ont appliqué la discipline de parti. Le plus farouchement contre était Karl Liebknecht, qui regretta vite de pas avoir désobéi. Le président du groupe social-démocrate, Hugo Haase, était contre également, mais il faisait partie des proches de Kaustky, que l'on allait appeler "centristes". En tant que président, ce fut lui qui lut la déclaration au Reichstag[2].

Rosa Luxemburg impulse le soir même chez elle le Gruppe Internationale, un regroupement d'opposants (dont Franz Mehring, Marchlewski, Hermann Duncker, Wilhelm Pieck et Ernst Meyer).

« Nous portâmes à la poste plus de trois cent télégrammes. Le résultat fut catastrophique. Clara Zetkin fut la seule à répondre immédiatement en donnant son accord sans réserve... »[3]

Karl Kautsky, dans un article du 28 août[4], tenter de nier que l'Internationale a volé en éclats, en assurant que tout se qui se passe correspond à une situation prévue : "Il a toujours été évident pour que dans une telle situation les sociaux-démocrates s'engagent de toutes leurs forces en défense de leur propre nation."

Liebknecht rejoindra le groupe d'opposants presque aussitôt, mais s'attache à rassembler une opposition parlementaire. Lors de la deuxième séance au Reichstag, en décembre, il vote contre les crédits. Lors du troisième vote le 30 mars 1915, le reste de la minorité d'août 1914 décide de ne pas prendre part au vote (seul Otto Rühle rejoint Karl Liebknecht en votant contre). Cette "dissidence" sera exclue du SPD fin 1916.

La gauche exclue forme alors en avril 1917 l'USPD (Parti social-démocrate indépendant d'Allemagne), composée de pacifistes avec une aile révolutionnaire, le groupe Spartakus.

Pendant la Révolution allemande[modifier]

Le SPD sera propulsé au pouvoir pendant la Révolution allemande, et sera son fossoyeur. Il sera à la fois une concession de la bourgeoisie et son meilleur garant.

Sous la République de Weimar[modifier]

Troisième Reich[modifier]

Le parti est interdit par le fascisme nazi, dans sa volonté de mater la classe ouvrière.

Après-guerre et guerre froide[modifier]

La division de l'Allemagne affaiblit le SPD en le coupant de sa base ouvrière de la Prusse industrielle, située en zone soviétique. Dans celle-ci, le SPD est contraint à fusionner avec le parti unique stalinien.

Le SPD se débarrasse radicalement de ses références marxistes en 1959, lors du Congrès extraordinaire de Bad Godesberg. L'objectif est désormais "l'économie sociale de marché", et le parti se veut non plus un "parti ouvrier" mais un "parti populaire". En 1966, le SPD participe à la "Grande Coalition", devenant un "parti de gouvernement".

Mue définitive en parti bourgeois[modifier]

Le SPD dirige à nouveau l'État bourgeois en 1998 avec Gerhard Schröder. Le slogan de campagne, "die neue Mitte" (le nouveau centre), illustre un recentrage désormais assumé.

Le parti reste traditionnellement attaché aux puissants syndicats comme celui de la métallurgie I.G. Metall, mais ne fait aucune ombre au patronat, pour lequel il représente une option politique tout à fait respectable.

Notes et sources[modifier]

  1. Léon Trotsky, Ma vie, 16. Deuxième émigration - le socialisme allemand, 1930
  2. Intervention du député social-démocrate Hugo Haase au Reichstag, 4 août 1914.
  3. Hugo Eberlein, cité par Josef Schleifstein, in Franz Mehring, Vie de Karl Marx
  4. Karl Kautsky, La préparation de la paix in Die Neue Zeit, 28 août 1914