Fascisme

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Allégorie du nazisme

Le fascisme est un mouvement politique conduisant à un Etat fort et répressif permettant à la bourgeoisie d’écraser un mouvement ouvrier menaçant et de surmonter une situation de crise.

Processus menant au fascisme[modifier]

La dynamique du fascisme repose sur un ensemble de facteurs faisant système.

Crise du capitalisme vieillissant[modifier]

La cause première d’une montée du fascisme de grande ampleur est une crise économique et sociale majeure, comme le capitalisme vieillissant en génère périodiquement. La Grande dépression des années 1930 était typiquement le cas, et il est fort probable que nous soyons en ce moment au début d’une telle période. Historiquement la prise du pouvoir par les fascistes a pour fonction essentielle de recréer les conditions de la reproduction du grand capital. Cela se fait par une fuite en avant militariste qui transforme la société tant à l’échelle nationale qu’internationale. Le premier effet est la mise au pas du prolétariat, la destruction de ses organisations propres et son ralliement partiel dans une union nationaliste, ce qui permet aux capitalistes d’opérer de profondes restructurations. Egalement et de façon liée, l’accroissement global des tensions inter-impérialistes est source de débouchés guerriers et de grandes destructions / dévalorisations de capital qui permettent un nouveau cycle d’accumulation.

Base sociale et idéologie petite-bourgeoise[modifier]

C’est au sein de la petite-bourgeoisie que la montée du fascisme trouve d’abord sa base sociale. En effet, avec les petits patrons ruinés ou pressurés par l’inflation et le manque de débouchés, les jeunes diplômés ou les cadres au chômage, cette classe intermédiaire se voit menacée et devient alors un terreau pour les idéologies réactionnaires. Les anciens combattants de la Première guerre mondiale ont aussi constitué un fort vivier de militants fascistes. Le contenu peut varier, par exemple la forme particulière qu’a pris le nazisme de Hitler avec son racialisme systématisé n’était écrite dans aucune « loi » du capitalisme. Mais dans le cadre des Etats-nations d’aujourd’hui et du bain ambiant de l’idéologie bourgeoise, cela prend des formes récurrentes. La constante est un nationalisme extrême avec stigmatisation d’ennemis intérieurs et extérieurs. Les discours haineux s’en prennent à tous ceux qui sont supposés causer la « décadence du pays », ce qui engendre à la fois une démagogie contre les syndicats et les salariés grévistes, et des formes ambigües et partielles d’anticapitalisme. Par exemple les diatribes peuvent cibler "l'asservissement aux prêteurs", les grands magasins, le capital "accapareur" en opposition au capital "créateur", etc. mais la propriété privée en tant que telle et le pouvoir du patron dans l'entreprise ne sont jamais remis en question. Ce genre de mouvement, même s’il peut reprendre des termes à connotation progressiste (socialisme…) rejette fondamentalement le socialisme scientifique en même temps qu’il méprise le prolétariat. De plus, les couches sociales déjà victimes d’oppression (homosexuels, nomades, féministes…) sont très souvent écrasées par le fascisme.

Duel avec le mouvement ouvrier[modifier]

Dès que surviennent des attaques violentes contre les salariés, un mouvement fasciste est né. L'arène politique commence alors à se polariser très fortement entre le camp du progrès et celui de la réaction. En premier lieu ce sont les partis "classiques" de droite (conservateurs...) puis du centre (libéraux...) qui sont très diminués au profit de l'extrême-droite. Mais une telle situation ne signifie pas que cette dernière ait la victoire acquise. La force et surtout la politique que vont mener les différents partis et syndicats des travailleurs va être cruciale.

Initialement, c'est principalement parmi les éléments déclassés et enragés de la petite-bourgeoisie que les bandes fascistes recrutent leurs nervis. La masse des petits bourgeois ainsi que la partie peu consciente et inorganisée des salariés, surtout des jeunes, oscillera normalement entre les deux camps, ayant tendance à se ranger du côté de celui qui manifestera le plus d'audace et d'esprit d'initiative. Ironiquement, une telle situation fournit une occasion majeure aux communistes révolutionnaires, car le mouvement ouvrier ne peut sortir par le haut qu'en se battant pour le socialisme. Mais la sanction en cas d'échec est également terrible si celui-ci est vaincu et démoralisé.

Finalement, la grande bourgeoisie a une influence décisive. Car un tel mouvement a besoin d'un soutien financier et politique d'une bonne partie du grand capital pour parvenir au pouvoir et s'y maintenir. Mais ce soutien présente un risque et les capitalistes ne le donnent pas à la légère, car cela peut être le déclencheur d'une situation révolutionnaire si le mouvement ouvrier réagit aussitôt.

Victoire… du grand capital[modifier]

Lorsqu'un mouvement fasciste est victorieux et que ses dirigeants se sont rapprochés de la bourgeoisie, il se bureaucratise et se fond dans l'appareil d'État bourgeois, en même temps qu'il renforce et centralise ce dernier. A ce stade, les formes de démagogie plébéienne les plus radicales ont été lissées et neutralisées pour rassurer les possédants.

Si le mouvement ouvrier est vaincu et si les conditions de reproduction du capital à l'intérieur du pays se sont modifiées dans un sens qui est fondamentalement favorable à la grande bourgeoisie, son intérêt politique se confond avec la nécessité d'un changement identique au niveau du marché mondial. La banqueroute menaçante de l'État y pousse également. La politique de quitte ou double du fascisme est reportée au niveau de la sphère financière, attise une inflation permanente, et, finalement, ne laisse pas d'autre issue que l'aventure militaire à l'extérieur. Une telle évolution ne favorise nullement un renforcement du rôle de la petite bourgeoisie dans l'économie et la politique intérieure ; mais au contraire, elle provoque une détérioration de ses positions (à l'exception de la frange qui peut être nourrie avec les prébendes de l'appareil d'État autonomisé). Ce n'est pas la fin de l'"asservissement aux prêteurs", mais au contraire l'accélération de la concentration du capital.

C'est ici que se révèle le caractère de classe de la dictature fasciste, qui ne correspond pas au mouvement fasciste de masse. Elle défend non pas les intérêts historiques de la petite bourgeoisie, mais ceux du capital monopoliste. Une fois cette tendance réalisée, la base de masse active et consciente du fascisme se rétrécit nécessairement. La dictature fasciste tend elle-même à détruire et à réduire sa base de masse. Les bandes fascistes deviennent des appendices de la police. Dans sa phase de déclin, le fascisme se transforme à nouveau en une forme particulière de bonapartisme.

Démocratie bourgeoise et fascisme[modifier]

A l’époque impérialiste, la domination capitaliste et donc la forme de l’Etat tend à revêtir la forme de la démocratie parlementaire. Celle-ci a l’avantage d’associer les différents secteurs de la bourgeoisie aux orientations politiques, de pouvoir désamorcer bon nombre de crises par des réformes sociales, de faciliter l’intégration de l’aristocratie ouvrière et la marginalisation des communistes. Mais en régime capitaliste, cette démocratie conquise avec peine est toujours dans un équilibre instable. La bourgeoisie peut donc être amenée à renoncer au pouvoir politique au profit d’une centralisation du pouvoir exécutif, si celui-ci est le seul à fournir une issue positive pour elle. Et en effet, cette centralisation du pouvoir, qui va de pair avec la destruction des organisations du mouvement ouvrier (que Trotski appelle les « germes de démocratie prolétarienne dans le cadre de la démocratie bourgeoise »), seul un mouvement de masse comme le fascisme peut le réaliser. Un Etat policier ou une dictature ne suffirait pas à atomiser une classe si nombreuse au point de neutraliser temporairement la lutte de classe.

Cas historiques[modifier]

Italie[modifier]

Article détaillé : Fascisme italien.

C'est en Italie en 1919 qu'est apparu le premier mouvement fasciste, donnant son nom au phénomène. On voit d'abord un durcissement de la démocratie bourgeoise avec le gouvernement bonapartiste de Giovanni Giolitti, à l'époque de la grève des métallurgistes de septembre 1920, avait tenté de gouverner avec l'appui des socialistes et la tolérance des fascistes. Mais avec l'échec total du mouvement ouvrier, pourtant puissant, le "Duce" Mussolini prend le pouvoir à la tête de ses chemises brunes qui mobilisent des couches petite-bourgeoises. Ce régime perdurera jusqu'à la défaite de l'Italie dans la Seconde Guerre Mondiale.

L'Etat se prétend au dessus des classes et organisateur du corporatisme, c'est-à-dire le regroupement dans chaque corps de métier de l'ensemble des collaborateurs, ouvriers et patrons. Mais dans les faits c'est à la classe ouvrière que la suspension des libertés par un Etat omnipotent fait le plus de mal. La désobéissance au patron est considérée comme une désobéissance à l’État. Un livret est mis en place où tout est noté à partir de l’âge de 15 ans.

Ce premier régime fasciste a eu un rôle moteur pour le développement de mouvements fascistes similaires, à la fois par son "exemple" idéologique, mais aussi par le soutien qu'apportait l'État italien aux mouvements des autres pays. Il a même tenté en décembre 1934 de jeter les bases, lors du congrès de Montreux, d’une Internationale fasciste définie par deux critères politiques déterminants : le concept de hiérarchie de l’Etat et le principe de collaboration de classes. Les délégués d’organisations de 13 pays y décidèrent la création d’une commission permanente du fascisme.

France[modifier]

En France comme ailleurs, les années 1930 voient de nombreux groupes d'extrême-droite (les "ligues") se renforcer et se lancer dans l'action fasciste. Les radicaux ont remporté les élections de 1932, mais ce deuxième « cartel des gauches » n'est pas soutenu par la SFIO. Les radicaux mènent une politique de « déflation » et d’« orthodoxie financière » (on dirait aujourd'hui « d'austérité »), c'est-à-dire une politique bourgeoise et anti-sociale (coupes dans les pensions et les salaires des fonctionnaires...).

Mais les radicaux (classés à gauche) sont aussi détestés par la droite conservatrice, monarchiste, et le nouveau milieu fascisant qui émerge. Ils dénoncent un régime parlementaire inefficace, corrompu, rempli de franc-maçons... En janvier 1934, l'affaire Stavisky (un scandale financier impliquant un escroc juif et des politiciens radicaux le couvrant) déchaîne la haine et l'antisémitisme. Le 6 février 1934, suite à la révocation du préfet de Police de Paris proche de l'extrême droite, Jean Chiappe, les groupes fascistes ou fascisants organisent une manifestation de 30 000 personnes qui dégénère en émeutes contre le Parlement. Des affrontements violents ont lieu (15 morts, plus de 2000 blessés). Sous la pression de la rue, le gouvernement démissionne le lendemain. Un gouvernement d'union nationale de type bonapartiste est alors formé, le gouvernement Doumergue 2 (février-novembre 1934).

Dès cette époque, de grands patrons comme Ernest Mercier ou François Coty financent directement certains de ces groupuscules fascistes et les aident à s’armer.

De leur côté, les partis ouvriers (SFIO et PC) mettent en place une politique de "Front Populaire" consistant à s'allier avec la gauche bourgeoise (les radicaux) pour "sauver la démocratie", en mettant en sourdine les revendications et le terrain de lutte des travailleurs. La grande grève de juin 1936 permit aux travailleurs d'obtenir de grandes avancées comme les congés payés, mais ce fut surtout une situation révolutionnaire trahie qui laissa le prolétariat démuni face à la boucherie de la Seconde Guerre Mondiale.

Espagne[modifier]

En Espagne, la réponse au putsch militaire fasciste de juillet 1936 fut le soulèvement révolutionnaire de la classe ouvrière, qui, en quelques jours, infligea aux fascistes une écrasante défaite militaire dans les grandes villes et les districts ouvriers, et les força à se replier dans les campagnes arriérées du pays. Le fait que les fascistes, à la suite d'une guerre civile acharnée pendant plus de trois ans, aient finalement réussi à s'emparer du pouvoir, s'explique autant par l'intervention de facteurs extérieurs que par le rôle funeste de la direction du parti et du gouvernement de la gauche, qui empêchèrent les travailleurs d'achever rapidement la révolution commencée avec succès ; en particulier, une réforme agraire radicale et la proclamation de l'indépendance du Maroc auraient supprimé le dernier bastion du pouvoir de Franco parmi les paysans arriérés et les mercenaires d'Afrique du Nord.

Allemagne[modifier]

Article détaillé : Nazisme.

Entre 1930-1933, Trotski s'intéresse de près à la situation en Allemagne, où il observe la montée du parti nazi et critique la terrible politique des leaders du mouvement ouvrier qui lui ouvrent la voix. Tout d'abord, la social-démocratie est un pilier de la république de Weimar qu'elle a contribué pour l'essentiel à créer en étouffant les possibilités socialistes de la révolution allemande de 1918. Elle participe ou soutient des gouvernements qui appliquent des politiques d'austérité, redoublées après la crise de 1929.

« Le fascisme est le produit de deux facteurs : une crise sociale aiguë, d'une part, la faiblesse révolutionnaire du prolétariat allemand d'autre part. La faiblesse du prolétariat, à son tour, se décompose en deux éléments : le rôle historique particulier de la social-démocratie, ce représentant toujours puissant du capital dans les rangs du prolétariat, et l'incapacité de la direction centriste du Parti communiste de rassembler les ouvriers sous le drapeau de la révolution. »[1]

La rancoeur des classes moyennes frappées par la crise s'accumule. Avant la prise du pouvoir par les nazis, un professeur gagne moins qu’un ouvrier par exemple. La jeunesse étudiante se rend compte que son avenir est bouché à cause de la crise économique malgré le fait qu’elle ait fait des études et ait tout un tas de diplôme. En Allemagne, en 1932, 26% des chômeurs sont des jeunes de moins de 24 ans.

Lorsque les nazis arrivent au pouvoir, ils déclarent que « l’an 1789 sera rayé de l’Histoire », ce qui montre le rapprochement idéologique avec les franges traditionnalistes de l'extrême droite, anti-Lumières...

Le nazisme a constitué un appareil gigantesque de gardiens d'immeubles, de policiers, de cellules du NSBO (Nationalsozialistische Betriebsorganisation : organisation du parti nazi (NSAP) dans les entreprises) et de simples mouchards, soumette les salariés conscients politiquement à une surveillance permanente, mais aussi à ce que la partie la moins consciente des ouvriers et, surtout, des employés soit influencée idéologiquement et partiellement réintégrée dans une collaboration de classes effective.

Les bénéfices des capitalistes explosent, ils passent de 6,6 milliards de Marks en 1933 à 15 milliards en 1938, alors que les salaires sont drastiquement réduits (baisse de 40% entre 1933 et 1935).

Autriche[modifier]

A partir de 1918, un mouvement paramilitaire fasciste apparaît en marge du Parti social-chrétien, les "Heimwheren". Ce mouvement est soutenu par le patronat. L’Association des industriels demande à ses adhérents de leur verser 1% de leur masse salariale. « L’industrie n’a jamais nié avoir fourni des sommes considérables pour renforcer le mouvement des Heimwehren » (Ernst Streeruwitz, chancelier fédéral chrétien-social). « Pour votre information nous vous communiquons, de manière tout à fait confidentielle, que les sommes provenant de toute l’industrie d’Autriche sont utilisées pour organiser les Heimwehren... » (circulaire de la fédération patronale du papier)[2].

Pologne[modifier]

A propos du régime de Pilsudski en Pologne, il y eut un débat entre Trotsky (pour qui c'était un régime fasciste) et ses partisans en Pologne qui étaient partagés sur la question (Herschl Stockfisch pensait que c'était un régime bonapartiste).

Amérique du Nord[modifier]

Dans les années 1930, un Parti nazi américain voit le jour et se développe dangereusement.

Au Canada, les fascistes diffusent un journal intitulé Le fasciste canadien.[3]

Le fascisme dans le post-fascisme[modifier]

Le fascisme est un mouvement qui par nature sape de lui même son soutien populaire après avoir accédé au pouvoir. Quel que soit le degré de fanatisation qu'il ait pu instaurer dans sa phase ascendante, les conditions objectives et subjectives finissent par y mettre un terme, et le plus souvent des partis bourgeois soucieux de "reconstruction nationale" (surtout lorsque le pays sort d'une guerre) prennent la relève pour assurer la continuité des affaires, avec un toilettage de façade de l'État.

Certes des procès "exemplaires" ont souvent eu lieu lorsqu'il est impossible de passer les crimes sous silence (on pense notamment à Nuremberg), mais de très nombreux responsables, en fuite à l'étranger ou discrètement recyclés au pays, sont laissés tranquilles, ou leur procès est éternellement différé. La justice bourgeoise a toujours une tendance à la clémence pour ceux qui, malgré tout, ont "accompli leur travail" du point de vue des intérêts capitalistes.

Lorsque, les années passant, s'expriment certains idéologues bourgeois à propos de ces périodes sombres, certaines tendances peuvent être observées. Face à l'horreur bien réelle que ces régimes ont généré, le discours dominant est essentiellement sentimentaliste et apolitique (la pitié n'étant ni de droite ni de gauche). Quelle que soit la sincérité des bourgeois qui tiennent ce genre de discours, ceux-ci ont l'immense avantage de ne pas mettre en cause un système, mais de s'en tenir à des thèmes idéalistes comme la nature humaine.

Analyses du fascisme[modifier]

Beaucoup de gens se content d'analyses superficielles, qui ne permettent absolument pas de comprendre les spécificités du fascisme, les raisons de son développement dans des circonstances données, etc. Ce genre de visions simplistes est aussi alimenté par des historiens (comme l’allemand Ernst Nolte) qui y voit simplement la confirmation de la nature violente de l’Homme poussée à son paroxysme.

En 1923, Radek constate que le fascisme n'est plus seulement un phénomène italien, mais qu'il se développe partout. Il le décrit comme « une réaction petite-bourgeoise aux conditions d'après-guerre - une réaction que le grand capital utilise pour se fortifier partout où sa domination est menacée. » [4] Il faisait une différence entre régimes fascistes et des régimes comme celui de Miklos Horthy en Hongrie :

« La différence entre un gouvernement fasciste et un gouvernement féodal-capitaliste blanc réside dans le fait que ce dernier, celui de Horthy par exemple, est dans les mains des anciennes classes dirigeantes, qui tentent de rétablir les anciennes conditions, tandis que le mouvement fasciste, représentant la petite bourgeoisie, met en avant de nouveaux hommes et cherche à mettre en place un nouvel ordre qui libèrerait les gens ordinaires des charges qui leur sont imposées par la guerre. »

Il conclut :

« Le prolétariat doit prendre l'initiative de reconstruire le monde sur une nouvelle base. Cela convaincra la petite-bourgeoisie qu'une nouvelle ère commence qui peut les sauver de leur misère. (...) Le fascisme est le socialisme de la classe moyenne, et nous ne pouvons pas convaincre les classes moyennes de l'abandonner jusqu'à ce que nous leur ayions prouvé qu'il ne fait qu'empirer leur condition. »

A l'inverse de cette démarche de caractérisation précise, l'Internationale stalinisée a employé la notion de fascisme indistinctement : pour le régime de Primo de Rivera, de Chang Kaï‑chek, Masaryk, Brüning, Dollfuss, Severing, le roi serbe Alexandre... 

Trotski a quant à lui beaucoup analysé la montée du fascisme des années 1930, en se centrant sur le cas de l'Allemagne (pays où le prolétariat était le plus organisé et donc aux enjeux les plus importants pour le mouvement ouvrier mondial), et en distinguant le fascisme des autres formes de dictatures. Ses écrits sur le sujet sont regroupés dans Comment vaincre le fascisme ?[5]

Selon les trotskistes, le critère de la violence contre le mouvement ouvrier est important pour définir le fascisme (dont le terme est parfois galvaudé). Ainsi Ernest Mandel disait : « dès que ce mouvement (…) a recours à des violences physiques ouvertes contre les salariés, leurs actions et leurs organisations, un mouvement fasciste est né ».

Retour du péril fasciste[modifier]

Le tournant néolibéral des années 1980 a amorcé une tendance, plus ou moins rapide selon les pays, à la montée de l'extrême droite. La crise de 2008 (la plus brutale depuis 1929) a brutalement accéléré ces tendances, particulièrement dans les pays les plus touchés par la crise sociale.

Grèce[modifier]

En Grèce, c'est d'abord le LAOS (Alerte Populaire Orthodoxe), parti d'extrême droite « classique », qui progresse. Mais il participe au gouvernement avec la droite et se retrouve frappé de plein fouet par l'impopularité des mesures drastiques d'austérité qui sont imposées à la population. Il passe alors de 5,63% des voix en 2009 à 3% en mai 2012, alors que le parti néo-nazi Aube Dorée, auparavant marginal, bondit à 7% et obtient 21 députés.

La lutte anti-fasciste[modifier]

La lutte contre le fascisme est une des tâches essentielles que se sont fixées les communistes révolutionnaires dès l'apparition de ce phénomène.

Cependant certains courants (les "gauchistes" dans la terminologie léniniste) ont refusé d'en faire un combat particulier au nom du fait que la démocratie bourgeoise et le fascisme ne sont que deux formes de domination capitaliste. C'est le cas de Bordiga par exemple.

Dans les années 1920-1930, les PC staliniens ont oscillé dans leurs rapports aux fascistes, entre une position refusant tout front avec les social-démocrates (rebaptisés "social-fascistes") et une position de collaboration avec les social-démocrates mais aussi avec les démocrates bourgeois ("Fronts populaires"). Trotsky a réaffirmé sa ligne : front unique ouvrier le plus large pour se défendre, y compris physiquement, contre les fascistes, mais indépendance politique.

Vis-à-vis des démocrates bourgeois, Trotsky avait une position nuancée. Il privilégiait bien sûr le front unique ouvrier (qui les exclut), plus apte à renforcer la lutte de classe, qui est la seule solution stratégique pour mettre fin au danger fasciste. Mais lorsque des grandes batailles étaient en jeu, il rappelait qu'il ne pouvait pas y avoir de neutralité. Par exemple pendant la guerre d'Espagne, contre Franco, le mouvement ouvrier (réformiste et révolutionnaire) était dans le même camp militaire que les républicains bourgeois. Là encore, certains refusaient toute forme de soutien au "camp républicain" au nom du refus de choisir entre une forme de bourgeoisie. Trotsky a répondu par un article "contre le défaitisme en Espagne" :

« Prenons un exemple : deux bateaux avec des armes et des munitions partent de France ou des Etats-Unis - un pour Franco, l'autre pour Negrin. Quelle devrait être l'attitude des travailleurs ? De saboter le transport des deux ? Ou celui pour Franco seulement ? Nous ne sommes pas neutres. Nous Iaissons passer le bateau avec les munitions pour le gouvernement Negrin. Sans illusions : de ces balles, neuf sur dix seront dirigées contre les fascistes, au moins une contre nos camarades. Mais de celles qui sont destinées a Franco, dix sur dix seront dirigées contre nos camarades. Nous ne sommes pas neutres. »[6]

En revanche, Trotsky distinguait le cas d'une guerre civile du cas d'une guerre entre des puissances impérialistes dont certains pays sont fascistes et d'autres démocratiques. Pour le cas d'une guerre impérialiste, il reprend la position prise pendant la Première guerre mondiale : les différences de régime ne doivent pas entrer en compte.

« On peut nous objecter ceci : pendant une guerre entre deux Etats bourgeois, le prolétariat, quel que soit, dans son pays, le régime politique, doit adopter la position selon laquelle «la défaite de notre propre gouvernement est le moindre mal ». Cette règle n'est-elle pas également applicable à une guerre civile dans laquelle s'affrontent deux gouvemements bourgeois ? Elle ne l'est pas. Dans une guerre entre deux Etats bourgeois, l'objectif en jeu est une conquête imperialiste, non la lutte entre democratie et fascisme. Dans la guerre civile espagnole, la question est : démocratie ou fascisme. »

Et lorsqu'il s'agit d'une guerre entre un pays impérialiste et un pays dominé, il pense que la couleur politique des gouvernements à leur tête ne doit pas compter. Par exemple, lorsque l’Italie fasciste attaque l’Éthiopie en 1935, il dit qu'il ne s'agit pas de savoir si le régime éthiopien est plus progressiste que Mussolini. Trois ans plus tard, pour défendre ce principe, il argumente davantage :

« il règne aujourd’hui au Brésil un régime semi-fasciste qu’aucun révolutionnaire ne peut considérer sans haine. Supposons cependant que, demain, l’Angleterre entre dans un conflit militaire avec le Brésil. [...] Je répondrai pour ma part que je serais du côté du Brésil "fasciste" contre l’Angleterre "démocratique". Pourquoi ? Parce que, dans le conflit qui les opposerait, ce n’est pas de démocratie ou de fascisme qu’il s’agirait. Si l’Angleterre gagnait, elle installerait à Rio de Janeiro un autre fasciste, et enchaînerait doublement le Brésil. Si au contraire le Brésil l’emportait, cela pourrait donner un élan considérable à la conscience démocratique et nationale de ce pays et conduire au renversement de la dictature de Vargas. La défaite de l’Angleterre porterait en même temps un coup à l’impérialisme britannique et donnerait un élan au mouvement révolutionnaire du prolétariat anglais. »[7]

Notes et sources[modifier]

Daniel Guérin, Fascisme et grand capital. Italie-Allemagne, 1936