Printemps de Prague

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Le "Printemps de Prague" désigne le mouvement révolutionnaire qui a ébranlé la Tchécoslovaquie en 1968 et 1969. Pendant quelques mois, un vent de liberté a soufflé sur cet Etat inféodé au bloc soviétique, avant que l'invasion du pays par l'URSS, en août 1968, ne rétablisse un processus de normalisation.

Situation politique de la Tchécoslovaquie au début de 1968[modifier]

Situation de la classe ouvrière tchécoslovaque[modifier]

En 1968, la classe ouvrière tchécoslovaque est expérimentée. Des conseils d'entreprise sont mis en place en 1945 ; mais à partir de 1948, les syndicats deviennent des courroies de transmission du Parti communiste au pouvoir. Dans les années 1960, des réformes tendent à bouleverser l'organisation de l'économie du pays : les entreprises acquièrent une plus grande autonomie dans le cadre de la planification nationale. Une partie de l'appareil bureaucratique cherche à bloquer ces évolutions : les réformateurs tentent de s'appuyer sur les travailleurs, et promeuvent une plus forte participation de la classe ouvrière à l'économie.

Libéralisation intellectuelle[modifier]

En outre, les années 1960 sont celles d'une certaine libéralisation intellectuelle du régime. En 1966, une équipe d'intellectuels dirigés par Radovan Richta publie une étude intitulée La civilisation au carrefour, qui prône une transformation radicale de l'organisation économique, et la diminution du fossé entre dirigeants et dirigés. Il s'agit de promouvoir des modèles de gestion qui fassent appel à l'initiative humaine et qui s'appuient sur le développement de la qualification et de la formation.

1968 : d'une révolution de palais à un mouvement populaire[modifier]

En janvier 1968, le réformateur Alexandre Dubček remplace, à la tête du Parti communiste tchécoslovaque, le stalinien Antonin Novotny. Il s'agit au départ d'une simple révolution de palais, mais la société civile s'engouffre dans la brèche et obtient l'abolition de la censure et la liberté d'expression. Une autre voie au socialisme semble se dessiner.

L'autogestion devient un thème de discussion dans les usines. En avril 1968, le PCT adopte un programme fondé sur l'autogestion de la propriété sociale. La base syndicale se mobilise et obtient le départ de nombreux dirigeants syndicaux inféodés à la bureaucratie d'Etat. En mai, des commissions et des assemblées se réunissent pour préparer une loi sur l'"entreprise socialiste". En juin, des conseils se mettent en place dans certains bastions ouvriers à Prague. Puis de nouveaux conseils apparaissent pendant l'été 1968. Josef Smrkovský, membre le plus radical du Comité Exécutif du Praesidium du Comité Central du PCT, devient rapidement porte-parole de fait de ce mouvement auto-organisé.

Deux conceptions divergentes se font alors jour. Le parti préfère, aux "conseils de travailleurs", des "conseils d'entreprise" aux pouvoirs plus limités. Les partisans de l'autogestion, quant à eux, soutiennent des avancées plus radicales : les conseils doivent élaborer aux-mêmes les objectifs de production et nommer les directeurs.

Répression[modifier]

Intervention militaire et radicalisation...[modifier]

Sous la direction de Moscou, les pays voisins du bloc de l'Est réagissent. Au nom de la lutte conte la "restauration du capitalisme", cinq pays du Pacte de Varsovie envahissent la Tchécoslovaquie le 21 août 1968. S'ensuit alors une campagne de propagande contre le "révisionnisme de droite".

Paradoxalement, cela accélère le processus dans un premier temps. Le PCT tient un congrès clandestin sous la protection du conseil de travailleurs de l'usine CKD-Visocany. Le 23 août, une grève générale s'enclenche contre l'invasion. Le gouvernement adopte une ligne de prudence, mais en janvier 1969, dans l'usine Skoda de Plzen, les délégués de 182 usines représentant 890 000 salariés se réunissent en une rencontre consultative. En mars 1969, le congrès des syndicats réclame la légalisation des conseils ouvriers.

Puis "normalisation"[modifier]

Avant même l'invasion, une campagne de reprise en main est activement mais discrètement menée par l'appareil soviétique et ses pions placés dans l'État tchecoslovaque. Les bureaucrates les plus réactionnaires et pro-Moscou se faisaient passer pour des centristes loyaux. Par exemple, Štrougal, Bilak, Indra, Lenart, Jakeš, et en particulier Husák, homme fort du parti slovaque. Le président de la république Svoboda fournira lui même une aide à la réaction en sous-main.

Quant au gouvernement de Dubček, il tergiverse et recherche un compromis avec l'occupant. Smrkovský estsystématiquement tenu à l'écart dès novembre 1968.

Un projet de loi de février 1969 prévoit des réformes bien en-deçà de celles réclamées par le conseil de Plzen. Mais c'est déjà trop pour Moscou. Le 25 février, l'ambassadeur d'URSS exige de remettre à plus tard le vote de la loi expurgée de ses provisions sur les conseils et de purger la direction des syndicats. Les soviétiques craignent tellement une "déviation yougoslave" qu'ils envoient une "information" sur le sujet le 11 mars "aux directions des CC" des partis-Etats est-allemand, hongrois, polonais, bulgare et mongol, à remettre par les ambassadeurs aux secrétaires généraux en personne.

On y dit que le projet de loi en général, et en particulier la légalisation et la généralisation de "conseils d'entreprise ou de soviets de travailleurs" (sic) et "leurs droits énormes en matière de gestion priveraient le PCT de son rôle dirigeant dans l'économie de la société". Pour Moscou, ce projet "menace les fondements de l'économie socialiste", conduisant à "imposer la propriété de groupe (...) », réduisant au minimum le rôle de l'Etat dans la direction de l'économie. A partir d'avril, c'est le "révisionnisme de gauche" qui est dénoncé, ainsi que les "tentatives anarcho-syndicalistes".

Le 17 avril,Štrougal fait encercler le Château de Prague, siège du pouvoir, par ses hommes de la police politique - qu'il connait bien pour avoir été ministre de l'intérieur et chef de la "milice populaire". Dubček est remplacé par Husák à la tête du parti. Le projet gouvernemental de février est reporté, puis enterré.

Le comité central du PCT est normalisé. A la fin de 1969, le PCT renonce à l'autogestion, accusée d'être économiquement inefficace et de prendre trop de temps aux travailleurs. Puis les purges ont lieu : en 1970, 50 000 syndicalistes sont démis de leurs fonctions, l'Union des écrivains est dissoute. Le PCT renvoie 500 000 de ses membres, dont Dubček.

Plus tard, le 5 mai 1972, après une totale "normalisation", le Conseil Central des syndicatscondamnera les conseils d'entreprise comme "passage à la liquidation de la propriété sociale globale".

Révélations a posteriori[modifier]

En 2010 est paru à Moscou (en 2000 exemplaires seulement) un énorme recueil de documents en russe intitulé La crise tchécoslovaque 1967-1970 dans les documents CC du PCUS. Ce recueil est très sélectif, occultant entre autres le rôle décisif du KGB et de son chef Andropov. Par contre, on y mentionne pour la première fois les réactions épidermiques de la bureaucratie centrale de Moscou face à l'auto-organisation (syndicats devenus autonomes et conseils d'entreprise).

Sources[modifier]