Révolution chinoise (1925-1927)

De Wikirouge
Aller à : navigation, rechercher
GreveCantonHongKong1925.jpg
Le nom de révolution chinoise a désigné les événements de 1925-1927.
Le formidable élan révolutionnaire des ouvriers et des paysans de Chine, qui a connu un échec cuisant en majeure partie à cause de la politique du Parti Communiste Chinois inféodé à Staline.

Contexte[modifier]

Un pays morcelé et dominé[modifier]

La Chine, république depuis 1911, n'avait pas de gouvernement stable à Pékin. Particulièrement dans les campagnes du Nord, les Seigneurs de la guerre menaient depuis 1916 des mouvements de sécession réactionnaires et semi-féodaux. Basé dans le Sud, à Canton, le parti nationaliste de Sun Yat-sen, le Kuomintang (KMT) voulait un pays unifié. Les Seigneurs de guerre étaient tous achetés par les puissances impérialistes et le KMT se présentait comme la solution de développement national, mais ne proposait au fond qu'une forme plus efficace de co-gestion à la bourgeoisie commerçante, qui jouissait d'un rôle d'intermédiaire vis-à-vis de l'impérialisme occidental - surtout anglais - et japonais.

« L’attitude du Kuomintang envers l’impérialisme fut, dès le début, non pas révolutionnaire mais toute de collaboration; le Kuomintang cherchait à battre les agents de certaines puissances impérialistes pour entamer des marchandages avec ces mêmes puissances ou avec d’autres, à des conditions plus avantageuses » [1]

Le représentant du Parti Communiste Chinois au VIIème plenum du comité exécutif de l’Internationale (fin 1926) disait du Kuomintang:

«Dans le domaine de la politique internationale, il a une attitude passive, au plein sens du terme (...). Il est enclin à ne lutter que contre l’impérialisme anglais; quant aux impérialistes japonais, il est prêt dans certaines conditions à admettre un compromis avec eux»

La Première guerre mondiale a aussi accéléré la radicalisation des masses : sous la pression, la Chine a participé à la guerre et fait officiellement partie du camp de la victoire. Mais lors des négociations de la Conférence de Versailles de 1919, les concessions coloniales allemandes du Shandong sont données au Japon. Ce qui provoque une vague de protestations étudiantes et ouvrières à travers tout le pays. Les illusions populaires sur la « démocratie » anglo-américaine sont réduites à néant. Quel que soit le vainqueur, l’exploitation impérialiste de la Chine allait se poursuivre. La victoire de la classe ouvrière russe ouvre, par contre, une nouvelle perspective pour les masses chinoises.

Une lutte de classe qui s'accentue[modifier]

Le pays est dans une situation économique proche de celle de la Russie pré-révolutionnaire, avec encore plus d'arriération. Aux marges des immenses campagnes, une jeune classe ouvrière surexploitée se développe rapidement, principalement à Shanghai, Canton et Hong-Kong. De 1,5 millions d'ouvriers en 1910, la classe passe à 2 millions. Suite aux libertés acquise après la révolution républicaine de 1911, les travailleurs commencent à s'organiser. On compte une centaine de grèves entre 1895 et 1918. Le PCC est fondé le 1er juillet 1921 dans la concession française à Shanghai. En 1922, sous l'impulsion du PCC se tient à Canton le premier congrès national des syndicats chinois, avecc 160 délégués représentant 270 000 travailleurs. Au sein des contradictions du capitalisme mondial, tout tendait à mettre au devant de la scène une implacable lutte de classe.

Dans l'Internationale Communiste[modifier]

L'Internationale communiste était toute jeune, fondée en 1919 autour des bolchéviks, et son sort est étroitement lié à celui de la révolution chinoise. C'est l'exemple russe qui aide la naissance du Parti Communiste Chinois (PCC) et qui stimule la lutte de classe en Chine, mais c'est aussi la défaite chinoise (qui suit la défaite allemande) qui va favoriser la dégénérescence de l'IC, qui était déjà aux mains des proches de Staline. Le Deuxième congrès de l'IC en 1920 avait établi des principes essentiels sur la question nationale et coloniale : les communistes pouvaient soutenir les mouvements bourgeois de libération nationale, à condition que ceux-ci n'empêchent pas l'organisation des ouvriers et paysans pour la révolution, des revendications petite-bourgeoises comme la répartition des terres pouvaient être défendues, mais sans perdre de vue l'objectif de former des soviets ouvriers et paysans. Ce sont ces principes que va trahir la direction de l'IC, surtout après 1924 (année de la mort de Lénine).

Les faits[modifier]

L'alliance avec les nationalistes[modifier]

Kuomintang.png
Face à la montée de l'influence communiste, les autorités répriment sévèrement, notamment lors de la grande grève dans les chemins de fer en 1923.

Face aux difficultés, le PCC et l'IC décident en août 1922, suite auTroisième congrès de l'I.C, d'appeler tous les membres du parti à rejoindre le KMT. L'idée était de s'appuyer sur ce mouvement de libération nationale, en retirer une certaine couverture pour les militants communistes, et de permettre de gagner leurs membres les plus progressistes.L'IC s'impliqua à fond dans les conseils organisationnels[2] au KMT, et dans le soutien militaire[3], à tel point que l'on peut dire que c'est l'URSS qui a donné vie à "l'Armée nationale révolutionnaire" du KMT. En septembre 1923, communistes et nationalistes s'allient officiellement contre les seigneurs de guerre.

De son côté, le KMT avait senti le besoin de cette aide. Sun Yat-sen dut fuir Shanghai en 1922 après une tentative de coup d'Etat local, ce qui lui fit comprendre son besoin d'une force d'appui.  En 1924, il n'avait que 150 à 200 gardes loyaux — à comparer avec les 200 à 300 000 soldats que contrôlaient chacun des seigneurs de la guerre du Nord. Le KMT comportait des éléments franchements hostiles aux communistes. Mais son leader Sun Yat-sen faisait lui-même partie de l'aile gauche du parti, anti-impérialiste et admiratrice de la puissance révolutionnaire démontrée en Russie, grâce à laquelle le front unique avait été rendu possible.

Mais le KMT pose bientôt des conditions plus strictes : les communistes ne peuvent pas faire de propagande dans les rangs nationalistes. L'IC, dirigée par Zinoviev (qui est alors allié à Staline contre Trotsky) pousse le PCC à accepter : les accords "Sun-Joffé" sont signés en janvier 1924. Le PCC perd alors rapidement toute visibilité, prônant un "bloc des 4 classes" (paysans, ouvriers, petite-bourgeoisie, bourgeoisie nationaliste).

Radicalisation rapide après 1925[modifier]

A la mort de Sun en 1925, les tensions s'accroissent entre l'aile gauche et l'aile droite, animée principalement par le commandant en chef de la jeune armée Tchang Kaï-chek[4], et la lutte de classe s'aiguise dans le pays. La vague révolutionnaire s'annonce en Chine, et se reflète notamment dans la fulgurante progression du PCC. A sa naissance en 1921 il n'est qu'un tout petit groupe d'intellectuels, il passe d'un millier de militants en 1925 à 60 000 début 1927, et il avait une influence sur des millions d'ouvriers et de paysans.

Manifestations, grèves et occupations de terres culminèrent en 1925-1927, avec notamment près de 400 000 ouvriers défilant à Shanghai, Canton et Pékin lors de la grande grève générale du 30 mai 1925. Les ouvriers et les paysans mettaient de plus en plus leurs espoirs dans une révolution sociale qui, balayant les classes possédantes, aurait mis fin à leur oppression séculaire. En 1926, les ouvriers de Canton avaient formé un véritable soviet qui gérait ses propres milices et tribunaux. Le mouvement paysan se heurtait violemment dans le Guangdong aux propriétaires terriens et à l'armée. Ces masses en mouvement étaient non seulement acquises aux idées communistes, mais foncièrement hostiles au KMT, qu'elles percevaient intuitivement et avec raison comme la représentation de la bourgeoisie.

Réaction bourgeoise et suivisme suicidaire[modifier]

Le renforcement du poids des communistes provoqua dans le KMT un regroupement de droite dirigé par Tchang Kai-chek. La passivité du PCC lui permit de prendre les devants. Le KMT s'appuya sur la ferveur révolutionnaire pour prendre le pouvoir dans la province du Guangdong. Déjà le 20 mars 1926, sous un faux prétexte, Tchang Kai-chek, frappe les ouvriers : les sièges des syndicats sont dévastés, leurs chefs arrêtés, leurs organisations détruites. Tchang s’excuse pour le "malentendu" et le PCC capitule complètement, acceptant d’abandonner toute critique envers les positions officielles, de donner la liste de ses militants inscrits au Kuomintang...

La rupture était inévitable d'une façon ou d'une autre, mais le PCC se soumettait plus que jamais au KMT. Surtout, le PCC renonçait à ses propres armes de classe : lorsque des paysans confiscaient les terres ou des ouvriers tenaient des piquets de grève, l'appareil communiste dénonçait les "illusions" des masses populaires. Ce suivisme total suscitait bien quelques résistances au sein du parti et en juin 1926 le Comité central du PCC propose "un peu plus d'indépendance" par rapport au KMT, mais il se voit répondre par Borodine (représentant de l'IC) : « Dans la présente période les communistes doivent faire un travail de coolies pour le Kuomintang ». Il lui fut même interdit d'organiser des fractions de gauche dans le KMT. Les funestes conséquences ne tardèrent pas.

Puis le KMT entraîna une bonne partie des militants de base dans l'Expédition du Nord (1926-1928), tout en demandant l'arrêt des revendications sociales : « Il faut d'abord chasser les impérialistes et unifier le pays. » En juillet 1926, quelques jours après le départ de Canton des régiments acquis au PCC, des bandes de nervis et de gangsters recrutés dans toute la région furent lancés contre les organisations ouvrières; après six jours d’affrontements au cours desquels une cinquantaine d’ouvriers furent tués, les autorités se manifestèrent pour « rétablir l’ordre », c’est-à-dire désarmer les ouvrier et leur interdire de manifester, l’arbitrage obligatoire fut instauré pour prévenir les grèves, etc. Les conquêtes des prolétaires au cours des années précédentes furent brisés et une véritable loi martiale interdisant les grèves est imposée en décembre. Cela n’empêcha pas l’IC de déclarer, fin 1926, le KMT « parti sympathisant »...

Massacre de Shanghai et Terreur blanche[modifier]

Alors que l'armée révolutionnaire du KMT progressait vers le Nord, durant l'hiver 1926-1927, elle soulevait l'enthousiasme des ouvriers et paysans qui n'en avaient pas encore fait l'expérience. A partir de février 1927, l'armée approchant de Shanghai, le PCC commença à organiser des grèves et soulèvements ouvrier. En mars, l'armée cesse son avancée le temps qu'un soulèvement soit réprimé (probablement suite à un accord avec le général Li de Shanghai, qui deviendra commandant sous Tchang Kai-chek...). Mais les ouvriers l'emportaient néanmoins, et Tchang Kai-chek entra dans la ville le 26 mars, et fit tout pour montrer à la bourgeoisie locale et impérialiste qu'il était capable de restaurer l'ordre.

L'Opposition de gauche et Trotsky écrivaient le 3 avril : « Continuer la politique d’un parti communiste dépendant, fournir des ouvriers au Kuomintang, c’est préparer les conditions de l’établissement triomphant d’une dictature fasciste en Chine ». Ce n'était pas un éclair de génie, c'était l'observation : en Turquie, le leader bourgeois Kemal Pacha venait de faire égorger les communistes et renforçait son régime autoritaire.

Il se livra à une répression aveugle, aidé par des bandes recrutées à la va-vite dans le lumpenprolétariat, mais surtout par la passivité du PCC, qui avait rendu les armes. Malgré toute la complaisance du PCC, la "guerre civile chinoise" s'ouvrait lamentablement sur le massacre de Shanghai du 12 avril 1927.

Le PCC fit tout pour poursuivre dans la collaboration, reportant ses espoirs sur le "Kuomintang de gauche", la fraction de Wang Jingwei dans le Wuhan, jusqu'à ce que celui-ci trahisse également en juillet. Une fois que la vague contre-révolutionnaire avait eu le temps de frapper tout le pays (on parle de 25 000 morts), l'IC dicta au PCC une aventure gauchiste : des soulèvements paysans connus sous le nom de "moisson d'automne", ainsi que la Commune de Canton.

Ecrasement final et dictature[modifier]

TchangKaiTchek1933.jpg
La Commune de Canton, qui malgré le reflux amorcé réunit près de 20 000 prolétaires, fut la mise en place d'un soviet révolutionnaire dans la ville pendant 4 jours, après son écrasement, sous le regard désabusé de la majorité des cantonnais. Avec sa défaite et la répression qui s'ensuit, c’est toute une période révolutionnaire qui se termine pour le prolétariat chinois. Selon ses propres estimations, le PCC qui au printemps 1927 était composé à 63,8% d’ouvriers, en comptait moins de 15% l’année suivante et il n’avait « pas la moindre cellule saine dans le prolétariat industriel »: les ouvriers l’avaient quitté par milliers, et ils ne devaient plus jamais regagner ses rangs; se réfugiant dans les campagnes, se fixant l’objectif politique d’être «le vrai Kuomintang», ce qui restait du parti communiste chinois cessait définitivement d’être une organisation prolétarienne, comme la révolution de 1949 allait l'illustrer.

Tchang Kai-chek eut la voie libre pour incarner la réaction, mettant en place une dictature, durant ce que l'on appela la décennie de Nankin (1927-1937).

Analyses[modifier]

Un "front unique" suicidaire[modifier]

Ces événements posent la question de l'indépendance de la classe ouvrière et du front unique. Pourtant, l'Internationale Communiste avait déjà théoriquement résolu ces questions. Comme dit avec insistance par Lénine lors du II° Congrès :

« L'Internationale Communiste doit entrer en relations temporaires et former aussi des unions avec les mouvements révolutionnaires dans les colonies et les pays arriérés, sans toutefois jamais fusionner avec eux, et en conservant toujours le caractère indépendant de mouvement prolétarien même dans sa forme embryonnaire. »[5]

Mais la question chinoise ne soulevait pas grand débat vers 1922, lorsque fut décidée l'entrée des communistes au KMT. Trotsky y était opposé, mais ne se battit pas là dessus avant 1927.

Plusieurs années plus tard, en novembre 1937, Trotsky écrivit à Harold Isaacs :

« L'entrée en elle-même en 1922 n'était pas un crime, peut-être même pas une erreur, en particulier dans le Sud, selon la présomption que le Kuo-Min-Tang à cette époque comprenait un certain nombre d'ouvriers et que le jeune parti communiste était faible et composé presque entièrement d'intellectuels[...]. La question est de savoir quel était leur intention en entrant et quel a été la politique qui en a découlé ? »

De fait, ce n'est pas l'alliance de circonstance en soi qui est à condamner, c'est le suivisme absolu, alors que non seulement des occasions révolutionnaires passent, mais que la plus simple analyse de la situation indique le danger de s'interdire de riposter.

Motivation des staliniens de l'IC[modifier]

Il est clair que la politique de l'Internationale, dictée par Moscou, a constitué une véritable éteignoir, sanglant et démoralisant, pour la révolution chinoise. Les motivations de la direction de l'IC étaient ambivalentes. Les premiers arguments qui furent avancés, notamment par Maring, responsable de l'IC pour la Chine, étaient surtout la répression du mouvement ouvrier et la nécessité de se lier aux masses illusionnées par le nationalisme. Mais il y avait des raisons plus fondamentales.

D'une part une erreur théorique de fond : le schéma étapiste selon lequel il fallait d'abord réaliser une révolution bourgeoise, donc dirigée par les bourgeois du KMT avec qui il fallait s'allier à tout prix. De fait c'était contraire aux principes actés par l'IC, et cela revenait à la fausse théorie menchévique. Mais de 1924 à 1927, Staline insista pour dire que la bourgeoisie anticoloniale pourrait être plus révolutionnaire que la bourgeoisie antitsariste russe, et que les enseignements de la révolution russe ne pouvaient être appliqués à la Chine. Or, comme en Russie, la bourgeoisie voulait certes accéder au pouvoir, mais pas au prix d'une mobilisation révolutionnaire des masses. Victor Serge décrivait très bien la situation :

« la bourgeoisie ne peut pas accepter l'hégémonie du prolétariat dans la révolution nationale ; or, cette hégémonie est la condition de la victoire de cette révolution et, du coup, de son acheminement vers le socialisme. Ou la révolution nationale, étranglée par la bourgeoisie nationale, avortera et tout sera à recommencer dans quelques années, ou elle vaincra, guidée par le prolétariat soutenu des classes moyennes des villes et des masses paysannes pauvres ; mais elle ne pourra plus, en ce cas, se borner à la réalisation du programme démocratique de la bourgeoisie radicale »[6]

Mais la politique de l'IC était aussi due aux motivations propres de la bureaucratie stalinienne en développement. L'IC fonctionnait de plus en plus comme un appareil diplomatique au service de l'URSS. Or celle-ci avait conclu des accords militaires, économiques et politiques avec le KMT, ce qui les poussait à imposer la soumission du PCC. Par ailleurs, une grande partie de la bureaucratie stalinienne avait déjà saisi à quel point une révolution prolétarienne pouvait la menacer, par la réactivation de la combativité des masses. 

Fin 1924, Staline et Boukharine commencèrent à parler ouvertement de construire le "socialisme dans un seul pays", ce qui contribuait à justifier une poltique non révolutionnaire, mais "pragmatique" (conservatrice).

Il y eut des avertissements et des critiques, notamment le 17 mars 1927 une lettre de Nazonov, Forkine et Albrecht, envoyés en mission en Chine, adressée au Comité exécutif de l'IC. La direction stalinienne passa totalement sous silence cette lettre.

La direction du PCC[modifier]

L'appareil du PCC était issu de l'intelligentisia petite-bourgeoise qui s'était radicalisée après le mouvement nationaliste du 4 mai 1919, mais celle-ci était très peu formée au marxisme, et n'avait aucune expérience comme celle des bolchéviks. La direction n'admettait pas d'ouvriers, et elle se méfiait avec un certain mépris des mouvements spontanés des ouvriers et paysans.

C'est aussi cet état d'esprit qui facilita l'acceptation de ligne de l'IC, en plus de la dépendance matérielle à l'égard de l'Etat russe.

Confirmation dans la défaite pour Trotsky[modifier]

Ironiquement, ces événements allaient affaiblir l'Opposition de gauche en Union soviétique, tout en validant sa plate-forme politique. En effet, si les analyses de l'Opposition sur le danger criminel que Staline faisait courir au mouvement ouvrier chinois se sont avérées justes, le fait même de sa défaite renforça la bureaucratie thermidorienne.

Comme Trotsky l'expliquera dans la Révolution trahie, la lutte contre la bureaucratie n'est plus une lutte d'idées pour convaincre des camarades égarés, c'est un rapport de force dans lequel les uns (ici l'Opposition) ne peuvent s'appuyer que sur les luttes du prolétariat mondial, et les autres sur leur reflux. La perspective d'une révolution socialiste en Chine était donc au coeur des espoirs des bolchéviks authentiques. Et avec raison, car en deux années d'intense activité révolutionnaire du prolétariat chinois, certains travailleurs russes reprennaient espoir dans la lutte politique, ce qui s'exprimait notamment dans le fait que l'Opposition recevait de nouvelles marques de sympathie, des soutiens nouveaux, dans les usines, les quartiers ouvriers. En fait, ce sont des directions diamétralement opposées qui apparaissaient clairement aux plus avancés des communistes, et la tension qui était à son comble.

Zinoviev, qui avait rejoint l'Opposition, mesurait l'importance des luttes de classe en Chine :

« Les événements en Chine ont une aussi grosse importance que les événements d’Allemagne en octobre 1923. Et si toute l’attention de notre parti se porta alors sur l’Allemagne, il faut qu’il en soit de même maintenant en ce qui concerne la Chine, d’autant plus que la situation internationale est devenue pour nous plus compliquée et plus inquiétante. »[7]

Alors assez naturellement, la défaite en Chine constitua un revers décisif, si bien qu'à la fin de 1927, Trotsky fut exclu du Parti communiste de l’Union Soviétique (PCUS) puis expulsé d’URSS.

En 1930, Trotsky décrira l'importance de la compréhension de ces événéments en ces termes :

« Une étude de la Révolution chinoise est une question très importante et urgente pour tout communiste et tout ouvrier avancé. Il n'est pas possible de parler sérieusement dans aucun pays de la lutte du prolétariat pour le pouvoir sans une étude par l'avant-garde prolétarienne des événements fondamentaux, des forces motrices, des méthodes stratégiques de la Révolution chinoise. Il n'est pas possible de comprendre ce qu'est le jour sans savoir ce qu'est la nuit ; il n'est pas possible de comprendre ce qu'est l'été sans avoir expérimenté l'hiver. De la même façon, il n'est pas possible de comprendre la signification de l'insurrection d'Octobre sans une étude des méthodes de la catastrophe chinoise. »[8]

Bibliographie[modifier]

Livres[modifier]

  • Lucien Bodard, Les grandes murailles, Grasset, 1987 [le roman évoque la révolution à Canton et les massacres à Shanghai]
  • Jean Chesneaux, Le mouvement ouvrier chinois de 1919 à 1927, Ecole des hautes études en sciences sociales, 1999 [Annales. Économies, Sociétés, Civilisations - Revue française de science politique]
  • Harold Robert Isaacs, La tragédie de la révolution chinoise - 1925-1927, Gallimard, 1967
  • André Malraux, Les Conquérants, Grasset, 1928 [le roman évoque la révolution à Canton - Critique de Trotsky]
  • André Malraux, La Condition humaine, Gallimard, 1933 [le roman se déroule durant les massacres à Shanghai]
  • Alexander Pantsov, The Bolsheviks and the Chinese Revolution 1919-1927, Curzon Press, 2000 [CEFC]
  • Victor Serge, La révolution chinoise, Savelli, 1977
  • Stephen Anthony Smith, A Road is made - Communism in Shanghai 1920-1927, Curzon Press, 2000 [CEFC]
  • Pierre Souyri, Révolution et contre-révolution en Chine, Christian Bourgeois, 1982 [La Bataille socialiste]
  • Trotsky, L'Internationale Communiste après Lénine - Bilan et perspectives de la révolution chinoise, MIA, 1928
  • Pierre Broué, La question chinoise dans l'Internationale communiste

Articles[modifier]

Notes[modifier]

  1. L'Internationale Communiste après Lenine, Bilan et perspectives de la révolution chinoise, Trotsky, 1928
  2. Le Komintern envoya son nouveau représentant Mikhail Borodin en tant que conseiller pour le KMT, qui fut restructuré du sommet à la base selon des principes organisationnels bolcheviques. Dix membres dirigeants du PCC furent placés au comité central exécutif du KMT, environ un quart du total de ses membres. Des cadres communistes prirent souvent en charge différents aspects des activités du KMT.
  3. L'académie militaire de Whampoa à Guangzhou fut établie avec l'assistance de conseillers soviétiques. Par ailleurs, l'appui du PCC fut vital pour mobiliser les ouvriers et les paysans dans la nouvelle armée.
  4. A noter que Tchang Kaï-chek a été formé militairement sur le sol soviétique et a construit son ascension au sein de l'académie de Huangpu, citée plus haut...
  5. Thèses et additions sur les questions nationales et coloniales, II° Congrès de l'I.C., Juillet 1920
  6. Victor Serge, La lutte des classes dans la révolution chinoise, 15 mai 1927
  7. Thèses de Zinoviev pour le Bureau Politique du PC de l’URSS le 14 avril 1927
  8. Oeuvre de Léon Trotsky, août 1930