Anticléricalisme

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L'anticléricalisme est l'opposition au clergé, souvent nourrie de sentiments hostiles à la religion.[1]

Anticléricalisme et socialisme[modifier]

Fondamentalement, si le socialisme scientifique est athée, et si la laïcité doit être au coeur de ses revendications, l'anticléricalisme vulgaire est une dérive pour lui, le plus souvent d'orgine petit-bourgeoise. C'est pourquoi Rosa Luxemburg disait en 1902 "L'anticléricalisme bourgeois aboutit à consolider le pouvoir de l'Eglise."[2]

Voir Religion et socialisme scientifique.

Origine de l'anticléricalisme[modifier]

Bourgeoisie progressiste[modifier]

La bourgeoisie a adopté des positions différentes, par opportunisme, envers le clergé.

Ainsi, par une opposition prudente aux pratiques les plus réactionnaires de l'Église et surtout une attaque idéologique importante contre l'obscurantisme catholique qui servait la classe noble, la bourgeoisie européenne en pleine ascencion, avec Les Lumières et la Réforme notamment, a ouvert la voie à l'anticléricalisme.

Celui-ci a vraiment éclaté avec la Révolution française, notamment en 1793 avec les Jacobins de la Montagne, poussés par les sans-culotte.

La religion utilisée par la bourgeoisie[modifier]

En revanche, tout comme en politique la bourgeoisie une fois au pouvoir a été tentée de revenir sur ses conquêtes libérales avec la Restauration, en religion elle a voulu utiliser l'influence catholique pour affermir sa domination.

"M. Thiers, dans le sein de la Commission sur l’instruction primaire de 1849, disait : "Je veux rendre toute-puissante l’influence du clergé, parce que je compte sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend à l’homme qu’il est ici-bas pour souffrir[...]". La bourgeoisie, alors qu’elle luttait contre la noblesse, soutenue par le clergé, arbora le libre examen et l’athéisme ; mais, triomphante, elle changea de ton et d’allure ; et, aujourd’hui, elle entend étayer de la religion sa suprématie économique et politique. Aux XVe et XVIe siècles, elle avait allègrement repris la tradition païenne et glorifiait la chair et ses passions, réprouvées par le christianisme ; de nos jours [...] elle prêche l’abstinence aux salariés. [...] Les socialistes évolutionnaires ont à recommencer le combat qu’ont combattu les philosophes et les pamphlétaires de la bourgeoisie ; ils ont à monter à l’assaut de la morale et des théories sociales du capitalisme..."[3]

Anticléricalisme moderne[modifier]

L'anticléricalisme est un courant important dans la bourgeoisie au début du XX° siècle. Il est notamment au coeur de l'idéologie des "bourgeois radicaux" (appellation reçue fin XIX° face aux monarchistes réactionnaires...), qui dominent à la "Belle-Epoque" (1896-1914). Leurs attaques contre l'Église, notamment dans leur presse, sont frontales et trouvent un echo jusque chez les socialistes. C'est sous leur pression que la séparation des Églises et de l'État est votée en 1905.

Plus prosaïquement, si la bourgeoisie donne alors du crédit à l'anticléricalisme, c'est que le développement économique alors florissant nécessite des travailleurs un minimum instruits (Ecole obligatoire et gratuite à la même époque...). L'idéologie dominante est alors clairement positiviste. Par ailleurs, l'anticléricalisme sert alors de diversion pour faire oublier la lutte des classes avec un cheval de bataille interclassiste. Ce qui ne veut évidemment pas dire que les socialistes doivent éviter toute implication, mais garder à l'idée ce que signifie un front unique. Citons encore Rosa Luxemburg, dans un article de 1902 :

"Les socialistes sont précisément obligés de combattre l'Eglise, puissance antirépublicaine et réactionnaire, non pour participer à l'anticléricalisme bourgeois, mais pour s'en débarrasser. L'incessante guérilla menée depuis des dizaines d'années contre la prêtraille est, pour les républicains bourgeois français, un des moyens les plus efficaces de détourner l'attention des classes laborieuses des questions sociales et d'énerver la lutte des classes. L'anticléricalisme est en outre resté la seule raison d'être du parti radical ; l'évolution de ces dernières trente années, l'essor pris par le socialisme a rendu vain tout son ancien programme."[2]

En savoir plus[modifier]

Anticléricalisme et socialisme sur la Bibliothèque internationale de la gauche communiste

1905-2005 : Cent ans après le vote des lois laïques

Notes et sources[modifier]

  1. Mais pas systématiquement, par exemple il existe des mouvements religieux organisés sans clergé comme les quakers.
  2. 2,0 et 2,1 Rosa Luxemburg, Le socialisme en France, page 213-214, éditions Belfond.
  3. Paul Lafargue, avant propos du Droit à la paresse