Centrisme

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Karl Kautsky fut un des principaux incarnateurs du centrisme au moment de la scission socialistes / communistes.

Le centrisme désigne les courants politiques situés entre la droite et la gauche. Comme l'ensemble du clivage droite gauche, ce terme a donc un contenu relatif à une situation donnée.

Au sein du mouvement ouvrier révolutionnaire, le centrisme désigne les positions oscillant entre réformisme et révolution.

Les révolutionnaires doivent critiquer les illusions néfastes portées par le centrisme, mais aussi s'adresser et interpeller sans sectarisme les centristes et leur base, surtout les courants qui rompent avec le réformisme et évoluent vers des positions révolutionnaires. Ainsi Ernest Mandel pouvait parler de la nécessité de rechercher des fronts uniques entre révolutionnaires et centristes dans certaines circonstances.[1]

1 Centrisme socialiste : entre réformisme et révolution[modifier | modifier le wikicode]

1.1 Dans la social-démocratie[modifier | modifier le wikicode]

1.1.1 1890-1905[modifier | modifier le wikicode]

Au début du 20e siècle, sur la base de l'impérialisme européen et de l'émergence d'une aristocratie du travail, la social-démocratie s'est rapidement corrompue. Sa fraction parlementaire s'est toujours plus assagie et contentée de compromis avec les politiciens de la bourgeoisie, et dans les syndicats, une bureaucratie a commencé à défendre ses propres intérêts, passant par la collaboration de classe.

Ce phénomène s'est déroulé de la façon la plus précoce et la plus frappante en Allemagne, où le SPD était un vrai parti de masse. L'aile embourgeoisée du parti, d'abord timide, a peu à peu revendiqué ouvertement un révisionnisme anti-marxiste aboutissant en particulier à renier la nécessité de la révolution socialiste. En face, l'aile révolutionnaire autour de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht défendait fermement le programme révolutionnaire. Au centre de l'organisation, la direction autour de Karl Kautsky tentait elle surtout de maintenir l'unité à tout prix, et pour cela tendait à gommer les trop grandes divergences. Avec August Bebel, Kautsky a maintenu intact le "marxisme officiel" qu'il représentait. Face aux réformistes, leurs critiques étaient faibles et peu politiques. Bebel se contentait de répondre aux lassalliens que ne plus parler de l'horizon de la révolution, ce serait « enlev[er] au parti son enthousiasme, sans lequel [il] ne peut vivre ».[2]

Ainsi face aux révisionnistes qui disaient qu'il fallait abandonner le discours révolutionnaire parce qu'ils n'imaginaient absolument pas le SPD mener une révolution, Kautsky rassurait en répondant que la progression (numérique, parlementaire, syndicale...) de la social-démocratique était un "processus révolutionnaire". Il ajoutait alors une phrase devenue célèbre : « Le SPD est un parti révolutionnaire mais non pas un parti qui fait la révolution. » Dès 1893, il écrivait :

« Nous savons que nos buts ne peuvent être atteints que par une révolution ; nous savons aussi qu’il n’est pas en notre pouvoir de faire cette révolution, pas plus qu’à nos adversaires de l’empêcher. Aussi n’avons-nous cure de la préparer ou de la mettre en route »

Quand Plekhanov invita le SPD à expulser Bernstein, la proposition fut rejetée d’emblée par les dirigeants du parti. Il n’y avait pas de réelle volonté parmi les dirigeants du parti d’explorer et d’exposer le lien tout à fait réel existant entre la théorie révisionniste et la pratique et l’organisation du SPD. L’avoir fait aurait inévitablement remis en question la relation entre le SPD et les syndicats qui étaient, du moins sur le papier, sous le contrôle du parti.

Il y avait de nombreuses raisons pour lesquelles la perspective d’une lutte ouverte contre les formes pratiques de l’opportunisme, en particulier celles associées avec la pratique au jour le jour des syndicats, n’enthousiasmait pas les dirigeants du SPD. Ils craignaient qu'une telle lutte puisse faire éclater le parti, entraîner une rupture dans les rangs de la classe ouvrière, compromettre des décennies de progrès organisationnels et même faciliter la répression étatique contre le SPD. Ces inquiétudes étaient d’importance. Et pourtant, les conséquences de l’esquive par le SPD de la lutte contre l’opportunisme politique furent profondes et tragiques.

Le dirigeant trotskiste Tony Cliff disait à propos des menchéviks de 1903 qu'ils étaient centristes :

Il n’est pas question de décrire Martov politiquement en 1903 comme un réformiste. Il manifestait des signes de centrisme, ce qui est un terme générique appliqué à des tendances et des regroupements divers et variés allant du réformisme au marxisme. Une des principales caractéristiques des centristes est leur tendance à obscurcir le besoin d’une démarcation claire entre l’avant-garde de la classe et la masse, entre l’initiative de la minorité et la routine de la majorité. La principale tare du centrisme est son fatalisme historique. Il est tellement indéfini dans sa nature, si dénué de délimitation claire et nette, si vacillant entre le marxisme et le réformisme, que les groupes centristes ne vont pas tous dans la même direction. Certains évoluent à gauche vers le marxisme et d’autres à droite vers le réformisme. En plus, comme ils manquent de constance, les centristes vont parfois vers la gauche pour obliquer ensuite vers la droite. Au cours de ce processus, des différenciations apparaissent dans le groupe lui-même, et des scissions s’ensuivent : certaines sections se dirigent complètement vers le réformisme, alors que d’autres rejoignent l’aile révolutionnaire du mouvement ouvrier.

Dans la Russie tsariste, la différenciation entre révolutionnaires conséquents, centristes et réformistes était neutralisée par le régime autocratique lui-même. En Europe occidentale, les éléments les plus modérés du mouvement ouvrier se définissaient franchement comme réformistes. Mais sous le régime tsariste, même les plus modérés des socialistes ne pouvaient se constituer en un parti de réforme. La « voie parlementaire au socialisme » ne pouvait être attractive là où la démocratie représentative n’existait pas. Il fallait au moins un demi-parlement, comme la Douma tsariste des dernières années, pour que le crétinisme parlementaire commence à montrer sa tête. Personne, dans le mouvement socialiste russe de 1903, ne déployait la bannière du réformisme.[3]

1.1.2 1905-1914[modifier | modifier le wikicode]

Entre la position de la direction, du centre orthodoxe, défendue par Bebel et Kautsky, que l’on peut qualifier d’attentiste et l’aile droite, il y a encore une grande distance au début du 20ème siècle. L’aile droite est tenue en échec par l’alliance des centristes et de la gauche. Cela est vrai jusqu’en 1906-1907, mais la discussion sur la grève générale et sur la révolution russe de 1905, puis la montée des luttes ouvrières qui s’opère à la même époque, vont modifier la donne.

Alors que des vagues de grèves se produisent à partir de 1905 (dont la "révolution russe") et se poursuivent selon les pays jusqu’en 1912, la droite s'oppose aux partisans de la grève générale (qualifiant Rosa Luxemburg d'anarchiste), et les centristes ne sont pas clairs.

Au congrès international de Stuttgart en 1907, Bebel repousse avec le droitier Vollmar la propositon des délégués français de lancer une grève générale en cas de guerre. Quelques mois après, au congrès du SPD, Bebel va plus loin, non seulement il couvre les déclarations patriotiques du député socialiste Noske au Reichstag, mais il se refuse à faire la distinction entre guerre défensive et guerre d’agression. Il déclare :

« Si nous devions vraiment défendre une fois la patrie, nous la défendrions alors parce que c’est notre patrie (…), parce que nous voulons faire de notre patrie un pays qui n’aurait nulle part dans le monde rien de semblable ».

Certains considèrent dès cette époque que « le Bebel d'aujourd'hui » est plus opportuniste qu'avant. C'est ce qui disait par exemple Lounatcharski, ce que dément Lénine.[4]

Bien que la majorité du congrès international de Stuttgart réaffirme sa condamnation du colonialisme, la droite et même des membres du centre prônent une adaptation. Bernstein osait dire que le SPD devait « développer en positif une politique coloniale socialiste ». Au Reichstag, les députés socialistes assouplissent de plus en plus leur position antimilitariste. Kautsky polémique[5] contre les positions pro-coloniales de la droite, cependant on peut remarquer qu'il ne semble pas voir de problème à ce que le capitalisme pénètre "pacifiquement" par le libre-échange. On peut noter au passage que Kautsky dit que l'amélioration des conditions de travail dont la baisse de l'intensité_du_travail, augmente la productivité, ce qui revient à minimiser la contradiction entre les intérêts capitalistes et ceux des travailleur-se-s.

Le rapprochement entre le centre et la droite est un fait acquis. Bebel se retire de la vie politique en 1911. Le secrétaire du parti, Ebert devient président du SPD ; il s’agit d’un homme qui a fait toute sa carrière dans l’appareil et qui considère la révolution comme un « pêché ».

Dès 1911 Kautsky commençait à parler d’une possibilité que la bourgeoisie rejette la guerre (il parlera bientôt d'ultra-impérialisme), affirmant que ce n'est pas dans son intérêt, et qu'il faut soutenir les pacifistes bourgeois[6]. Rosa Luxemburg est alors une des seules à vraiment réagir[7].

En 1913, le congrès du SPD approuve largement le vote des députés intervenus quelques temps auparavant, qui ont approuvé la création d’une nouvelle taxe pour couvrir les dépenses militaires. Le vote du 4 août 1914 est déjà acquis.

1.2 Pendant la première guerre mondiale[modifier | modifier le wikicode]

Lorsque la Première guerre mondiale a éclaté, les directions social-démocrates ont ouvertement trahi les intérêts des travailleurs en les jetant dans la boucherie (vote des crédits de guerre). La 4 août 1914, les 110 députés du groupe social-démocrate au Reichstag votent unanimement les crédits de guerre. Sur les 92 députés présents, 14 étaient contre, et 4 l'ont exprimé dans la discussion interne du groupe, mais tous ont appliqué la discipline de parti. Le président du groupe social-démocrate, le centriste Hugo Haase, était contre, mais sans estimer qu'il s'agissait d'une trahison. En tant que président, ce fut lui qui lut la déclaration au Reichstag[8].

Le 28 août 1914, Kautsky prit sa plume pour absoudre l'Internationale :

« Les conditions en faveur d'un vote favorable aux crédits de guerre étaient elles vraiment réunies, et un tel vote était-il objectivement juste? Seule une étude historique minutieuse après la guerre pourra rétablir. Mais la conviction subjective de ceux qui ont voté suffit à les justifier tous sur un même pied devant l'Internationale.

De même, certains ont pris ombrage de l'entrée de Vandervelde dans un ministère bourgeois de défense nationale. Et pourtant ce genre de situation avait été prévu. Le Congrès socialiste international de Paris en 1900 avait voté que l'entrée d'un socialiste dans un gouvernement bourgeois ne serait possible que dans des cas exceptionnels. Dans mon explication de cette résolution parue dans la NEUE ZEIT (XIX, 1. p. 39) j'avais considéré comme une exception de ce type la constitution d'un gouvernement de défense contre un ennemi extérieur surpuissant. J'avais cité comme tel le gouvemement français de défense nationale en 1870 et j'avais ajouté :

« Si aujourdhui, cas improbable, les armées du Reich allemand étaient vaincues par celles du tsar et s'il existait un danger que le régime du knout devienne tout puissant en Europe, alors les social-démocrates allemands n'hésiteraient pas une seconde à envoyer leurs représentants siéger dans un ministère qui aurait pour tâche d'organiser la guerre populaire, même s'il fallait collaborer à un gouvemement de libéraux et de personnalités de centre gauche »

Mais dès que le moment sera venu de réclamer la paix, l'Internationale prolétarienne se retrouvera dans sa volonté unie d'aboutir à la conclusion d'une paix rapide et peu coûteuse, et nous avons bon espoir que l'influence de l'Internationale sur l'esprit des classes laborieuses sera alors plus forte que jamais. »[9]

Lénine fut un des tout premiers à réagir. Avant même d'avoir compris en détail les phénomènes à l’œuvre lors de cette trahison, il sut réagir et affirmer la nécessité que les social-démocrates "internationalistes" rompent avec les "social-patriotes"[10]. Il défendit cette position en critiquant les tenant du "juste milieu" qui s'opposaient à toute scission, et n'avaient eux-même aucune clarté idéologique (Kautsky se disait aussi internationaliste).

En janvier 1915, Lénine tirait un bilan très critique du fait que les opportunistes avaient été tolérés dans la Deuxième internationale, déguisés derrière un marxisme verbal de façade, et prenait comme bon exemple l'Italie où les clivages avaient conduit à des scissions :

« En Italie (...) les opportunistes, dirigés par Bissolati, ont été exclus du parti. Dans la crise actuelle, les résultats se sont avérés excellents : les gens de diverses tendances n'ont pas trompé les travailleurs et ne les ont pas aveuglés avec des perles d'éloquence sur «l'unité», chacun d'entre eux a suivi sa propre route. Les opportunistes (et des déserteurs du parti ouvrier comme Mussolini) ont pratiqué le social-chauvinisme. (...) Pendant ce temps, les socialistes menaient contre eux une guerre à la guerre, en préparation d'une guerre civile. »[11]

En 1916, il critiquait déjà précisément non seulement les opportunistes (en les liant à la notion de "parti ouvrier bourgeois") mais aussi les conciliateurs ("les kautskistes").

« Le kautskisme ne représente aucun courant indépendant; il n'a de racines ni dans les masses, ni dans la couche privilégiée passée à la bourgeoisie. Mais le kautskisme est dangereux en ce sens qu'utilisant l'idéologie du passé, il s'efforce de concilier le prolétariat avec le « parti ouvrier bourgeois », de sauvegarder l'unité du prolétariat avec ce parti et d'accroître ainsi le prestige de ce dernier. »[12]

Kautsky avait pleinement conscience d'être le centre :

« Le danger qui nous menace du côté de Spartacus est grand. Leur extrémisme correspond aux besoins actuels des larges couches inéduquées. Liebknecht est aujourd'hui dans les tranchées l'homme le plus populaire, c'est ce qu'affirment à l'unisson tous ceux qui en viennent. Les masses mécontentes ne comprennent rien à sa politique, mais elles voient en lui l'homme qui agit pour que la guerre se termine et c'est pour elles l'essentiel. [...] Pour les gens du groupe Spartacus, le processus de croissance de l'opposition dans le parti est trop lent - la patience n'a jamais été leur point fort. Ils veulent sortir du parti. Cela convient à beaucoup dans la droite du parti, notamment à la Commission générale et à son appendice, le bureau du parti. Elle aussi voudrait que l'opposition soit poussée hors du parti aussi longtemps qu'elle n'a pas la majorité. La Commission générale est la fraction la plus décidée, celle qui pousse, le bureau, la fraction hésitante, contrainte, qui a peur des conséquences de ses propres actions. Aussi bizarre que cela puisse te paraitre le groupe de travail est face aux deux extrêmes le lien qui maintient encore le parti. S'il ne s'était pas constitué, Berlin aurait été conquis par les spartakistes et ne serait plus dans le parti. D'un autre côté, si la gauche du groupe il y a un an avait eu une intervention indépendante, comme je le souhaitais, le groupe spartakiste ne serait jamais devenu important.

D'un autre côté sans le groupe de travail la majorité du groupe parlementaire aurait été entraînée à droite par les David, Lensch, Legien, beaucoup plus loin que ce n'est le cas. Nous sommes le centre, et c'est de son importance numérique que dépend la possibilité de surmonter les forces centrifuges de droite et de gauche. Et son importance dépend, elle, de l'influence que nous pouvons gagner sur les masses et non des discussions et conférences avec des gens avec lesquels on a déjà discuté x fois. »[13]

Vers 1916-1917, dans la plupart des partis de l'Internationale, c'est l'aile centriste opposée à la poursuite de la guerre, qui reprend le dessus contre les réformistes les plus chauvins.[14] Mais cela ne suffira pas à maintenir l'unité. La Révolution russe de 1917 va ajouter un clivage de plus dans le mouvement ouvrier international : tandis que la révolution enthousiasmait de larges masses ouvrières, elle était globalement condamnée par les vieilles directions réformistes. Cela a conduit à la scission d'avec l'Internationale ouvrière et la formation de la Troisième internationale autour des bolchéviks.

1.3 Internationale deux-et-demi[modifier | modifier le wikicode]

En Allemagne, la tendance autour de Kautsky va former en avril 1917 un Parti social-démocrate indépendant (USPD). Mais là encore, malgré tous les débats avec les communistes révolutionnaires au début des années 1920, ce nouveau parti ne tira pas de bilan sérieux de la faillite de la Deuxième internationale, et n'alla pas jusqu'à la Troisième.

A la suite de la trahison de 1914, certains partis - alors marginaux - firent le choix de rompre avec la Deuxième internationale sans rejoindre la Troisième. Généralement, ils se regroupèrent dans l'Union des partis socialistes pour l'union internationale, qui comprenait notamment l'USPD allemande, la SFIO française et l'ILP britannique. Politiquement, cette internationale défendait des positions à mi-chemin, centristes. D'où le nom d'Internationale 2 1/2 que lui donnèrent les communistes.

Le plus symbolique de ce courant qui na va pas jusqu'à la révolution, c'est sans doute lorsque Kautsky déclare en août 1918 que les soviets ne devaient avoir qu'un caractère économique et ne sauraient être reconnus comme organisations d'Etat. Kautsky en est venu à remplacer explicitement l'idée de transition révolutionnaire par l'idée de gouvernements de coalition à la tête de l'État (vu comme neutre). Ainsi il rappelait la formule de Marx :

« Entre la société capitaliste et la société communiste il y a la période de transformation révolutionnaire de l'une en l’autre. A cette période correspond également une période de transition politique dont l’État ne peut être que la dictature révolutionnaire du prolétariat. »

Et il disait :

« Nous pouvons aujourd'hui, en nous basant sur l’expérience sur l’expérience de ces dernières années quant à la question des gouvernements, apporter à cette phrase la modification suivante : Entre l’époque de l’État démocratique purement bourgeois et celle de l’État démocratique purement prolétarien se place une période pendant laquelle l’un se change en l’autre. A cette période répond une période transitoire comportant d’ordinaire un gouvernement de coalition. »[15]

En février 1919, Hilferding, autre figure centriste, prône la combinaison des soviets et de l'Assemblée Nationale, position qui deviendra celle de l'USPD. C'était aussi la position qu'avaient défendu Kamenev et Zinoviev à l'automne 1917[16], pour s'opposer à l'insurrection.

Lénine fait une critique cinglante de ces positions lors du Premier congrès de l'Internationale communiste.[17]

Par ailleurs, au début de la Guerre, les internationalistes s'étaient réunis lors de la Conférence de Zimmerwald, qui permis à l'opposition de se structurer. Mais parmi les "zimmerwaldiens", il y avait aussi des indécis, qui minimisaient la rupture fondamentale dans la social-démocratie, et restèrent dans le marais "deux-et-demi". Ceux qui allaient devenir des dirigeants communistes firent au Premier congrès une déclaration sur Zimmerwald, actant que le groupe qui en était issu était dissous et sans plus de raison d'être, et finissant par un appel à rejoindre la nouvelle internationale.[18]

Si la plupart des socialistes réformistes en sont venus à abandonner toute distinction entre démocratie bourgeoise et démocratie ouvrière, les centristes comme Kautsky étaient plus subtils. Celui-ci écrivait par exemple :

« Quand, jusqu’ici, nous distinguions entre démocratie bourgeoise et démocratie prolétarienne, nous entendions par là deux partis de composition diverse, mais jamais deux formes d’État différentes. »[19]

Ainsi pour lui, il n'y a pas d'État bourgeois, et si un parti ouvrier devient majoritaire, il y a passage immédiat de la démocratie bourgeoise à la démocratie prolétarienne.

1.4 Internationale trois-et-demi[modifier | modifier le wikicode]

De même, le Centre marxiste révolutionnaire international a été nommé par les trotskistes "Internationale 3 1/2" car c'était un courant qui critiquait la politique stalinienne mais refusait le combat pour la construction de la IVe internationale.

1.5 Centrisme bureaucratique[modifier | modifier le wikicode]

On peut également citer le cas particulier du stalinisme dans les années 1920, que Trotski qualifiait alors de « centrisme bureaucratique »[20][21][22], parce que celle-ci oscillait entre des politiques gauchistes et des politiques opportunistes (celles-ci dominant de plus en plus), en fonction des intérêts de la bureaucratie de l'État soviétique.

Ce lien (idéologique mais aussi matériel) avec l'État soviétique créait une certaine indépendance des PC par rapport aux États capitalistes dans lesquels ils évoluaient, qui pouvait contraster avec la politique des PS, plus intégrés aux bourgeoisies et donc centrés sur la collaboration de classe. Même si dans la pratique ces deux directions trahissaient les intérêts du mouvement ouvrier, ils le faisaient pour des raisons différentes.

Cela créait des situations complexes, qui ont engendré des polémiques sur l'attitude à avoir vis-à-vis de ces forces, y compris entre marxistes révolutionnaires. Par exemple aux États-Unis en 1947, le WP, scission du SWP, mettait en avant le risque qu'un parti stalinien instaure une dictature (cela venait de se produire dans de nombreux pays d'Europe de l'Est).[23]

1.6 Du réformisme au centrisme ?[modifier | modifier le wikicode]

Selon Trotski, dans les années 1930, il y avait une tendance à l'évolution de la social-démocratie réformiste vers la gauche.[24] C'est une des raisons qui l'a poussé à adopter la position de l'entrisme dans la social-démocratie.

1.7 Le POUM[modifier | modifier le wikicode]

Pendant la guerre civile espagnole, la force marxiste révolutionnaire la plus proche des positions de Trotski était le Parti ouvrier d'unification marxiste (POUM). Cependant, Trotski polémiquait durement avec le POUM, considérant qu'il se tenait sur des positions centristes de par ses compromis avec les directions du camp républicain.[25]

2 Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

  1. Ernest Mandel, La grève générale. Questions stratégiques, années 1970 (republié dans Contretemps, 12 décembre 2019)
  2. Erich Mathias, Idéologie et pratique : le faux débat Bernstein-Kautsky
  3. Tony Cliff, Lénine : 1893-1914. Construire le parti – chapitre 5, 1975
  4. Lénine, Préface à la brochure de Voinov (A. Lounatcharski) sur l'attitude du parti à l'égard des syndicats, novembre 1907
  5. Karl Kautsky, Le socialisme et la politique coloniale, 1907
  6. Karl Kautsky, Guerre et paix, 1911
  7. Rosa Luxemburg, Peace Utopias, mai 1911
  8. Intervention du député social-démocrate Hugo Haase au Reichstag, 4 août 1914.
  9. Karl Kautsky, La préparation de la paix, Die Neue Zeit, 28 août 1914
  10. Lénine, Le problème de l'unification des internationalistes, 1915
  11. Lénine, What Next?, Sotsial-Demokrat n°36, 9 janvier 1915
  12. Lénine, L'impérialisme et la scission du socialisme, 1916
  13. Karl Kautsky, Lettre à Victor Adler, Berlin-Charlottenburg, le 7 août 1916
  14. Ernest Mandel, Actualité du Trotskysme, 1978
  15. Boukharine, Rapport sur la question du programme - 4e congrès, 1922
  16. Zinoviev et Kamenev, Sur le moment présent, 11 octobre 1917
  17. Thèses sur la démocratie bourgeoise et la dictature prolétarienne, 4 mars 1919
  18. Déclaration faite par les participants de la conférence de Zimmerwald, 2 mars 1919
  19. Karl Kautsky, Rosa Luxemburg et le bolchevisme, 1922
  20. Léon Trotski, La Crise du Bloc centre-droite, novembre 1928
  21. Léon Trotski, Le centrisme bureaucratique, école de capitulations, 1931
  22. Léon Trotski, L'État ouvrier, Thermidor et Bonapartisme, 1935
  23. Max Shachtman, La nature des partis staliniens. Leurs racines de classe, rôle politique et buts fondamentaux, mars 1947
  24. Léon Trotski, SFIO et SFIC: la voie du débouché, 21 août 1934
  25. Léon Trotski, Lettre à Daniel Guérin, 10 mars 1939