Juin 1936 en France

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Juin 1936 est aujourd'hui presque synonyme d'acquis comme les congés payés et la semaine de 40 heures, qu'on représente obtenus grâce à la grande unité de la gauche dans le Front Populaire. Pour les communistes révolutionnaires, c'était surtout le point culminant d’une séquence de lutte de classe aiguë, et la trahison par les dirigeants socialistes et communistes d'un immense potentiel révolutionnaire.

Contexte[modifier]

Un mouvement ouvrier affaibli[modifier]

En France au début des années 30, le mouvement ouvrier est affaibli et divisé :

  • le PC (SFIC) compte de 30 000 membres (deux fois moins qu'en 1926) et suit une ligne ultra-sectaire, et met dans le même sac les socialistes et les fascistes (« social-fascisme ») ;
  • la SFIO compte 100 000 membres, mais est peu implantée parmi les ouvriers d'usine. Une aile gauche dirigée par Marceau Pivert se développe cependant.

Le mouvement syndical est affaibli et divisé également. En 1934 il n’y avait que 755 000 syndiqués pour 10 millions de travailleurs, soit environ 7%. Les syndicats sont divisés selon les partis politiques :

  • la CGT, dominée par la SFIO, compte 700 000 membres dont 200 000 ouvriers d'usine ;
  • la CGTU, dominée par le PCF, compte 200 000 membres.

Après la vague de grèves de 1920, les actions syndicales s’étaient soldées par des échecs. Dans les entreprises, la répression des délégués et des syndiqués était féroce. Ces derniers étaient confrontés aux fouilles dans les vestiaires, aux mouchards, aux listes noires. Fait parlant : les conventions collectives régissaient seulement 4% du personnel.

La crise de 1929 et la menace fasciste[modifier]

Au début des années 1930, la France, comme le reste du monde, est touchée par la Grande Dépression. Mais elle est touchée de façon moins brutale et plus tardive, en raison principalement de l'économie encore très rurale du pays. La crise dégrade la situation sociale du prolétariat (en 1936, on compte 1,5 millions de chômeurs complets ou partiels pour 10 millions de travailleurs, soit 15%) fait redoubler les attaques de la bourgeoisie, accèlère la centralisation du capital...

Les radicaux ont remporté les élections de 1932, mais ce deuxième « cartel des gauches » n'est pas soutenu par la SFIO. Les radicaux mènent une politique de « déflation » et d’« orthodoxie financière » (on dirait aujourd'hui « d'austérité »), c'est-à-dire une politique bourgeoise et anti-sociale (coupes dans les pensions et les salaires des fonctionnaires...). En 1933, grèves et manifestations se multiplient, dans le textile et les mines du Nord, chez les métallurgistes de Citroën. On assiste à des marches de la faim des mineurs, puis des chômeurs...

Mais les radicaux (classés à gauche) sont aussi détestés par la droite conservatrice, monarchiste, et le nouveau milieu fascisant qui émerge. Ils dénoncent un régime parlementaire inefficace, corrompu, rempli de franc-maçons... En janvier 1934, l'affaire Stavisky (un scandale financier impliquant un escroc juif et des politiciens radicaux le couvrant) déchaîne la haine et l'antisémitisme. Le 6 février 1934, suite à la révocation du préfet de Police de Paris proche de l'extrême droite, Jean Chiappe, les groupes fascistes ou fascisants organisent une manifestation de 30 000 personnes qui dégénère en émeutes contre le Parlement. Le PC appelle à manifester à la fois contre le gouvernement et les bandes fascistes. Des affrontements violents ont lieu (15 morts, plus de 2000 blessés). Sous la pression de la rue, le gouvernement démissionne le lendemain. Un gouvernement d'union nationale se forme alors, caractérisé comme bonapartiste par Trotsky.[1]

En France, des millions de travailleurs ont observé l'ascension de Hitler outre-Rhin et s'inquiètent. De grands patrons comme Ernest Mercier ou François Coty financent directement certains groupes fascistes. Mais les classes moyennes continuent pour l'instant à voter pour le parti radical (parti de commerçants, artisans, agriculteurs…).

Front Populaire et collaboration de classe[modifier]

Une forte aspiration à l'unité[modifier]

Les émeutes du 6 février 1934 appellent une réaction des partis ouvriers, mais celle-ci ne vient pas du sommet. Des fédérations de la SFIO plus à gauche (Seine et Seine-et-Oise) lancent des initiatives, elles adressent au PC une demande de rencontre « afin de fixer les bases d’un accord loyal et de réaliser l’unité d’action des travailleurs ». Comme cette adresse reste sans réponse, peu après minuit, elles envoient une délégation de militants au siège de L’Humanité, en vain. Le 9 février, le PC manifeste seul.

Mais la pression de la base va être trop forte. Le 12 février 1934, la CGT organise une grève et manifestation, et la CGTU décide d'appeler aussi ce jour là... mais dans une manifestation séparée. Mais les 150 000 manifestants communistes et socialistes fusionnèrent dans l’enthousiasme au cri de « Unité, Unité ! » Ce fut le début d’une série innombrable de manifestations, puis de grèves de masse, à travers lesquelles la classe ouvrière allait exprimer clairement sa volonté d’un front unique ouvrier contre le fascisme et la guerre.

Les organisations ouvrières vont alors s'appuyer sur cette aspiration à l'unité pour lancer une longue phase de négociations au sommet, où PCF et SFIO allaient préparer les bases du Front populaire. Après la manifestation du 12 février 1934, le PC propose à la SFIO un pacte d’unité d’action pour lutter contre le fascisme et la guerre qu’elle accepta le 16 juillet. Mais pour le PC il n’était nullement question d’en rester là dans ses alliances. Selon Maurice Thorez, dirigeant du PCF :

« Pour nous, le pacte était moins une fin qu’un commencement. Nous avions posé les bases de l’unité de la classe ouvrière ; il fallait élargir notre alliance, l’étendre aux classes moyennes afin d’assurer la défaite du fascisme. »

Ce thème, la recherche à tout prix de l’unité avec la petite bourgeoisie, les classes moyennes et donc avec leurs représentants politiques, les Radicaux, est constitutive du Front Populaire. La gauche de la SFIO, partisane d'une alliance des seules organisations ouvrières, est battue au Congrès de Mulhouse (juin 1935).

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Le tournant national et réformiste des staliniens[modifier]

Les intérêts de la bureaucratie stalinienne avaient une influence déterminante sur la politique des PC du monde entier, complètement inféodés à Moscou. Les staliniens avaient abandonné dans les faits toute volonté d’impulser à travers le monde des mouvements révolutionnaires, et se centraient sur la construction du prétendu "socialisme dans un seul pays", en fait la consolidation de leur propre pouvoir. Les PC devaient donc suivre les zig-zags de la diplomatie de Moscou.

Avant 1933, la bureaucratie refusait de croire à la victoire d’Hitler en Allemagne, ou la présentait comme une étape. Ainsi le PC allemand disait « après Hitler, nous » et refusa tout front unique avec les socialistes. Une fois le nazisme installé en Allemagne et le mouvement ouvrier complètement laminé, Staline chercha en vain un accord diplomatique avec Hitler, puis avec l’impérialisme français et britannique.

Le 2 mai 1935 fut signé un pacte d’assistance mutuelle franco-soviétique entre Staline et Laval, Ministre des Affaires Etrangères. Staline s'alignait désormais sur le camp des « démocraties » contre le camp fasciste, et le PC dû faire un revirement complet pour mieux plaire à la bourgeoisie française. Le PC devient PCF, prend une coloration nationaliste et met en veilleuse son anticolonialisme. Ses élus revêtent l’écharpe tricolore, ses militants se mettent à chanter la Marseillaise et à brandir des drapeaux tricolores (symboles jusqu'à présent considérés comme bourgeois, versaillais et chauvins)... Le PCF parle moins désormais de prolétariat que de peuple, d’anticapitalisme que d’antifascisme, de révolution que de république. Trotsky date de cette époque le passage de la IIIe internationale du centrisme au réformisme.

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Un programme partagé avec la gauche bourgeoise[modifier]

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Le programme du Front Populaire en est la preuve. Dans sa première section, consacrée à la défense de la liberté, il revendiquait le désarmement et la dissolution de toutes les organisations paramilitaires, y compris les services d’ordre des partis (qui toucherait donc aussi le PCF et la SFIO !), et avançait des formules vagues sur l’application et le respect du droit syndical, le respect du droit des femmes au travail et bien sûr l’école laïque. Quant aux colonies, le programme se limitait à revendiquer la mise en place d’une « commission d’enquête parlementaire sur la situation politique, économique et morale dans les territoires d’outre-mer ».

La section sur la paix ne prévoyait rien de concret sauf la nationalisation des industries de guerre (mesure logique imposée par la quasi-totalité des gouvernements bourgeois en cas de guerre) et, ce qui intéressait plus le PCF, le souhait d’une « extension, notamment à l’Europe centrale et orientale du système des pactes ouverts à tous, suivant les principes du pacte franco-soviétique ».

Le troisième volet, sur les revendications économiques, se fixait comme but de restaurer le pouvoir d’achat des masses. Il incluait la réduction du temps de travail, l’institution d’un fond national de chômage, un plan de grands travaux. Encore une fois, rien de concret, ni sur les salaires, ni sur l’emploi. Bref, il s’agissait d’un programme qui n’allait pas plus loin que celui que les dirigeants Radicaux avaient proposé par le passé. Malgré les promesses du PCF de lutter contre les "200 familles", le programme ne contenait rien qui pouvait effrayer les patrons.

Ce programme se voulait un programme de relance, « une entente sur la lutte anticrise par la reflation, par l’accroissement de la consommation générale »[2]. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, par rapport à la SFIO (qui comportait un courant « planiste ») c'était le PCF qui était le plus hostile aux nationalisations, au nom de l'objectif immédiat de « réunir le plus grand nombre d’organisations et de citoyens ». A l'inverse le PCF mettait l'accent sur une taxation du capital, en la présentant comme une mesure « exceptionnelle » qui serait bénéfique à l'économie capitaliste :

« À un moment où les capitaux hésitent à s’investir, le prélèvement sur les grosses fortunes pour réaliser de grands travaux, loin d’être une faute est une nécessité économique : il permet d’investir dans l’économie nationale des capitaux nouveaux. Loin d’augmenter le chômage, il crée du travail et tout un nouveau courant d’affaires. »

Les socialistes et les radicaux s'opposaient au contraire aux taxations au nom de la compétitivité des entreprises.

Dynamique inattendue et polarisation[modifier]

Malgré la politique de collaboration de classe menée au sommet, la campagne du Front populaire stimule, à la base, l'unité des travailleurs. Leur assurance croît de façon colossale. Le 14 juillet 1935, 500 000 travailleurs défilent dans les rues de Paris. à l'appel unitaire du Comité mondial contre la guerre et le fascisme. En mars 1936, la CGT et la CGTU se réunifient.

Le PCF centra sa campagne sur le mot d’ordre de « pour l’ordre, votez communiste »... Le 17 avril 1936, Thorez lance son discours « de la main tendue » : main tendue aux radicaux, aux catholiques, même aux Croix-de-Feu...[3] Le PCF arrive ainsi à prendre des voix sur la droite de la SFIO en même temps que sur sa gauche (avec l'aura de la révolution d'Octobre).

Le 1er mai 1936, il y a 250 000 grévistes à Paris. Des luttes ouvrières dures se multiplient, comme à Toulon, à Brest, à Limoges (où une sanglante répression a lieu).

Malgré, voire à cause de la drague du PCF, la droite et les milieux réactionnaires sont vent debout contre le Front populaire. Les images de propagande de l'époque expriment bien la bipolarisation de la campagne, même si elle s'est exprimée sous la forme du clivage droite-gauche plutôt que d'un clivage de classe net :

Affiche du Front national (alliance de toute la droite)

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La une d'un magazine VU de 1935

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Mobilisation spontanée... étouffée[modifier]

Avril-mai : victoire électorale[modifier]

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En avril-mai 1936, le bloc du Front Populaire remporta les élections législatives :
  • La SFIO arrive en tête avec 1 900 000 de voix (elle a perdu 300 000 voix).
  • Le PCF, avec 1 500 000 voix, a doublé son score.
  • Les Radicaux, avec 1 400 000 voix, en ont perdu 400 000. Si leur effondrement reste limité, c’est en grande partie grâce aux accords de désistements de candidats socialistes et communistes.

Un gouvernement SFIO-radicaux dirigé par le socialiste Léon Blum fut constitué, soutenu de l'extérieur par le PCF. Il ne s’agissait nullement d’un raz de marée pour la gauche, puisque les partis du Front Populaire ne progressèrent que de 290 000 voix tandis que la droite ne recula que de 37,4 à 35,9%. Toutefois, les résultats électoraux marquèrent profondément la classe ouvrière. Se sentant le vent en poupe, elle entra en action.

Mais les dirigeants socialistes et communistes, eux, n'ont rien fait pour cela. Le 7 mai 1936, Jacques Duclos assure lors d’une conférence de presse que le PCF respectera la propriété privée. Le communiqué du Bureau politique insiste sur la lutte pour la « sauvegarde du franc » et la « défense de l’étalon-or ». Le Populaire, journal de la SFIO, publie régulièrement le dessin d’un ouvrier désarmé ayant pour légende : « Vous comprendrez que nos poings nus sont plus solides que toutes vos matraques. » Quant à Léon Blum, il déclare lors d’un meeting salle Wagram le 15 mai : « Donnons au pays l’impression du changement qu’il veut. »

Mai-juin : grèves et occupations[modifier]

Une série de grèves éclata à partir du 7 mai dans des usines aéronautiques (Le Bréguet au Havre, Latécoère à Toulouse, Bloch à Courbevoie). Il s’agissait d’occupations soutenues par les autres travailleurs et avec la solidarité de la population avoisinante. Très vite, les patrons préfèrent céder, leur système de discipline et de répression s’écroulant comme un château de cartes. Suivant ces exemples, des secteurs de plus en plus larges entraient en lutte : du 22 au 29 mai, les grèves regroupaient 100 000 travailleurs dans la ceinture industrielle autour de Paris. Le 28, c’était au tour des 30 000 de Renault Billancourt de débrayer, avec occupation de l’usine.

Seule la gauche de la SFIO répond positivement à cette vague spontanée. Le 27 mai, Marceau Pivert écrit dans Le Populaire (journal de la SFIO) un article titré Tout est possible :

« Dans l’atmosphère de victoire, de confiance et de discipline qui s’étend sur le pays, oui, tout est possible aux audacieux. Que notre parti marche ! qu’il entraîne ! qu’il tranche ! qu’il exécute ! qu’il entreprenne ! Et aucun obstacle ne lui résistera ! »

Pivert avait à moitié raison. La combativité de la classe travailleuse était là, et de nature à enthousiasmer tout militant désirant sincèrement mettre fin au salariat.

Le Front Populaire freine le mouvement[modifier]

Mais il manquait au mouvement l'auto-organisation, et un parti capable de défendre réellement les intérêts des exploités. La grève fonctionnait quasiment sans démocratie ouvrière. La grande masse des travailleurs occupaient les usines en observant avec une certaine suspicion les négociations d'en haut, et les délégues CGT et militants PC ne faisaient rien pour les impliquer. Bien au contraire, le PC usait de son influence pour freiner les mobilisations spontanées. Alors qu'un slogan du PC dans les années 1920 était « Des soviets partout », à présent que la situation le permettait les staliniens faisaient tout pour qu'ils ne soient nulle part.

La grève totale des entrepôts de pétrole inquiète particulièrement l'Etat et ses locataires socialistes. C’est pourquoi le communiste Henry Raynaud et le socialiste Jules Moch viennent supplier les ouvriers des entrepôts d’Ivry de laisser prélever du mazout au nom de l’État. Mais les grévistes refusent de leur ouvrir la porte ! De son côté, Léon Jouhaux ne cesse de répéter que les grèves de mai-juin 1936 sont d’ordre corporatif et doivent le demeurer.

Ainsi le 30 mai, L’Humanité titrait « Victoire chez Renault ». En réalité, les patrons avaient simplement accepté des négociations pour une convention collective à condition que les ouvriers reprennent le travail tout de suite. Rien que des promesses donc et pour l’instant, le patronat ne lâchait que sur des broutilles, comme le relèvement des plus bas salaires de 3,5%, la levée de certaines sanctions, l’aménagement des vestiaires etc. Tout ça alors que d’autres grèves s’étaient déjà conclues par l’obtention de congés payés et la reconnaissance des délégués du personnel ! La stratégie du PCF était claire : il s’agissait de capituler au plus vite, pour casser le mouvement à sa base, et garder la mainmise sur les négociations au niveau national. Jacques Duclos, dirigeant du PCF et homme de Moscou par excellence était explicite : « Nous obéissons à une double préoccupation : d’abord éviter tout désordre ; ensuite obtenir que des pourparlers s’engagent le plutôt possible en vue d’un règlement rapide du conflit. »

Mais la manoeuvre du PCF ne réussit qu’à moitié : la reprise chez Renault à Billancourt fut difficile, marquée par la résistance de certains ateliers. Lorsque Costes, député communiste, prit la parole, les ouvriers l’empêchèrent de parler en le sifflant. Ainsi le 2 juin, les usines métallurgiques furent à nouveau en pleine occupation. Cette fois, la grève s’élargissait au textile, à la chimie, aux grands magasins. Puis les travailleurs du bâtiment et les mineurs entrèrent à leur tour en lutte. Le 10 juin, plus de 2 000 000 de travailleurs firent grève dans tout le pays, soutenus par les paysans et les commerçants qui organisèrent le ravitaillement.

Dans un article du 29 mai, L’Humanité avait déjà répondu au célèbre article de Pivert par le titre significatif « Non, tout n’est pas possible maintenant ». Le PCF expliquait que le Front Populaire était le meilleur espoir pour les travailleurs. Son programme devait être réalisé « dans l’ordre, le calme, la tranquillité et sans une précipitation parfaitement inutile » car finalement, « Nous considérons impossible de mettre en danger, face à la menace d’Hitler, la sécurité de la France, pour laquelle le Front Populaire est responsable. »

La SFIO ne tenait pas un autre discours. Malgré ses paroles, Pivert ne faisait que suivre son parti, qui précisément par son action au gouvernement ne servait que la bourgeoisie et bouchait tous les possibles. Du côté de la bourgeoisie la panique fut totale. Des années plus tard, Blum rappelait : « Je me souviens de ce qu’on me disait ou me faisait dire par des amis communs : "Alors quoi ? C’est la révolution ? Alors quoi ? Qu’est-ce qu’on va nous prendre ? Qu’est-ce qu’on va nous laisser ? » Blum s’empressa donc de rassurer les travailleurs que le Parlement allait bientôt voter des lois pour satisfaire leurs revendications.

Juin : concessions patronales[modifier]

Le 7 juin les représentants de la CGT et du patronat se rencontrèrent à Matignon. La rencontre dura seulement quelques heures car les patrons, jusque là tout-puissants, étaient prêts à n’importe quelle concession pour sauver les meubles. Les accords prévoyaient la reconnaissance des syndicats, les conventions collectives (qui entérinent cependant que les femmes gagnent moins que les hommes[4]), les délégués du personnel, deux semaines de congés payés, la semaine de 40h, une hausse de salaire de 10 à 15%. Ces mesures furent non seulement adoptées sans broncher par le patronat, mais elles passèrent aussi sans délai à l’Assemblée Nationale et même au Sénat, encore à majorité de droite. 

En 1942, lorsqu’il témoignera au procès organisé contre lui par le gouvernement de Vichy à Riom, Blum expliquera sa tactique : « La contrepartie, c’était l’évacuation des usines ; les représentants de la CGT ont dit aux représentants du grand patronat : “Nous nous engageons à faire tout ce que nous pourrons, mais nous ne sommes pas sûrs d’aboutir. Quand on a affaire à une marée comme celle-là, il faut lui laisser le temps de s’étaler. Et puis c’est maintenant que vous allez peut-être regretter d’avoir systématiquement profité des années de déflation et de chômage pour exclure de vos usines tous les militants syndicalistes. Ils n’y sont plus pour exercer sur leurs camarades l’autorité qui serait nécessaire pour exécuter nos ordres.” Et je vois encore M. Richemond, qui était assis à ma gauche, baisser la tête en disant : “C’est vrai, nous avons eu tort.” » Blum expliquera à la même occasion que cet accord Matignon répondait bien à une revendication des patrons : « Sans nul doute j’aurais tenté moi-même ce qu’on a appelé l’accord de Matignon. Mais je dois à la vérité dire que l’initiative est venue du grand patronat… MM. Lambert, Ribot, Duchemin, Delbouze, anciens présidents de la Chambre de Commerce de Paris étaient chez moi et nous réglions ensemble une conversation avec la CGT, déjà acquise du côté patronal. » Il précisera : « On ne demandait qu’une chose aux chambres : allez vite, votez vite afin de liquider cette situation redoutable, cette situation que j’ai qualifiée non pas de révolutionnaire, mais de quasi-révolutionnaire, et qui l’était en effet. » Et Blum de conclure lui-même : « Dans la bourgeoisie, et en particulier dans le monde patronal, on me considérait, on m’attendait, on m’espérait comme un sauveur. »

Le travail de démobilisation et la répression[modifier]

La fin de la grève montre clairement que les dirigeants du Front Populaire, de la SFIO au PC et à la CGT, avec des motivations différentes, jouaient le rôle de « lieutenants de la bourgeoisie » dans les rangs ouvriers.

Le ministre de l’Intérieur Roger Salengro (SFIO) fut très efficace pour la bourgeoisie. Le 3 juin, il déclare : « Entre l’ordre et l’anarchie je maintiendrai l’ordre envers et contre tous. » Il réaffirme sa position devant le Sénat qui veut obtenir la condamnation des occupations d’usines par le gouvernement et l’assurance qu’elles cesseront : « Si demain des occupations de magasins, de bureaux, de chantiers, d’usines, de fermes, étaient tentées, le gouvernement, par tous moyens appropriés, saurait y mettre un terme. » Plus de 1 300 personnes sont arrêtées dans les jours suivants. Des centaines de militants étrangers sont expulsés, ce que Salengro justifie dans sa circulaire aux préfets du 4 juillet : « La France entend rester fidèle à sa tradition de terre d’asile. Il ne serait pas cependant admissible que des étrangers […] puissent sur notre territoire prendre part de manière active aux discussions de politique intérieure et provoquer des troubles et du désordre. »  Dans les établissements Delespaul-Havez à Marcq-en-Barœul (Nord), une fabrique de chocolats et de biscuits qui compte 650 ouvriers, ceux-ci, après un mois de grève, décident de remettre en marche pour eux-mêmes leur usine. Quelques heures plus tard, l’électricité est coupée et toutes les machines s’arrêtent : Salengro, qui fait le déplacement à Lille, ordonne de maintenir la coupure de courant et de taire, à l’échelle nationale, ce qui se passe dans cette usine.

Le 11 juin il y a encore 2 millions de grévistes, et une assemblée de délégués des métallos repousse l’accord en exigeant des nouvelles garanties. Thorez en personne expliqua aux délégués communistes de la région parisienne :

« Il n’est pas question de prendre le pouvoir actuellement. Tout le monde sait que notre but reste invariablement l’instauration de la République française des conseils d’ouvriers, de paysans et de soldats. Mais ce n’est pas pour ce soir, ce n’est même pas pour demain matin. (...) Alors il faut savoir terminer une grève dès que satisfaction a été obtenue. Il faut même savoir consentir au compromis si toutes les revendications n’ont pas encore été acceptées, mais que l’on a obtenu la victoire sur les plus essentielles des revendications. Tout n’est pas possible maintenant. Nous ne devons pas risquer que se disloque la cohésion des masses, du Front Populaire : nous ne devons pas permettre que l’on puisse isoler la classe ouvrière. Les militants du parti doivent lutter contre les tendances gauchistes dans le mouvement. »

Le 12 juin, le lendemain du discours de Thorez, une nouvelle assemblée des délégués eut lieu et, "à la quasi-unanimité", approuva la nouvelle convention. Le 13, Renault est évacué : "Un cortège immense se forme. En tête marchent Morizet, sénateur maire SFIO ; Costes, député communiste. Puis s’avance un camion de musiciens qui alternativement jouent la Marseillaise et l’Internationale ; les musiciens sont coiffés de bonnet de patriotes de 92. Un char de triomphe porte les bustes de Léon Blum, Alfred Costes et Marcel Cachin." Partout, la grève se terminait par des parades afin de mieux cacher la triste réalité : tout avait été possible, mais peu avait été réalisé.

En juillet, les dirigeants de la CGT, suivant la ligne prescrite par les directions socialiste et communiste, vont jusqu’à condamner ouvertement le recours à l’occupation d’usine. Malgré cela, on compte encore, pendant plusieurs mois, de nombreuses usines occupées : à l’automne, il y en a par exemple 113 dans le textile lillois, avec 33 000 ouvriers et ouvrières. En novembre, 2 500 métallos débrayent à Fives-Lille contre le licenciement d’un délégué. Le nouveau ministre de l’Intérieur socialiste, Marx Dormoy, exige des ouvriers l’évacuation de l’usine et Blum leur enjoint par télégramme « de s’incliner par patriotisme » !

Des vacanciers de l'été 1936
Les images de bonheur des salariés profitant des congés payés sont une réalité, mais à sérieusement nuancer. La plupart n'ont pas les moyens de réellement partir en vacances sur leur temps libre. En 1936, 600 000 salariés français seulement en profitent pour jouir de vacances au bord de la mer ou à la campagne ; ils seront 1,7 million l'année suivante.[5]

1937-1938 : les lendemains qui déchantent[modifier]

La suite est encore plus tragique et aussi moins connue. Le gouvernement Blum (comme le cartel des gauches de 1924 devant le mur de l'argent et comme plus tard le gouvernement PS-PCF de 1981-1983) fut saboté par le pouvoir des 200 familles. Il allait remettre dans les cartons les déclarations ronflantes du Front Populaire, en annonçant la nécessité d’une "pause" dans les réformes. Il s’en suivit une politique d’austérité et de lois anti-ouvrières, comme celle rendant illégales les grèves sans recours préalable à une instance de médiation. L'inflation rattrape vite les hausses de salaire.

Entre-temps, le désarmement des fascistes par l’Etat se révélait une illusion. Les Croix de Feu dissous se transformaient en Parti Socialiste de France, qui compta vite 800 000 membres. Les manifestations fascistes et les attaques contre les grévistes allaient reprendre. Le pire exemple est celui de la contre-manifestation appelée par la SFIO et le PCF le 16 mars 1937 à Clichy. 8 000 manifestants, sans armes, se heurtèrent à la police qui protégeait les fascistes et ouvrit le feu. Six manifestants tombèrent et il y eut 500 blessés. Le désarmement n’avait été réel que du côté ouvrier. Mais les partis ouvriers votent la confiance au gouvernement Blum...

Dans le journal de droite Paris-Midi, on pouvait lire le 19 mars 1937 : « Les élus communistes (…) font tout ce qu’ils peuvent pour contenir certains troubles déchaînés (…) Il apparaît à ce freinage des chefs extrémistes (...) qu’ils redoutent d’être débordés (…) Le dilemme pathétique est de savoir si les cadres parviendront dans cette tourmente à retenir les masses. »

En 1938, la guerre approchait, le temps du Front Populaire était révolu. Daladier, nouveau premier ministre Radical, annonça son intention de « remettre la France au travail » et remit en cause, par une série de décrets-lois, la semaine de 40 heures. Puis la semaine de 5 jours de travail passa à son tour à la trappe. La réaction ouvrière fut dure mais désespérée. Cette fois, le gouvernement utilisa la répression et l’occupation des usines Renault fut brisée par les gardes mobiles. 300 ouvriers furent arrêtés, la répression syndicale allait recommencer comme avant. Le nombre de syndiqués de la CGT passe de 4 millions en 1937 à moins de 1,5 million début 1939.

Bilans à tirer[modifier]

Il est important d’analyser cet événement-clé et d’en tirer des leçons, car certains traits de la période actuelle, tels la montée des forces fascistes, le renouveau des luttes ouvrières, et le besoin, exprimé par les travailleurs, de l’unité de leurs organisations, présentent des similitudes avec les années 1930.

Les possibilités et le parti révolutionnaire[modifier]

Comme l’a dit Trotsky, observateur attentif du mouvement :

« La révolution française a commencé ! [...] Le déclenchement de la grève est provoqué, dit-on, par les 'espoirs' que suscite le gouvernement de Front Populaire. Ce n’est là qu’un quart de la vérité, et même moins. S’il ne s’agit que de pieux espoirs, les ouvriers n’auraient pas couru le risque de la lutte. Ce qui s’exprime avant tout dans la grève, c’est la méfiance ou tout au moins le manque de confiance des ouvriers, sinon dans la bonne volonté du gouvernement, du moins dans sa capacité à briser les obstacles et à venir à bout des tâches qui l’attendent. Les prolétaires veulent aider le gouvernement, mais à leur façon, à la façon prolétarienne. »[6]

La vague de grèves, la volonté de mettre fin à la menace fasciste et à l’arbitraire patronal, l’enthousiasme populaire pour la lutte, constituaient autant de signes que la classe ouvrière était prête à aller très loin, à condition d’avoir une direction convenable. Mais les deux grandes organisations dans lesquelles se regroupaient les travailleurs à l'époque, la SFIO et le PCF, ne pouvaient que trahir. La première s'inscrivait dans cette IIe internationale dont la direction avait clairement rejoint la bourgeoisie depuis 1914, et la bureaucratie stalinienne ne pouvait que faire jouer au second un rôle réactionnaire...

Réformes (précaires) obtenues sous la menace de la révolution[modifier]

Les vraies réformes sont toujours un effet secondaire de la peur de la révolution. Les accords de Matignon en sont un exemple classique. Les mêmes revendications ouvrières jugées prématurées et irresponsables par les directions pseudo-socialistes, sont lâchées précipitamment lorsqu'il devient clair, début juin, que le mouvement risque de devenir incontrôlable.

Un gouvernement de "gauche", "aidé" par les luttes ouvrières est la perspective, explicite ou non, de beaucoup de militants. Cette éventualité ouvre sans doute des possibilités énormes, mais sans une direction révolutionnaire, sans un programme clair et une force capable de le réaliser, les espoirs se soldent par des échecs. La mainmise des réformistes au moment de la situation révolutionnaire devient déterminante : malgré leurs paroles très à gauche, ils se rangent invariablement du côté de la contre-révolution. La leçon de 1936 est à cet égard significative. On connaît tous les "acquis" de juin 1936. Mais qu’en restait-il quatre ans après ? La paix ? Une guerre atroce allait éclater et faire des dizaines de millions de victimes. La défense de la République et de la démocratie ? Pétain allait instaurer une dictature atroce. La défense de l’Union Soviétique ? En 1941, Hitler lançait une attaque qui allait coûter la vie à 20 millions de Soviétiques. Loin de représenter l’espoir, la politique du Front Populaire, en fait la politique de collaboration de classe n’a fait que duper les travailleurs. La vague de grèves s’acheva, non au profit de la classe ouvrière, mais au profit des patrons français et de leurs alliés à Moscou. La lutte de classe fut sacrifiée sur l’autel des intérêts diplomatiques et financiers des puissances anti-ouvrières.

De l’occupation des usines aux soviets ?[modifier]

Les grèves de 36 sont toutes caractérisées par l’occupation des usines. Cette prise de possession par les ouvriers de leurs instruments de travail se déroule dans le calme et la discipline la plus stricte, ce qui par ailleurs inquiète encore plus les patrons. A la porte, où sont accrochés les drapeaux rouges et tricolores, le piquet de grève, souvent peu ou pas armé, qui contrôle les entrées et sorties. A l’intérieur, le pouvoir est dans les mains d’un comité de grève, qui applique la discipline, la sécurité, le ravitaillement et les activités de loisirs. Chaque jour se tient une assemblée où les délégués rendent compte des négociations et donnent les consignes. Les ouvriers non impliqués dans le comité de grève sont surtout occupés par des activités de loisirs : on joue aux cartes, aux boules, on écoute de la musique ou on danse. L’atmosphère est détendue. Simone Weil a écrit :

« Cette grève est en elle-même une joie. Une joie pure. Une joie sans mélange. (...) Joie de parcourir librement ces ateliers où on était rivés à sa machine. Joie d’entendre, au lieu du fracas impitoyable des machines, de la musique, des chants, de rires. Joie de passer devant les chefs la tête haute. Joie de vivre, parmi ces machines muettes au rythme de la vie humaine.  »

Mais derrière cette atmosphère de kermesse, la démocratie ouvrière fut presque totalement absente. Le comité de grève était souvent formé par les militants syndicaux et politiques, dont la quasi-totalité étaient au PCF. Très vite, ces délégués "se transformèrent en une véritable oligarchie ouvrière presque inamovible". A la base, "les ouvriers ne savent rien des pourparlers, on ne les met au courant de rien ...il règne une atmosphère extrême de défiance et de suspicion". Ainsi, l’occupation se transforma en une sorte de ségrégation et de division des ouvriers, inactifs ou presque toute la journée, sans lien ni discussion entre usines. Léon Blum dira même :

« Il faut noter qu’au point de vue de l’ordre public cette forme de grèves a d’incontestables avantages. Les ouvriers occupent l’usine, mais il est vrai que l’usine occupait les ouvriers. Les ouvriers étaient là et pas ailleurs. Ils n’étaient pas dans la rue. Au moment où ils étaient tous groupés dans l’usine, ils ne formaient pas ces cortèges avec des chants, des drapeaux rouges, qui viennent se heurter aux barrages de police. »

La politique des trotskistes[modifier]

Les trotskistes étaient numériquement très faibles, et très divisés. Ils n'ont quasiment pas pu avoir d'impact sur la situation. Ils avaient formé la Ligue communiste en 1930 dans le PC à une cinquantaine, devant alors agir secrètement. Après les émeutes du 6 février 1934, Trotsky préconise l'entrisme dans la SFIO,[7] et il défend le front unique ouvrier non seulement pour l'autodéfense face aux fascistes (par l'armement du prolétariat), mais pour poser la question du pouvoir. Il défend ainsi l'idée d'un « gouvernement socialiste-communiste, un ministère Blum-Cachin »[1].

Ils se rapprochent de Marceau Pivert et parviendront à y avoir une certaine influence en Ile-de-France, en particulier dans la jeunesse et le service d'ordre. Mais au Congrès de Mulhouse de la SFIO (juin 1935), la gauche du parti est battue, et certains sont exclus peu après. Trotsky défend la fin de l'entrisme[8], défend la création de comités d’action populaires, contrôlés directement par les travailleurs, et fustige Pivert[9].

Parmi les cas particuliers, à l’usine Hotchkiss à Levallois, où grâce à l’activité du militant trotskyste Georges Cheron, le comité de grève prend l’initiative de convoquer les délégués des principales usines. Deux conférences de 350 ouvriers représentant 280 usines ont lieu en juin 36. Selon le communiqué issu de la deuxième réunion : « Des mesures importantes ont été prises pour renforcer la liaison inter-usines de tous les métallurgistes. Tous les délégués ont jugé utile de former un comité d’entente entre les usines qui permettra d’envisager pour demain de nouvelles victoires. »

Les mots d’ordre de La lutte ouvrière, journal trotskiste (dont le numéro de juin fut saisi par la police de Blum), étaient « Passez des Comités des grèves aux comités d’usines permanents » et « En avant pour un puissant congrès des comités ». Et l’article de Trotsky du même numéro concluait :

« Le mot d’ordre des comités ne peut être abordé que par une véritable organisation révolutionnaire, absolument dévouée aux masses, à leur cause, à leur lutte. (...) Les soviets sont toujours nés des grèves. La grève de masse est l’élément naturel de la révolution prolétarienne. (...) D’atelier en atelier, d’usine en usine, de quartier en quartier, de ville en ville, les comités d’action doivent établir entre eux une liaison étroite, se réunir en conférence par ville, par branche de production, par arrondissement, afin de couronner le tout par un congrès de tous les comités d’action de France. »[10]

Notes et sources[modifier]

  1. 1,0 et 1,1 Léon Trotsky, Où va la France ?, Fin octobre 1934
  2. Michel Margairaz, L’État, les finances et l’économie. Histoire d’une conversion 1932-1952
  3. L'Histoire, La main tendue de Thorez, avril 2006
  4. Laure Machu, Front populaire : le temps des conventions collectives, CNRS, juin 2016
  5. Herodote.net, Le Front populaire généralise les congés payés, août 2017
  6. Léon Trotsky, Où va la France ? - La révolution française a commencé, 9 juin 1936
  7. Article paru dans La Vérité du 10 juillet 1934
  8. Léon Trotski, lettre du 11 août 1935 intitulée « Après les événements de Toulon »
  9. Trotski, Front populaire et comités d'action, La Vérité, 26 novembre 1935
  10. Léon Trotsky, Où va la France ? - L'étape décisive, 5 juin 1936