Athéisme

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L'athéisme, du grec atheos, en tant que philosophie et pensée, est défini comme la négation objective de dieu, dont la seule forme d'existence réside dans l'imagination humaine.

La croyance en dieu est le fruit millénaire de la division de la civilisation humaine en classes – l'une, travailleuse, l'autre, patronale et parasitaire.

Pour les doctrines révolutionnaires, la religion – véritable garde-fou des couches dominantes – et son cortège d'intolérances disparaîtront assez naturellement lorsque l'Humanité entrera durablement dans sa phase supérieure : celle du socialisme.

La religion forme – avec la police, l'armée, le parlement, la justice, les médias – l'Appareil d’État patronal, l’État-major de la bourgeoisie.

Tout comme les hauts fonctionnaires, les militaires, ainsi que le gouvernement, les responsables religieux ne sont pas élus et ne se soumettent à aucune forme de démocratie.

  • Histoire de l'athéisme.

Aux origines antiques.

L'Humanité, à n'importe quelle époque, est traversée, y compris dans ses périodes les plus bigotes et superstitieuses, par les réflexions d'hommes et de femmes qui remettent en cause, plus ou moins frontalement, la croyance en dieu.

C'est la plume hédoniste d'Abu Nuwas*, poète arabe, qui accouche de ses mots provocateurs au VIIIème siècle : « j'ai quitté les filles pour les garçons, et pour le vin vieux, j'ai laissé l'eau claire, loin du droit chemin, j'ai pris sans façon celui du pêcher car je le préfère ». Son athéisme est, ici, davantage une critique des valeurs morales de la religion que de son rôle de conservation de l'ordre social existant.

L'athéisme pénètre aussi largement les confins de l'Europe, à commencer par la Grèce. Des théoriciens n'hésitent pas à douter, plus ou moins férocement, de l'existence des dieux, voire à prôner un athéisme radical. Cet athéisme radical, en Grèce antique, est représenté par Anaxagore de Clazomène. Epicure, quant à lui, n'invite pas à la négation de dieu, mais à ne pas être effrayé de ce dernier – ou, plutôt, de « ces » derniers.

En effet, les religions primitives – c'est-à-dire les mythologies – sont polythéistes, bien que certains dieux dominent d'autres dieux : c'est un schéma de représentation, puisqu'il est à remarquer qu'il en est de même de l'exploitation de l'Homme par l'Homme.

Comme ce fait est régulièrement rappelé dans le milieu révolutionnaire, les religions jouent un rôle de tampon et de résignation : pourquoi faire la Révolution sur Terre quand le paradis éternel est promis ? Concernant les mythologies antiques, dont Grecque, il en est exactement de même : elles servent la classe au pouvoir. Jean-Paul Marat, dans « Les chaînes de l'esclavage », rebat les cartes en disant que, pour sa domination politique, le premier tyran d'Athènes « Pisistrate habille une femme en Minerve » ; Marat le sait : le pouvoir politique se voile d'une prétention divine pour éviter les étincelles sociales, quitte à inventer des histoires de « poulets sacrés ».

« Zoroastre promulgua ses lois sous le nom d'Oromaze ; Trismégiste publia les siennes sous le nom de Mercure ; Minos emprunta le nom de Jupiter ; Mercure , celui d'Apollon ; Numa , celui d'Égérie , etc. » et Marat de conclure avec une phrase dont l'actualité dépasse le stade de brûlure : « Toute police a quelque divinité à sa tête ».

Face à cette véritable mascarade tombée du ciel, le berceau de la philosophie moderne, la grande civilisation Grecque, ne pouvait pas ne pas compter dans ses rangs des penseurs contrariants pour la doctrine officielle : Socrate – condamné à boire de la ciguë pour avoir exprimé ses idées –, Protagoras, Démocrite, et Anaxagore de Clazomènes (« l'athée ») usèrent de leur plume acide pour faire trembler les dieux – et, surtout, le pouvoir.

Pour les hauts dignitaires, il fallait remplir le récipient populaire de son « opium », selon le mot de Marx : le décret de Diopeithès* pourchassa les « impies », même si la définition d'athéisme n'est ici pas claire. Dans ce contexte civilisationnel, l'athéisme peut être la croyance en d'autres dieux, et non une absence totale de toutes formes de divinités pour celui qui l'exprime. Le fait de verser dans le panthéisme (accorder du divin à la nature et à la nature seule – Spinozisme) ou le matérialisme (comme Démocrite, théoricien des atomes) rentre aussi dans cette catégorie prétendument « athée ».

C'est ensuite au Nord de la Grèce, dans la Rome ancienne, que le duel spirituel se radicalise. Le Christianisme, présenté pendant des décennies comme étant une « secte athée », apparaît pour un certain nombre de contemporains comme étant le seul dogme capable d'unifier la culture romaine. Même si les critiques pleuvent en mille torrents contre la doctrine du Christ – dont les caractéristiques sont l'unité de dieu et de la création, la crucifixion, avec un créateur rabaissé à sa créature, Jésus –, celle-ci s'impose.

Cette critique est d'autant plus intéressante que, comme toutes les croyances, la spiritualité chrétienne interpénètre d'autres rituels ou textes, dont elle s'inspire jusqu'à frôler l'identique : le récit d'Abel et Caïn, fils d'Adam et Eve, est le même que celui de Lahar et Ashnan dans la mythologie sumérienne, en Irak. Le plagiat ne s'invente pas.

Il faut bien comprendre que l'athéisme est mal venu à Rome : s'il on s'en tient à la considération de Goethe dans « Faust », le terme diable, en Grec, signifie « diabellein ». Or, l'écrivain allemand nous apprend quelque chose de fondamental en rajoutant que « diabellein » est synonyme de « séparer en deux » : si nous avons le malheur de séparer la « créature » (l'Homme) de son « créateur », et d'être athée par la même occasion, alors, nous sommes « sataniques », et donc sujets aux pires persécutions religieuses. La réflexion est forte !

Cette contradiction romaine s'effectue en deux temps : l'édit de Dioclétien, empereur romain, condamne les chrétiens, et va même jusqu'à les persécuter ; il date de 303. Puis c'est au tours de l'année 381, où cette foi devient religion d’État et s'impose par la pénalisation de ceux qui la réfutent.

S'il faut quitter l'Europe, le cas de l’Égypte ancienne est important également. C'est en Égypte qu'est inventée la « croix de vie du Nil », ancêtre de la croix chrétienne. Quant au Nil, les recherches effectuées depuis montrent que les prêtres et les scientifiques de cette époque savaient quelle était la variation de l'eau de ce fleuve et ont apporté à la population des explications divines, occultant volontairement celles qu'ils maîtrisaient et gardaient pour eux (les explications rationnelles).

Des millénaires après, nous retrouvons exactement la même situation à travers les météorites : elles n'annoncent pas une poésie de malheur, mais sont simplement l'émanation de la nature et de la matière (« Pensées diverses écrites à un docteur de Sorbonne à l'occasion de la comète qui parut au mois de décembre 1680 », Pierre Bayle, 1683). De l’Égypte ancienne à l'époque de la Sorbonne, la religion ne semble pas perdre son caractère bourgeois et abêtissant.

Plus récemment, dans les régimes ouvriers.

Après la révolution industrielle, la nécessité de voir émerger un pouvoir ouvrier planétaire s'est vivement affermie dans les milieux socialistes.

Le premier pouvoir contemporain qui vit s'associer l'intervention démocratique des travailleurs est celui de la Commune de Paris de 1871 et des Communes françaises de la même année.

La position de ce régime vis-à-vis de la religion est assez particulierière : si Amigues dépeint Louis Rossel – officier communard – comme un « nouveau Christ » et Houssaye la Commune de Paris comme la survivance de la « passion du Christ », la Commune de Paris adopta des mesures anti-religieuses. Ces mesures n'allaient pas jusqu'à l'athéisme, mais l'effleuraient : les croix sont enlevés dans les salles de classes ; et, le 2 avril 1871, l’État – socialiste – est séparé de l’Église.

La République Bulgare de Strandja en septembre 1903, quant à elle, tolérait les religieux, mais n'hésita pas à remettre vivement en cause certains privilèges ecclésiastiques.

C'est du côté de la révolution Mexicaine (dont l'année phare fut 1911) que la rencontre entre religion et pouvoir ouvrier n'est pas anecdotique. En effet, et c'est là l'échec de la révolution mexicaine, les révolutionnaires étaient divisés entre anarcho-syndicalistes – plus progressistes et petits-bourgeois – et Zapatistes – des révolutionnaires attachés à leur terre et à un certain goût du sacré. Les anarcho-syndicalistes exagérant la bigoterie (réelle ou supposée) des zapatistes, la Révolution ne vit éclore qu'un bref pouvoir prolétarien vite étouffé.

C'est incontestablement dans la jeune Union Soviétique de Lénine – alors aux mains de la classe ouvrière – que des mesures vraiment athées virent le jour. Bien sûr, elles n'engendraient aucune discrimination, mais incitaient le peuple Russe à la rationalité plutôt qu'au mysticisme. En 1920, on entreprend une campagne de dévoilement au Turkménistan* et l'on donne des droits civiques et politiques aux musulmans du Caucase.

Preuve de cet athéisme non-sectaire est la condamnation de l'antisémitisme et l'accord de droits civiques et politiques à 2.5 millions de juifs qui en étaient privés sous la prison Tsariste. Il en est de même pour l'homosexualité et l'avortement – dont la légalisation est entérinée par un décret du 18 novembre 1920 – qui n'étaient plus considérés comme diaboliques ou déréglés, mais comme appartenant à la vie normale.

L'athéisme avançait au même rythme que la science et la médecine : avant l'éclair rouge d'Octobre, il y avait un médecin pour 6900 habitants. A la mort du jeune pouvoir ouvrier, étouffé par le stalinisme, en 1924, il y avait un médecin pour 2590 habitants*. Lénine semblait appliquer la phrase des « Actes des Apôtres », tout en reniant son caractère religieux, selon laquelle « personne ne disait que ce qu'il possédait fût à lui en particulier, ils mettaient tout en commun ». Dès 1909, dans un article, Lénine exige « une tactique mûrement réfléchie » et pacifique contre la religion, qu'il perçoit comme l'un des gardes-chiourmes de la bourgeoisie, et une « privatisation » des affaires religieuses (ce qui n'est pas le cas du très extrémiste Blanqui). Lénine ne voulait pas de prêtres dans le parti bolchevique.

L'anecdote racontée par Mikhael Boulgakov dans « La semaine d'action éducative » est quelque peu risible : un paysan bigot, auquel on avait proposé de mettre de la crème dans le dos pour soigner ses malheurs, s'appliquait cette solution dans le dos … de sa veste ! C'est peu de dire que l'utilité de la crème n'était pas à son maximum, et que l'obscurantisme religieux chez ce paysan cessa quand il compris qu'il fallait enlever sa veste pour mieux appliquer la crème.

C'est le même processus qui s'enclenche pour les Sœurs de la Miséricorde, organisation peu révolutionnaire, mais qui, face à la rage de la terreur bourgeoise, n'hésita pas, par nécessité, si ce n'est parfois par adhésion, à se rallier au pouvoir bolchevique (lequel mena une lutte impitoyable contre l'antisémitisme).

Il en est de même pour les mères de famille religieuses : le nombre de crèches ayant été multiplié par cinq en Union Soviétique, on raconte que des femmes de Voronej avaient peur de ne pas retrouver leur enfant le soir, qu'il soit déporté, maltraité … Et il suffit qu'une femme du village amène son enfant à la crèche, que celui-ci grossisse, perde sa teigne, et gagne une bonne mine, pour que … des centaines de famille imitèrent la première !

En Union Soviétique, tandis qu'on abandonnait le calendrier julien pour le grégorien, le pouvoir ouvrier s'acharnait à réglementer les mesures liées au mètre, au gramme et au litre. L'athéisme se répandait par le savoir et la connaissance du monde, le tout, dans un pays où, jusqu'à il y a peu, le chef du Saint-Synode était nommé par le chef de la Russie, l'athéisme pouvait sérieusement mener au bagne, et où les fonctionnaires n'avaient pas d'autres choix que de prêter serment.

Le jeune pouvoir bolchevique prit un tournant radical, on transforma certaines églises : les statues du gladiateur Spartacus étaient édifiées, remplaçant celles qui, représentant le Christ, avaient été fondues. Dans d'autres édifices, des généraux blancs remplaçaient ironiquement des tableaux esquissant la gloire des apôtres du Christ, les Simon le Zélote et Jacques Le Majeur … Des témoignages racontent même qu'on fondit des cloches pour en faire des machines agricoles. Pour en finir avec la religion, l'Union Soviétique transformait des églises en piscine. L’Église de Novospassky devint un lieu de consommation pour anciens drogués (l'ancêtre des « salles de shoot ») ! Quant au temple de Kazan, il fut simplement remplacé par un musée de la propagande anti-religieuse. À chaque 25 décembre russes, des anti-noëls (ou noëls athéisés) faisaient leur apparition, montrant la volonté du pouvoir soviétique de maintenir des fêtes, des « repères festifs reconnus de tous », mais de manière a-religieuse (Cf. « Lettre de Lénine à Molotov », avril 1921).

Il en était de même pour les « baptêmes révolutionnaires », avec des parrains ouvriers choisis directement dans les usines. C'est dans ces mêmes usines que les travailleurs au pouvoir organisaient des votes pour choisir le nom d'un fils d'ouvrier à peine né, avec pour palette de nouveaux prénoms inconnus avant 1917 : Oktobrina, Vladelina, Marat, Revolutsia …

Face à cet éclatant sursaut athée, l’Église et la réaction organisèrent méthodiquement leur riposte : des congrégations, encore influentes dans les campagnes, prétendaient que les corps restaient en chair après la mort. Des prolétaires, désireux d'en connaître plus et plus intelligemment sur le monde qui les entoure, se rendirent compte que le métal du reliquaire du monastère de Svirsky, qu'on leur avait présenté comme étant d'un incomparable raffinement, n'était … qu'une poupée de cire ! En avril 1919, des caméras pénètrent dans un édifice religieux pour montrer à la population russe – preuve à l'appui – que les restes du Saint-Serge était de … l'ouate et du papier ! Il en est également de même pour les Saints Lituaniens, dont le patriarche Tikhon, réputé pour être un saboteur anti-bolchévik rangé du côté de la terreur blanche, disait lui-même qu'ils n'existaient que dans la tête des croyants.

L'athéisme avançait, inexorable. Mais, jamais en Russie – et même en Russie Soviétique –, il ne devint majoritaire. Léon Trotsky, vivant devant une église, raconte lui-même que sur 10 personnes rencontrées en chemin, seules 2 personnes ne se prosternaient pas. Les « vieux croyants » et quatre millions de sectaires, dont les baptistes, les témoins de Jéhovah … conservaient encore une influence sensible. Dans nombre de ses lettres, il est d'ailleurs consterné que s'adonnent aux signes de croix des soldats bolchéviks eux-mêmes.

Quand Lénine meurt en 1924, la bureaucratie totalitaire Stalinienne, qu'il avait déjà prédit, s'étendit à toute la société russe. Et, dépassant le stade des simples réquisitions d'objets précieux dans les églises, le Stalinisme entreprit une vague campagne de persécution des croyants et de destruction des lieux de culte. Ce vaste projet de peur – comme celui de Mao en Chine, « interdisant la voyance » – n'est, en aucune manière, compatible avec l'idée socialiste.

Fait majeur : Staline décrète, en décembre 1931, la démolition de la grande cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou. Entre 1927 et le début de la seconde guerre mondiale, le taux d'églises dans le pays chute de 30 000 à 500 bâtiments. C'est en parallèle de ces destructions d'églises que le « Vojd » entreprend des « plans quinquennaux de l'athéisme », ouvrant la brèche aux purges responsables de 105 000 morts.

Après la mort du dictateur Staline, c'est au tour de Khrouchtchev de lancer une propagande de terreur intellectuelle contre les églises, et d'interdire les pèlerinages dans les années 1960. Y figure aussi l'interdiction assez curieuse de sonner les choses des églises pendant la journée.

Dans le sillage de la révolution austro-hongroise, il faut noter d'abord que cette dernière se divise en deux perspectives historiques distinctes : celle de la Révolution Autrichienne, celle « des chrysanthèmes », qui, bien qu'ensemençant des soviets un peu partout dans le pays, ne permit pas à la classe ouvrière d'arracher le pouvoir à la bourgeoise. Puis, la Révolution Hongroise, qui vit naître indiscutablement une République véritablement ouvrière – digne de son rôle historique.

En Autriche, de nombreux prêtres pénétrèrent dans les conseils (soviets), dont Jules Nyiri disait qu'ils étaient si démocratiques qu'au final « seul le bourgeois reste sans conseil ». Mais, en Hongrie, la vague athée s'accéléra davantage : sur les 4.5 millions d'électeurs au soviet national, aucun prêtre.

Dans les grandes villes, à Budapest et ailleurs, à Tokaj et à Eger, l’Église est expropriée.

La révolution espagnole suivra ce chemin, elle, qui n'expropria pas l'intégralité de l’Église, mais qui imposa la fermeture des lieux de culte dès le 13 août 1936, c'est-à-dire à peine un mois après le début de l'ère libertaire espagnole.

Un régime « ouvrier » du bloc de l'est, ou « État ouvrier dégénéré » (Trotsky), est connu pour être officiellement « le premier État athée au monde » : l'Albanie d'Enver Hoxha. Des églises sont occupées, et des mosquées brûlées.

Dans un XXIème siècle réputé immuable pour les capitalistes et leur domination, le Rojava constitue « un véritable ovni dans la région » du moyen-orient, cette « utopie au cœur du chaos syrien » qui voit les masses s'emparer du processus décisionnel.

Le pouvoir des travailleurs, guidé par le parti PYD – sur une ligne ouvertement athée et hédoniste –, doit faire face à un front réactionnaire (Russes, Daesh, 13ème division syrienne, liwa al-islam …). Seul l'avenir répondra de l'issue de ce conflit dont la classe ouvrière arabe n'a rien à perdre … sauf ses chaînes religieuses !

La percée rationnelle et l'avenir de l'athéisme.

La vague de la révolution française a vigoureusement servi à freiner la flamme religieuse en Europe. L'entrée en France des pompes à feu – ancêtres des machines à vapeur –, des navettes volantes (dès 1733 chez nos voisins) et des scientifiques, a infusé dans les esprits européens le rationnel contre le dogmatique. Rajoutons à cela l'encyclopédie, les fabriques et toutes les prouesses humaines … et les esprits du 18ème siècle assistent au « deux ex machina », c'est-à-dire à « dieu sortant de la machine (humaine) » ! Et cela est vrai : l'existence de dieu réside uniquement dans l'imagination humaine.


C'est là l'esprit de la Renaissance, initiée cinq siècles plus tôt, qui se manifeste dans son intégralité : l'Homme est placé au cœur de l'univers, même si … les congrégations se multiplient à ce moment de l'histoire du monde …

Pour ce qui est des têtes pensantes de la révolution de 1789, celle de Gracchus Babeuf a la réputation haute : ce « feudiste » (spécialiste du droit féodal) découvre la caste noble (la lutte des classes) « dans la poussière des archives seigneuriales ». Il organise, fait subversif à l'époque, un autodafé de tapisseries fleurdelissées après la mort du roi, opération après laquelle il s'estime être le « seul sans culotte ».

Celui qui souhaitait une Humanité se résumant en quatre mots (« ni riche, ni pauvre ») est le père du socialisme moderne, ce socialisme qui ne connaît pas de puissance divine autre que celle du génie humain. Des philosophes des lumières, comme Louis-Moreau de Maupertuis ou Jean Meslier, ouvertement athées, s'inscrivent dans la même ligné et chérissant « les claires lumières de la raison humaine ».

Du côté de l'anarchisme, les prises de positions de Proudhon* – préférant à l'athéisme un « anti-théisme agnostique » – divergent amplement de celles de Bakounine, cet « antithéologiste ». Il parle d'étapes à franchir dans le lent processus de l'Humanité, et rajoute que « la prêtraille abêtit ».

Quant au 21ème siècle naissant, s'il ne semble pas encore remettre en cause l'édifice bourgeois – mais cela viendra avec le temps ? –, il porte un coup mesuré à la religion. Mesuré, car encore 80% du peuple humain croit en dieu, et les mille progrès de la technique et de la médecine n'ont pas eu raison des vieilles croyances religieuses dont la place ne peut être que « dans les poubelles de l'histoire ». Dans le siècle qu'on nous présente comme étant le pic de tous les progrès, l'homosexualité – pêcher contre le saint-esprit – est encore punie dans plus de 70 pays, dont 13 vont jusqu'à la peine de mort.

Il est en effet inconcevable qu'un socialiste, hormis le fait d'adhérer à une certaine spiritualité naturelle (sorte d'athéisme spirituel) et méditative (ou contemplative), puisse croire en dieu : croire en dieu, c'est délaisser la voie du progrès à autre chose qu'à l'Homme, et abandonner la perspective socialiste (pourquoi faire la révolution ouvrière lorsque le paradis est certain ?).

  • Philosophie athée et arguments.

Voici un bout de texte, écrit par A. Ego, qui s'évertue à argumenter contre dieu.

« Oui, dieu n'existe pas.

Et il n'existe pas, parce qu'il ne sait rien. Ou plutôt : il n'a rien anticipé. Il n'a déjà pas deviné le meurtre dont je vous ai parlé tout à l'heure, mais il n'a pas anticipé la modernité. Que les choses soient claires : dieu rime avec vieux. Que penserait-il, lui dont on aime tant parler depuis 6 000 ans, de la bombe atomique du 6 août 1945 ? Ou que penserait-il encore du réseau internet ? Toutes ces possibilités lui ont échappé. Comme il n'aurait, par exemple, jamais imaginé que la pauvre bestiole humaine qu'il a crée dans un jardin fané arriverait à fouler les pieds de son astre. Car, aller sur la lune, c'est avant tout un crime contre dieu – d'où l'émergence de ceux qui pensent, ils se trompent, que ceci est une photographie prise dans un espace Américain adapté entre un sandwich avalé sur le tard et une douche prise trop tôt !

Et, je préfère vous avertir : ça n'est pas que l'élève ait échappé à son maître, ou qu'il hait son maître, non non, c'est que l'élève est son (propre) maître. Qu'il n'en a pas, qu'il s'en est crée un, divin, et qu'il en a recrée un humain : car, oui, nous sommes les architectes – vocabulaire très maçonnique – de l'univers. On parle même, pour vous le prouver, de faire bouger la terre dans un milliard d'années, avec une météorite manipulée pour l'occasion. Et, évidemment : nous assistons à l’avènement d'une « science-fiction » philosophique.

dieu est donc un incapable, un imposteur cérébral qui ne se connaît même pas le problème du mal : et c'est en cela que je suis un marcioniste athée – je plaisante bien sûr : Y a-t-il un dieu démiurge, créateur de tout, et un dieu-dieu, celui du bien et de l'ordre naturel positif ? dieu interdit donc l'avortement, mais pas les guerres et bousillages qui morcellent notre création humaine ?

Sur le caractère de l'anticipation, je veux rajouter un autre paradoxe qui ne touche pas la religion Égyptienne – ou mythologie Égyptienne, les deux sont synonymes – et qui ne touche pas Maskhonit : si dieu est implacable, il n'a pas le réflexe de s'occuper du temps. Et donc, le futur est le présent, qui lui est le passé couplé avec l'avenir. Ceci posé, il sait tout ce qui s'est passé, se passera, se passe. Alors ? Lui qui dirige nos pulsions, nos mouvements, nos pensées, comment peut-t-il nous juger, parce que nous avons mangé un produit interdit, alors que c'est lui qui l'a mécaniquement imploré, et qu'il était déjà au courant avant le jugement et avant que l'aliment interdit nage dans ma bouche ?

En parlant d'un dieu beau et bon – comme Idoménée, le « kalos kagathos » qui a brûlé vif son fils pour des raisons flottantes –, comment a-t-il pu tuer 2.8 millions personnes, dont 160 avec ses propres « mains » bien qu'il n'en a pas, car elles sont pures mais inexistantes ? … au moment, je le rappelle, où le diable se limite accidentellement à très peu de crimes – de l'ordre de la dizaine ? »

(Aurélien Ego).

  • Dieu est politique : il est le patron des patrons.

Dans l'Histoire du mouvement ouvrier, dieu est l'arme de la bourgeoisie qui sert à divertir les masses à grand coup de rites et de croyances. Être socialiste implique avoir foi en l'Humanité et au progrès incarné par la classe ouvrière, et non pas foi dans d'autres vapeurs dites « supérieures ».


Souvenons-nous de cette anecdote si idiote qui mérite d'être rappelée : le médecin de Louis XIV a, en 1694, interdit le champagne car il pensait que les bulles de ce liquide contenaient « l'âme du diable ». Ce fait, au premier abord anodin, montre à quel point l'imagination humaine – et c'est là le génie humain, et seulement humain – peut mener à des prises de décision qui, matériellement, paraissent incongrues. « L'Essence du Christianisme » de Fueurbach nous le dit : l'Homme crée dieu, non l'inverse.*

Mais dieu n'est pas seulement une entité naïve qui se contente d'interdire le champagne à la cour de Roi : il est le patron des patrons, une bête politique qui pousse « l’Épître aux Romains » (13.1) à dire que « les autorités qui existent ont été instituées par dieu ».

Les valeurs que nous collons au bien et au mal, que nous définissons, que nous parcourons, ne sont que superficielles, artificielles (Le livre « Généalogie de la morale » de Nietzsche est ici d'un appui éloquent). Les orientations de Kant dans « Réflexion sur l'éducation » (rédigées en 1776) ne sont pas éloignées d'une certaine remise en cause du dogme spirituel.

Ni paradis, ni enfer, mais classe ouvrière !

  • Citations relatives à l'athéisme.

« Si dieu étant visible, l'athéisme deviendrait une foi » : Robert Savatier.

« Il se peut bien que toutes les religions ne soient pas vraies, mais il est impossible en tout cas que plus d'une le soit » : Lucrère.

« La seule religion contre la nature, contre le sens commun, contre nos plaisirs, est la seule qui ait toujours été » : Blaise Pascal.

« L'athée est un croyant devenu adulte » (proverbe).

« L'avenir est la seule transcendance des Hommes sans dieu » : Camus.

« Je me possède, et c'est pourquoi je me sers de moi. Mais tant que je crois, au contraire, que celui qui vit en moi ne soit pas moi, mais le Christ ou autre chose de ce genre, alors je ne suis pas ''Moi'' » : Max Stirner – père de la célèbre citation sur « le néant créateur périssable ».

« La religion, ce luxe des pauvres » (proverbe).

Dans « Dieu et l’État » du puissant Bakounine : « Dieu est votre propre image, mais agrandie et renversée, c'est-à-dire divinisée. Le christianisme (…) est la dernière religion ».

« La religion, l'opium du peuple ».

« Dieu est mort : mais telle est la nature des Hommes que, des millénaires durant peut-être, il y aura des cavernes où l’on montrera encore son ombre. – Et quant à nous autres – il nous faut vaincre son ombre aussi ! » : Nietzsche.

« L'athéisme dresse contre dieu un procès verbal de carence : Hugo.

« Dieu n'a servi qu'un seul jour. Et il perd la créature que lui même a formé » : Le marquis de Sade (auteur de : « La Philosophie dans le Boudoir »).

« On demandait un jour à quelqu'un s'il y avait de vrais athées. Croyez-vous répondit-il qu'il y ait de vrais chrétiens ? » : Diderot.

  • Voir aussi.

Éducation.

Matérialisme.

Religion.

  • Bibliographie.

Françoise Millot, « Entends-tu le tonnerre ? Il roule en approchant. »

Rémi Fossadier, « La santé et la Révolution. »

Nicolas Fornet, « Russie Soviétique 1917 – 1927. »

Lucien Sève, « Octobre 1917 : une lecture très critique de l'historiographie dominante. »

Jean Bruhat, « Lénine. »

  • Notes.

*Abu Nuwas, mort en 815, est un poète arabe du VIIIème siècle.

*Le décret de Diopeithès, présent dans les écrits de Platon (comme « Apologie »), est institué contre Anaxagore l'athée et les matérialistes.

*Le Turkménistan est un pays d'Asie centrale, dans le chemin du désert du Karakoum.

*Avant Lénine, un médecin pour 6900 habitants. Après, un médecin pour 2590 (Sources : Rémi Fossadier).

*Proudhon est le principal théoricien de l'anarchisme français, né à Besançon, et auteur de « Qu'est-ce que la propriété ? »

*« L'Essence du Christianisme » est un livre rédigé par Feuerbach en 1841. Il est polémique pour l'époque.

Page écrite par A.Ego.