Printemps de Pékin (1978)

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On a désigné sous le nom de Printemps de Pékin[1] une vague de manifestations qui eurent lieu à Beijing (Pékin), mais aussi à Shanghai, entre Novembre 1978 et Mars 1979. Le nom de "Printemps de Pékin" était en fait celui d'un journal de cette période.

Histoire[modifier | modifier le wikicode]

Contexte[modifier | modifier le wikicode]

Ces évènements eurent lieu deux ans après la mort de Mao Zedong, qui suivit à quelques mois près une flambée contestataire (avril 1976), quand cent mille manifestants occupèrent la place Tien An Men. La répression fut féroce, et servit comme souvent en Chine aux règlements de comptes entre cliques dirigeantes. C'est dans ce contexte que Deng Xiaoping arriva au pouvoir, et lança une série de réforme parfois appelée Démaoïsation, en réalité une libéralisation de l'économie sans progrès démocratique associé.

Faits[modifier | modifier le wikicode]

À partir de novembre 1978, des contestataires se sont manifestés à Beijing, d'une façon qui peut rappeler la période des “Cent fleurs” en 1956 sous Mao. Le mur dit « de la démocratie », situé dans un grand carrefour de la capitale, commence à se couvrir d’affiches, les fameux Dazibaos. Des affiches de plus en plus insolentes apparaissent. On y lit, sous la signature d’un jeune dissident que « le socialisme chinois est une sorte de monarchie féodale, d’absolutisme. Depuis trente ans, le peuple a été privé de ses droits les plus élémentaires ; le marxisme pratiqué par les dirigeants s’est avéré une prescription à peine meilleure qu’un remède de charlatans ».[2]

Et il n’y a pas que les affiches. Des tracts, des revues ronéotées apparaissent, qui sont vendues publiquement et qui s’appellent « Le printemps de Beijing » ou « La Tribune du 5 avril » , en souvenir de la manifestation pour Chou En Lai qui fut si durement réprimée.

Les dissidents chinois sont souvent de jeunes intellectuels ou de jeunes ouvriers qui se sont trouvés embrigadés durant la Révolution Culturelle, qui ont été manoeuvrés, qui en ont conscience, et qui ont été expédiés au fond des campagnes. Privés de moyens légaux d’existence, et privés de papiers en règle, certains se regroupent dans des bandes qui versent dans le banditisme.

Mais certains autres manifestent parfois comme ces dizaines de milliers de jeunes à Shanghaï en février 1979, où ils bloquent les trains et se battent avec la police. Une conférence nationale s’est d’ailleurs ouverte sur ce problème. Mais les autorités sont bien incapables d’y trouver une solution. Elles avouent maintenant qu’il y a des chômeurs dans les villes - on commence à parler de vingt millions de chômeurs. Ce n’est pas le moment d’autoriser ces millions de jeunes à retourner dans les cités.

Et il y a aussi les « plaignants », des dizaines de milliers de personnes qui ont été victimes de l’une quelconque des vagues de répression qui, croyant à une libéralisation, viennent dans les villes assiéger les autorités pour leur demander justice et tenter d’obtenir réparation. Elles veulent qu’on leur rende ce qu’elles ont perdu, qu’on les réhabilite, qu’on punisse tel ou tel cadre toujours en place qui les a condamnées. Accéder à leur demande, c’est s’en prendre à l’appareil d’État. Mais les plaignants peuvent difficilement retourner dans leur village, où les cadres locaux se vengeront de leur tentative d’en appeler au pouvoir central ou provincial. Ils restent donc dans les villes et végètent eux aussi, essayant de subsister au moyen de petits métiers, en mendiant, parfois en versant dans le banditisme ou la prostitution.

Beaucoup meurent de froid et de faim à Beijing. La police ramasse les cadavres le matin...

Mais surtout, eux aussi manifestent, eux aussi nourrissent les rangs des contestataires. Alors, devant le grossissement de la contestation qu’il a tolérée au début quand elle ne s’attaquait qu’à Mao et au passé, Deng Xiaoping décide de réagir brutalement. A partir de mars 1979, Deng critique « les excès auxquels a donné lieu la libéralisation des derniers mois » ; la répression commence contre les contestataires et aussi contre les plaignants. La police procède à des rafles, brutalise, et tue parfois. Les principaux contestataires sont arrêtés. Le plus populaire d’entre eux, Wei Jingsheng, est condamné à quinze ans de prison. Et en plus de celà, les arrestations aussi massives que silencieuses, avec les listes noires, les déportations…

Analyse[modifier | modifier le wikicode]

Une nouvelle fois, c’est l’armée qui a eu le rôle décisif. Deng, qui a été si longtemps auprès de Mao, a ainsi montré qu'il est bien le digne successeur de celui-ci, même s’il le critiquait. Et son régime, dont les média occidentaux vantaient alors l'ouverture vers l’Occident, sous-entendu la libéralisation, était tout aussi intolérant et totalitaire que l’était celui de Mao.

Ainsi, Deng prouvait que le cours libéral en matière économique commençait par un appesantissement de la dictature.

Sources[modifier | modifier le wikicode]

La Chine : de Mao à la démaoïsation, Cercle Léon Trotsky, exposé du 23 novembre 1984.

Chine - Des manifestations de masse pacifiques au bain de sang, Lutte de Classe – n°25 – été 1989, article daté du 29 juin 1989.

Notes[modifier | modifier le wikicode]

  1. Ce nom de "Printemps de Pékin" est cependant plus souvent utilisé de nos jours pour désigner les événements qui eurent lieu onze ans plus tard, en 1989, place Tien An Men à Beijing.
  2. Voir "Un bol de nids d’hirondelles ne fait pas le printemps de Pékin", éditeur Christian Bourgois, 1979.