Nouvelle politique économique

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Affiche-NEP-1921.jpg

La Nouvelle politique économique (NEP) (en russe Новая экономическая политика – Novaïa Ekonomitcheskaïa Politika) est une politique économique mise en œuvre en Russie bolchévique à partir de 1921 qui introduit une relative libéralisation économique.

La NEP a été instaurée pour redynamiser le pays qui, en 1921, sortait de la Première Guerre mondiale, d'une révolution, d'une guerre civile et faisait face à la famine. C'est une décision imposée par les circonstances, un « repli stratégique » dans la construction du socialisme justifié par le retard économique de la Russie : « Nous ne sommes pas assez civilisés pour pouvoir passer directement au socialisme, encore que nous en ayons les prémices politiques », déclara Lénine[1].

Contexte et enjeux[modifier]

La révolution d'Octobre[modifier]

Avant 1917, tous les marxistes étaient globalement convaincus que la Russie allait connaître d'abord une révolution bourgeoise, et que l'industrie développée occidentale (et une population majoritairement ouvrière) était nécessaire pour le socialisme. Certains marxistes (Kautsky, Lénine) avaient évoqué la possibilité qu'une révolution bourgeoise populaire en Russie fusionne avec la révolution socialiste en Occident, mais ils n'assignaient pas de tâches immédiatement socialiste au futur gouvernement révolutionnaire russe.

Lorsque les bolchéviks entraînent une majorité du peuple ouvrier et paysan dans la révolution d'Octobre, ils sont globalement dans cette logique. Ils ont la conviction d'être l'avant-garde d'un processus de révolution socialiste mondiale. Ils cherchent de toutes leurs forces à soutenir la révolution dans les autres pays (création de l'Internationale communiste...), mais ils ne cherchent pas à instaurer directement des mesures socialistes en Russie. Leurs premières mesures sont des réformes démocratiques et en faveur de la petite-paysannerie (partage des terres), ainsi que la nationalisation des banques. Dans l'industrie, le principe du contrôle ouvrier est affirmé, mais il n'y a quasiment pas d'expropriation et pas de planification.

En avril 1918, la majorité bolchévique derrière Lénine préconise le développement économique le plus rapide possible en Russie, afin de renforcer le prolétariat. Ce développement doit passer par des compromis avec la bourgeoisie, et par l'implantation la plus énergique des méthodes de gestion des grands trusts occidentaux.

Le communisme de guerre[modifier]

Articles détaillés : Communisme de guerre et Guerre civile russe.

Mais la lutte de classe a rendu impossible cette politique de compromis avec la bourgeoisie. Celle-ci a soutenu la contre-révolution armée (Armées blanches) et a cherché à saboter la production. En réaction, le contrôle ouvrier devenait gestion ouvrière dans de nombreuses usines. La guerre civile qui dure jusqu'en 1921 accentue la crise économique laissée par la guerre.

Pour mener la guerre civile et concentrer les forces politiques nécessaires, les bolchéviks considèrent alors qu'ils n'ont pas d'autre chois que de prendre des mesures d'urgence de centralisation économique, qui seront nommées « communisme de guerre ». Les industries sont presque toutes nationalisées à la fin de 1918. Pour nourrir les ouvriers des villes et les soldats de l'Armée rouge, des réquisitions sont effectuées dans les campagnes.

En 1921, la Russie est considérablement affaiblie économiquement, son potentiel productif est très faible, et très en dessous de son niveau d’avant-guerre. La production de cuivre par exemple, le secteur le plus touché, était à 1,7 % de son niveau d’avant-guerre. Les réseaux de transports, surtout ferroviaires, sont en grande partie inutilisables. La famine apparaît.

Isolement de la Russie[modifier]

De plus, même si l'influence des communistes continuent d'augmenter, la révolution internationale n’a pas suivi la révolution d’Octobre : la tentative allemande a échoué en 1918. Selon Lénine, la révolution se trouve donc dans une situation problématique où les conditions politiques et économiques du socialisme sont séparées : le prolétariat a pris le pouvoir politique dans un pays où le niveau de développement capitaliste ne permet pas le passage au socialisme. Pour l’internationaliste Lénine, « la victoire totale de la révolution socialiste est impensable dans un seul pays » et « elle exige la collaboration la plus active d’au moins quelques pays avancés, au nombre desquels nous ne pouvons pas ranger la Russie. »[2]

Les bolchéviks comprennent alors qu'il leur faut tenir dans cette situation délicate plus longtemps que prévu. Pour Lénine, il faut que le prolétariat conserve le pouvoir politique jusqu’à la prochaine crise révolutionnaire, qu’il pense proche, tout en maintenant de bonnes relations entre le prolétariat et la paysannerie pauvre. Cela oblige le Parti communiste russe (bolchevik) a réfléchir aux solutions pragmatiques permettant le développement rapide des forces productives, afin de chercher à améliorer la situation du pays. Vers 1920-1921, des réflexions commencent à émerger sur la politique qui doit remplacer le « communisme de guerre ».

Nouvelle politique économique[modifier]

Objectifs généraux[modifier]

Trotski avait proposé la NEP dès 1920[3], mais l'idée n'avait alors pas été retenue. Lénine la proposa de nouveau en 1921.

La Nouvelle politique économique fut officiellement décidée au cours du 10e Congrès du Parti communiste russe de mars 1921, à la suite de la répression de la révolte de Kronstadt. Elle est promulguée par décret le 21 mars 1921.

L'objectif majeur des bolchéviks est de s'assurer du maintien de l'alliance avec la paysannerie, en restaurant du « capitalisme privé » dans les campagnes. Dans l'industrie, l'étatisation est maintenue, ce que Lénine appelait aussi bien du « capitalisme d'Etat » que du « socialisme ».

« La nouvelle politique économique a pour tâche (tâche majeure, décisive et commandant toutes les autres), d'établir une alliance entre la nouvelle économie que nous avons commencé d'édifier (très mal, très maladroitement, (...) sur la base d'une économie toute nouvelle, socialiste, d'une nouvelle production, d'une nouvelle répartition) et l'économie paysanne, pratiquée par des millions et des millions de paysans. »[4]

Pour les bolchéviks, l'Etat est alors un Etat ouvrier (même si Lénine dit parfois qu'il s'agit d'un « Etat ouvrier et paysan », et d'un « Etat ouvrier présentant une déformation bureaucratique »[5]), ce qui garantie que le capitalisme d'Etat est socialiste (contrairement aux secteurs capitalistes d'Etat en occident) et que l'économie russe dans son ensemble marche vers le socialisme. Lénine précisait cependant : « Nous n'avons pas encore de fondements socialistes. Ceux des communistes qui s'imaginent que ces fondements existent déjà, commettent une très grande erreur. »

Néanmoins Lénine est conscient d'un risque. Il ne semble pas voir ce risque directement dans la bureaucratisation, mais dans le renforcement de la bourgeoisie, dont la culture de la gestion des entreprises et du commerce reste supérieure à celles des nouveaux responsables communistes. Il rappelle qu'il est souvent arrivé que « le vaincu impose sa culture au conquérant » s'il est plus cultivé. Il cite à l'appui le cadet Oustrialov qui écrit dans un journal de l'émigration, Smiéna Viekh, qu'il faut soutenir le régime bolchévik parce qu'il va objectivement dans le sens du capitalisme. Lénine considère que la force du pouvoir politique bolchévik est « absolument suffisant », et que tout l'enjeu est d'introduire de l'efficacité. Quand Lénine parle de bureaucratisation, ce n'est pas tant en raison d'un risque de domination nouveau, mais en raison de l'inefficacité qu'elle engendre, risquant à terme de faire chuter le parti bolchévik.

« Ce qui manque, c'est la culture chez les communistes dirigeants. De fait, si nous considérons Moscou - 4700 communistes responsables - et si nous considérons la machine bureaucratique, cette masse énorme, qui donc mène et qui est mené ? Je doute fort qu'on puisse dire que les communistes mènent. A dire vrai ce ne sont pas eux qui mènent. C'est eux qui sont menés. »

Débats du 10e congrès[modifier]

Article détaillé : 10e Congrès du parti bolchévik.

Lénine fit la proposition de la NEP l’avant-dernier jour du Congrès (un bon nombre de délégués étaient déjà partis), à la fin d’une session, et son introduction ne fut suivie que de quatre interventions de dix minutes chacune au Congrès. Des 330 pages du compte-rendu officiel du Dixième Con­grès, 20 seulement sont consacrées à la NEP.

Lénine dira un an plus tard : « Le tournant vers la nouvelle politique économique a été décidé au dernier Congrès avec une unanimité exceptionnelle, plus grande même que pour les autres questions tranchées dans notre Parti (qui, il faut le reconnaître, se distingue en général par sa grande unanimité). »[4] Il se félicite que le groupe des communistes de gauche de 1918 ne se sont pas opposés à la NEP, contrairement à ce que croient certains émigrés. En revanche il reprochait à l'Opposition ouvrière d'avoir paniqué. Quoi qu'il en soit, ce même congrès a voté l'interdiction des tendances.

En revanche dans l'Internationale la NEP a soulevé des doutes. Lors de la première session plénière élargie du Comité exécutif de l'IC (21 février - 4 mars 1922), une partie de la délégation du PC français craignait que le NEP mène à la restauration du capitalisme en Russie affaiblisse le mouvement révolutionnaire international.

L'introduction de la NEP sera utilisée par les menchéviks, qui disaient que puisque les bolchéviks étaient obligés de faire marche arrière et de réintroduire le capitalisme qu'ils avaient voulu abolir artificiellement, cela prouvait que la révolution ne pouvait être que bourgeoise. Cela conduit Radek à écrire un article intitulé La révolution russe est-elle une révolution bourgeoise ?[6] où il défend la politique bolchévique.

Agriculture[modifier]

Article détaillé : Agriculture en URSS.

Lénine a beaucoup insisté sur l'urgence de « rétablir l'alliance » avec la paysannerie. Il estimait que la nécessité des réquisitions avait été globalement comprise, que les bolchéviks avaient encore de la reconnaissance dans les campagnes pour avoir chassé les propriétaires terriens, et que les paysans étaient prêts à attendre encore un peu pour voir leur sort s'améliorer, mais pas éternellement.

« Notre but, c'est de rétablir l'alliance, c'est de prouver au paysan par nos actes que (...) nous savons l'aider; que dans cette situation pénible (...) les communistes lui apportent un secours réel et immédiat. Ou bien nous le prouverons, ou bien il nous enverra promener à tous les diables. Cela est absolument certain. »[4]

Dans son contenu, le décret de 1921 exigeait de la paysannerie qu’elle donne au gouvernement une quantité spécifiée de tout surplus agricole, produit brut, et lui permettait de conserver le surplus restant pour l’utiliser comme capital ou pour l’échanger avec des biens industriels. Des décrets additionnels détaillèrent cette politique et l’étendirent pour inclure quelques industries.

La NEP restaura une certaine propriété privée dans certains domaines de l’économie, surtout l’agriculture. Un système de marché fut introduit dans l’agriculture.

Les paysans furent autorisés à louer de la force de travail.

Industrie[modifier]

Concernant la grande industrie, Lénine était très critique, estimant que les communistes ne savaient pas diriger concrètement et qu'il était urgent de prouver leur efficacité. Ils dénonçait une certaine suffisance de bureaucrates :

« Nous ne devons pas nous rassurer sous prétexte que partout, dans les trusts de l'Etat et dans les sociétés mixtes, il y a des communistes responsables, excellents. La belle consolation, puisque ces communistes ne savent pas conduire les affaires. (...) Voilà ce dont nous n'avons pas conscience; il y a là de la vanité communiste, du comtchvanstvo pour employer la sublime langue russe. (...) Ce communiste, ce révolutionnaire doit prendre des leçons auprès du vulgaire commis qui a trimé dix ans dans une épicerie, qui connaît son affaire. »[4]

Les grandes industries restent aux mains de l'Etat, mais la NEP créé des sociétés mixtes (17 recensées lors du XIe congrès). Ces sociétés mixtes « comme du reste tout notre commerce d'Etat et toute notre nouvelle politique économique, sont une application par nous, communistes, des procédés commerciaux, des procédés capitalistes. ». Une Commission sur les problèmes des sociétés mixtes est créée auprès du Conseil du Travail et la Défense, présidée par Sokolnikov.

Certains secteurs furent ouverts au capitalisme étranger de façon à obtenir des transferts technologiques et des financements pour la reprise. Ford put ainsi construire une grande usine automobile à Gorki tandis que de nombreuses mines étaient concédées à des entreprises étrangères.

L'objectif assumé de Lénine était « la mise à l'épreuve des entreprises d'Etat et des entreprises capitalistes par le moyen de la compétition ». Il soulignait que le contrôle des dirigeants communistes par des organismes communistes était insuffisant.

Lénine précisera ultérieurement que le prolétariat conserve le pouvoir parce que les piliers de l’industrie, c’est-à-dire les grandes usines productrices de charbon, fer, électricité, etc., étaient encore sous contrôle de l’État ouvrier.

D'un point de vue plus théorique, Lénine fait la distinction entre le capitalisme d'Etat dans le cadre capitaliste (au sens d'avant 1917) et le capitalisme d'Etat dans le cadre du régime communiste.

Commerce extérieur[modifier]

La NEP amoindrit les restrictions commerciales et tenta de rétablir des relations avec les pays étrangers. Par exemple lors de la conférence économique internationale se tient à Gênes en 1922, les diplomates communistes cherchent à obtenir des accords commerciaux avantageux.[7][4]

Mais lorsque cela conduisit une majorité du Comité central à vouloir assouplir le monopole étatique sur le commerce extérieur, Lénine et Trotsky s'y opposèrent.

Effets de la NEP[modifier]

Relance de l'agriculture[modifier]

La production agricole augmenta fortement. Au lieu de la réquisition des surplus agricoles sans compensation par le gouvernement, les fermiers pouvaient désormais vendre leurs excédents, et donc être incités à produire plus de grains. Cette incitation couplée avec la fin des domaines semi-féodaux permit à la production agricole d’atteindre les niveaux d’avant la Révolution et de les dépasser. En 1927 la production agricole et industrielle avait retrouvé les niveaux de 1913[8].

Le secteur agricole devenait de plus en plus dépendant des petites fermes familiales. Les koulaks (riches fermiers) s'enrichissent durant cette période.

Structure sociale de la population soviétique à la fin de la NEP, en 1928 (%) :

koulaks 4,2
employés + spécialistes 3
paysans individuels 74,9
ouvriers 14,6


Relance du commerce privé[modifier]

Le commerce redémarre, mais le commerce privé connaît bien plus de croissance et marginalise le contrôle public.

Les statistiques établies au début de 1924 montraient que 83,4% du commerce de détail était dans le secteur privé, laissant 10% du secteur aux coopératives et seulement 6,6% aux organes de l'Etat et aux institutions. La NEP avait ramené à la surface la masse des commerçants privés qui avaient vécu dans l'illégalité, dans la pénombre du communisme de guerre et avait encouragé l'apparition de beaucoup d'autres, de façon que la plus grande partie du commerce de détail passait maintenant par des commerçants privés, des « nepmen » plus ou moins importants.

« Crise des ciseaux »[modifier]

Article détaillé : Crise des ciseaux.


«Ouvriers! Les prix élevés et la NEP ne vont pas nous effrayer parce que nous avons ce pain à bas prix!»

Cependant, comme le gouvernement soviétique ne mena pas une politique d’industrialisation à la même vitesse que le développement de la partie libéralisée de l'économie, cela créa un déséquilibre dans l’économie où le secteur agricole croissait beaucoup plus vite que l’industrie lourde. Pour garder des revenus élevés, les usines commencèrent à vendre leurs produits à des prix plus élevés. À cause des coûts croissants des biens manufacturés, les paysans durent produire beaucoup plus de farine pour acheter ces biens de consommation. Cela entraîna une chute des prix agricoles et une augmentation aiguë du prix des produits industriels, phénomène connu sous le nom de « Crise des ciseaux » (l'expression était de Trotski, en référence à la forme des courbes de prix correspondantes).

Les paysans commencèrent à conserver leurs surplus en espérant des prix plus élevés, ou les vendre cher aux « Nepmen » (commerçants et intermédiaires). De nombreux membres du Parti communiste étaient contre cette pratique, considérée comme une exploitation des consommateurs urbains. Pour combattre les prix croissants des biens de consommation, l’État prit des mesures pour diminuer l’inflation et promulgua des réformes sur les pratiques internes des fabriques. Le gouvernement fixa aussi les prix pour arrêter l’effet ciseaux.

Entre 1922 et 1928, la population urbaine passa de 16 % à 18 % du total.

Débats dans le parti bolchévik[modifier]

Dès l'origine, la NEP avait été pensée comme une mesure temporaire, pour « faire au capitalisme une place limitée pour un temps limité ». Lénine avait déclaré que celle-ci serait « adoptée sérieusement et pour longtemps », pour une durée qu'il n'estimait en aucun cas inférieure à une décennie et probablement supérieure, et certainement pour moins de 25 ans[9].

Cependant, un grand débat économique émerge presque aussitôt entre deux groupes :

  • Boukharine, Tomsky, Sokolnikov, et Rykov estimaient que la NEP permettait un développement suffisant de l'économie et un contrôle de l'Etat suffisant, voire souhaitaient développer davantage le marché comme outil. Ils insistaient sur l'alliance entre paysannerie et prolétariat, et sur le fait que la NEP était la politique correcte qui aurait, sans la guerre civile, dû être menée depuis 1917. Pour industrialiser, ils soutenaient qu'il fallait augmenter la demande paysanne, donc les inciter à vendre leurs produits sur le marché, donc limiter l'inflation sans quoi le paysan aurait tendance à conserver son surplus pour d'autres usages (fabriquer de l'alcool, prêter à d'autres paysans...). Or limiter l'inflation passait par limiter les crédits d'Etat à l'industrie très peu productive.
  • Trotsky, Zinoviev, Kamenev, et Préobrajenski, défendaient un contrôle de l'Etat accru, et une industrialisation passant par des crédits d'Etat à l'industrie. Ils dénonçaient les profits accumulés par la minorité de paysans riches (les koulaks) et s'inquiétaient du danger qu'ils deviennent une couche sociale menaçant la révolution. Ils présentaient la NEP comme une retraite temporaire par rapport à l'objectif de construction du socialisme.

Lénine (de plus en plus malade) est d'abord globalement favorable à la majorité du Comité central en faveur de la libéralisation. Il n'était pas opposé à la planification, mais considérait qu'elle était prématurée et constituait de fait une sorte « d'utopie bureaucratique » dans un pays de 20 millions de fermes éparpillées, dont l'industrie était désintégrée et où les formes du commerce privé étaient primitives.

C'est lorsque toute une partie de la direction bolchévique commence à remettre en cause le monopole du commerce extérieur en 1922 que Lénine réagit. Il est convaincu par Trotsky que cette remise en cause vient de la pression des forces de marché, et qu'il faut donc pour les contrer mettre en place une véritable planification. Le 27 décembre 1922, Lénine écrivit au Politburo, proposant un tournant significatif sur la question de la planification et du Gosplan.

Avec ce soutien, Trotsky put présenter son rapport sur l'industrie au 12e congrès du Parti (avril 1923). Dans celles-ci, il affirmait que le but de la NEP était d'être absorbée et liquidée progressivement par la planification. Mais la décision de renforcer le rôle du Gosplan, formellement votée, fut freinée par de nombreux dirigeants bolchéviks et n'eut pas d'effet concret.

En 1925, l’année suivant la mort de Lénine, Boukharine était devenu le plus ardent soutien de la NEP. Il était alors classé à « droite » dans le parti. Trotsky et l'Opposition de gauche, qui critiquaient le manque de démocratie dans le parti, préconisaient dans le domaine économique un développement rapide de l'industrie. L'Opposition de gauche comptait beaucoup sur le succès de la révolution internationale.Staline n'adopta pas de position tranchée jusqu'en 1928, et représentait alors le « centre ».

L’Opposition fut condamnée à la 13e conférence du parti en janvier 1924 et défaite au 13e congrès tenu en mai 1924. En octobre, Staline évoqua pour la première fois la théorie du socialisme dans un seul pays et une véritable campagne fut menée contre Trotsky, qui fut contraint de démissionner de son poste de commissaire à la guerre. En mai 1925, guéri d’une maladie, il reprit le travail au Comité des concessions où il se consacra de façon plus approfondie aux questions auxquelles faisait face l’économie soviétique et à ses relations avec le marché mondial.

Fin de la NEP[modifier]

Article détaillé : Planification en URSS.

Sur le plan politique, Staline réprime l'Opposition de gauche en l'accusant de trahison et en déportant ou exilant ses dirigeants, comme Trotsky en 1928. Cette répression a lieu dans le sillage de l'écrasement de la révolution chinoise en 1927. Cet événement qui éloigne encore la perspective de se connecter à une économie plus puissante, affaiblit les internationalistes et renforce Staline qui rassure la bureaucratie par son idée de construction « socialisme dans un seul pays ».

Mais sur le plan économique, Staline reprend l'idée de l'Opposition de gauche d'une industrialisation rapide, tout en la mettant en place de façon brusque et autoritaire. Ce qui conduira à un conflit avec « l'opposition de droite » de Boukharine, qui sera éliminée à son tour.

Le tournant vers un collectivisme autoritaire est d'abord initié en 1928 dans les campagnes de l'Oural et de la Sibérie, ce qui sera nommé la « méthode ourale-sibéranienne »[10]. Le 20 mars 1929, le Politburo approuve ces politiques. Le 6 janvier 1930, un décret officialise la fin de la NEP. Staline renationalise toute l'économie et sur cette base, le premier plan quinquennal est mis en place. Selon Staline : « Ou nous le faisons, ou nous serons écrasés. »

Notes et références[modifier]

  1. Lénine, Mieux vaut moins mais mieux, 2 mars 1923
  2. Lénine, Discours sur la situation internationale au VI{{e » congrès des Soviets, novembre 1918
  3. Léon Trotsky, Cours Nouveau, 1923
  4. 4,0, 4,1, 4,2, 4,3 et 4,4 Lénine, XIe congrès du PCR(b), 27 mars 1922
  5. Lénine, Les syndicats, la situation actuelle et les erreurs de Trotsky, 30 décembre 1920
  6. Karl Radek, Is the Russian Revolution a Bourgeois Revolution?, 1921
  7. Lénine, Les Tâches actuelles de la Russie des Soviets, Discours du 6 mars 1922
  8. Nicolas WERTH, Histoire de l'Union soviétique, Paris, PUF, (ISBN 978-2-13-056120-0)
  9. Martin Malia, La Tragédie soviétique, p. 218.
  10. https://en.wikipedia.org/wiki/Ural-Siberian_method

Bibliographie[modifier]

  • Basile Kerblay, La Société soviétique contemporaine, Armand Colin, 1977.

Liens externes[modifier]