Révolution allemande (1922-1923)

De Wikirouge
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

La période révolutionnaire de 1922 à 1923 en Allemagne est l'histoire du renforcement rapide du parti communiste (KPD), à la fois grâce à des conditions objectives et à une ligne politique correcte, et son hésitation à appeler à l'insurrection alors que les conditions étaient manifestement réunies. Cela referma à la fois le séisme de la "révolution allemande (1918-1923)" et la vague révolutionnaire qui embrasa l'Europe après la Première guerre mondiale.

Contexte[modifier | modifier le wikicode]

Depuis le déclenchement de la Première guerre mondiale et la preuve de la trahison de la social-démocratie, le manque d'un parti ouvrier révolutionnaire est patent. Les spartakistes ont tardivement formé le Parti communiste d'Allemagne (KPD), mais l'afflux de militants inexpérimentés engendre des politiques irréfléchies et des écueils majeurs. En particulier, le rejet de l'opportunisme social-démocrate conduit ces nouveaux militants à rejeter toute élection et toute alliance de lutte avec ces forces, bref à un isolement sectaire qui les coupe de la classe ouvrière. Lénine définira le "gauchisme" suite à cela, et l'Internationale communiste est alors en lutte interne pour pousser le PC Allemand à tenir vraiment une ligne révolutionnaire.

En janvier 1919, une répression sanglante emporte les leaders, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. Peu après, les conseils ouvriers issus de la révolution de novembre 1918 sont dispersés. En 1920, la réaction est assez forte pour faire une tentative de putsch, qui échoue grâce à la centrale syndicale social-démocrate, mais sans intervention du KPD. Des progrès seront accomplis vers la formation d'un parti de masse (VKPD), mais le gauchisme se manifeste encore de façon terrible, comme avec "l'action de mars 1921".

Les événements[modifier | modifier le wikicode]

L’IC généralise la ligne du front unique et du gouvernement ouvrier[modifier | modifier le wikicode]

Le III° congrès de l’Internationale Communiste (juin 1921) est un camouflet infligé aux gauchistes du PC allemand comme aux autres. Sous l’impulsion de Lénine, et en relation avec la stabilisation de la situation politique, le reflux de la vague révolutionnaire, il généralise la ligne du "front unique". Tout en laissant de côté la critique de fond de "l’action de mars" pour ne pas éprouver davantage le KPD, le congrès met en avant l’objectif de la conquête d’une influence majoritaire dans la classe ouvrière et, en ce sens, reproche au parti allemand "il n’a pas encore su suivre avec logique la voie qu’il a prise sur sa "lettre ouverte", la voie sur laquelle s’opposent les intérêts pratiques du prolétariat et la politique traîtresse des partis social-démocrates et de la bureaucratie syndicale" (thèses sur la tactique). La lutte pour le front unique sur les revendications transitoires devient une partie constitutive de l’armement de l’Internationale.

Six mois plus tard, au quatrième congrès, c’est le mot d’ordre de gouvernement ouvrier qui vient s’inscrire dans l’armement politique de l’I.C. comme "conséquence inévitable de toute la tactique du front unique" (Résolution sur la tactique), et particulièrement dans les pays où le pouvoir bourgeois est instable.

"A la coalition, ouverte ou masquée, bourgeoise et social-démocrate, les communistes opposent le front unique de tous les ouvriers et la coalition politique et économique de tous les partis ouvriers contre le pouvoir bourgeois pour le renversement politique de ce dernier." (…)"Un gouvernement de ce type n’est possible que s’il naît dans la lutte des masses mêmes, s’il s’appuie sur des organes ouvriers aptes au combat et créés par les couches les plus vastes des masses ouvrières opprimées. Un gouvernement ouvrier résultant d’une combinaison parlementaire peut aussi fournir l’occasion de ranimer le mouvement ouvrier révolutionnaire. Mais il va de soi que la naissance d’un gouvernement véritablement ouvrier et le maintien d’un gouvernement faisant une politique révolutionnaire doivent mener à la lutte la plus acharnée, et, éventuellement, à la guerre civile contre la bourgeoisie».

La résolution précise encore que, parmi les "gouvernements ouvriers" possibles, se trouvent des gouvernements bourgeois camouflés, "tolérés dans les périodes critiques par la bourgeoisie affaiblie pour tromper le prolétariat sur le véritable caractère de classe de l’Etat", mais qui peuvent, dans le même temps "contribuer objectivement à précipiter le processus de décomposition du régime bourgeois". Un véritable gouvernement ouvrier ne pouvant en tout état de cause qu’être celui d’un Parti Communiste. En réalité, bien que les mots "gouvernement ouvrier" aient été employés dans des circonstances précises, ce n’était pas la première fois que la question se posait pour les bolcheviks. D’avril à septembre 1917, ils menèrent cette politique en direction des deux partis ouvriers majoritaires en Russie dans les soviets, exigeant d’eux qu’ils rompent avec les partis bourgeois, combattant sur le mot d’ordre : "dehors les ministres capitalistes". De fait, le Congrès généralise théoriquement une expérience pratique faite dans deux pays aux conditions très différentes, et ordonne toute la politique des partis communistes autour de la question du pouvoir. C’est ainsi que l’Internationale, et Lénine à sa tête, congrès après congrès, cherchent à redresser et affermir la politique du parti allemand en "faisant avec" sa direction telle qu’elle est. Et, non sans difficultés, c’est grâce à cette orientation que le KPD va reprendre sa marche en avant jusqu’à postuler à la prise du pouvoir.

1922 : la ligne fructueuse du front unique[modifier | modifier le wikicode]

Tout au long de l’année 1922, la bourgeoisie allemande tente de reprendre un à un les acquis ouvriers de la révolution de 1918. Face à cette offensive, le Parti Communiste prend des initiatives sur tous les terrains. Ainsi, il impulse la (re)constitution et la centralisation des conseils d’usine et, en liaison avec eux, de comités de contrôle des prix, tous unitaires. A la fin 1922 se réunit un congrès national de ces comités, représentant des pans entiers de la classe ouvrière allemande. Il élit un bureau permanent, présidé par un communiste. En février, les cheminots entrent en grève contre les licenciements et l’allongement de la durée du travail. Le gouvernement interdit la grève par décret. Aussitôt le PC s’adresse à tous les partis et syndicats ouvriers pour qu’ils agissent ensemble en défense du droit de grève. Refus de ceux-ci. Mais le syndicat "autonome" qui a lancé la grève s’adresse à son tour (sur les conseils du KPD) aux partis et syndicats ouvriers pour qu’ils combattent contre le gouvernement bourgeois et sa majorité parlementaire, pour un gouvernement ouvrier. Comme ils refusent, le syndicat appelle à la reprise. Mais celle-ci a rejeté les appareils bureaucratiques et traîtres sur la défensive. En mars, ce sont les métallos qui entrent en grève contre le passage de la semaine de travail de quarante-six à quarante-huit heures. Seul le KPD soutient cette grève, organisant des meetings, la solidarité financière, cherchant à l’élargir mais toujours dans l’unité des organisations. Au sein de la confédération syndicale, l’influence des communistes ne cesse de progresser.

Pour autant, l’assimilation de cette politique ne se fait pas sans difficultés. En juin, suite à l’assassinat d’un ministre du gouvernement par des bandes armées réactionnaires, le KPD propose aux partis et organisations la constitution d’un front uni contre la réaction monarchiste, proposant de confier aux ouvriers le soin de constituer des tribunaux spéciaux pour mener l’épuration à tous les niveaux, et faisant reposer sur des organismes de contrôle ouvriers, sur les conseils d’usine, le combat contre la réaction monarchiste. Le SPD et l’ADGB ne peuvent qu’accepter de rencontrer le KPD vu les réactions des travailleurs à la provocation des bandes réactionnaires. Des manifestations organisées en commun, le 27 juin, rassemblent des millions d’hommes. Mais sociaux-démocrates et bureaucrates syndicaux n’ont pas accepté les propositions des communistes d’une lutte contre l’extrême droite sur le terrain de la classe ouvrière et les communistes n'ont pas osé rompre. Se constitue finalement un véritable "front républicain", dont le débouché sera le vote au Parlement une loi dite de "défense de la République" confiant cette tâche … à l’appareil d’État bourgeois. Le KPD vote contre, bien sûr, mais a subi un échec politique, parce qu'au nom de l’unité, il n’a pas su rester intransigeant sur le caractère de classe indispensable de tout combat réel contre la réaction.

C’est l’occasion pour la gauche du parti et ses démagogues de relever la tête, de condamner "l’opportunisme" de la centrale. La question de la direction, de sa maturité, des indispensables liens de confiance entre ses membres, n’est pas résolue. La "gauche" à Berlin va tenter d’organiser à l’automne une nouvelle "action exemplaire" (attaque d’une réunion d’extrême-droite) qui fera dans les rangs communistes cinquante blessés et un tué, et donnera prétexte à la répression policière contre le KPD à Berlin. Néanmoins, au début de l’année 1923, malgré ses faiblesses, le KPD a regagné 100 000 membres. Il est profondément implanté dans la classe ouvrière, dans des syndicats, ses comités de toutes sortes. Son nouveau président, Brandler, est lui même un dirigeant ouvrier (maçon) reconnu. Par contre, son niveau théorique est extrêmement faible (la revue théorique est à peine lue, les écoles du parti sont quasi désertes). Et c’est ce parti qui va devoir faire face à "l’année terrible" de 1923.

1923 : crise révolutionnaire[modifier | modifier le wikicode]

Le 11 janvier 1923, au titre des réparations de guerre prévues par le traité de Versailles, l’armée française envahit la Ruhr, pour saisir directement la production – notamment de charbon – à la source. L’impérialisme allemand, par la voix du gouvernement Cuno (homme d’affaires et homme politique bourgeois), appelle à la "résistance passive", interdisant aux Allemands toute relation avec les autorités d’occupation. Pendant deux mois, la Ruhr est quasiment à l’arrêt. La crise économique en Allemagne prend alors des proportions dramatiques. Le mark s’effondre totalement en quelques étapes (de 50 000 pour une livre sterling à 250 000 sur le seul mois de janvier, puis 500 000 en juin, 5 millions en juillet) et avec lui le système des échanges et des paiements. Du même coup la plupart des institutions de l’État bourgeois – hors l’armée, mais encore les vieilles organisations ouvrières, sont dans les plus grandes difficultés de fonctionnement. La misère des masses s’accroît brutalement surtout à partir d’avril. Partout, on meurt de faim en Allemagne. Un déluge de propagande nationaliste s’abat tandis que grèves et sabotages menés par des organisations nationalistes paramilitaires se multiplient en Rhénanie. Les sociaux-démocrates allemands soutiennent la "résistance passive" comme ils ont soutenu la guerre impérialiste. Pas les communistes, ni en Allemagne, ni en France où le PC engage une campagne internationaliste contre l’occupation de la Ruhr. En Allemagne, le KPD appelle les ouvriers à combattre sur "deux fronts" contre les occupants et contre le gouvernement Cuno. Mais dans la pratique, il va lui falloir préciser cette affirmation générale: il va de plus en plus mettre en oeuvre une ligne de combat indépendant de la classe ouvrière contre l’occupation de la Ruhr, impulsant des organismes ouvriers pour ce faire. En quelques semaines, la bourgeoisie allemande et notamment les capitalistes de la Ruhr renoncent à utiliser les prolétaires comme soldats de leur guerre pour préserver leurs profits, cette guerre se transformant de plus en plus en guerre civile. Le gouvernement allemand range dans sa poche en peu de mois la "résistance passive". Son crédit politique est devenu quasiment nul. Celui du KPD, seule force du mouvement ouvrier à rester debout dans la tourmente politique et économique, ne fait que grandir. La social-démocratie, elle, est à nouveau en crise, politique autant que financière.

La crise économique qui fait sombrer dans les bas-fonds des pans entiers de la population allemande (un taux de chômage de 40% est fréquent dans les grandes villes) ruine aussi la propagande des bourgeois et des sociaux-démocrates, qui affirmaient en massacrant les spartakistes début 1919 que le communisme n’amènerait à l’Allemagne que la misère et le chaos. Car c’est là qu’en sont rendus les prolétaires allemands. L’agitation sociale se répand dans toute l’Allemagne. Les émeutes de la faim se mêlent aux grèves, même des ouvriers agricoles, aux affrontements spontanés avec la police. Les conseils d’usines se sont encore développés, et leur direction, le "comité des quinze", est dirigée par les communistes. Bien qu’interdites partout sauf en Saxe et Thuringe, les "centuries prolétariennes", organisations de combat unitaires du prolétariat (officiellement sans armes), se dénombrent par centaines. En juin, une vague de grèves parcourt le pays, qui s’opère de son déclenchement à la reprise du travail sous la direction des militants communistes. Le parti a encore accru ses effectifs. Une situation pré-révolutionnaire s’est ouverte en Allemagne, mais le Parti ne s’en aperçoit pas. Il a appelé pour le 29 juillet à des manifestations unitaires partout en Allemagne contre la réaction fasciste qui elle aussi commence à poser sa candidature à la direction du bateau ivre qu’est devenue l’Allemagne, et s’arme au grand jour en Bavière. Le gouvernement fédéral invite les gouvernements des Länder à interdire ces manifestations ce qu'ils font pour la plupart. Craignant une répression des manifestations, et sans les moyens de les protéger notamment à Berlin, le parti s’incline et transforme (avec l'accord de l'IC) les manifestations en meetings qui rassemblent des centaines de milliers de travailleurs – la plupart indignée du recul de la centrale. Une nouvelle fois, la direction se déchire devant l’appréciation de la situation. Trotsky soulignera à ce sujet :

"À notre époque de brusques revirements, ce qui est le plus difficile pour une direction révolutionnaire, c’est de savoir, au moment propice, prendre le pouls de la situation politique, percevoir son changement brusque et donner en temps voulu un ferme coup de barre. Une direction révolutionnaire n’acquiert pas de telles qualités simplement en prêtant serment à la dernière circulaire de l’Internationale Communiste : leur conquête exige, outre des bases théoriques indispensables, l’expérience personnelle et la pratique d’une véritable autocritique". [1]

Le 9 août une grève générale lancée par la direction des conseils d’usine, contre la volonté des dirigeants syndicaux sociaux-démocrates, s’étend à tout le pays. Des délégations ouvrières affluent vers le Parlement qui doit voter la confiance à Cuno. Les députés communistes appellent les travailleurs à venir former "un gouvernement ouvrier révolutionnaire". Sous l’impulsion du Comité des quinze, la grève s’étend et se centralise politiquement autour de l’appel à un gouvernement ouvrier et paysan, par la constitution et la centralisation des comités de grève. Aussi Cuno démissionne-t-il en catastrophe. Un nouveau gouvernement est constitué, comprenant cette fois-ci des ministres sociaux-démocrates. Le Comité des quinze et le KPD décident d’appeler à la reprise "tous ensemble" devant l’effilochement rapide de la grève. Le nouveau gouvernement, Stresemann, cherche par tous les moyens à sauver la bourgeoisie allemande. Il passe des accords avec la France, l’Angleterre. Il couvre des préparatifs militaires en Bavière, où les forces de la réaction prospèrent (comme le parti de Hitler). Il cherche à conjurer le spectre de la révolution prolétarienne, et limiter la crise économique (après la chute de Cuno, le mark a repris son effondrement: 45 millions pour une livre sterling fin août, 125 millions en septembre).

Certains dirigeants de l'Internationale, par schématisme, voulaient fixer au PC allemand la tâche de créer des soviets à partir de rien :

« En août et en septembre [1923], quelques camarades proposèrent de procéder immédiatement en Allemagne à la création de soviets. Après de longs et ardents débats leur proposition fut repoussée, et avec raison. Comme les comités d'usines étaient déjà devenus effectivement les points de concentration des masses révolutionnaires, les soviets auraient, dans la période préparatoire, joué un rôle parallèle à ces comités d'usines et n'auraient été qu'une forme sans contenu. »[2]

Octobre 1923 : prise du pouvoir préparée... et c'est tout[modifier | modifier le wikicode]

Ce parti est alors fort de centaines de milliers de membres et jouit d'une influence sans équivalent.

Il est notable que ce soit le Parti Russe qui, après notamment consultation de dirigeants ouvriers communistes allemands, le bureau politique décide unanimement le 15 août (y compris Staline qui en juillet s’était prononcé en sens inverse) d’orienter le PC allemand vers la prise du pouvoir, malgré les doutes de la direction allemande. Le plan décidé est le suivant :

Les communistes, menant campagne sur le mot d’ordre de gouvernement ouvrier, imposent un gouvernement des seules organisations ouvrières en Saxe et Thuringe, et y font franchir un cap aux centuries prolétariennes et aux conseils d’usine. Face à la réaction de l’Etat bourgeois, ne tolérant pas ce développement des linéaments d’un Etat ouvrier, face donc à l’intervention armée qui ne peut manquer de se produire, le congrès des conseils d’usine se tenant en Saxe le 21 octobre doit appeler à la grève générale pour la défense de la Saxe ouvrière. Pendant la grève générale, les communistes s’emparent du pouvoir, en s’appuyant sur les conseils d’usine, ceux-ci devant jouer le rôle des soviets de 1917 en Russie, et leur réunion nationale prévue le 9 novembre 1923 doit ainsi se voir remettre le pouvoir.

Techniquement, la rigueur de la préparation laisse à désirer. Trotsky doit par ailleurs batailler pour imposer qu’une date précise soit fixée pour la prise du pouvoir. De plus, l’appareil de l’Internationale, Zinoviev en tête, s’oppose à la demande des Allemands qu’on leur envoie Trotsky pour régler les détails de l’insurrection comme il l’a fait en octobre 1917. Les premières phases du plan se déroulent comme prévu. Sur la base de l’agitation antérieure, de la tenue depuis des mois de réunions unitaires pour imposer un gouvernement d’unité des organisations ouvrières, les sociaux-démocrates de gauche de Saxe et Thuringe ne peuvent s’opposer à l’entrée des communistes dans les gouvernements, le 10 octobre. Cela dit, cette entrée pose de nouveaux problèmes : en Saxe, le président du land, social-démocrate de gauche, refuse à la fois de dissoudre les centuries, comme le lui demande le gouvernement fédéral, et à la fois de les armer en masse, sans que le KPD ne s’y oppose vigoureusement. Comme prévu, son refus de dissoudre les centuries entraînent un ultimatum du gouvernement fédéral. Les troupes de la Reichswehr se rapprochent de la Saxe, mais n’avancent qu’à pas comptés, tâtant le terrain, ne rencontrant sur leur chemin que quelques escarmouches. La conférence des conseils d’usine se tient à Chemnitz comme prévu le 21 octobre.

Mais les communistes n’ont eu de cesse que de freiner le prolétariat pour ne pas s’exposer à un combat prématuré. Ils préparent l’insurrection mais le dissimulent tant que dans leur propagande, rien n’indique qu’elle est à l’immédiat ordre du jour. A la veille encore de la conférence des comités d’usine se tient à Hambourg la conférence du syndicat des dockers. Elle veut appeler à la grève générale contre l’intervention armée qui a commencé contre la Saxe et son gouvernement ouvrier. Les communistes s’y opposent : ils attendent l'heure H. Mais quand elle sonne, les sociaux-démocrates de gauche s’opposent irrévocablement à l’appel à la grève générale. Pire encore, Brandler s’aligne sur eux et accepte le renvoi de cette question …en commission. La direction du KPD annule dans la foulée l’ordre de l’insurrection. Il n’y a qu’à Hambourg où, faute d’avoir reçu le contrordre, les communistes se battent deux jours durant avant de se replier en bon ordre. Les masses n’ont de toute façon pas suivie. Quelques jours plus tard, la Reichswehr entre en Saxe et chasse comme des malpropres les communistes de leurs ministères. Aucune résistance. C’est un incommensurable gâchis, une défaite sans combat et sur toute la ligne. "Une démonstration classique de la leçon dont on peut laisser passer une situation révolutionnaire exceptionnelle d’une importance mondiale", écrira Trotsky dans Les leçons d’octobre.", rajoutant : "Le prolétariat allemand aurait marché au combat s’il avait pu se convaincre que, cette fois, le problème de la révolution était nettement posé que le parti communiste était prêt à aller à la bataille, qu’il était capable d’assurer la victoire. (…) C’est la direction dans son ensemble qui hésita, et cette hésitation se transmit au parti et à travers lui à toute la classe."

"L'octobre allemand", aboutissement de tout un processus révolutionnaire ouvert par la chute du Kaiser en novembre 1918, échoue lamentablement.

Un prix terriblement lourd[modifier | modifier le wikicode]

L’échec de la révolution allemande marque un tournant décisif. En 1924, la bourgeoisie allemande stabilisera la situation, grâce aux capitaux américains (plan Dawes), mais surtout l'échec du Parti Communiste. Avec cet échec, la révolution russe est durablement isolée. Cet isolement va donner une impulsion aux forces les plus réactionnaires au sein de l’Etat et du Parti en Russie, derrière l’appareil et son chef, Staline ; contre les forces révolutionnaires du Parti qui précisément ont commencé de s’organiser dans l’opposition de gauche que dirigera Trotsky. A partir de 1924 va s’ouvrir, sur la base de la stabilisation de la situation internationale, la lutte contre le "trotskisme", au nom d’une "théorie" inventée par Staline début 1924 : "le socialisme en un seul pays". Le développement du stalinisme, cancer bureaucratique de la révolution d’octobre, va se traduire dans toute l’Internationale par la soumission jusqu’à les briser des différents partis communistes, au nom de la "bolchevisation". Cette interdiction faite aux partis communistes de s’éduquer, d’apprendre des leçons des expériences révolutionnaires passées va produire désastre sur désastre, de l’échec de la révolution chinoise de 1927 à … la prise du pouvoir par Hitler en 1933 dans laquelle le KPD stalinisé aura une responsabilité écrasante.

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

Les morts restent jeunes, Anna Seghers
Les spartakistes, Gilbert Badia
La révolution en Allemagne, Pierre Broué, 1971
L'ordre règne à Berlin, Rosa Luxemburg, 1919

Article publié en mai 2003 par le groupe Combattre pour le socialisme[1]
Article de Peter Van der Biest de 1998  sur socialisme.be[2]
La Révolution allemande : Documents (octobre 1918 - janvier 1919) sur le site du Collectif Smolny
Le Komintern et l'Allemagne en 1923