Collaboration de classe

De Wikirouge
Aller à : navigation, rechercher

On parle de collaboration de classe lorsque les représentants (chefs de syndicats, de partis politiques...) de classes sociales différentes collaborent entre eux. Dans le cas d'une collaboration entre la bourgeoisie et le prolétariat organisée par les représentants de ces derniers, on parle d'opportunisme politique. L'opposé est l'indépendance de classe.

Origines[modifier]

Depuis l'apparition des sociétés de classe et donc de la lutte des classes, les classes sociales ont eu des rapports différentes entre elles, la ou les classes dominante(s) pouvant user de domination pure (Inquisition au Moyen-Âge, bonapartisme...) comme de subterfuges idéologiques pour maintenir leur opprobre sur la société. Lors de temps de paix sociale, certaines de ces classes, en particulier la bourgeoisie, cherchèrent à collaborer avec les classes dominantes d'antan en attendant de prendre leurs places au fil de l'évolution des rapports de production.

Formes[modifier]

Cette collaboration a pris des formes très diverses et difficilement perceptibles si l'on rejette le modèle du matérialisme historique.

Collaboration entre la noblesse et le clergé[modifier]

La collaboration entre la noblesse et le clergé (l'Eglise) est l'une des plus ancienes et documentées collaborations de classe. En effet, cette collaboration permettait à la noblesse de disposer d'un corps religieux justifiant leur domination (droit divin...) ; en échange, la noblesse assurait la mainmise du clergé dans la société, si nécessaire au moyen de la force (extermination des cathares...).

Collaboration entre la bourgeoisie et la noblesse[modifier]

Parce que le prolétariat représentait une menace à l'établissement et l'enrichissement des bourgeois et qu'il existait plus de liens entre la bourgeoisie et la noblesse qu'entre la bourgeoisie et le prolétariat, les bourgeois ont souvent collaboré avec les représentants de vieilles dynasties en échange de la mise en place du mode de production capitaliste. Ceci a deux intérêts : d'une part, les monarques usent le plus souvent d'un arsenal répressif pour se maintenir au pouvoir, que l'on ne retrouve pas dans les démocraties bourgeoises ; d'autre part, les futures révoltes cibleront en priorité la famille royale, dissimulant le rôle de la bourgeoisie et permettant la reconstruction d'un Etat bourgeois sur des bases plus saines, en attendant la future crise.

Cette collaboration, lorsqu'elle fonctionnait, finissait par prendre la forme d'une monarchie plus ou moins "constitutionnelle" (par opposition à celle de droit divin), que l'on retrouve dans de nombreux pays (Royaume-Uni, Belgique) ; mais il se peut que le monarque se maintenait à vie au pouvoir, invoquant l'origine divine, comme au Japon jusqu'à l'établissement de la Constitution de 1949. Elle persiste à l'heure actuelle : ainsi, les ressources pétrolifères d'Arabie sont au main d'entreprises privées quand le pays est dirigé d'une main de fer par la famille royale...

Collaboration entre le prolétariat et la bourgeoisie[modifier]

Cette forme de collaboration, bien plus rare, a pourtant été le moteur des principaux évènements de l'histoire moderne. Le plus souvent, cette collaboration s'effectuait entre les représentants du prolétariat (Partis ouvriers, syndicats...) et ceux de la petite-bourgeoisie (radicaux...). Cet opportunisme a causé la défaite de nombreux mouvements ouvriers.

Révolution française[modifier]

Lors de la Révolution française, c'est sur la sans-culotterie parisienne, une base sociale que l'on ne pouvait qualifier de classe à part entière mais qui comptait de nombreux membres que l'on pourrait qualifier de prolétaires, que la bourgeoisie ascendante s'est appuyée pour exiger ses revendications, notamment la mise en place d'une Assemblée démocratique et permanente. Alors qu'elle prétendait défendre les intérêts du peuple entier (le Tiers-Etat), elle utilisait en réalité les ficelles du pouvoir à son avantage : ainsi, l'article 17 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen consacre la propriété privée, posant ici les bases du capitalisme moderne[1]. Mais les bourgeois s'aliénaient également la fraction extrêmiste des sans-culottes (incarnés notamment par les Enragés), qui voulaient en finir une bonne fois pour toutes avec les accapareurs et la monarchie. C'est pour cette raison qu'au nom du salut public, ces derniers seront exterminés, tout comme les autres opposants et représentants de classes (notamment du clergé).

Révolution russe[modifier]

Lors de la révolution russe, ce sont les menchéviks qui incarnaient cet opportunisme politique, en cherchant à favoriser le développement de la bourgeoisie et ainsi de suivre le schéma "féodalisme-capitalisme-communisme" plutôt que de passer directement d'un mode de production féodal à un mode de production socialiste. Les bolchéviks autour de Lénine combattirent sans cesse cette thèse, ce qui a abouti à une scission en 1903 donnant naissance au Parti bolchévik.

Révolution espagnole[modifier]

Dans les années 1930 en Espagne, cette collaboration s'est manifestée par le soutient des anarchistes mais aussi des communistes stalinisés au gouvernement bourgeois, qui était en lutte face aux hordes franquistes soutenues par la haute-bourgeoisie et la noblesse.

Grèves de juin 1936 en France[modifier]

Lors des grèves de juin 1936 en France, les communistes (stalinisés), socialistes réformistes et radicaux petits-bourgeois se sont alliés au sein du Front Populaire pour tenir tête aux fascistes. Mais il ne s'agissait pas d'un front unique : l'Internationale Communiste, stalinisée, considérée qu'il valait mieux mettre en sourdine les revendications du mouvement ouvrier français plutôt que de le soutenir afin de lutter contre le spectre du fascisme, d'autant plus que le gouvernement soviétique était alors en bon terme avec le pays :

« Pour nous, le pacte était moins une fin qu’un commencement. Nous avions posé les bases de l’unité de la classe ouvrière ; il fallait élargir notre alliance, l’étendre aux classes moyennes afin d’assurer la défaite du fascisme. »  [Maurice Thorez, dirigeant du PCF]
Manifestations de soutient au Front Populaire

Abandonnant le mouvement ouvrier à lui-même, le Front Populaire a perdu le soutient de sa base et s'est dissout de ses contradictions internes. Il a laissé place à un gouvernement fantôche de droite, qui fût bien vite renversé par Pétain lors de l'invasion allemande.

Collaboration entre le prolétariat et la paysannerie[modifier]

Cette forme d'alliance a été théorisée par Lénine sous le nom d'« alliance du prolétariat et de la paysannerie (russe) ». Mise en pratique dans les premiers temps de la révolution, les bolchéviks perdirent le soutient de la paysannerie après qu'ils durent réquisitionner les récoltes durant la guerre civile russe.

Voir aussi[modifier]

Notes et sources[modifier]