Nationalisme

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En haut : meeting du FN (à gauche) et du National Party (à droite) ; en bas : jeune palestinien brandissant son drapeau (à gauche) ; la Révolution guidant le peuple (à droite).

Le nationalisme est un ensemble d'idéologies et de mouvements politiques qui peuvent être très diverses.

Le patriotisme a un sens très proche.

Les différents types de nationalisme[modifier]

La naissance des États-nations[modifier]

Le nationalisme a d'abord été la revendication d'un État-nation pour chaque peuple. Cette revendication née à la fin du 18e siècle s'est répandue en Europe au cours du 19e siècle et au début du 20e siècle. Portée par les élites bourgeoises qui s'imposaient tour à tour dans les différents pays, elle était avant tout dirigée contre les monarchies absolutistes, et particulièrement contre les empires multi-nationaux comme l'Autriche-Hongrie ou la Russie. Depuis, le droit à un État-nation est resté un principe officiellement admis par le libéralisme bourgeois, notamment sous la forme du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, inscrit dans la Charte des Nations-Unis de 1945.

En 1916, Lénine estime que dans « les pays avancés de l’Europe de l’Ouest (et de l’Amérique) » le mouvement national appartient au passé, en Europe de l’Est il appartient au présent, pour les semi-colonies et les colonies il appartient dans une large mesure à l’avenir.[1]

Le chauvinisme[modifier]

A partir des années 1870, le nationalisme est aussi une tendance et un ensemble de courants politiques qui exaltent une nation sous toutes ses formes (État, culture, religion, traditions, préférence nationale pour l'emploi...), par opposition aux autres nations et populations. Chauvine et xénophobe, elle trouvait alors ses militants principalement dans la petite bourgeoisie.

En 1914, l'union nationale est réalisée dans chaque pays, sur la base d'un discours nationaliste (même si les réformistes invoquent des références progressistes) qui sert à défendre les intérêts impérialistes de chaque bourgeoisie.

Les fascismes, mais aussi les racismes et les nombreuses épurations ethniques qu'a connu le 20e siècle sont des formes de ce nationalisme réactionnaire.

La libération nationale[modifier]

Pour la plupart des marxistes, lorsqu'un peuple lutte contre la domination par un ou plusieurs autres peuples, son "nationalisme" est souvent une lutte progressiste de libération. C'est une forme d'anti-impérialisme. En revanche la plupart des anarchistes et des « communistes de gauche » refusent de faire ce type de distinction, rejetant invariablement tout nationalisme. Ces débats dans le mouvement ouvrier étaient regroupés sous le terme de question nationale, et aujourd'hui on parle davantage d'anti-impérialisme.

Nationalité et classe[modifier]

Mouvement du peuple ou des classes dirigeantes ?[modifier]

Le sentiment national est puissamment mobilisateur, comme l'avaient compris dès le printemps des peuples de 1848 certains conseillers de dynasties européennes et ottomane[2][3].

Marx remarquait que les bourgeoisie nationales ont eu tendance à exalter le nationalisme comme étendard de leur solidarité face aux autres bourgeoisies, pour y rallier le peuple tout entier :

« Pris individuellement, le bourgeois lutte contre les autres, mais en tant que classe, les bourgeois ont un intérêt commun, et cette solidarité, que l'on voit se tourner au-dedans contre le prolétariat, se tourne au-dehors contre les bourgeois des autres nations. C'est ce que le bourgeois appelle sa nationalité. »[4]

Etant donné que dans un peuple, il y a des classes en lutte, et que les socialistes prennent le parti du prolétariat, il y a une certaine méfiance parmi eux à utiliser le terme de "peuple" et à reprendre des revendications démocratiques.

Cependant, Lénine ne réduisait pas le programme du parti ouvrier à un programme ne concernant que les ouvriers :

« Seuls les "économistes" de triste mémoire pensaient que les "mots d’ordre d’un parti ouvrier" étaient proclamés exclusivement à l’intention des ouvriers. Non, ces mots d’ordre sont proclamés pour l’ensemble de la population laborieuse, pour le peuple tout entier. Dans la partie démocratique de notre programme [...] nous nous adressons spécialement au peuple tout entier, et c’est pourquoi nous y parlons du "peuple".»[5]

Internationalisme prolétarien et anti-impérialisme[modifier]

Marx pensait que la condition du prolétariat s'uniformisait et rendait cette classe mondiale, lui donnant partout les mêmes intérêts. En 1845, il écrivait déjà :

« La nationalité du travailleur n'est pas française, anglaise, allemande, elle est le travail, le libre esclavage, le trafic de soi-même. Son gouvernement n'est pas français, anglais, allemand, c'est le capital. L'air qu'il respire chez lui n'est pas l'air français, anglais, allemand, c'est l'air des usines. »

Ou encore dans l'Idéologie allemande : « Tandis que la bourgeoisie de chaque nation conserve encore des intérêts nationaux particuliers, la grande industrie créa une classe dont les intérêts sont les mêmes dans toutes les nations et pour laquelle la nationalité est déjà abolie »[6]

Le Manifeste communiste de 1848 se concluait par la célèbre formule : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

Plus tard, Lénine insistera sur la nécessité de « revendiquer la liberté de séparation politique pour les colonies et les nations opprimées par "sa" nation. Sinon, l'internationalisme du prolétariat demeure vide de sens et verbal ; ni la confiance, ni la solidarité de classe entre les ouvriers de la nation opprimée et de celle qui opprime ne sont possibles »[1]

Lors de la guerre sino-japonaise (1937), Trotsky plaidait pour la lutte militaire interclassiste contre l'envahisseur japonais. Il disait : «Les organisations ouvrieres du Japon n'ont pas le droit d'être patriotes, mais celles de Chine l'ont. »[7]

Exemples[modifier]

Nationalisme en France[modifier]

Affiche anti-communiste de 1927

En France, au 19e siècle, ce mouvement politique s'est vite répandu dans certaines couches de la population ouvrière (les ouvriers de la génération de l'artisanat, en bref, pas tellement celle de la grande industrie qui s'en est démarqué explicitement en 1888 au 3e Congrès des syndicats ouvriers de France), sous l'impulsion de partis de gauche : le patriotisme/nationalisme est alors opposé au capitalisme.[8]

L'Union sacrée de 1914 révèle à quel point l'idéologie nationaliste imprègne les milieux dirigeants des syndicats et « partis ouvriers bourgeois », de la SFIO jusqu'aux pseudo-anarchistes comme Jouhaux. Il y a alors un lien étroit entre refus du nationalisme réactionnaire et refus du réformisme : la minorité révolutionnaire scissionne et forme la SFIC (futur PCF).

Les sentiments chauvins de 1914, même s'ils ont été affaiblis sous l'effet du carnage et du désastre social, ont été longtemps utilisés dans la rhétorique anti-communiste. D'autant plus que les positions anti-impérialistes du PC des années 1920 (contre l'occupation de la Ruhr, contre la guerre au Maroc...) insupportent la bourgeoisie.

Le 22 avril 1927, le ministre de l’Intérieur radical Albert Sarrault prononce un violent réquisitoire contre ce parti, que résume sa formule « le communisme, voilà l’ennemi ».

La question nationale en Russie[modifier]

Article détaillé : Question nationale en Russie.

La question nationale en Russie a toujours été importante du fait de la présence de nombreuses minorités ethniques au sein de la Russie et au sein de l'ancien Empire tsariste et de l'URSS. Les social-démocrates russes ont essayé d'y apporter chacun leurs réponses, et les luttes des minorités nationales en 1917 ont joué un rôle dans la révolution d'Octobre. Lénine a toujours argumenté résolument pour le "droit des nations à disposer d'elles-mêmes"[9]. Trotski dira plus tard : « la politique nationale de Lénine entrera pour toujours dans le solide matériel de l’humanité. »[10] Avec la bureaucratisation, la politique soviétique envers les minorités est très redevenue réactionnaire.

Nationalisme et matérialisme[modifier]

Le nationalisme est souvent décrit par ses critiques comme un sentiment irrationnel. Certains considèrent même que le nationalisme contredit la conception matérialiste de l'histoire, parce qu'il introduit un fort élément d'irrationnalité non explicable en termes d'intérêts économiques.

Par exemple, dans un livre écrit en 1920 pour critique le bolchévisme, Bertrand Russel écrit :

« Le facteur non économique le plus évident, celui dont la méconnaissance a le plus égaré les socialistes, c’est le nationalisme. Certes une nation, une fois constituée, a des intérêts économiques qui déterminent pour une large part sa politique ; mais ce ne sont pas, en règle générale, les motifs économiques qui décident quel groupe d’êtres humains doit former une nation. Trieste, avant la guerre, s’est considérée comme une ville italienne, bien que toute sa prospérité comme port ait dépendu du fait qu’elle appartenait à l’Autriche. Aucune raison économique n’entre dans l’opposition de l’Ulster avec le reste de l’Irlande. En Europe orientale, la balkanisation produite par l’auto-détermination des peuples a été évidemment désastreuse du point de vue économique, mais a été commandée par des raisons qui étaient essentiellement d’ordre sentimental. » [11]

Russel, comme beaucoup d'autres, soutient par ailleurs que la Première guerre mondiale a été irrationnelle du point de vue des profits capitalistes, et donc qu'elle ne cadre pas avec le matérialisme historique.

Notes et sources[modifier]

  1. 1,0 et 1,1 Lénine, La révolution socialiste et le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, 1916
  2. Anne-Marie Thiesse, La création des identités nationales : Europe XVIIIe ‑ XIXe siècle, éditions du Seuil,‎ 1999
  3. Benedict Anderson, L'imaginaire national : Réflexions sur l'origine et l'essor du nationalisme,1983
  4. Karl Marx, A propos du Système national de l'économie politique de Friedrich List, 1845
  5. Lénine, Une caricature du marxisme et à propos de l’ « économisme impérialiste », 1916
  6. K. Marx - F. Engels, L'idéologie allemande, 1845
  7. Trotsky/Li Furen, Discussion sur la question chinoise, 11 août 1937
  8. Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France : (XIXe ‑ XXe siècle) Discours publics, humiliations privées, éditions Hachette,‎ 2009
  9. Lénine, La révolution socialiste et le droit des nations à disposer d'elles-mêmes, 1916
  10. Léon Trotsky, Histoire de la révolution russe - 40. La question nationale, 1932
  11. Bertrand Russell, Pratique et théorie du bolchevisme, 1920