Internationale Communiste

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L'Internationale Communiste (IC), ou Troisième internationale, a été crée en 1919 par scission avec l'Internationale ouvrière, sous l'impulsion des bolchéviks victorieux. La perspective de la révolution socialiste est réaffirmée, par opposition à la trahison du mouvement social-démocrate. Mais l'IC va très vite se staliniser en même temps que l'URSS, et deviendra un appareil contre-révolutionnaire.

L'IC était aussi appelée Komintern d'après son nom russe Коммунистический интернационал (Kommounistitcheskiï internatsional).

Rupture avec la Deuxième internationale[modifier]

La guerre et les résistance des internationalistes[modifier]

Le pacifisme était une valeur proclamée des socialistes, et les partis social-démocrates de l'Internationale ouvrière menaçaient officiellement les gouvernements bourgeois d'une agitation révolutionnaire au cas où une guerre était déclarée. Mais le 4 août 1914, la Première guerre mondiale éclate, et les députés du Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) votent les crédits de guerre. Lénine apprend de son exil à Zurich cette trahison du plus grand parti ouvrier au nom de l'Union Sacrée, c'est à dire la collaboration de classe. De nombreux autres partis se rangent chacun derrière leur "Nation", et les frères de classe se retrouvent opposés dans les tranchées...

Les opposants à cette ligne, minoritaires, se retrouvent en septembre 1915 lors de la conférence de Zimmerwald (convoquée par le Parti socialiste italien), puis en avril 1916 à la conférence de Kienthal. Parmi eux, un clivage apparaît vite entre une aile révolutionnaire, qui veut s'appuyer sur le chaos de la guerre pour précipiter la chute des capitalistes (défaitisme révolutionnaire), et une aile centriste, qui appelle au pacifisme. Certains « centristes » veulent convaincre l'Internationale et se réconcilier, tandis que Lénine déclare qu'elle est morte, et qu'il faut en fonder une nouvelle. Dans ses Thèses d’avril de 1917, Lénine affirme la nécessité d’une nouvelle internationale.

La révolution russe[modifier]

En février 1917, un mouvement populaire provoque la chute du régime tsariste en Russie, et un gouvernement provisoire bourgeois est mis en place. Lénine rentre en Russie, et parvient à orienter le parti bolchévik sur une ligne sans concession mais capable d'obtenir l'appui croissant des masses. Le Premier Mai (le 18 avril, d'après le calendrier russe d'alors) eut lieu une immense manifestation populaire à Petrograd. Des bolchéviks avaient installé sur la façade du palais Marie, alors siège du gouvernement provisoire, une banderole rouge proclamant : « Vive la Troisième Internationale ! »[1]

La politique du parti bolchévik lui permit de devenir majoritaire et, en Octobre, de diriger la première grande révolution socialiste.

Cette victoire, créant une « grande lueur à l'Est » (Jules Romains), contribue à une vague révolutionnaire en Europe, et donne aux bolchéviks un immense prestige. Selon Paul Levi, dirigeant communiste allemand, la révolution russe « rendait le courage aux découragés, le calme à ceux qui désespéraient, l’orgueil aux humiliés, l’humanité aux déshumanisés ».

Fondation (1919)[modifier]

La nouvelle, en janvier 1919, d’une réforme de la Deuxième Internationale, amena les bolcheviks à tâter le terrain pour la formation d’une nouvelle Internationale qui pourrait se faire à Berlin. Avant qu’elle puisse se réunir, Liebknecht avait précipité l’insurrection spartakiste qui fut brisée par la social-démocratie. La première réunion de l’Internationale fut déplacée à Moscou. Ce déplacement devait être temporaire, jusqu’à ce que la révolution éclate à l’Ouest.

Une conférence internationale appelée par les bolcheviks se tient en mars 1919 à Moscou, en pleine guerre civile, et les bolchéviks font pression pour qu'elle se transforme en congrès de fondation de la IIIe Internationale. Cependant le délégué du seul véritable Parti représenté (hors du Parti bolchevik), Hugo Eberlein du Parti communiste d'Allemagne, s'abstient sur la création d'une nouvelle internationale (il avait d'ailleurs été mandaté pour voter contre). Les bolchéviks font alors certaines manoeuvres[2] pour que ce congrès paraisse pour plus que ce qu'il était : par exemple, il firent voter en tant qu'Allemand un Allemand de la Volga (en Russie) qui n'avait aucun rapport avec le PC allemand, ils firent voter parmi les délégués américains Boris Reinstein, bolchévik qui avait vécu aux Etats-Unis, et globalement ils s'assurèrent de contacter des délégués favorables...

Le vrai congrès de fondation sera le deuxième, tenu à l'été 1920, en pleine euphorie de la marche sur Varsovie (guerre russo-polonaise). Lors de ce deuxième congrès, l'IC fixe des conditions précises pour l'appartenance d'un parti, connues comme les "21 conditions". Celles-ci visaient à assurer que la rupture avec la Deuxième internationale soit complète, pour que les nouveaux partis communistes soient clairement révolutionnaires. Par ailleurs, Trotski poussera en 1922 à l'exclusion des franc-maçons du parti communiste français.

Paradoxalement, alors que la révolution russe était extrêmement riche d'enseignements (dont la plupart ne pouvaient pas être tirés de l'expérience social-démocrate) les bolchéviks ont peu formalisé ces enseignements dans les années qui suivent immédiatement la révolution. La première raison est que l'urgence était la révolution en Europe qui semblait imminente. « Après Octobre, il semblait que les événements en Europe se dévelop­peraient d'eux-mêmes avec une telle rapidité qu'ils ne nous lais­seraient même pas le temps de nous assimiler théoriquement les leçons d'Octobre »[3]. Par ailleurs une autre raison était probablement que les leaders bolchéviks s'étaient trouvés extrêmement divisés aux moments clés de la révolution, voire opposés à Lénine (thèses d'avril, insurrection), et ne voulaient pas rappeler certains débats...

Programme de l'internationale communiste[modifier]

L'I.C et les révolutions coloniales[modifier]

Maquette de la Tour Tatline

Au cours des premières années de la révolution russe se posa avec force le problème des nationalités qui avaient été opprimées par le régime tsariste ou qui, vivant au voisinage de la Russie, avaient été éveillées par la Révolution. Aussi l'Internationale Communiste fut-elle amenée à prendre des positions sur la question nationale et coloniale, notamment à ses 2e 4e et 5e Congrès. Voici les conclusions de l'I.C. :

  1. L'I.C. se prononce pour le droit des nationalités à disposer d'elles-mêmes, jusque et y compris le droit de séparation. Ce n'était pas là quelque chose d'acquis, même parmi les marxistes révolutionnaires de l'époque : par exemple Rosa Luxemburg considérait que seule la bourgeoisie en profiterait.
  2. L'I.C. considère - pour la première fois dans l'histoire du mouvement ouvrier international que les nationalités et les peuples colonisés en lutte contre l'impérialisme peuvent être des alliés de la révolution socialiste. Dans la Seconde Internationale avant 1914, certains partis s'étaient élevés contre les expéditions coloniales, mais pas nécessairement contre la colonisation. L'I.C. a donc dû débarrasser de leurs préjugés d'anciens cadres socialistes de l'I.C.
  3. L'I.C. se prononce catégoriquement pour l'indépendance des partis communistes des pays colonisés, par rapport aux forces anti-impérialistes en lutte dans ces pays, tout en préconisant des alliances avec elles.
  4. L'I.C. envisage la possibilité pour certains pays de devenir des républiques soviétiques sans passer par une étape capitaliste. Mais on peut dire que cette position était liée d'une part à la perspective d'une victoire rapide de la révolution socialiste à l'échelle mondiale, d'autre part et surtout que cette perspective concernait d'anciens territoires de l'Empire tsariste. (Ce qui est quasiment une adoption de l'idée de révolution permanente).

Les transformations de l'IC étaient loin de se limiter aux textes de congrès. Par exemple, la 4e des 21 conditions d'appartenance à l'IC soulignait « la nécessité absolue de mener une propagande et une agitation systématique et persévérante parmi les troupes », tandis que la 8e insistait sur le fait que « tout parti appartenant à la IIIe Internationale a pour devoir […] de soutenir, non en paroles mais en fait, tout mouvement d'émancipation dans les colonies, [...] et d'entretenir parmi les troupes de la métropole une agitation continue contre toute oppression des peuples coloniaux ».

L'IC a par ailleurs organisé un Congrès des peuples de l'orient à Bakou en 1920.

En France, dans la jeune SFIC, un groupe autour de Nguyen-Ai-Quac (le futur Ho Chi Minh) fut très impliqué dans l’organisation des travailleurs d’origine coloniale vivant en France – l’Union intercoloniale. A partir d’avril 1922, une publication spécifique fut lancée : Le Paria. Hadjali Abdelkader et Messali Hadj furent également dans ce milieu et fondèrent l’Étoile Nord-Africaine, le premier grand mouvement pour l’indépendance de l’Algérie. Les deux grandes guerres de libération nationale qui ont secoué la France après 1945 – l’Indochine et l’Algérie – ont eu leurs origines dans les milieux communistes à Paris dans les années 1920.

L'IC et la paysannerie[modifier]

Dans son programme de 1928, l'IC indique encore qu'il ne faut pas collectiviser de force les petites et moyennes exploitations agricoles[4], mais combiner une logique d'aide immédiate à ces couches sociales et d'incitation au regroupement en coopératives. L'année suivante, Staline lancera la collectivisation forcée de toute l'agriculture.

Histoire et politique de l'I.C.[modifier]

Fromation des sections et recrutement[modifier]

Angelica Balabanova, qui fut secrétaire de l'Internationale, dresse un tableau très critique des méthodes de Zinoviev, président de l'Internationale, ce qui la conduira très vite à en démissionner. Elle décrit comment les dirigeants de l'Internationale poussaient à tout prix à créer de nouvelles sections, quitte à s'appuyer sur des individus peu formés et pas forcément intègres. Des gens qui vivaient en Russie et n'avaient que peu de rapports avec leur pays d'origine (parfois de simples prisonniers de guerre s'engageant à travailler pour la Russie contre salaire) y furent envoyés, portant la légitimité d'avoir été désignés par Moscou. Par ailleurs le pouvoir de l'argent investi par l'Etat soviétique pour mettre sur pied des sections attirait de nombreux arrivistes, et favorisait une soumission servile de ces nouvelles sections. Les méthodes les plus malhonnêtes furent parfois utilisées dans les polémiques contre les courants des partis socialistes opposés ou sceptiques par rapport à Moscou.

Balabanova raconte son inquiétude quand en 1921, d'un côté le socialiste français Marcel Cachin, qui avait été social-chauvin en 1914, fut admis dans l'Internationale, et de l'autre, des journaux russes lancèrent contre Serrati (leader de la gauche du PSI mais réticent à faire une scission) l'accusation d'avoir accepté de l'argent d'un membre de la police.

Le profil des nouveaux membres attirés par le jeune bolchévisme italien les rendait perméables au fascisme :

« [En Italie] comme en Allemagne, les Bolcheviks n’avaient exigé de leurs adhérents qu’une stricte obéissance, et bon nombre d’individus sans scrupule moral ni intellectuel — des hommes que la guerre avait entraînés à la violence — s’étaient sentis attirés par les groupes bolcheviks antisocialistes. Lorsqu’il devint dangereux d’être un « rouge », ces hommes affichèrent la même volonté de servir un chef « noir » qu’un chef « rouge ». Ils furent bientôt de ceux qui dirigèrent les attaques et les atrocités perpétrées contre les socialistes, anarchistes, républicains et antifascistes de toutes sortes. »[5]

Exclusion des gauches communistes (1920-1921)[modifier]

Dans les années 1920-1921, des conflits surgissent sur des questions de tactique révolutionnaire, en particulier avec un courant qui sera par la suite appelé "gauche communiste". Une partie d'entre eux faisait déjà partie de l'extrême gauche de la Deuxième internationale (Anton Pannekoek, Herman Gorter…), et beaucoup se radicalisent sous l'effet de la rupture avec l'opportunisme social-démocrate. Ceux-ci sont par exemple opposés à toute utilisation des parlements bourgeois, au travail dans les syndicats bureaucratisés, au rapprochement avec des courants centristes de gauche, à l'entrée dans le Labour party en Angleterre... Cela conduira à des exclusions de ces courants. C'est pour polémiquer contre ces courants que Lénine publie alors son livre Le gauchisme, maladie infantile du communisme.

En février 1922, une tendance au sein du parti bolchévik, l'Opposition ouvrière, lance "l'appel des 22"[6].

Echec de l'extension de la révolution (1919-1923)[modifier]

Les années 1919-1923 sont remplies d'espoir. Mais toutes les insurrections armées en Europe échouent et sont réprimées : révolte spartakiste de Berlin en janvier 1919, République des conseils de Hongrie au printemps 1919, reflux des grèves insurrectionnelles de 1919-1920 en Italie, suivies de la prise du pouvoir par Mussolini (1922), nouvelles tentatives en Allemagne en octobre 1923, dont l'échec rapide cause une immense déception… De plus, la défaite russe dans la guerre russo-polonaise brise tout espoir de l'Armée rouge d'atteindre Varsovie et Berlin et d'accélérer ainsi la propagation de la révolution. Au milieu des années 1920, la plupart des Partis communistes en Europe et dans le monde sont réduits à la clandestinité, ou sont l'objet de surveillance et de répression régulière, comme le PCF.

La "bolchévisation" (1924-1926)[modifier]

Au nom du centralisme démocratique, les discordances au sein des PC seront de moins en moins tolérées.

En 1924, le président du Komintern, Zinoviev, réputé et critiqué pour son autoritarisme, lance le mot d'ordre de bolchévisation des PC au 5e Congrès du Komintern. C'est un durcissement autoritaire qui provoque une crise et des exclusions dans la plupart des partis-membres. Au même moment, de surcroît, Staline, Zinoviev et Kamenev lancent une violente campagne pour mettre sur la touche les trotskistes en URSS comme à l'étranger. Boris Souvarine, l'un des principaux dirigeants du PC en France, est ainsi exclu dès 1924 pour avoir défendu Trotsky.

L'Internationale commence déjà à mener une realpolitik qui tourne de plus en plus le dos aux principes. Par exemple, une fois la prise du pouvoir par le fascisme italien (octobre 1922), la diplomatie soviétique se met à traiter avec Mussolini. Après le meurtre de Matteotti (juin 1924), la plupart des ambassadeurs étrangers à Rome s'étaient senti obligés de boycotter Mussolini quelques temps. Et pourtant, un mois plus tard, il était invité à déjeuner à l’ambassade russe. Les journaux publiè­rent une photo de Mussolini assis sous un portrait de Lénine avec la faucille et le marteau, à l’ambassade soviétique à Rome.

Bureaucratisation et stalinisation[modifier]

À partir de 1926, l'IC passe totalement sous la domination de Staline, qui est au centre d'un appareil de plus en plus bureaucratisé. Presque jamais sorti de Russie, ignorant les langues étrangères, souvent peu au fait des réalités de pays extérieurs qu'il ne connaît pas, Staline se montre méprisant envers l'international et l'Internationale (« la boutique »)[7].En 1927, la politique suicidaire de l'IC conduit le sanglant échec des communistes en Chine, malgré tous les avertissements de Trotsky. Mais l'effet concret de cet échec est de renforcer encore le pouvoir de la bureaucratie conservatrice, qui préfère la ligne de Staline. Celui-ci concentre désormais ses efforts sur l'URSS, et prétend développer le "socialisme dans un seul pays".

Il ne croit pas à une révolution mondiale qui n'en finit pas de se faire attendre, redoute les phénomènes insurrectionnels qu'il ne maîtriserait pas lui-même et qui attirerait des complications diplomatiques à l'URSS. À ses yeux, l'extension de la révolution passera par les conquêtes de l'Armée rouge. En attendant, l'Internationale doit surtout servir les intérêts nationaux de l'Union soviétique, assimilés à ceux du prolétariat mondial, même si Staline entretenait la fiction que le PCUS n'était qu'une section parmi d'autres. Si les directives étaient élaborées à Moscou, la plaque tournante du Komintern était Berlin jusqu'à l'avènement d'Hitler en 1933, puis Paris.

«Classe contre classe» (1928-1935)[modifier]

Après la défaite cinglante de 1927 en Chine, l'IC reçoit la consigne de passer immédiatement à de l'agitation et action révolutionnaire. En Chine, les communistes repliés dans les campagnes proclament de petites républiques soviétiques (sans aucune auto-organisation des masses). En Europe, cela se traduit surtout par une attitude sectaire envers les partis social-démocrates, que les PC vont désormais qualifier de "social-fascistes". Ils refusent tout front unique, et en particulier refusent d'organiser une riposte de classe face aux attaques des groupes fascistes. Cette tactique prendra le nom de "classe contre classe", dite aussi "troisième période".

Les fronts populaires (1935-1939)[modifier]

Après l'autre défaite cinglante, cette fois en 1932 face à Hitler, le 6ème congrès de l'IC (1935) fait un tournant à 180° et impose la tactique des "fronts populaires". Il s'agit de faire front avec la gauche de la bourgeoisie (bourgeoisie « nationale » dans les pays dominés, bourgeoisie « antifasciste » dans les pays centraux).

C'est ce qui va donner lieu au Front populaire de 1936 en France (alliance avec les socialistes et le parti radical), qui en deviendra l'archétype.

L'opposition de gauche de Trotsky[modifier]

Trotsky est exclu du Parti communiste d'Union soviétique et exilé en 1928.

Il espère encore quelque temps une régénération possible de l'IC, poussant à la constitution de groupes, séparés mais qui se déclarent "fractions du parti communiste". Face à la montée du nazisme en Allemagne et la politique catastrophique de l'IC, il espère une réaction dans l'appareil du PC allemand, qu'il voit comme la dernière chance de sursaut. Après la prise du pouvoir par Hitler, il déclare en 1933 que l'IC est irrémédiablement morte.

Trotsky dira en 1934 :

« Si l’I.C. n’avait pas été écrasée par la bureaucratie soviétique, mais avait poursuivi et développé la politique de ses quatre premiers congrès, elle aurait depuis longtemps assuré la victoire de la révolution dans de nombreux pays d’Europe et d’Asie » [8]

Il fonde en 1938 la IVe Internationale. D'autres opposants, souvent exclus, créent ou participent à l'Opposition communiste internationale, ou encore au Centre marxiste révolutionnaire international.

Les grandes purges (1937-1939)[modifier]

Article détaillé : Grande Terreur de 1937-1939.

A partir de 1928, Staline défigure totalement ce qui restait de communisme dans l'IC, tout en se proclamant l'héritier de Lénine. Il établit des dogmes figés qui prendront le nom de "marxisme-léninisme". Cette idéologie n'a plus pour fonction que de justifier la dictature "soviétique". Les moyens fournis par l'URSS, qui connaît alors une forte croissance, donnent à la bureaucratie stalinienne une puissance redoutable.

Mais Staline, qui s'est appuyé sur de nombreux vieux dirigeants bolchéviks, se retourne contre eux successivement. En 1929, il fait exclure Boukharine[9]. S'ouvre alors une frénésie d'élimination d'opposants, mais qui frappe de plus en plus systématiquement la "veille garde" bolchévique, qui pourrait finir par trouver insupportable le décalage avec les idéaux de la révolution qu'ils ont contribué à réaliser. Même des "loyaux" staliniens d'hier se retrouvent assassinés ou déportés sur des prétextes absurdes, par précaution, parce qu'ils en savaient trop, ou par paranoïa (selon certains, Staline avait des troubles psychiatriques).

L'Internationale est particulièrement visée par l'épuration. C'est l'époque où les témoins entendent chaque nuit le NKVD entrer à l'Hôtel Lux, quartier général de l'IC à Moscou, et où le lendemain matin, de nouveaux scellés ont été apposés sur les portes des employés et des militants arrêtés dans la nuit. Des vétérans tels que le Hongrois Béla Kun ou le Russe Ossip Piatnitsky disparaissent en prison, exécutés. Réfugiés à Moscou, plus de dirigeants du KPD sont victimes de la répression stalinienne que de la terreur hitlérienne, dont Hugo Eberlein ou Heinz Neumann. La femme de ce dernier, Margarete Buber-Neumann, déportée au Goulag à Karaganda, est livrée à la Gestapo en 1940 et envoyée à Ravensbrück. Tout l'état-major en exil du parti polonais est décimé, et la formation elle-même dissoute. Le parti palestinien et le parti yougoslave sont également dissous, mais Staline épargne le futur maréchal Tito, non sans avoir fait fusiller sa femme. Jaan Anvelt est chargé des purges au sein du parti communiste d'Estonie avant d'être lui-même éliminé.

La répression s'étend aux militants qui se sont battus dans la guerre d'Espagne, tels Antonov-Ovseenko, aux vétérans des Brigades internationales ou aux républicains espagnols réfugiés après la victoire de Franco. Si l'on épargne le chef du Komintern, le Bulgare Dimitrov, héros du procès de Leipzig intenté par les nazis aux prétendus "incendiaires du Reichstag" (1933), ses deux coaccusés, Popov et Tanev, finissent au Goulag.

Le chef du NKVD, Nikolaï Iejov, proposa même à Staline d'organiser un procès de Moscou spécifiquement consacré à l'Internationale. Sans doute parce que trop compliqué à exécuter, ce projet n'eut pas de suite.

Enfin, de nombreux agents moins illustres du Komintern furent rappelés à Moscou et arrêtés à leur arrivée, comme le Français Jacques Rossi. Ceux qui refusèrent de rentrer furent parfois retrouvés assassinés à l'étranger, comme le maître-d'œuvre de la propagande du Komintern, Willi Münzenberg.

Du Pacte germano-soviétique à la Résistance (1939-1941)[modifier]

Sortie exsangue des Grandes Purges, l'Internationale se vit ordonner, après l'entrevue Staline-Dimitrov du 7 septembre 1939, de faire l'apologie du Pacte germano-soviétique et de dénoncer la Seconde Guerre mondiale commençante comme un conflit inter-impérialiste.

Le PCF fut discrédité et interdit, le chef du PC britannique Harry Pollitt annonça sa rupture avec le Komintern, de nombreux militants quittèrent leurs Partis, ou se gardèrent de suivre réellement les consignes de Moscou (Charles Tillon, Georges Guingouin). En juillet 1940, dans le désarroi de l'invasion et en l'absence de liaisons régulières avec Moscou, une poignée de dirigeants clandestins du PCF avec Jacques Duclos et Maurice Tréand sondèrent même la Kommandantur de Paris pour obtenir la reparution légale de L'Humanité, et firent manifester inconsidérément les sympathisants communistes de région parisienne pour obtenir le retour des municipalités PCF déchues en 1939. Moscou, avertie, ordonna de mettre fin immédiatement aux démarches.

Au printemps 1941, le Komintern infléchit sa ligne et ordonna aux partis communistes d'Europe occupée de conclure des ententes avec des forces non-communistes pour lutter contre les Allemands. Le 15 mai 1941, le PCF fonda ainsi le Front National de Lutte pour l'Indépendance de la France. Le 22 juin 1941, avec l'agression de l'URSS par Hitler, le basculement dans la résistance à outrance fut totalement achevé. Le lourd tribut payé par les communistes restaura en bonne partie le prestige entamé par le Pacte, tout comme les victoires soviétiques.

Sur ordre de Moscou, qui espérait voir plus de troupes allemandes fixées dans les pays occupés, les PC durent pratiquer une stratégie d'action immédiate et d'attaques frontales de l'occupant allemand, exposant ainsi les militants, les otages et les populations civiles à de terrifiantes répressions coûteuses en hommes. Cela tendit souvent les relations avec les autres formations de la Résistance en France, en Yougoslavie ou en Pologne, qui critiquaient l'inutilité et le danger des attentats individuels contre les soldats allemands ainsi que le lourd coût des sabotages spectaculaires et des combats de guerilla prématurés. Beaucoup cependant admirèrent la détermination et le courage des communistes, qui leur semblaient les plus décidés à se battre tout de suite et les plus riches en martyrs (Colonel Fabien, otages de Châteaubriant...)

Dissolution[modifier]

Dès 1940, Staline songe à dissoudre le Komintern, mais diffère l'annonce pour ne pas sembler le sacrifier à l'entente avec Hitler. La IIIe Internationale est finalement dissoute au cours de la Seconde Guerre mondiale, le 15 mai 1943, afin de détendre les relations avec les alliés. La création du Kominform par Staline en octobre 1947 s'inscrit dans la continuité de la Troisième Internationale, mais il ne s'agit plus, comme son nom l'indique, que d'un « bureau d'information ». Cependant, dans les faits, les partis communistes occidentaux restèrent dominés comme avant par Moscou jusqu'à la déstalinisation de 1956, voire au-delà.

Le bloc de l'Est[modifier]

Lors de l'invasion de la Pologne et de la Finlande par l'Armée rouge en 1939-1941, les territoires occupés sont "soviétisés" (étatisation de l'économie), mais pas les pays baltes. Puis après 1945, l'Europe de l'Est passée sous contrôle soviétique est dans un premier temps laissée dans le marché, avant d'être étatisée également. Cela confirmait Staline dans son idée d'extension de la "sphère socialiste" par l'Armée rouge.

Ces incorporations provoqueront un débat parmi les trotskistes sur la nature de ces changements, et la nature de ces États (États ouvriers déformés ? Capitalismes d'État ? États bourgeois ?), en lien avec le débat déjà existant sur la nature de l'URSS.

Postérité[modifier]

Staline meurt en 1953. À partir de 1956, l'URSS rompt "officiellement" avec le stalinisme, et le Kominform est dissous le 17 avril 1956. À partir des années 1960 et de la rupture sino-soviétique, Mao Zedong et la République populaire de Chine se réclament de Staline.

Vingt-neuf partis et groupes ont déclaré avoir reconstitué la Troisième Internationale le 5 novembre 1995 à Sofia, mais son existence est purement anecdotique.

L'Internationale communiste et le féminisme[modifier]

L'Internationale Communiste convoqua une première conférence des femmes communistes et créa en 1920 un secrétariat international pour la propagande parmi les femmes, avec représentation permanente au Comité Exécutif de l'Internationale. Clara Zetkin disait que Lénine l'avait « grandement encouragé », car « beaucoup de camarades, et de bons camarades, ont vivement combattu l'idée que le Parti devrait avoir des organes spéciaux pour un travail systématique parmi les femmes. »[10]

L'IC insiste sur la nécessité d'accentuer la propagande envers les femmes prolétaires[11], notamment parce que lorsque celles-ci ne sont pas incluses dans le mouvement communiste, l'influence religieuse et bourgeoise peut les pousser dans le camp réactionnaire. Elle prend comme modèle l'implication des femmes dans la Révolution d'Octobre. La volonté de faire participer les femmes à tout type de tâches est réaffirmée, ainsi qu'une vigilance pour « que les ouvrières soient élues à l'égal des ouvriers dans les organes dirigeants des syndicats et des coopératives. »

Il y avait parfois dans les jeunes partis communistes des militant-e-s réellement investi-e-s sur le sujet de l'oppression des femmes. Par exemple Marthe Bigot était une syndicaliste et féministe active, qui voulait que le PC français soit bien plus engagé sur cette question que ne l'était la SFIO. Elle écrivait :

« En résumé on peut dire que le socialisme a aidé, dans une large mesure,  à l'émancipation de la femme, mais il n'a pas encore recherché sérieusement, sauf peut-être en ce moment en Russie, la cause profonde de l'esclavage féminin. Il n'a pas fait pour la femme le travail d'investigation théorique qu'il a fait pour le prolétaire. Il a cru trop facilement qu'en émancipant le travailleur, il émanciperait du même coup et entièrement la travailleuse. Cette conception est erronée. La femme occupe une situation inférieure dans la société pour d'autres causes que celles qui influent sur la destinée des travailleurs. »[12]

Militante de la gauche du parti, elle sera de plus en plus attaquée par la direction, qui taxera de "petit-bourgeois" le journal L'Ouvrière qu'elle dirigeait. Elle quitte le PC en 1925.

Des femmes ont été très investies dans les débuts du mouvement communiste au Japon.[13][14]

Dans la continuité du féminisme de la Deuxième internationale, on retrouve une essentialisation des femmes comme mères.

« Seul, le communisme créera un état de choses dans lequel la fonction naturelle de la femme, la maternité, ne sera plus en conflit avec les obligations sociales et n'empêchera plus son travail productif au profit de la collectivité. [...]
Reconnaître la maternité comme une fonction sociale, prendre et appliquer toutes mesures nécessaires à la défense de la femme dans sa qualité de mère. »[11]

L'IC réaffirme aussi une nette opposition à toute collaboration avec le féminisme non prolétarien, et donc a fortiori à des "organisations autonomes de femmes" :

« il n’y a point de question « spécialement féminine » ; tout rapport de l’ouvrière avec le féminisme bourgeois ne fait qu’affaiblir les forces du prolétariat et, en retardant la révolution sociale, empêche en même temps la réalisation du communisme, c’est-à-dire l’affranchissement de la femme. Nous n’atteindrons au communisme que par l’union dans la lutte de tous les exploités et non par l’union des forces féminines des deux classes opposées »
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L'ensemble de l'Internationale fait alors de la propagande pour l'obtention de droits égaux, et célèbre la journée internationales des femmes le 8 mars. La propagande mettait aussi l'accent sur la libération des femmes de l'esclavage des tâches domestiques, notamment par l'accroissement de la socialisation (cantines, crèches...). En ce sens l'IC n'avait à l'origine pas une vision totalement statique de la famille, et ne manquait pas d'être attaquée sur ce thème par les réactionnaires.

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Après la seconde guerre mondiale, les partis staliniens créent la Fédération démocratique internationale des femmes (FDIF), en même temps que d'autres organisations satellites "larges" (la FSM, la FMJD...). La FDIF sera centrée sur la paix et l'antifascisme, utilisés pour défendre les intérêts de l'URSS.

A partir des années 1930, le PC français assume des positions ouvertement anti-avortement et en défense de "la famille". En 1949, lorsqu’apparaît le livre Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, le PCF réagit en déclarant qu’il s’agit d’un scandale et Jean Kanapa, un des intellectuels les plus en vue du parti, qualifie l’ouvrage « d’immondice ».

Le PCF a dénoncé les partisanes de l'avortement. Elles sont qualifiées d'alliées de la bourgeoisie dont le but serait d'affaiblir les rangs de la classe ouvrière en les privant d'enfants et en la détournant de la vraie lutte pour le pain et le socialisme. (Thorez, 1956) Les femmes sont seulement fêtées en tant que mères. Ainsi le PCF ne soutiendra pas le MLF, malgré la participation de femmes militantes du parti.

Les congrès de l'I.C.[modifier]

Historiographie sur l'IC[modifier]

L’étude du communisme a été dominée par deux traditions : la pensée bourgeoise issue de la guerre froide, qui considère le communisme comme pourri dès le départ, et la pensée qui a longtemps dominé le mouvement ouvrier, la vision stalinienne qui présente le communisme des années 1930 comme l’héritier authentique de la révolution russe. Ces deux écoles ont pour point commun d'affirmer que Lénine menait directement à Staline, et tout ce qui dérangeait ce schéma simpliste était évacué. Beaucoup des fondateurs des partis communistes, disparus de l’Internationale dès qu’elle a commencé à dégénérer, sont absents des histoires.

Les seules voies dissidentes sont issues principalement des trotskistes, notamment des ouvrages de Pierre Broué. Récemment, les travaux d’une nouvelle génération d’historiens peuvent aider à faire la lumière sur les premières années de l’IC.

La IIIe Internationale n'a jamais mené à bien aucune révolution victorieuse. Mais elle reste un champ d'études historiques important. Elle continue aussi à fasciner comme remarquable organisation semi-secrète active dans tant de pays, et par la vie souvent romanesque de nombre de ses représentants clandestins. Elle a surtout été un vivier de cadres très importants. C'est là qu'ont été recrutés la plupart des dirigeants que Staline a placés ensuite à des postes-clés dans les partis communistes (Palmiro Togliatti, Jacques Duclos, André Marty, Artur London, la Pasionaria…) ou dans les gouvernements des « démocraties populaires » (dictatures staliniennes) : Tito, Ernő Gerő, Mátyás Rákosi, Wilhelm Pieck, Ana Pauker

Notes et sources[modifier]

  1. Léon Trotsky, Histoire de la révolution russe - 17. Les Journées d'Avril, 1930
  2. Voir les témoignages cités par Marc Ferro dans Des soviets au communisme bureaucratique
  3. Trotsky, Les leçons d'Octobre, 1924
  4. Internationale Communiste, VI° Congrès, Programme, 1928
  5. Angelica Balabanova, Ma vie de rebelle, 1981
  6. Appel des 22 (Opposition ouvrière), février 1922
  7. Boris Souvarine, Sur Lénine, Trotski et Staline, Éditions Allia,‎ 1998
  8. Trotsky, La situation présente dans le mouvement ouvrier et les tâches des bolchéviks-léninistes, (octobre 1934)
  9. Résolution au sujet du camarade Boukharine, 1929
  10. Clara Zetkin, Souvenirs sur Lénine (version anglaise différente), Janvier 1924.
  11. 11,0 et 11,1 III° Congrès de l'Internationale communiste, La propagande parmi les femmes, 1921
  12. Marthe Bigot, La servitude des femmes, 1921
  13. ISO, Women and the Early Years of Japanese Communism, juillet 2014
  14. Christine Lévy, Introduction. Féminisme et genre au Japon, 2012