Stalinisation

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La stalinisation est le nom donné au processus historique qui permit à Staline (et plus généralement à la bureaucratie naissante) d'effacer les dernières bribes de démocratie prolétarienne en URSS et d'affirmer son pouvoir dans tous les domaines ; mais ce processus impacta également et de façon durable les autres Partis ouvriers de par le monde, dont le Parti communiste français, ainsi que la IIIème Internationale, ce qui sera à l'origine de l'échec de nombreuses révolutions socialistes.

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Trotski employait le terme de "réaction thermidorienne" (en référence au thermidor ayant suivi la Terreur après la Révolution française) pour parler de ce phénomène.

Conditions préalables[modifier | modifier le wikicode]

La stalinisation a permis la conversion d'un régime plus ou moins centralisé et autoritaire, jusqu'au décès de Lénine, à un régime entièrement centralisé et totalitaire sous la férule de Staline. Mais elle n'est pas issue de la politique des révolutionnaires : d'autres conditions, objectives et subjectives, fûrent nécessaires. Il ne s'agissait donc pas, comme certains historiens et politologues l'ont présenté, d'un phénomène inhérent à la politique des bolchéviks et d'une déviation logique, mais d'une trahison de leurs idéaux et plus généralement de la victoire de la réaction.

Bureaucratisation du Parti communiste[modifier | modifier le wikicode]

Guerre civile russe[modifier | modifier le wikicode]

A la suite de la révolution de Février, les bolchéviks sont portés au pouvoir et se le disputent avec les menchéviks (fraction qui leur est opposée), les SR et les anarchistes (qui étaient très influents en Ukraine). Ils affirment leur mot d'ordre, initié par Lénine : « Tout le pouvoir aux Soviets » ! Cela passa notamment par la dissolution de l'Assemblée constituante de l'époque, qui est présentée, par nombre de penseurs bourgeois, comme la première atteinte à la « démocratie », alors qu'il s'agissait bien d'une situation de double-pouvoir qui ne demandait qu'à être renversée.

Mais les forces politiques réactionnaires, notamment les Cadets et les tsaristes, ne se laissèrent pas faire et mobilisèrent des armées contre-révolutionnaires, avec l'appui des occidentaux qui effectuèrent également des opérations sur le sol de la nouvelle Russie socialiste. Les communistes réagirent aussitôt avec le dévouement héroïque de nombreux ouvriers et paysans qui s'enrôlèrent au sein de l'Armée rouge créée par Trotski. Au prix de la destruction de la classe ouvrière et du mécontement des paysans, les bolchéviks remportèrent la guerre et repoussèrent toutes les factions ennemies (blanches, mais aussi anarchistes, notamment celle de Nestor Makhno en Ukraine).

Article détaillé : Guerre civile russe.

Accélération du processus de bureaucratisation après la guerre[modifier | modifier le wikicode]

La Russie socialiste, enfin en paix, est ruinée par tant d'années de guerres. Les dégâts sont incommensurables, le nombre d'ouvriers morts au combat s'élève à plusieurs millions, ceux ayant survécu aux combats, confrontés à la pauvreté, retournent pour la plupart à la campagne. Les bolchéviks ont dû, de plus, mater plusieurs rébellions, dont la plus importante, celle de Kronstadt, qui témoignait de l'état de délabrement et de désespérance des travailleurs russes. Lénine espère alors que la révolution s'étende à l'étranger, car il craint que le pays bascule dans l'anarchie si la situation perdure. Il sait qu'il doit mettre fin à la politique de communisme de guerre : lors du Xème Congrès du Parti communiste, il annonce à ses camarades la mise en place de la NEP. Pour faire taire les oppositions, il décide également d'interdire le droit de fraction, mettant de facto fin au principe de centralisme démocratique. Cette mesure, que Trotski regrettera, accélérera durablement le processus de bureaucratisation dans le Parti.

De plus, les Soviets, vidés de leurs meilleurs éléments, ne jouent plus un grand rôle dans l'après-guerre. La société est alors entièrement dirigée par les cadres communistes, d'autant plus qu'il s'agit, alors, du seul Parti en vigueur (la politique de Parti unique ayant été instaurée à l'aube de la guerre civile).

Lénine observe un dangereux développement du nationalisme qui se conjugue à celui de la bureaucratie. Il tente de s'interposer ; mais, malade, il ne peut en réalite plus faire grand-chose, car la future nomenklatura s'est déjà emparée des rênes du pouvoir. Et cette nomenklatura est incarnée par Staline, qui se hisse au poste de Lénine après sa mort.

Staline[modifier | modifier le wikicode]

C'est bien sûr Staline qui a donné ce nom à ce processus et orienté la politique de l'URSS vers le régime totalitaire que l'on connaît. Staline utilisait le ressort complotiste pour achever ses ennemis : instaurant le crime contre-révolutionnaire, les opposants à sa ligne politique sont calomniés et châtiés.

Trotski était conscient de la dérive bureaucratique du système russe et militait activement pour la restauration de la démocratie interne du Parti, en attendant la restauration du pouvoir des Soviets. D'autres bolchéviks, comme Boukharine, s'aperçevant de cette dérive, chercheront progressivement à prendre contact avec Trotski et à s'opposer plus ou moins frontalement avec le tyran. C'est dans ce contexte qu'en 1936, ce dernier asseoit définitivement sa présence en exécutant les anciens compagnons de route de Lénine lors des Procès de Moscou, des parodies de procès durant lesquelles les condamnés sont contraints d'avouer des crimes imaginaires avant d'être exécutés.

Echec de la révolution mondiale[modifier | modifier le wikicode]

Enfin, l'échec des révolutions prolétariennes en Allemagne et en Hongrie isolèrent définitivement l'URSS, qui n'avait plus le choix : ou être contrainte de coopérer avec les puissances occidentales, ou rester en retrait de l'économie mondiale au risque de dégénérer, aussi bien économiquement que bureaucratiquement. Lénine n'avait pas de position tranchée : il espérait simplement que la révolution s'étende effectivement à l'étranger, et qu'une puissance industrialisée puisse en venir en aide aux Russes. Mais malheureusement, rien ne se prédit comme prévu.

Staline mis alors sur place la politique du « socialisme dans un seul pays » : l'URSS resta en retrait du marché capitaliste mondial. Et si, effectivement, elle évita la crise, cela fût au prix d'un développement bien plus fastidieux et mal organisé, qui aboutit à une grande famine connue sous le nom de l'Holomodor en Ukraine.

Conséquences[modifier | modifier le wikicode]

Partis Communistes étrangers[modifier | modifier le wikicode]

Le phénomène de stalinisation toucha tous les Partis Communistes de l'époque, qui se bureaucratisèrent à une plus ou moins grande vitesse. Très rapidement, les bureaucrates inféodés à Moscou prirent plusieurs mesures qui fossoyèrent de nombreuses révoltes.

  • Lors de la révolution chinoise de 1927 : sous les consignes de l'IC, le PCC et ses militants suivent une politique de front unique avec les nationalistes de Tchang Kai-Chek face à l'impérialisme japonais. Mais les communistes se sont fondus parmi leurs ennemis, ce qui a abouti à l'annihilement du mouvement ouvrier chinois. Ce seront donc les paysans qui soutiendront le PCC en 1949, ce qui aboutira à une nouvelle révolution qui fût nullement socialiste.
  • Lors des grèves générales en France de 1936 : le PCF sous l'égide de Thorez collaborent avec le gouvernement du Front Populaire et ne tentent pas d'aller plus loin. Le mouvement ouvrier, laissé à lui-même, place sa confiance dans le gouvernement, qui ne fera rien, avant la guerre.
  • Lors de la révolution espagnole des années 1930 : les staliniens intègrent le gouvernement du Fronte Popular des régions restées sous contrôle de la République et mènent la lutte contre les hordes franquistes. Mais, s'étant privés du soutient populaire (et notamment des anarchistes), les fascistes prendront le dessus. D'autant plus que le mouvement ouvrier français, n'ayant remporté la victoire, ne pourra venir en aide à leurs camarades espagnols.

Réaction en URSS[modifier | modifier le wikicode]

Staline détruisit également les droits arrachés par les bolchéviks à l'issue de la Révolution : criminalisation de l'homosexualité et de l'avortement, taxation du célibat pour les femmes, retour des grades et privilèges dans l'armée... Elle s'accompagna également d'un fort antisémitisme, qui s'accentua après la guerre (complot des Blouses blanches).

Voir aussi[modifier | modifier le wikicode]

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]