Front populaire (France)

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Le Front populaire est le nom donné à l'alliance formée, à partir de 1934, par le Parti communiste français, la SFIO et le Parti radical, et qui a accédé au gouvernement en 1936. C'est ce gouvernement unitaire que les réformistes vantent comme le pourvoyeur de grands acquis sociaux comme les congés payés, mais c'est en réalité le gouvernement qui a tout fait pour calmer la grève générale de juin 1936, ces acquis n'étant alors que des concessions du patronat pour éviter une révolution.

Contexte[modifier]

En 1931, la crise économique frappe la France. En 1936, on compte 1,5 millions de chômeurs complets ou partiels pour 10 millions de travailleurs (soit 15%). La classe ouvrière, les paysans, les classes moyennes sont touchés, et la démocratie parlementaire est discréditée. Des groupes d'extrême-droite exploitent la situation.

Historique[modifier]

Divisions du mouvement ouvrier[modifier]

Au début des années 30, le mouvement ouvrier est affaibli et divisé :

Le mouvement syndical est affaibli et divisé de façon identique :

  • la CGT, dominée par la SFIO, compte 700 000 membres dont 200 000 ouvriers d'usine ;
  • la CGTU, dominée par le PCF, compte 200 000 membres.

La IIIe république et le 6 février 1934[modifier]

Les radicaux ont remporté les élections de 1932, mais ce deuxième « cartel des gauches » n'est pas soutenu par la SFIO. Les radicaux mènent une politique de « déflation » et d’« orthodoxie financière » (on dirait aujourd'hui « d'austérité »), c'est-à-dire une politique bourgeoise et anti-sociale. Mais les radicaux (classés à gauche) sont aussi détestés par la droite conservatrice, monarchiste, et le nouveau milieu fascisant qui émerge. Ils dénoncent un régime parlementaire inefficace, corrompu, rempli de franc-maçons... En janvier 1934, l'affaire Stavisky (un scandale financier impliquant un escroc juif et des politiciens radicaux le couvrant) déchaîne la haine et l'antisémitisme.

Le 6 février 1934, suite à la révocation du préfet de Police de Paris proche de l'extrême droite, Jean Chiappe, les groupes fascistes ou fascisants organisent une manifestation qui dégénère en émeutes contre le Parlement. Le PCF appelle à manifester à la fois contre le gouvernement et les bandes fascistes. Des affrontements violents ont lieu (15 morts, plus de 2000 blessés). Sous la pression de la rue, le gouvernement démissionne.

Tournant vers l'unité[modifier]

La chute du gouvernement provoque un choc dans la classe ouvrière française, qui va dès lors imposer l'unité à ses organisations pour lutter contre le péril fasciste. Le 9 février, le PCF manifeste seul. Mais 3 jours plus tard, la CGTU se rallie à la manifestation organisée par la CGT ! La grève du 12 est un succès inespéré, et les cortèges communiste et socialiste fusionnent aux cris d'« Unité ! Unité ! ».

Mais si la IIIe Internationale abandonne son cours sectaire, ce n'est pas pour réaliser l'unité des organisations ouvrières. La ligne de Staline n'est pas d'oeuvrer à l'unité du mouvement ouvrier international, mais de chercher l'alliance des ouvriers français avec leur bourgeoisie contre la bourgeoisie allemande. C'est pourquoi le PCF, qui a conclu un accord anti-fasciste avec la SFIO en juillet 1934, veut aussi s'allier avec le Parti radical, qui est le principal parti de la bourgeoisie française. En octobre, Maurice Thorez, dirigeant du PCF, plaide pour une alliance entre ces trois partis. La gauche de la SFIO, partisane d'une alliance des organisations ouvrières, s'y oppose ; mais elle est battue au Congrès de Mulhouse (juin 1935).

Élaboration d'un programme réformiste[modifier]

Le PCF, la SFIO et le Parti radical se mettent d'accord sur un programme de relance, « une entente sur la lutte anticrise par la reflation, par l’accroissement de la consommation générale »[1]. Le programme ne comportait aucune nationalisation à part celle des industries de guerre (accusées d'avoir profité de la guerre) et des chemins de fer. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, par rapport à la SFIO (qui comportait un courant « planiste ») c'était le PCF qui était le plus hostile aux nationalisations, au nom de l'objectif immédiat de « réunir le plus grand nombre d’organisations et de citoyens ». A l'inverse le PCF mettait l'accent sur une taxation du capital, en la présentant comme une mesure « exceptionnelle » qui serait bénéfique à l'économie capitaliste :

« À un moment où les capitaux hésitent à s’investir, le prélèvement sur les grosses fortunes pour réaliser de grands travaux, loin d’être une faute est une nécessité économique : il permet d’investir dans l’économie nationale des capitaux nouveaux. Loin d’augmenter le chômage, il crée du travail et tout un nouveau courant d’affaires. »

Les socialistes et les radicaux s'opposaient au contraire aux taxations au nom de la compétitivité des entreprises.

Dynamique inattendue et polarisation[modifier]

Un "Rassemblement populaire", ou Front populaire, est donc formé entre socialistes, communistes et radicaux, sur la base d'un accord qui ne donne en rien satisfaction aux revendications des travailleurs (les radicaux s'y opposeraient). Le PCF centra sa campagne sur le mot d’ordre de « pour l’ordre, votez communiste »...

Mais cette alliance au sommet stimule, à la base, l'unité des travailleurs. Leur assurance croît de façon colossale. La 14 juillet 1935, 500 000 travailleurs défilent dans les rues de Paris. Le 1er mai 1936, il y a 250 000 grévistes à Paris. Les deux confédérations syndicales ont fusionné en mars.

Les images de propagande de l'époque expriment bien la bipolarisation de la campagne :

Affiche du Front national (alliance de toute la droite)


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La une d'un magazine VU de 1935


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Avril-mai : victoire électorale[modifier]

Chambre-1936.png

Cette confiance de la classe ouvrière s'exprime au moment des élections d'avril-mai 1936. Le 3 mai 1936, le Front populaire remporte les élections, et Léon Blum, chef de la SFIO, devient président du conseil (chef du gouvernement).

Il ne s’agissait nullement d’un raz de marée pour la gauche. Si le PCF doubla son score (1 500 000 voix), la SFIO perdit 300 000 voix et les Radicaux 400 000. Ainsi les partis du Front Populaire ne progressèrent que de 290 000 voix tandis que la droite ne recula que de 37,4 à 35,9%. Toutefois, les résultats électoraux marquèrent profondément la classe ouvrière. Se sentant le vent en poupe, elle entra en action.

Grève et accords de Matignon[modifier]

Cette victoire électorale a un immense écho dans les entreprises. Un mouvement de grève se développe en moins d'un mois, avec recours systématique aux occupations d'usines. Les grèves sont totales, et elles reçoivent le soutien de la classe moyenne et des cadres. La force colossale de la classe ouvrière attire les autres couches opprimées de la société.

Le patronat panique, mais aussi les dirigeants socialistes et communistes, qui ne voient pas d'un bon oeil ce mouvement susceptible de saper les bases de l'Etat bourgeois.

Les accords de Matignon accordent des avancées substantielles aux travailleurs : hausse de salaire, congés payés, semaine de 40 heures, conventions collectives, etc. Ces revendications ne figuraient pas au programme du Front populaire : elles ont été obtenues par la grève, et non par la simple victoire électorale. Et ces concessions sont considérées comme insuffisantes par beaucoup de grévistes. Les accords sont sont signés le 8 juin, mais il y a encore 2 millions de grévistes le 11 juin. Le PCF entre alors en première ligne pour arrêter les grèves.

La bourgeoisie se venge[modifier]

La SFIO et le PCF se mettent ensemble pour briser les grèves. Le patronat fait des concessions considérables pour conserver son pouvoir. Les syndicats comptent 5 millions de membres en 1937, le PCF et la SFIO comptent chacun, après 1936, plus de 200 000 membres. Le PCF atteint même rapidement les 380 000 membres. Mais la bourgeoisie garde les rênes du pouvoir, et récupère ce qu'elle a dû concéder : l'inflation rattrape les hausses de salaire, le gouvernement Blum est saboté économiquement, et la droite reviendra au pouvoir.

Notes et sources[modifier]