Action antifasciste (Allemagne, 1932)

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L'Action antifasciste était un mouvement autour du Parti_communiste_d'Allemagne (KPD), lancé en 1932 et écrasé par les nazis en 1933.

Contexte[modifier | modifier le wikicode]

Défaite de la révolution allemande[modifier | modifier le wikicode]

La révolution_allemande qui éclate en novembre 1918 fait tomber l'Empire... et sauve le capitalisme. En effet, les travailleur-se-s sont partout mobilisé-e-s et leur degré d'auto-organisation (conseils ouvriers) est très important. Leur conscience de classe a été nourrie de longues années d'encadrement par le Parti social-démocrate (SPD), et beaucoup pensent que l'heure est à la révolution, comme celle qui d'avoir lieu en Russie en 1917. Mais les dirigeants du SPD mettent en place une république capitaliste, et mettent toute leur énergie pour démobiliser les travailleur-se-s.

Le Parti communiste (KPD), né de la rupture des militant-e-s révolutionnaires avec les socialistes, est très rapidement devenu un parti de masse, mais n'arrive pas à dépasser le SPD. A partir de 1923, les possibilités de révolution à court terme se referment.

Dans ce climat, la réaction se renforce, et elle prend en particulier la forme du parti nazi (NSDAP).

En parallèle, le KPD devient comme l'ensemble des partis du Komintern un appareil soumis à l'URSS stalinienne.

Collaboration de classe des socialistes[modifier | modifier le wikicode]

Après avoir été le meilleur extincteur de la période révolutionnaire de 1918-1923, le SPD se vautre dans une politique de collaboration de classe tout au long de la République de Weimar. Il participe à des gouvernements bourgeois avec les libéraux et le Zentrum (parti catholique), ou quand ils sont trop à droite et qu'il craint de perdre trop de voix au profit du KPD, il les soutient de l'extérieur (il se présente alors comme une « opposition constructive »). Il renonce totalement à utiliser la force de la classe ouvrière, dont il organise la majeure partie, pour lui faire mener un combat indépendant. Le SPD a ainsi soutenu au nom du "moindre mal" le gouvernement Brüning en 1930 lorsqu'il applique une politique anti-ouvrière dure pour résoudre la crise (austérité).

Le SPD se fait le meilleur défenseur de la République et de la démocratie bourgeoise, et fait du socialisme son aboutissement graduel et pacifique. Il attaque donc le KPD sur le fait que celui-ci n'est pas "démocrate", et bien sûr il est aidé en cela par les tares du stalinisme.

Le KPD et le « social-fascisme »[modifier | modifier le wikicode]

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Au 6e congrès de l'Internationale communiste à Moscou en septembre 1928, Staline décide de donner priorité à la lutte contre la social-démocratie. C'est la politique de la "Troisième_période", qui succède à l’opportunisme des années 1923-1928, et qui met en avant la théorie du "social-fascisme".

Les dirigeants du KPD vont alors pointer le SPD comme l'ennemi principal, allant jusqu'à échaffauder des théories pour justifier que les nazis ne représentent pas spécialement un danger. Ils diront notamment que leurs excès conduiront à la guerre civile puis à la dictature du prolétariat :

« L’institution de la dictature fasciste ouverte, qui détruit les illusions démocratiques des masses et les libère de l’influence social-démocrate, accélère la marche de l’Allemagne vers la révolution prolétarienne. »[1]

En novembre 1931, la Rote Fahne, le journal du KPD, écrit : « le fascisme de Brüning n’est pas meilleur que celui de Hitler… C’est contre la social-démocratie que nous menons le combat principal. »

Paradoxalement, le "gauchisme" du KPD se combine avec un opportunisme envers le nationalisme... Le KPD met sur le même plan la "libération nationale" et la "libération sociale", espérant concurrence les nazis sur le terrain de l'agitation contre les réparations et le traité de Versailles. En 1931-1932, le KPD et le parti nazi NSDAP mènent des actions parallèles et parfois concertées afin de renverser la République de Weimar : le référendum contre le gouvernement social-démocrate de Prusse en août 1931[2], la motion de censure contre le gouvernement social-démocrate de Prusse en mars 1932, la motion provoquant la dissolution du Parlement allemand de juillet 1932, ou la grève commune des transports de Berlin en novembre 1932.

Absence de front unique ouvrier[modifier | modifier le wikicode]

De leur côtés, les social-démocrates se sont mis aussi à renvoyer de plus en plus dos-à-dos les nazis et les communistes.

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Le 11 octobre 1931 une opposition de droite se forme contre le gouvernement centriste de Brühning, le Front de Harzburg, entre les nazis, les nationalistes et les monarchistes.

En réaction, le 16 décembre 1931, les social-démocrates (SPD, syndicats et associations liées) forment avec les démocrates bourgeois un Front de fer (Eiserne Front), organisation paramilitaire visant à défendre la République de Weimar contre l'extrême droite, mais aussi contre l'extrême gauche communiste.

le KPD refuse de rejoindre ce front républicain, misant avec raison sur la nécessité d'une organisation réellement engagée sur le terrain, capable de défendre les quartiers ouvriers lors des raids des nazis. Officiellement, le slogan de la ligne adoptée par l'Internationale communiste pendant cette périodique était « classe contre classe ». Mais dans les faits, sa politique n'a pas du tout permis d'aller vers un bloc de classe en s'adressant aux ouvriers social-démocrates (front unique ouvrier), mais a facilité la main-mise du SPD sur ses ouvriers.

Ernst Thälmann, secrétaire du KPD, qualifiait le Front de fer d'« organisation terroriste du social-fascisme ».

Pour les staliniens, seul le KPD représentant la classe ouvrière, toutes les autres forces n'étaient que des variantes de fascisme. Le KPD lançait officiellement des "front uniques rouges", mais qui ne s'adressaient qu'aux sympathisants communistes.

Lancement de l'Action antifasciste[modifier | modifier le wikicode]

Un front du KPD avec lui-même[modifier | modifier le wikicode]

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Le KPD avait déjà formé des groupes d'auto-défense contre l'extrême droite dès 1920 avec les Centuries prolétariennes (relativement unitaires) qui sont dissoutes en 1923 par l'Etat.

Les organisations qu'il anime par la suite sont en revanche seulement des cache-sexes du parti. En 1924, le KPD lance l’Union des Combattants du Front Rouge (Roter Frontkämpferbund, RFB), officiellement une association non-partisane. Le RFB est dissout suite aux violents affrontements du 1er mai 1929. Certains de ses membres continuent leur combat dans l’Union de combat contre le fascisme (Kampfbund gegen den Faschismus), plus restreinte.

C'est dans la même veine que le 25 mai 1932, le KPD lance un groupe nommé « Action antifasciste » pour se présenter comme le meilleur rempart face au parti nazi. L’appel à l’Action antifasciste est publié dans le Drapeau Rouge, journal du KPD, et un premier rassemblement a lieu à Berlin le 10 juillet 1932 à Berlin. Dans les jours suivants, de nombreuses réunions ont été lancées dans d'autres villes : Brême, Dantzig, Dortmund, Dresde, Duisburg-Hamborn, Düsseldorf, Hanovre, Cologne, Konigsberg, Leipzig, Mannheim, Mülheim (Ruhr), Weilheim....

Pour certains, les deux drapeaux rouges du logo représentent le SPD et le KPD.[3] Ce qui semble peu probable vu l'hostilité que vouait le KPD au SPD.

La direction du KPD fait évidemment tout pour présenter l'Action antifasciste comme étant "unitaire". Elle prétendra que lors du congrès de fondation du 10 juillet, il y avait « 1550 délégués : 379 communistes, 132 socialistes et 954 sans parti ». Ce sont en réalité pour la plupart des membres ou sympathisants du KPD (les "social-démocrates" appellent d'ailleurs... à voter KPD !). Officiellement, le KPD invite 20 ouvriers social-démocrates le 8 juillet 1932 à venir au siège du parti poser des questions au leader Ernst Thälmann, et publie les 21 questions-réponses dans une brochure en juillet.[4]

Thälmann répond bien sûr oui à la question « Le Parti communiste envisage-t-il sincèrement le front unique ? » et non à la question « L'Action antifasciste est-elle une annexe du Parti communiste? » Mais ses réponses sont révélatrices : il ne s'agit pas de front unique, puisqu'il répond que l'Action antifasciste vise « la destruction de l'appareil d'Etat bourgeois ». Ce sera donc sans les réformistes.

On peut aussi relever une contradiction frappante : le KPD considère le SPD "fasciste comme les autres", mais appelle ses membres à un front antifasciste contre les autres... Thälmann fait aussi une interprétation gauchiste du front unique lorsqu'il prétend s'adresser uniquement "à la base" :

« Nous, communistes, qui ne voulons rien avoir de commun avec les dirigeants du parti social-démocrate, expliquons inlassablement que nous sommes prêts, à chaque instant, à mener la lutte antifasciste (...) avec les organisations de base qui veulent lutter. »

A quel "étage" s'arrête la "base" et commence ceux avec qui on ne peut pas discuter ? Et si des organisations "de base" veulent lutter mais veulent aussi que leurs directions soient consultées ? Les incantations sur l'unité à la base réduisent à l'impuissance.

De plus, la direction du KPD, qui exclut systématiquement pour "trotskisme" ceux qui prônent la nécessité du front unique, n'hésite pas à faire par moments de grands zigzags. Par exemple, le 22 juin 1932, la fraction communiste au Parlement de Prusse propose un accord avec la social-démocratie... et même avec le centre. La même chose se reproduit en Hesse. Le 20 juillet, le KPD interpelle le SPD et les syndicats pour leur proposer d'appeler à la grève générale.

Elections présidentielles de mars-avril 1932[modifier | modifier le wikicode]

Aux élections présidentielles de mars-avril 1932, le SPD comme le Front de fer soutiennent le Maréchal Hindenburg sous prétexte de contrer la candidature de Hitler (c'est ce même Hindenburg qui nommera Hitler chancelier quelques mois plus tard...). De son côté le KPD maintient la candidature de Thälmann, même minoritaire.

A ce moment au sein du SPD, une aile gauche contestait la direction et était en faveur de l'unité SPD-KPD, et donc pour la rupture du Front de fer. Ce qui montre qu'une politique de front unique et d'interpellation du SPD et de ses militants aurait pu avoir un impact sur la situation.

A partir de juin, le Front de fer adopte une attitude plus militante, parce que le régime de von Papen représente un net durcissement, que le SPD dénonce comme un "cabinet de barons", en référence à tous les aristocrates présents au gouvernement.

Elections législatives du 30 juillet 1932[modifier | modifier le wikicode]

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Les élections se déroulent dans un climat de tension extrême avec de violents affrontements, en particulier entre communistes et nazis (environ 500 morts). Le gouvernement von Papen prend le prétexte d'un affrontement particulièrement violent pour renvoyer les ministres socialistes du gouvernement local de Prusse (Preussenschlag du 17 juillet) et glisser vers ce qu'on peut qualifier de régime bonapartisme pré-fasciste.

En juin, une petite organisation, Internationaler Sozialistischer Kampfbund (ISK), appelle à « construire un front uni ouvrier, pas seulement au niveau parlementaire mais aussi dans l'auto-défense ».[5] Elle diffuse un Appel urgent à l'unité, adressé au SPD et au KPD, signé par 33 intellectuels de premier plan, comme Albert Einstein.

Le SPD et le Front de fer tentent de rivaliser dans la guerre des symboles avec les nazis, en lançant un "salut de la liberté" avec le poing serré, pour concurrencer le salut nazi, et en adoptant le symbole des trois flèches.

Aux élections, le NSDAP réalise un plan grand score que jamais, sortant premier (37,3%) devant le SPD (21,6%) en chute libre. Les communistes se renforcent très légèrement.

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Elections législatives de novembre 1932[modifier | modifier le wikicode]

Le symbole de l'Action antifasciste se retrouve sur de nombreuses affiches du KPD lors des élections législatives de novembre 1932.

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A l'issue des élections, le NSDAP est encore le premier parti, mais perd 2 millions de voix et 40 sièges. Beaucoup croient alors que Hitler n'accèdera pas au pouvoir. La presse communiste affirme même que le danger nazi est vaincu. Mais le 30 janvier 1933 vers midi, Adolf Hitler atteint son but : il est nommé chancelier. Le soir même, des milliers de SA effectuent un défilé nocturne triomphal sur Unter den Linden, sous le regard du nouveau chancelier, marquant ainsi la prise de contrôle de Berlin et le lancement de la chasse aux opposants.

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Ecrasement par le nazisme[modifier | modifier le wikicode]

Après la défaite de 1933, l’organisation fut écrasée, en étant seulement en mesure de réagir par une grève générale dans la petite ville de Mössingen le jour même de la prise du pouvoir par Hitler.

Le 7 février 1933, il y avait une conférence du parti à Berlin, où Thalmann prône une large alliance contre le fascisme. Le 3 mars, il est arrêté et emprisonné pendant plus de 11 ans, jusqu'à ce que Hitler décide son exécution le 18 août 1944. En 1935, Wilhelm Pieck succède à Thälmann, et le KPD prône comme objectif central la chute du nazisme, par la nouvelle ligne du « front populaire » qui prend le contre-pied total de la Troisième période.

Suite à l'affaire de l'incendie du Reichstag (27 février), une violente répression s'abbat sur le KPD. Le 2 mai, 24 heures après avoir accepté de défiler devant le chancelier, les syndicats sont dissous. Le SPD et tous les autres partis sont interdits le 14 juillet 1933.

Des anciens membres de l'Action antifasciste s'engagent dans la résistance clandestine autour du KPD, et un nombre important d'entre eux s’engageant dans les Brigades Internationales pour combattre Franco.

Inspirations ultérieures[modifier | modifier le wikicode]

L’Action antifasciste fut recrée pour un court laps de temps juste après la défaite de l’Allemagne nazie, principalement pour travailler en direction des soldats de l’armée allemande revenant dans leur pays.

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Il faut attendre la fin des années 1980 pour que le terme d’action antifasciste fasse sa réapparition. Au sein des « autonomes » l’anti-impérialisme cède en effet la place à l’anti-fascisme en raison de la force grandissante de l’extrême-droite. Ce processus amène la naissance en 1990 de l’Autonome Antifa [M] (Antifasciste autonome M, M étant soit pour mecredi, soit pour marxiste, selon la légende).

Reprenant le symbole aux deux drapeaux mais y ajoutant un noir, symbole de l’unité entre anarchistes et communistes, différents groupes s’organisent et forment en 1992 l’Action Antifasciste / Organisation au niveau fédéral,qui a un certain succès en Allemagne. Les deux principales organisations en étaient l’Antifaschistische Aktion Berlinet l’Autonome Antifa [M].

De nombreux groupes « Action antifasciste » se sont depuis formés dans d'autres pays sur ce modèle.

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]