Guerre civile russe

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Trotsky et l'Armée Rouge

La guerre civile russe, successive à la Révolution d’Octobre a duré exactement cinq ans, du 29 octobre 1917 au 25 octobre 1922. Causant entre 8 et 20 millions, elle s'est conclue par la victoire de l'Armée rouge, sur les armées blanches (soutenues par des forces impérialistes) et les armées vertes, mais au prix d'une bureaucratisation très forte du régime.

Le plus fort des combats a eu lieu de l'été 1918 à 1920. Après 1920, l'Armée rouge contrôle une grande partie du territoire et les Blancs sont cantonnés à la Sibérie. Sur le plan économique, la guerre civile a engendré la politique du « communisme de guerre ».

Contexte[modifier]

Révolutions de Février et d'Octobre[modifier]

Sur une population d'environ 160 millions, la guerre mondiale avait tué plus de 3 millions de Russes. Les souffrances des soldats et les horeurs vécues ont engendré une brutalisation de la société qui a élevé le niveau de violence. La guerre avait aussi ruiné ce pays déjà peu développé économiquement, et qui avait dû s'endetter fortement pour l'effort de guerre.

La haine du régime tyrannique des tsars dans les classes populaires russes était également très forte. Elle avait déjà conduit à la révolution de février 1917. Mais le gouvernement provisoire bourgeois ne prenait aucune mesure radicale, ne répondait pas aux besoins sociaux, et surtout, prolongeait la guerre. Dans cette situation d'entre-deux, le camp des révolutionnaires (bolchéviks) se renforçait, en parallèle du renforcement de la contre-révolution. Comme le souligne Trotsky :

"Ou bien Kornilov, ou bien Lénine" - c'est ainsi que Milioukov posait l'alternative. Lénine, de son côté, écrivait : "Ou bien le pouvoir des soviets, ou bien le kornilovisme. Il n'y a pas de milieu." C'est à ce point que Milioukov et Lénine coïncidaient dans leur jugement sur la situation, et non point par hasard : en contrepoids aux héros de la phrase conciliatrice c'étaient deux représentants sérieux des classes fondamentales de la société. Déjà la Conférence d'État de Moscou avait clairement montré, d'après les termes mêmes de Milioukov, que "le pays se partageait en deux camps entre lesquels il ne pouvait y avoir de conciliation ni d'accord sur le fond". Mais là où, entre deux camps de la société, il ne peut y avoir d'accord, l'affaire se résout par la guerre civile. [1]

Néanmoins presque personne ne « souhaitait » la guerre civile au sens de conflit sanglant. Les conciliateurs agitaient ce spectre jusqu'au dernier moment pour condamner toute rupture franche avec la bourgeoisie. Les bolchéviks insistaient au contraire sur le fait que plus le camp révolutionnaire serait résolu, moins il y aurait de violence. A de nombreuses reprises ils ont interpellé les menchéviks et les SR dans ce sens.

Lénine écrivait en septembre que « seule la transmission immédiate de tout le pouvoir aux soviets rendrait la guerre civile impossible en Russie »[2]. Il parlait d'une transmission du pouvoir aux soviets qui serait soutenue par l'ensemble des socialistes, c'est-à-dire une très large majorité du peuple. La nuit même de l'insurrection bolchévique (24-25 octobre a.s), Trotsky lançait devant des délégués du Congrès des soviets : « Si vous ne tremblez pas il n'y aura pas de guerre civile, les ennemis capituleront sur-le-champ, et vous occuperez la place qui vous appartient de droit, celle de maîtres de la terre russe. »[3]

Mais l'initiative révolutionnaire des bolchéviks a de fait déclenché la guerre civile. Elle a d'un côté stimulé comme jamais la participation des masses populaires, y compris à l'échelle mondiale, et de l'autre a lancé toutes les forces réactionnaires dans un assaut enragé contre le nouveau pouvoir.

De décembre 1917 à novembre 1918, les banques sont nationalisées ainsi que les chemins de fer, les moyens de transport et les industries de plus de 500 000 roubles de capital ; la propriété foncière est abolie, sans indemnités. Ces mesures expliquent à elles seules la mobilisation des grandes sociétés industrielles et bancaires (russes et occidentales) pour combattre le nouveau régime. Elles avaient investi avant-guerre des capitaux considérables en Russie et comptent bien en tirer un retour sur investissement. D’ailleurs, dans un premier temps, elles prennent la révolution comme une aubaine qui va leur permettre de démanteler le pays à leur profit.

Traité de Brest-Litovsk[modifier]

Article détaillé : traité de Brest-Litovsk.

En prenant le pouvoir en Russie, les bolcheviks avaient l'espoir d'un soulèvement révolutionnaire en Europe, plus que d'une paix signée entre la Russie révolutionnaire et les Etats impérialistes. Mais l'échec de la contagion révolutionnaire les obligea à se rabattre sur cette option.

Un armistice est signé le 15 décembre et des pourparlers de paix commencent le 22 décembre, la délégation russe étant conduite par Trotski, qui a fait publier dans l'intervalle tous les traités secrets et les plans de partage conclus entre puissances. Les exigences allemandes sont énormes : la Pologne, la Lituanie, et la Biélorussie doivent rester sous occupation allemande. Un débat fait rage au sein du parti bolchevik où trois positions s'affrontent. Certains, comme Boukharine défendent la nécessité d'une guerre révolutionnaire, Lénine pense qu'il faut céder le couteau sous la gorge, et Trotsky, qui l'emporte par 9 voix contre 7, propose de déclarer la fin de la guerre tout en refusant de signer une paix d'annexion.

En réaction l'armée allemande lance une offensive le 17 janvier, qui avance rapidement en Ukraine. La position de Lénine pour la signature immédiate de la paix l'emporte alors le 18 janvier dans le parti, mais les conditions exigées par les Allemands se sont encore aggravées. Le 3 mars 1918, les bolcheviks signent le traité de Brest-Litovsk qui ampute la Russie de 26 % de sa population, 27 % de sa surface cultivée, 75 % de sa production d'acier et de fer. La situation économique de la jeune république soviétique, déjà ravagée par une guerre meurtrière de quatre ans, semble désespérée.

La signature de ce traité très défavorable va soulever beaucoup de colère nationaliste, y compris dans la gauche révolutionnaire : cela va être le principal motif du retournement de la majorité des SR de gauche contre les bolchéviks.

Du côté des Alliés, on considère non seulement que la Russie a trahi son camp, mais aussi qu'elle est dans un tel chaos que le moment est propice pour la dépecer. Ainsi le 23 décembre 1917, lendemain du début de la Conférence de Brest Litovsk, des représentants de la France et de la Grande-Bretagne se réunissent à Paris et con­cluent un accord secret pour le démembrement de la Russie :

  • l’Angleterre se réserve les provinces baltes et le Caucase (surtout son pétrole)
  • la France choisit l’Ukraine de la Biélorussie à la Bessarabie et au Donetz (fer, charbon, bassin sidérurgique...) ainsi que les rives de la Mer Noire dont Odessa et la Crimée.

Chronologie de la guerre civile[modifier]

Fin 1917 : Premiers combats sporadiques[modifier]

Quelques combats sporadiques ont eu lieu dès les jours qui suivent la nuit de l'insurrection du 6-7 novembre 1917 (n.s). Ainsi dès le 12 novembre, Kerensky tente une contre-attaque à l'aide des Cosaques du général Krasnov. Ces derniers sont appuyés à Petrograd même par une mutinerie des junkers, avec des SR à leur tête. Les junkers sont rapidement défaits par les gardes rouges. Arrivés à 20 km de la capitale, les cosaques se heurtent à leur tour aux gardes rouges et subissent de lourdes pertes. Le 13 novembre, le grand Quartier général (stavka) de l’armée russe annonce marcher sur Petrograd « afin d’y rétablir l’ordre ». Rejoint par les chefs du parti SR, Tchernov et Gots, il propose la création d’un « gouvernement de l’ordre ». Cependant, la masse des soldats passe peu à peu aux bolcheviks, arrêtant les officiers. Le 18 novembre, l’état-major doit fuir dans le sud, le généralissime Doukhonine étant massacré par ses propres soldats.

Les frictions entre les bolchéviks et leurs alliés SR de gauche ne tardent pas à apparaître. Par exemple lorsque le Comité militaire révolutionnaire publie sans en référer à personne un décret qui entérine et encourage la « justice de rue », c’est-à-dire le lynchage de contre-révolutionnaires avérés ou supposés. Sur ce point et d’autres, les instances soviétiques donnent raison aux SR de gauche.[4]

Dans les villes et régions où les bolcheviks peuvent compter sur de fortes concentrations ouvrières (Ivanovo, Kostroma, centre miniers de l'Oural), ils ont généralement déjà le contrôle ; dans d'autres régions, ils doivent composer avec diverses forces de gauche et triomphent parfois au terme d'une confrontation armée assez brève (Kazan, Samara, Saratov, Nijni Novgorod, etc.) ; dans les bourgs et les régions agricoles, où les bolcheviks sont très minoritaires (Koursk, Voronej, Orel, dans les villes de Sibérie, etc.), la prise de pouvoir entraîne souvent des conflits sanglants. Cependant dans un premier temps les bolchéviks, ayant pris l'initiative, semblent facilement victorieux. Ils dirigent le coeur urbain et industrialisé de la Russie.

En janvier 1918, Lénine se laisse aller à danser sur la neige lorsque le gouvernement issu d'Octobre dépasse d'un jour la durée de la Commune de Paris de 1871. Mais c'est surtout dans les mois qui suivent et notamment à l'été 1918 que la guerre civile démarre vraiment.

Printemps 1918 : Premières armées blanches[modifier]

Cependant des régions entières restent indépendantes vis à vis de Moscou. C’est particulièrement le cas dans le Sud où une première armée blanche est constituée dans la région du Don par des milliers d’officiers et de junkers. Le général Kalédine, ataman des cosaques du Don se fait proclamer « commandant en chef des cosaques ». Il recrute une armée blanche contre-révolutionnaire parmi les cosaques de la Russie méridionale, proclame « l’indépendance du Don » et se prépare à marcher sur Moscou avec environ 200 000 hommes pour renverser le Gouvernement des So­viets. Il dispose de relais nombreux parmi les anciens officiers tsaristes, y compris sur Moscou et Saint Petersbourg.

L'armée des volontaires est formée par le général tsariste Alexéïev. Cette armée réprime les soulèvements bolchéviques à Rostov-sur-le-Don et Taganrog, les 26 novembre et 2 janvier. Le général Kornilov, arrêté à la suite de sa tentative de putsch en septembre et qui a pu quitter le monastère où il était interné, se joint à eux. Ils lancent alors la première campagne du Kouban (février - mai 1918).

Les gardes rouges ouvrières de Moscou et Petrograd, sous le commandement d’Antonov-Ovseïenko convergent vers le sud et mènent une guerre de partisans, qui finissent par chasser Kornilov en février.

C'est au point qu'apprenant la déroute des Blancs, Lénine croit pouvoir s'exclamer, le 1er avril 1918, que la guerre civile est terminée.

Quant au soulèvement des cosaques de l’Oural, il se conclut par un échec. Sur le front roumain, l’armée se décompose en détachements blancs, qui rejoindront l’armée blanche de Dénikine, et en régiments rouges.

Par ailleurs en Finlande (qui faisait partie de l'Empire russe), la guerre civile se termine au printemps 1918 par l'écrasement sanglant des rouges, qui montre aux bolchéviks ce qui les attends en cas de défaite. Et en effet, Kornilov était clair : « Même s'il faut brûler la moitié de la Russie et verser le sang de trois quarts de la population, nous le ferons si c'est nécessaire pour sauver la Russie ». L'écrivain blanc Leonid Andreïev écrivait : « Là où on fusille les gens comme des chiens, règnent la paix, la prospérité et un sens très fin de la légalité ».

Début des interventions impérialistes[modifier]

Plusieurs gouvernements (anglais, français, américain, canadien, japonais, roumain, polonais, grec, tchécoslovaque, italien...) engagent des moyens considérables pour renverser le régime issu de la Révolution d’Octobre, démanteler l’URSS et profiter de ses richesses. De janvier 1919 à janvier 1920, un blocus total décidé par les puissances étrangères frappe la Russie tout entière.

Ce sont des Américains qui prennent en Russie les premiers contacts avec les groupes opposés à la Révolution, en particulier par Maddin Summers, leur consul général à Moscou, qui a épousé la fille d’un grand seigneur. Leur activité consiste particulièrement à obtenir des subsides pour les armées blanches.

Au départ, le gouvernement bolchévique est particulièrement inquiet et prêt à de grandes concessions. Le 4 février 1919, il annonce par radio à tous les gouvernements capitalistes les propositions suivantes s'ils cessent leur intervention militaire :[5]

  1. Reconnaissance des dettes contractées par les précédents gouvernements de la Russie.
  2. Engagement de nos matières premières comme garantie du paiement des emprunts et des intérêts.
  3. Concessions à leur goût.
  4. Cession de territoire sous forme d´occupation militaire de certains districts par les forces armées de l´Entente ou de ses agents russes.

A ce moment-là les impérialistes estiment pouvoir vaincre totalement et n'acceptent pas.

Les différents fronts[modifier]

Au cours de la guerre civile, il y eut 16 armées rouges. Trois fronts principaux se constituent :

  • au sud (l'armée des Volontaires et celle des cosaques dans la région du Don, commandée par le général Dénikine) ;
  • au nord-ouest (armée de Ioudénitch) ;
  • en Sibérie occidentale (armée de l'amiral Koltchak, renforcée par les 40 000 hommes de la Légion tchèque) à Omsk.

À ces trois fronts s'ajouteront d'autres forces blanches plus ou moins autonomes :

  • en Sibérie orientale : les troupes cosaques de l'ataman Grigori Semenov appuyées par un fort contingent de « conseillers » japonais ;
  • en Mongolie : la division asiatique de cavalerie du baron balte Ungern von Sternberg.

Les lignes de front étaient extrêmement mouvantes. Par exemple, Kiev change 14 fois de mains pendant la guerre.

A l'été 1918, les bolcheviks ne contrôlent plus qu'un territoire encerclé et réduit en gros à l'ancien grand-duché de Moscovie. Mais ils ont l'avantage d'un bloc territorial cohérent, bien pourvu en routes et en voies ferrées stratégiques, face à des armées blanches dispersées et qui ne seront jamais capables de coordonner leurs offensives. Ils restent toujours maîtres des deux capitales.

Sillonnant le pays à bord de son train blindé devenu vite légendaire, Trotsky va d'un front à l'autre redresser la situation militaire, organiser les troupes et galvaniser les énergies. Dès l'été 1918, Trotsky reprend l'important nœud de Kazan. Puis l'Armée rouge défait une à une les armées blanches en commençant par Ioudenitch qui échoue dans sa marche sur Pétrograd en octobre 1919, puis presque simultanément à la mi-novembre Koltchak et Denikine.

Les rouges devaient également faire face à des révoltes de paysans contre les réquisitions et la conscription (« armées vertes »). Enfin, au milieu d'un pays en plein chaos, de nombreux groupes se livraient à des actes de banditisme et de pillage hors de tout contrôle et de toute idéologie.

La situation compliquée de la guerre civile souleva de nombreux débats dans le parti bolchévik. Trotski cite dans Ma vie quatre épisodes dans lequel il s'est retrouvé en désaccord avec Lénine :

  • au sujet de la situation sur le front de l'Est (été 1919)[6]
  • au sujet de la situation sur le front du Sud (été 1919)[6]
  • au sujet de l'abandon de Petrograd (été 1919)[7]
  • au sujet de la guerre avec la Pologne (été 1920)

Guerre avec la Pologne[modifier]

Article détaillé : Guerre soviéto-polonaise.

En 1920, la Pologne, mécontente de la ligne Curzon qui fixe ses limites à l'est, envahit la Russie bolchevique. La contre-attaque de l'Armée rouge conduit le général Toukhatchevski jusqu'aux portes de Varsovie. Les bolcheviks sont soulevés par un immense espoir : la prise de Varsovie ouvrirait le chemin de Berlin, et permettrait l'exportation de la révolution par les armes.

Mais les Polonais, qui viennent juste de retrouver leur indépendance après un siècle et demi d'occupation étrangère, font bloc contre un envahisseur qu'ils voient d'abord comme russe avant de le voir comme révolutionnaire. Le sursaut national permet au général Piłsudski, aidé de militaires français, de contre-attaquer. Moscou doit s'incliner par traité, et reconnaître la perte d'un important territoire.

Le dernier bastion blanc de Wrangel[modifier]

La période finale de la guerre fut le long siège des dernières forces blanches en Crimée. Piotr Wrangel y avait rassemblé les restes des troupes de Dénikine qui s'étaient fortifiés. Ils tinrent jusqu'à l'arrivée des Anarchistes ukrainiens de Makhno et de l'Armée rouge, après la guerre contre la Pologne. Alors les blancs furent débordés et leurs dernières troupes évacuées vers Constantinople en novembre 1920.

Le philosophe anglais Bertrand Russel décrit après son son voyage en 1920 un Etat stabilisé, n'étant plus vraiment menancé « de l'extérieur » :

« Je crois que tous ceux qui sont allés en Russie ces temps derniers sont convaincus que le gouvernement actuel est stable. Il pourra subir des modifications internes et pourrait facilement, sans Lénine, devenir une autocratie militaire bonapartiste. Mais ce serait là un changement émanant de l’intérieur – changement qui peut-être ne serait pas très grand – et qui ne ferait sans doute pas grand-chose pour modifier le système économique. » [8]

Derniers combats[modifier]

Les bolcheviks se retournèrent alors violemment contre leurs alliés de la veille, rompant l'accord passé. Fin 1920, le gouvernement a liquidé la Makhnovchtchina. Entre le printemps 1921 et fin 1922, l'Armée rouge aura aussi envahi et reconquis plusieurs Républiques momentanément indépendantes (Arménie, Géorgie, Asie centrale) qui sont réintégrées de force dans l'ex-Empire russe.

En mars 1921, la révolte de Kronstadt, tout près du coeur révolutionnaire de Petrograd, est la dernière grande menace à laquelle fait face le pouvoir soviétique.

L'écrasement de centaines de révoltes campagnardes locales culmine à l'été 1921 lorsque Toukhatchevski réprime la vaste révolte des paysans de la région de Tambov. La situation sera dès lors militairement maîtrisée.

Les forces en présence[modifier]

Les armées blanches[modifier]

Article détaillé : Armée blanche.

On ne peut pas réellement parler d'une seule et même Armée blanche, car les différents fronts étaient séparés, sous différents commandements de généraux blancs. Ces derniers n'avaient d'ailleurs pas tous le même objectif politique. Si la plupart étaient partisans de l'Ancien régime, certains comme Kornilov penchaient plutôt pour une forme de république dictatoriale (certains l'ont rattaché aux fascismes).

L'Armée rouge[modifier]

Article détaillé : Armée rouge.

L'Armée rouge est la seule véritable armée unifiée durant la guerre civile. Cependant, elle n'a pas existé d'emblée, et a dû être constituée dans l'action. A l'origine, la prise de pouvoir par les partisans bolchéviks s'est faite par un haut niveau d'auto-organisation, avec des « gardes rouges » dans les principales villes, c'est-à-dire des milices ouvrières autogérées. Face aux dangers des forces contre-révolutionnaires, les bolchéviks ont estimé que la seule voie de salut était dans le renforcement de la coordination et donc de la centralisation du commandement, dans une spécialisation des soldats (armée de métier) et des cadres (utilisation d'anciens officiers, surveillés par des commissaires politiques), et dans l'instauration d'une forte discipline.

Trotsky fut celui qui dirigea ce processus de création de l'Armée rouge. Fondée dès le près d'un million d'hommes à la fin de l'année 1918, et plus de 5 millions deux années plus tard, volontaires ou conscrits.

Les « armées vertes »[modifier]

Article détaillé : Armées vertes.

Les Armées vertes, essentiellement rurales, combattaient à la fois contre l’Armée rouge et contre les armées blanches, refusaient les réquisitions et la conscription. La démobilisation de près de la moitié des effectifs de l’Armée rouge renvoie 2,5 millions d’hommes au village, qui grossissent parfois les rangs de certaines de ces guérillas. En février 1921, la Tchéka dénombre 118 mouvements distincts en divers endroits du pays.

Ces armées vertes comptaient parfois seulement 500 à 1000 hommes mais elles atteignaient parfois aussi des effectifs bien plus importants : 100 000 pour "l’armée populaire de Sibérie", 40 000 pour celle de Tambov avec Antonov, jusqu’à 50 000 en Ukraine avec Makhno... Pour réprimer la Révolte de TambovToukhatchevski utilisera des armes chimiques.

Les « armées noires »[modifier]

Article détaillé : Armées noires.

Certains parlent d'armées noires pour les forces anarchistes. Le surnom a principalement été utilisé pour la Makhnovtchina, même si celle-ci est aussi souvent rattachée aux armées vertes du fait de sa base paysanne.

Dans l'Extrême-Orient russe, un bataillon dirigé par un anarchiste, Yakov Triapitsyn, a pris possession de Nikolaïevsk-sur-l'Amour, et y a massacré les habitants japonais présents (Incident de Nikolaïevsk). Il était alors, de façon confuse, dans le camp pro-bolchévik. Sous pression du Japon, le pouvoir bolchévik fera exécuter Triapitsyn.

Enfin la révolte de Kronstadt de mars 1921 est notamment dirigée par des anarchistes.

Les forces étrangères[modifier]

Plusieurs gouvernements (anglais, français, américain, canadien, japonais, roumain, polonais, grec, tchécoslovaque, italien...) engagent des moyens considérables pour renverser le régime issu de la Révolution d’Octobre. Leur activité consiste particulièrement à obtenir des subsides pour les armées blanches.

Néanmoins des troupes au sol sont aussi envoyées par certains pays. Les troupes japonaises débarquaient à Vladivostock le 5 avril 1918. Elles étaient fortes de 30 000 hommes, puis bientôt de 70 000 hommes, épaulés par de petits contingents anglo-franco-américains. En mai 1918, tout le long de à ligne du Transsibérien, les légions tchécoslovaques, fortes de 20 000 hommes, s'emparaient de plusieurs villes. Pendant l'été 1918, des contingents français et anglais débarquaient à Mourmansk et Arkhangelsk, et plus tard, après la fin de la guerre en Europe occidentale, débarquaient respectivement à Odessa et Bakou. L'armée turque également intervint au Caucase en 1919.

Les mercenaires[modifier]

À côté des différents camps, de nombreux chefs de guerre et aventuriers profitent de l'effondrement de l'autorité en Russie pour piller, massacrer et s'autoproclamer dirigeants de territoires plus ou moins vastes. D'autres s'engagent dans les armées régulières par opportunisme. L'ataman Grigoriev constitue ainsi une bande formée de soldats, de déclassés et de mercenaires qui se met successivement au service de Simon Petlioura, de l'Armée rouge et des Blancs, sans renoncer à aucun moment aux massacres et aux pillages. Grigoriev finira abattu par Makhno, auquel il s'était brièvement allié.

Les démocrates et réformistes[modifier]

Au milieu de la profonde radicalisation politique, les forces qui voulaient se situer dans un entre deux entre les rouges et les blancs ont été soit poussées par la forces des choses dans un camp, soit écrasées.

L'aile réactionnaire et tsariste a vite pris le contrôle de l'ensemble de l'opposition aux bolcheviks. En juin 1918, à Samara, un comité formé d'ex-membres de l'Assemblée constituante (Komuch), dominé par des SR, proclama un gouvernement « démocrate », qui emprisonna les bolchéviks. De même, à Oufa, en septembre, un front anti-bolchevik unifié avait formé un gouvernement provisoire et un directoire siégeant à Omsk. Mais l'extrême-droite a vite le dessus sur eux : Koltchak renverse ce directoire dès novembre 1918, et prend le titre de « régent suprême de Russie ».

Une guerre de classe[modifier]

L'enthousiasme révolutionnaire[modifier]

En juillet 1919, Lénine fait une déclaration pleine d'optimisme :

« Ce mois de juillet est le dernier mois de juillet difficile. Le prochain mois de juillet, nous saluerons la victoire de la République internationale des Soviets et cette victoire sera irréversible et totale »[9]

Toutefois, l’atmosphère turbulente qui menaçait le capitalisme ne dura pas longtemps. A la fin mai, la république soviétique bavaroise, isolée même en Allemagne, tombait. Elle fut suivie en août par la république soviétique hongroise qui succombait à cause de disputes internes et face à l’armée roumaine appuyée par les Alliés. A l’automne, la menace Blanche, en Russie, atteignait son maximum. Youdenitch était aux portes de Petrograd, Koltchak arrivait de Sibérie et Denikine d’Ukraine. En octobre et novembre 1919, la survie du régime ne tenait qu’à un fil.

L’Armée rouge a gagné cette guerre grâce à la profondeur du soulèvement populaire révolutionnaire commencé en 1917. Elle comptait des centaines de milliers de militants politiques, d’ouvriers, de petits paysans, de jeunes absolument déterminés à chasser le tsarisme, à instaurer une société meilleure. Beaucoup sont morts "par le froid et la famine", "par les neiges et les tempêtes", sur des terres gelées, blessés sans médecins pour les soigner parce qu’ils pensaient instaurer pour toujours la paix, la liberté, la justice sociale...

Il suffit de lire le compte rendu de quelques batailles décisives pour se convaincre de l’importance de la conviction politique dans ces victoires remportées par l’Armée rouge.

Trotsky disait : « Ce n’est pas par la terreur que l’on fait des armées (...). Pour notre armée, le ciment le plus fort, ce furent les idées d’Octobre. ». Ou encore : « Le communisme ne sera instauré que par la persuasion et par l’exemple. » (1919)

Pourtant la situation matérielle était extrêmement difficile. Quand Victor Serge arrive à Petrograd en janvier 1919, il témoigne :

« Nous entrions dans un monde mortellement glacé. [...] Nous reçûmes dans un centre d’accueil de minimes rations de pain noir et de poisson sec. Jamais nul d’entre nous n’avait connu de si misérable nourriture. Des jeunes femmes en bandeau rouge et des jeunes agitateurs à lunettes nous résumaient l’état des choses: “famine, typhus et contre révolution partout”. Mais la révolution mondiale va nous sauver. »

Un vieux dissident soviétique, Grigori Pomerants, raconte dans la revue russe Novy Mir d’août 2001 l’épisode suivant, très révélateur. En 1950, il avait comme voisin au Goulag un paysan « devenu antisoviétique », mais, dit-il, « en 1920, après avoir entendu un discours de Trotsky ou de Zinoviev, il était prêt à partir à l’assaut du ciel. Et pas seulement lui, son régiment tout entier (...). Les rouges étaient prêts à donner leur vie pour le monde des soviets, pour un monde sans mendiants et sans infirmes. » Il ajoute « Croyez-en un soldat de la guerre : aucune bataille n’a jamais été gagnée par la terreur. La terreur est un moyen auxiliaire dans le combat ; le facteur décisif, c’est l’enthousiasme. »

Parmi les paysans la haine de la noblesse était également très puissante. Dans les siècles passés, la Russie avait déjà connu des soulèvements populaires immenses (Razine, Pougatchev...) terminés par des exécutions par milliers. Une fois la révolution d’Octobre lancée, la seule solution pour les pauvres consistait à aller jusqu’au bout. Ainsi un monarchiste et industriel disait : « Des profondeurs des masses paysannes montait quelque chose d’effrayant, qui réveillait le souvenir des révoltes populaires vécues par nos aïeux. » De même un banquier : « En Russie éclate un incendie à côté duquel la révolte de Pougatchev, les jacqueries, 1793 apparaîtront comme des troubles insignifiants. »

Dans le prolongement de leur bataillon contre les Blancs, les troupes bolchéviques s'avancent vers la Pologne en 1920. La direction bolchévique est divisée sur la question : la majorité derrière Lénine veut foncer, tandis que Trotsky et Radek prônent la prudence.

La guerre est aussi idéologique. 3700 affiches sont ainsi créées pendant la guerre civile.

Soutien international[modifier]

Le prolétariat dans les pays agresseurs n'est pas resté passif. Début 1919, la pression ouvrière obligeait également le Royaume-Uni à cesser l'agression de la Russie. Lloyd Georges, Premier Ministre anglais, annonçait non seulement que l’intervention britannique était finie, mais que les révoltes sur le Clyde et au sud du Pays de Galle alarmaient l’Etat sur le front intérieur: « si une opération militaire était entreprise contre les bolcheviks, l’Angleterre deviendrait bolchevique et il se constituerait un soviet à Londres. »

Fin mai 1919, la CGT décide de coorganiser une grève générale avec les Belges, les Britanniques et les Italiens, pour la journée de huit heures, le relèvement des salaires, la démobilisation, l’amnistie des pacifistes poursuivis pendant la guerre et la non-intervention en Russie. Mais les négociations sur la date vont traîner pendant des semaines. Ce sera finalement le 21 juillet. Les grèves de juin 1919, notamment celles des métallos de la région parisienne, auraient pu constituer le point de départ d'une révolution. Mais la direction de la CGT a préféré refroidir l'atmosphère. A tel point qu'après la démoralisation complète de la base syndicale, la CGT annule la grève générale internationale du 21 juillet.

Mesures de terreur[modifier]

Terreur blanche[modifier]

Les armées blanches représentent un type de force qui est à la charnière entre les réactionnaires d'avant 1914 et les fascismes des années 1920 et 1930, par exemple en ce qui concerne l’utilisation idéologique de l’antisémitisme.

Le général Grigorenko, qui fut très critique du comportement de l’armée rouge et qui devint un dissident du régime, témoignait que les habitants de son village qui avaient subi les deux terreurs, blanche et rouge, ont pris le parti de la terreur rouge et condamné la terreur blanche.

L'enthousiasme se rencontrait aussi dans les armées blanches, mais beaucoup moins. Des milliers, peut être des dizaines de milliers de combattants sont morts pour la « Sainte Russie » avec la même force de conviction, mais la plupart étaient seulement enrôlés et obéissant par discipline.

Or la seule discipline n'est pas inébranlable, surtout vis-à-vis d’officiers issus du tsarisme qui conservaient toutes leur attitude de privilégiés, par exemple dans les troupes de Koltchak.

Le 22 octobre 1919, alors que Petrograd est soumise à l’offensive de l’Armée Blanche de Ioudenitch, soutenu par le gouvernement britannique, et risque de tomber, Trotsky publie l’ordre du jour n° 158 exigeant le respect de la vie des prisonniers :

« Camarades soldats de l’Armée rouge ! Épargnez les prisonniers ! Recevez amicalement les transfuges. Dans l’armée blanche, les ennemis vénaux, corrompus, sans honneur, les ennemis du peuple travailleur sont une insignifiante minorité. La majorité écrasante est faite d’hommes dupés ou mobilisés de force. Une part importante même des officiers de la Garde Blanche combat contre la Russie soviétique sous la menace de la trique, ou parce qu’elle a été trompée par les agents des financiers russes et anglo-français et des propriétaires. » Et Trotsky souligne plus loin que son appel « ne s’adresse pas seulement aux simples soldats, mais aussi aux officiers ». 

Les armées envoyées pour combattre la révolution russe n’étaient pas immunisées contre les troubles : à Arkhangelsk, les troupes française, britannique et américaine refusèrent de se battre, et des forces françaises durent être évacuées d’Odessa et d’autres ports de la mer Noire après des mutineries.[10]

Le commandant des Etats-Unis en Sibérie, le général William S Graves, déclare dans son compte-rendu : « je suis tout à fait sûr de moi quand je déclare que les anti-bolcheviks en Sibérie Orientale, tuèrent 100 personnes pour chaque tué par les bolcheviks. »

Le général Ungern-Sternberg, surnommé le « baron sanglant », fut sans doute celui qui alla le plus loin dans la terreur. Dans son fameux « ordre numéro 15 », adressée à ses armées en mars 1921, l'article 9 commande « d'exterminer les commissaires, les communistes et les juifs avec leurs familles. »

L'Osvag, le service de propagande du gouvernement de Dénikine, fait courir de nombreuses rumeurs pendant la guerre sur l'existence de complots juifs

Terreur rouge[modifier]

Pour faire face aux difficultés, le gouvernement bolchévik prend de plus en plus de mesures de centralisation du pouvoir, de restriction des libertés publiques, de surveillance et de répression, regroupées sous le terme de terreur rouge.

Il organise d'abord la fusion des groupes de gardes rouges largement spontanés en une puissante Armée rouge, dirigée par Trotsky.

Le pouvoir prive les réactionnaires de droits politiques et suspend leurs journaux. Les mesures d'interdiction s'étendent de plus en plus à d'autres types d'opposants, comme les menchéviks, les SR et les anarchistes. Il s'agissait, comme l'écrivait Lénine, de mesures « essentiellement russes » : des mesures d'exception, de légitime défense. Trotsky écrivait également :

« Aux époques difficiles de la vie des peuples et des classes correspondent des mesures sévères. Plus nous avancerons, plus ce sera facile, plus chaque citoyen se sentira libre, et moins se fera sentir la force de coercition de l'Etat prolétarien. Peut-être autoriserons-nous alors les journaux mencheviks, en admettant qu'à cette époque il y ait encore des mencheviks. »[11]

En août 1918, Martov publie une brochure à Moscou pour dénoncer l'utilisation de la peine de mort par les bolchéviks, qui l'avaient toujours combattue dans l'opposition.[12]

Kautsky reproche au pouvoir bolchevique d'être une dictature plus blanquiste que marxiste, dont il estime la politique arbitraire et anti-démocratique. Deux de ses livres anti-bolchéviks conduisent à des contre-attaques notables : en 1918 Lénine écrit La Révolution prolétarienne et le renégat Kautsky et en 1920 Trotsky écrit Terrorisme et communisme[13] (sous-titré L'Anti-Kautsky).

Un certain nombre de calomnies circulent sur les bolchéviks, et Kautsky n'hésite pas à les reprendre. Trotsky montre par exemple comment une accusation de « socialisation des femmes » par des soldats de l'Armée rouge est de toute évidence un faux.[14]

L'Église orthodoxe, qui s'est souvent rangée activement du côté de la réaction (des popes délateurs peuvent même çà et là être responsables de nombreuses exécutions sommaires), doit subir des milliers d'arrestations, d'exécutions, de spoliations et de destructions, le but étant à terme l'éradication non seulement de sa puissance antérieure, mais aussi des croyances religieuses.

Plus généralement, tous les camps en lutte utiliseront, à des degrés divers, les mêmes méthodes de répression (beaucoup étant issues du tsarisme ou de la Grande guerre) : internement des adversaires militaires et politiques dans des camps, prises d'otages (le premier décret des otages est ainsi promulgué non pas par les bolcheviks mais par le général Niessel, commandant de la mission militaire française en Russie[15]), exécutions sommaires. Nikolai Melkinov, un des principaux membres du gouvernement Denikine, a souligné dans ses Mémoires que l'administration blanche « appliqua [...] dans ses territoires une politique foncièrement soviétique ».

Même le bref gouvernement SR de Samara, souvent considéré comme l'un des belligérants les plus modérés, utilisa lui aussi ce type de mesure. Il proclama le rétablissement des libertés d'expression, de réunion et de la presse, mais les prisons de Samara furent bientôt pleines de bolcheviks. Les KD appliquent aussi des mesures dictatoriales là où ils dominent. Aucune des armées ne tient à laisser derrière elle des éléments suspects ou dangereux. Même les armées dites anarchistes de Makhno faisaient des exécutions préventives.

Pogroms[modifier]

Les pogroms antisémites que perpètrent ou laissent perpétrer les généraux blancs font plusieurs centaines de milliers de victimes et constituent les pires massacres anti-juifs jamais perpétrés avant la Shoah.

Bilan et conséquences[modifier]

Les historiens ne s’accordent pas sur le nombre de morts, évalué entre 8 et 20 millions, mais la saignée est énorme, bien supérieure à celle de la guerre mondiale. En 1922, 4 500 000 enfants russes n’ont ni père ni mère ni famille les prenant en charge. Des bandes d'orphelins errants, les bespryzorniki, vont sillonner les routes de Russie pendant des années. La famine de 1920-1921 fait elle-même plusieurs millions de morts parmi des paysans déjà très éprouvés par la guerre et par la violence des collectes forcées. L'épidémie très meurtrière de typhus ajoute au drame. On assiste à des cas de cannibalisme.

« Si mes études et mes observations de jeunesse ne m’avaient pas convertie à la philosophie matérialiste, ma vie en cette période de « communisme de guerre » aurait suffi à le faire. Je pus constater à quel point, du jour au lendemain, les besoins matériels pouvaient transformer – et défigurer – les êtres humains, et rogner les ailes de la révolution elle-même. (…) J’ai vu des individus qui avaient lutté de toutes leurs forces pour l’abolition de la propriété privée courir chez eux avec un peu de farine ou un morceau de hareng en prenant bien soin de les camoufler sous leur manteau pour éviter les regards d’envie de camarades affamés. »[16]

La guerre civile, à la suite de la guerre de 1914-1917, avait ruiné le pays, paralysé son industrie et ses transports. La production industrielle était seulement d’un cinquième de celle de 1913 et la production agricole était descendue de moitié. L’économiste bolchevik L Kritsman décrivait la situation comme un effondrement « sans équivalent dans l’histoire de l’humanité ». Le marché noir est florissant, et la monnaie qui ne vaut plus rien a presque disparu et on assiste au retour du troc.

La classe ouvrière elle-même s'était disloquée : Moscou était passée de 2 000 000 d'habitants à 1 200 000, et Pétrograd de 2 200 000 à 700 000. Les ouvriers étaient soit devenus fonctionnaires du nouvel Etat, soit soldats de l'Armée rouge, soit étaient partis à la campagne en raison du manque de ravitaillement.

En 1917, le parti Bolchevik était un parti à dominante prolétarienne. En 1920, ces ouvriers étaient devenus officiers de l’Armée Rouge et de la Tcheka ou fonctionnaires. En 1922, plus des deux tiers des membres du parti étaient administrateurs d’une façon ou d’une autre. Dans le même temps, la lutte contre l’invasion impérialiste et les Blancs avaient conduit à resserrer les rangs. Les discussions internes au parti périclitaient et le plus souvent, les postes des élus locaux étaient assignés par le secrétaire du parti sur la base de l’autorité et du prestige. La situation de et les multiples attaques (des Blancs et des impérialistes) développent ce que certains ont appelé un « complexe de citadelle assiégée ».[17]

Comme le reconnurent plus tard Lénine, Boukharine et d’autres chefs bolcheviks, ils avaient conservé le pouvoir d’Etat mais avaient perdu le prolétariat.

Notes et références[modifier]

  1. Léon Trotsky, Histoire de la révolution russe - 38. La dernière coalition, 1930
  2. Lénine, La révolution russe et la guerre civile, 9 septembre 1917
  3. Léon Trotsky, Histoire de la révolution russe - 45. La prise de la capitale, 1930
  4. NPA, Il y a cent ans, la dissolution de l’Assemblée constituante, 2018
  5. Trotsky, La nouvelle politique économique des Soviets et la révolution mondiale, 14 novembre 1922
  6. 6,0 et 6,1 Léon Trotsky, Ma vie - 37. Dissensions sur la stratégie de la guerre, 1930
  7. Léon Trotsky, Ma vie - 35. La défense de Petrograd, 1930
  8. Bertrand Russell, Pratique et théorie du bolchevisme, 1920
  9. Lénine, Rapport sur la situation intérieure et extérieure de la République, Conférence du P.C. de Russie (bolchevik) pour la région de Moscou, 12 juillet 1919
  10. E. H. CARR, La Révolution bolchevique, 1917-1923, vol. 3, trad. de l’anglais par M. Pouteau, Éditions de Minuit, Paris, 1974, p. 139.
  11. Léon Trotsky, Terrorisme et communisme - 9. Les questions d'organisation du travail, 1920
  12. Julius Martov, A bas la peine de mort !, 1918
  13. Léon Trotsky, Terrorisme et communisme, 1920
  14. Léon Trotsky, Terrorisme et communisme - 8. La classe ouvrière et sa politique soviétique, 1920
  15. Jean-Jacques Marie, De l'inventeur du “décret des otages”
  16. A. Balabanova, Ma vie de rebelle, 1938
  17. Serge BERSTEIN et Pierre MILZA, Histoire du XXe siècle, la fin du monde européen, 1900-1945 tome 1, Initial, Hatier Paris, 1996, p. 84