Inégalités sociales

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Caricature des politiques budgétaires des Etats bourgeois, favorisant les riches au détriment des moins aisés.
Les inégalités sociales sont les importantes inégalités de revenus ou de qualité de vie entre les couches de la population. C'est un reflet de la division de la société en classes.
Pour la France des dernières années, voir : Dégradation sociale en France.

Concentration des richesses[modifier]

La tendance "naturelle" du capitalisme est d'augmenter la concentration des richesses à un pôle (bourgeoisie), et la paupérisation absolue ou relative à l'autre pôle (prolétariat). C'est-à-dire à augmenter les inégalités sociales.

Le compromis "fordiste" des 30 Glorieuses est de ce point de vue une exception, avec une chute de la concentration des richesses, qui a depuis été largement regagnée. Ainsi aux Etats-Unis, le 1% des plus riches possédait 35% des richesses du pays en 1960, 22% en 1976, et 38% dans les années 1990.

À l’échelle mondiale, 25 millions de millionnaires, représentant 0,5 % de la population, concentrent à eux seuls 36 % de la richesse de la planète, selon le rapport 2011 sur la richesse mondiale de Crédit suisse.

Quelques faits bruts[modifier]

  • 1% de l'humanité (les ultra-riches) possède autant que les 99% restants.[1]
  • 8 milliardaires sont aussi riches que la moitié de l'humanité la plus pauvre
  • 20% de la population mondiale consomme 80% des ressources terrestres (en 1960 : 20% de la population mondiale consommait 70%)
  • Un paysan philippin gagne en 2 ans ce que gagne un avocat états-unien en 1 heure.
  • Les 3 personnes les plus riches du monde sont aussi riches que les 48 pays les plus pauvres.
  • Aux Etats-Unis, les 100 plus importants PDG gagnent chacun en moyenne 1000 fois plus que leurs salariés "ordinaires".
  • Le budget militaire américain de la seule année 2004 a été de 480 milliards de dollars, ce qui représente une dépense de 27 342 dollars par heure depuis la naissance du Christ.
  • Les avoirs des 84 personnes les plus riches dépassent le produit intérieur brut de la Chine avec ses 1,2 milliards d'habitants.
  • Les 225 personnes les plus riches disposent d'une fortune équivalente au revenu annuel cumulé des 47% d'individus les plus pauvres de la planète, soit plus de 3 milliards de personnes.
  • Liliane Bettencourt, actionnaire de L'Oreal, a perçu en 2005 des dividendes de 186 millions d'euros, soit plus de 15 millénaires de SMIC, pendant qu'1 européen sur 6 vit sous le seuil de pauvreté.
  • Pour sa fabrication, un yacht de luxe nécéssite 200.000 heures de travail, soit 96 années de travail d'une personne (8 heures par jour, 5 jours sur 7). Ainsi, avec ce qu'il gagne en quelques jours, un milliardaire peut s'approprier la vie entière d'un autre être humain.
  • Il suffirait de moins de 4% de la richesse cumulée de ces 225 plus grosses fortunes mondiales (évaluées à plus de 1000 milliards de dollars) pour donner à toute la population du globe l'accès aux besoins de base et aux services élémentaires: santé, éducation, alimentation.
  • La fortune personnelle de Bill Gates (50 milliards de dollars) est égale à la fortune cumulée des 106 millions d'Américains les plus pauvres...
  • En 2002, George W. Bush a décidé une hausse des dépenses militaires de 40 milliards de dollars.
    Cette seule augmentation du budget militaire américain représente exactement la somme qui serait nécéssaire pour résoudre définitivement le problème de la faim dans le monde, selon les estimations de l'ONU.
  • 1% de la population mondiale possède 46% des ressources disponibles.[2]
  • 10% de la population mondiale possède 86% des resources disponibles.
  • 50% de la population mondiale ne possède rien (parmi cette masse, 2 milliards d'êtres humains sont hors de la mondialisation capitaliste : ni salariés, non consommateurs).

La plupart de ces estimations proviennent de rapports du PNUD.

Indicateurs[modifier]

On peut s'intéresser à de nombreux indicateurs des inégalités sociales. À court terme et localement, ils varient suivant les conjonctures et les politiques mises en place. Sur le moyen et long terme, et d'autant plus que l'on se place à une échelle macroscopique, ils évoluent dans le même sens.

Patrimoine[modifier]

En France, les 10% les plus riches possèdent environ la moitié du patrimoine total, et plus de 80% des entreprises[3].

Entre 2004 et 2010, les 10 % des ménages les plus fortunés ont vu leur patrimoine moyen augmenter de 47 % (de 840 000 à 1,2 millions d'euros), pendant celui des 10 % les moins fortunés progressait de 9 % (de 1 237 à 1 351 euros). En 2004, la fortune des 10 % les plus riches était 680 fois plus élevée que celle des 10 % les plus pauvres. En 2010, c'est 920 fois plus.[4]

Part de l'héritage

Dans le détail, la composition des types d'actifs détenus par les Français·e·s varie fortement en fonction des tranches de richesse. Ainsi les plus pauvre n'ont que leur compte en banque et leur maigre épargne comme richesse, les classes moyennes disposent comme "matelas", essentiellement de leur achat immobilier, et les bourgeois détiennent des entreprises. Mais pour les grands bourgeois, la part des entreprises s'effondrent : ils ne possèdent plus que des capitaux, qui leur rapportent un revenu tiré des entreprises que les autres gèrent.

Patrimoine-des-Francais-2015.png

Revenus[modifier]

Le deux graphes suivants montrent que les inégalités de revenu aux États-Unis sont revenus au niveau qu'elles avaient au début du 20ème siècle :

Revenu top 10 USA.png
PartRevenusPlusRichesUSA.png

L'évolution du 1% les plus riches par rapport au 99% restant est édifiante :

RevenuUSA-99pourcent.png

La meme tendance est à l'oeuvre en France. Ce sont les revenus du capital (productif ou rentier) qui explosent, tandis que stagnent les revenus du travail (salaires) :

EvolutionRevenusCapitalTravailFrance.png

Plus généralement, dans l'ensemble des pays industrialisés, « Les inégalités de revenus ont atteint un niveau jamais vu depuis 30 ans [...] Le fossé entre les ménages les plus riches et les plus pauvres continue de s’accroître, même dans des pays "égalitaires" tels que la Suède. ».[5]

Chômage[modifier]

Il va de soi que le chômage est un fléau du prolétariat et non pas des patrons ou des rentiers.

Au sein des travailleurs, il existe bien sûr des inégalités, entre ceux qui ont un niveau d'études et les ouvriers non qualifiés, entre jeunes fraîchement exploitables et vieux peinant à se reconvertir après un licenciement... A cela s'ajoute le fait que les femmes sont très souvent plus touchées par le chômage que leurs homologues masculins.

Accès à l'éducation[modifier]

L'école, même républicaine, est un rouage de la reproduction sociale. Comme une gare de triage, elle oriente les enfants de la bourgeoisie vers les plus hauts échelons et les enfants de prolétaires... vers un nouveau métier de prolétaire, plus ou moins de leur choix. L'inégalité se fait d'abord par la barrière financière (frais d'inscription ou coûts des matériels scolaires trop élevés, crise du logement...). Elle se manifeste aussi par ce que les sociologues bourdieusiens appellent la différence de capital culturel. Mais ce dernier est surdéterminé par l'inégalité sociale en général. Par exemple, statistiquement les étudiants qui doivent travailler parallèlement à leurs études voient leurs chances de réussite réduites. En 2011, deux étudiants sur trois sont obligés de se salarier pendant leurs études (et même 50% des lycéens en Seine-Saint-Denis) et il y a une baisse de 9,1 points de la part d’étudiants issus de milieu modeste dans l’enseignement supérieur.

Inégalités de scolarisation entre les jeunes d'ouvriers et de cadres

Espérance de vie[modifier]

L'espérance de vie est un indicateur qui pertinent parce qu'il permet d'observer directement l'effet des inégalités sociales, notamment en terme de conditions de vie et de travail, et d'accès à la santé.

Le graphique suivant montre l'évolution de l'espérance de vie à 35 ans (nombre moyen d'années restant à vivre à un individu de 35 ans) en France :

EspéranceVie35ansFrance.jpg

Pouvoir économique[modifier]

En France, 50% des salariés sont employés par les 0,5% de la population qui sont patrons d'entreprises de plus de 10 salariés.

Aux États-Unis, 99% de la population a un pouvoir économique inférieur à 0,1 % de la population, moins de 1 % des familles détient 80% des actions.

"Inégalités"[modifier]

Il est possible de définir des "indicateurs des inégalités". Même s'il faut rester prudent dans leur méthodologie, ils illustrent nécessairement la tendance générale, puisqu'ils sont basés sur un ensemble de facteurs (revenus, accès à la santé, à l'éducation...) qui globalement suivent les mêmes tendances lourdes.

Par exemple, le BIP40 a élaboré ce graphe[6] :

Inegalites80 05.jpg

Représentations de la structure sociale[modifier]

Le sociologue Louis Chauvel a tracé des courbes pour représenter le nombre de personnes par tranches de revenus (ou de patrimoine). Pour les revenus, ces courbes ne forment pas une pyramide, mais des "strobiloïdes" (du grec strobilos, toupie). Pour le patrimoine, on observe en revanche une hyperbole avec une forte concentration en bas de l'échelle de ceux qui n'ont rien.

Strobiloïde des revenus (à gauche) et du patrimoine (à droite) dans le France de 1995 :

Strobiloide des revenus en France
Avec cette représentation, on peut comparer différentes pays capitalistes et les évolutions au cours du temps. On peut voir par exemple que la France de 1956 était plus inégalitaire, et qu'une partie non néligeable de la population se situait dans les revenus proches de zéro. En comparaison en 1984, on voit que les acquis sociaux ont limité les plus bas revenus, et qu'il y a une plus forte concentration des revenus autour d'un niveau intermédiaire (qui a contribué à nourrir ce sentiment d'existence d'une classe moyenne).
StrobiloideFrance1956-1984-1994.png

Comparaison de 5 pays :

StrobiloideComparaisons.png

Causes[modifier]

Le facteur principal qui fait augmenter les inégalités de revenus sont les inégalités de salaire.[5] Il faut toutefois noter que les statistiques et la comptabilité bourgeoises font souvent passer pour du salaire ce qui est réalité un revenu du capital, comme les énormes "salaires" des PDG.

Ensuite, la baisse de la progressivité de l'impôt sur le revenu aggrave le phénomène. Le taux marginal est passé aux États-Unis de 70% en 1980 à 42% en 2011, et de 80% à 40% au Royaume-Uni.

Effets pervers[modifier]

Paradoxalement, les plus pauvres ont une double peine : celle d'avoir des coûts supérieurs dans un certain nombre de domaines[7].

  • Achats : obligés d'acheter au jour le jour de petites quantités, les pauvres payent plus cher au litre ou au kilo que les personnes qui peuvent en acheter en gros conditionnement.
  • Logement : plus les surfaces sont petites, plus le prix au mètre carré est onéreux.
  • Transport : ceux qui habitant en banlieue car ils ne peuvent pas payer un loyer en centre ville, doivent assumer des coûts de transport supplémentaires.
  • Assurance : lorsqu’on est au chômage, on paye souvent plus chère son assurance automobile.
  • Frais bancaires : les produits de crédit accessibles aux plus modestes exigent des taux d’intérêt plus élevés
  • Essence : les plus précaires possèdent généralement de vieilles voitures qui nécessitent davantage de réparations et qui consomment davantage d’essence que les modèles récents.
  • Electricité : de par l'abonnement fixe, le cout au kWh consommé est supérieur pour les plus pauvres qui sont aussi les plus petits consommateurs.
  • Economies d'énergie : les plus précaires auront aussi des additions énergétiques plus salées car ils n’ont pas moyens de faire isoler leur logement, ou d'acheter des appareils plus économes.
  • Economies d'eau : ceux qui peuvent acheter des robinets, des chasses d'eau économes, et réparer toutes leurs fuites peuvent diminuer de 75% leur facture d'eau. Les autres non.
  • Déplacements pour les achats : les plus pauvres en ville n’ont pas de voiture pour se rendre dans les hypermarchés qui pratiquent les meilleurs prix.
  • Santé : pour les plus pauvres il existe certes la CMU. Mais ceux qui ont des revenus juste un peu supérieurs à ceux requis pour obtenir la CMU n’ont généralement pas les moyens de se payer une complémentaire santé, et par ailleurs ils sont touchés plus durement par les franchises médicales.
  • Allocations : certes des allocations existent pour les pauvres. Mais l'ironie est que les plus pauvres en bénéficient souvent moins que les classes moyennes, parce qu'ils les connaissent moins.
  • Éducation : des études ont montré que pendant les 2 premières années de sa vie, un enfant de famille pauvre subit un handicap au niveau de la formation intellectuelle qu'une éducation « égalitaire » (sans volontarisme) ne pourra pas compenser.

Utilisation politique[modifier]

Les inégalités sociales sont une des réalités les plus tangibles de la phase néolibérale actuelle du capitalisme. La droite a été en tête du mouvement d'offensive idéologique. À partir des années 1980 fleurissent des discours axés sur la notion d'équité, qui consiste à justifier certaines formes d'inégalités : il faudrait mettre les gens au travail, leur donner envie de gagner plus...

C'est la première raison pour laquelle une grande partie de la gauche s'appuie sur ces faits pour fonder ses critiques et proposer son alternative. Derrière ce trait commun se cachent plusieurs différences d'appréciation :

Notes et sources[modifier]