Parti unique

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Un parti unique est un parti qui a de fait ou de droit le monopole du pouvoir politique dans un pays. Cette situation est à mettre en opposition avec le pluripartisme.

Les classes dominantes et le pluripartisme[modifier | modifier le wikicode]

Le mouvement ouvrier et le pluripartisme[modifier | modifier le wikicode]

La deuxième internationale[modifier | modifier le wikicode]

Il était fréquent dans l'Internationale ouvrière que les partis social-démocrates s'auto-désignent "le parti ouvrier", puisque dans les principaux pays d'Europe occidentale, il n'y en avait souvent qu'un seul par pays, et relativement bien implanté dans la classe ouvrière. Même en France où le mouvement ouvrier était divisé, les socialistes s'unifient en 1905 dans la SFIO. Dans les autres pays les social-démocrates supposaient implicitement que la tendance serait la même. Ainsi l'identification de la victoire future du prolétariat était identifiée à la victoire du parti social-démocrate (que cela soit par voie réformiste ou révolutionnaire). Ainsi la question du pluripartisme au sein du camp révolutionnaire était relativement absente, la question étant plutôt liée au degré de liberté laissé aux partis bourgeois.

La révolution russe[modifier | modifier le wikicode]

Lénine et les bolchéviks héritaient de ce cadre de pensée. Cependant pendant la révolution de 1917, ils ont multiplié les efforts pour conquérir l'hégémonie dans les soviets avec le maximum d'alliés, interpellant à plusieurs reprises les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires (SR) pour en détacher les ailes gauche. Dans le contexte particulier de la Russie, les bolchéviks avaient aussi besoin d'une alliance de classe avec la paysannerie, ce qui justifiait l'attention portée à la base des SR. Les menchéviks représentaient des secteurs souvent plus aisés de la classe ouvrière et des secteurs petit-bourgeois.

Une scission eut lieu chez les SR et après Octobre le parti SR de gauche dirigea le gouvernement révolutionnaire avec les bolchéviks jusqu'en juillet 1918. Ce n'est qu'après la tentative de coup d'Etat des SR de gauche que le parti est réprimé et que les bolchéviks se retrouvent seuls au pouvoir. Si diverses forces menchéviques ou anarchistes sont encore légales quelques temps, le modèle du parti unique sera de plus en plus assumé, la direction bolchévique théorisant qu'elle incarnait le peuple révolutionnaire. La guerre civile a généré une extrême polarisation dans les masses, favorisant une logique identifiant l'opposition au bolchévisme à l'opposition à la révolution. Ainsi Victor Serge, anarchiste rallié aux bolchéviks, écrivit :

« D'excellents révolutionnaires affirment que « la dictature prolétariat ne doit pas être celle d'un parti » et il est difficile de ne pas leur donner raison tout d'abord si l'on a en vue ce qui doit, c'est-à-dire ce qui devrait être... Peut-être, en d'autres conjonctures historiques. diverses tendances idéologiques du mouvement révolutionnaire réaliseront-elles un certain équilibre, infiniment souhaitable à coup sûr pour l'évolution ultérieure de la société nouvelle. Mais cela paraît douteux, il semble bien que par la force des choses un groupe soit contraint de s'imposer aux autres et de les dépasser, en les brisant au besoin, pour exercer ensuite une dictature exclusive. Telle est l'expérience des montagnards jacobins écrasant d'abord la Gironde et ensuite la Commune. Telle celle des bolcheviks, contraints de réduire tour à tour les mencheviks socialistes-révolutionnaires et les anarchistes. Toute autre organisation - fût-elle libertaire - en eût fait autant, à leur place. Car, à de pareils moments, l'opposition quelle qu'elle soit devient l'alliée de fait de la contre-révolution extérieure ; car l'intolérance est portée à son comble par le développement même de la psychologie révolutionnaire. »[1]

Le philosophe anglais Bertrand Russel fait la remarque suivante suite à son voyage en Russie en 1920 :

« Chez nous, les amis de la Russie aiment à se représenter la dictature du prolétariat comme n’étant qu’une forme nouvelle de gouvernement représentatif, où seuls les ouvriers et les ouvrières ont droit de vote, et où les circonscriptions sont déterminées en partie par le métier exercé par les électeurs, et non par les localités qu’ils habitent. Ils se figurent que le prolétariat, c’est bien le « prolétariat », mais que la « dictature » n’a pas tout à fait le sens de « dictature ». C’est le contraire qui est vrai. Quand un communiste russe parle de « dictature », il prend ce terme dans son sens littéral, mais quand il parle du « prolétariat », il emploie ce mot avec certaines réserves. Ce qu’il a en vue, c’est la partie « consciente » du prolétariat, c’est-à-dire le parti communiste. »[2]

En mars 1921 a lieu le 10e Congrès du PC, que Lénine ouvre par une violente charge contre l’Opposition Ouvrière, « une menace pour la révolution ». Face aux remises en question du parti, Lénine en vient à théoriser l'association entre dictature du prolétariat et parti communiste unique :

« Le marxisme enseigne que le parti politique de la classe ouvrière, c’est-à-dire le parti communiste, est le seul capable de grouper, d’éduquer et d’organiser l’avant-garde du prolétariat et de toutes les masses laborieuses, qui est seule capable (…) de diriger toutes les activités unifiées de l’ensemble du prolétariat, c’est-à-dire le diriger politiquement et, par son intermédiaire, guider toutes les masses laborieuses. Autrement, la dictature du prolétariat est impossible »

Trotski affirme le « droit d’aînesse historique révolutionnaire du Parti » et explique que « Le Parti est obligé de maintenir sa dictature (…) quelles que soient les hésitations temporaires même dans la classe ouvrière (…). La dictature n’est pas fondée à chaque instant sur le principe formel de la démocratie ouvrière ». Lénine théorise : « Le marxisme enseigne que le parti politique de la classe ouvrière, c’est-à-dire le parti communiste, est le seul capable de grouper, d’éduquer et d’organiser l’avant-garde du prolétariat et de toutes les masses laborieuses ».[3]

Au même moment éclate la révolte de Cronstadt. Celle-ci fut un révélateur de l'ampleur de la rupture du lien avec les masses. L'ensemble de la direction bolchévique, tous courants confondus, accepte la répression des insurgés. On craint alors que la contre-révolution s'empare de Cronstadt (même s'il apparaît rétrospectivement que la guerre civile était déjà gagnée). Malgré les désaccords importants qui les divisent (Opposition ouvrière, décistes...), l'esprit de citadelle assiégé est tel que les congressistes acceptent la suppression du droit de fraction, et prennent tous les armes contre Cronstadt.

En 1927, Boukharine écrit : « Sous la dictature du prolétariat, deux, trois ou quatre partis peuvent exister mais à une seule condition : l’un au pouvoir, les autres en prison ».

Évolutions de Trotski[modifier | modifier le wikicode]

En 1936, avec le recul, Trotski admit que « l’interdiction des partis d’opposition entraîna l’interdiction des fractions au sein du parti bolchevique ; l’interdiction des fractions aboutit à l’interdiction de penser autrement que le chef infaillible ». Cette « mesure exceptionnelle, appelée à tomber en désuétude dès la première amélioration sérieuse de la situation », avait fini par s’éterniser à cause du « goût de la bureaucratie [...] à considérer la vie intérieure du parti sous l’angle exclusif de la commodité des gouvernants »

En 1938, il reconnaît aussi qu'un pluralisme soviétique est nécessaire : « La démocratisation des soviets est inconcevable sans la légalisation des partis soviétiques. »[4]

Notes[modifier | modifier le wikicode]

  1. Victor Serge, Les anarchistes et l'expérience de la révolution russe, juillet-août 1920
  2. Bertrand Russell, Pratique et théorie du bolchevisme, 1920
  3. La bataille socialiste, Le X° Congrès du Parti bolchevik en 1921
  4. Léon Trotsky, Programme de Transition, 1938