Insurrection de Budapest

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L'insurrection de Budapest de 1956 fut une authentique révolution socialiste, réprimée par les troupes soviétiques au nom du socialisme. Le contexte qui la produisit a disparu, mais le message qu'elle nous adresse est toujours actuel.

Pour l'Occident comme pour la bureaucratie soviétique, l'insurrection de Budapest était un signe avant-coureur de l'effondrement du Bloc de l'Est. Pour Moscou, la répression militaire était indispensable, car l'insurrection hongroise cachait un projet de restauration du capitalisme. Cette page propose une analyse des événements de 1956, et entend contredire les mensonges de la propagande du Kremlin au sujet de la nature de l'insurrection.

Le contexte : une crise du stalinisme[modifier]

En réalité, loin de toute volonté de restauration capitaliste, les ouvriers, la jeunesse et l'intelligentsia hongrois voulaient surtout en finir avec la dictature stalinienne. Le ras-le-bol était tel que de nombreux cadres communistes épousèrent cette cause avec enthousiasme. Certains furent exécutés après les événements, comme le colonel communiste Pal Maleter.

Un rôle décisif fut joué par les intellectuels et les écrivains dans la montée vers la révolution. Staline meurt en 1953 : désormais, l'appareil bureaucratique est divisé sur la conduite à adopter, entre conservateurs qui veulent serrer la vis et réformateurs qui veulent lâcher du lest. Les intellectuels profitèrent de cette ouverture, conquirent des espaces de liberté et se lièrent avec l'aile réformatrice du parti et avec la jeunesse. Le "Cercle Petofi", fondé par la Jeunesse communiste à Budapest, fut le produit de cette évolution. Le cercle organisa des débats publics qui rassemblèrent jusqu'à 8 000 personnes. Les exigences de transparence et les idées anti-autoritaires commencèrent à passer dans la classe ouvrière, notamment dans les plus jeunes éléments de celle-ci.

Insurrection à Budapest[modifier]

La révolution proprement dite commença le 23 octobre. Une manifestation est organisée par les Jeunesses communistes et le Cercle Petofi pour soutenir le mouvement réformateur en Pologne et empêcher un putsch soviétique. La manifestation fut interdite, puis autorisée, mais la radio refusa de mentionner les revendications des étudiants, qui demandaient le retour au pouvoir du réformateur Imre Nagy. La foule en colère se massa devant l'immeuble de la radio, les forces de sécurité firent feu et le pays bascula dans l'insurrection. Les manifestants reçurent des armes et le soutien de l'armée, les quartiers ouvriers se soulevèrent. Le gouvernement démissionne, Imre Nagy et Janos Kadar prennent les rênes du pouvoir.

Mais Nagy n'arrive pas à stabiliser la situation en faveur de la bureaucratie et se laisse déborder par les masses. Les Soviétiques lancent alors une offensive militaire : le 4 novembre, les chars russes entrent dans Budapest. Les travailleurs répondent par une grève générale jusqu'au 14 novembre, mais le début de pénurie décide les travailleurs à reprendre le travail, pour que la grève ne devienne pas impopulaire. Les grévistes pensaient aussi avoir obtenu un rapport de force suffisant pour obtenir de Kadar, qui avait remplacé Nagy à la tête de l'Etat, la satisfaction de certaines de leurs revendications. Ce calcul s'avéra erroné, mais le programme élaboré pendant ces journées et ces semaines peut être considéré comme un projet de socialisme autogestionnaire, c'est-à-dire de socialisme authentique.

Le pouvoir des conseils[modifier]

La bureaucratie réformatrice avait créé des conseils d'usine, espérant canaliser les revendications ouvrières par ce moyen. Mais les ouvriers s'emparèrent de ces cadres et donnèrent à ces conseils un rôle politique en les centralisant. La question du "pouvoir aux conseils" devint très concrète.

Voici l'appel du Conseil central ouvrier du Grand-Budapest, rédigé le 27 novembre 1956 :

"Camarades ouvriers ! (...)
Nous affirmons une fois de plus que nous avons reçu notre mission de la classe ouvrière. Fidèles à cette mission, nous défendons, fût-ce au péril de notre vie, nos usines et notre patrie contre toute tentative de restauration capitaliste. Nous proclamons en même temps notre volonté d'édifier l'ordre social et économique dans une Hongrie indépendante et a la manière hongroise. Nous n'abandonnerons aucune des revendications de la révolution (...) Les usines se trouvent entre nos mains, entre les mains des conseils ouvriers. Afin d'augmenter encore nos forces nous pensons que la réalisation des tâches suivantes s’impose:
1) Dans tout arrondissement et tout département où un conseil ouvrier n 'a pas encore été constitué, ces organismes sont à former d'urgence au moyen d'élections démocratiques organisées à la base. (...)
2) Tout conseil central d'arrondissement et de département doit se mettre immédiatement en rapport avec le Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest. (...)
3) L'une des tâches les plus importantes des membres des conseils d'usine consiste à s'occuper, non seulement de l'organisation du travail, mais aussi à élire d'urgence des conseils ouvriers définitifs. Au cours de ces élections, nous devons montrer la même énergie pour combattre la dictature rakosiste (Rakosi était l'homme de Moscou dans la Hongrie d après-guerre. NDLR) que pour combattre la restauration capitaliste. Les conseils doivent êtres composés d'ouvriers honnêtes au passé irréprochable ! Au sein des conseils, les ouvriers devront posséder une majorité d'au moins deux tiers. En ce qui concerne les attributions des conseils, nous ne saurions être d'accord avec les ordonnances du Conseil du Présidium Suprême promulguées à ce sujet. (...) Pour ce qui est de la personne des directeurs nous pensons que ces derniers doivent être élus par les conseils eux-mêmes (...). Nous invitons les conseils ouvriers à ne pas accepter de dirigeants imposés aux usines, qui dans le passé ont fait la preuve de leur incompétence et de leur éloignement du peuple. (...)
4) (...). Nous pensons que les ouvriers ont besoin d'organisations qui défendent leurs intérêts, de syndicats et de comités d'usine. Mais de ceux qui sont élus par la base avec des méthodes démocratiques, de façon que leurs dirigeants soient d'honnêtes représentants de la classe ouvrière. (...) Nous protestons contre la thèse des "syndicats libres" récemment constitués (par l'appareil, NDLR) comme quoi les conseils ouvriers devraient être uniquement des organisations économiques. Nous pouvons affirmer que les véritables intérêts de la classe ouvrière sont représentés en Hongrie par les conseils ouvriers et que, d'autre part, il n 'existe pas actuellement un pouvoir politique plus puissant que le leur. (...)"

Mais la partie était inégale : ce n'est que dans le cadre d'une montée révolutionnaire en Europe de l'Est que le pouvoir des conseils aurait pu l'emporter. Or les conditions n'étaient pas mûres. Kadar normalisa la situation et dirigea une répression qui fit environ 10 000 morts.

La révolution hongroise n'était pas une tentative de restauration du capitalisme, mais une authentique révolution prolétarienne, qui montre que le pouvoir, si puissant soit-il, ne peut pas abuser éternellement les travailleurs. Ceux-ci, quand ils se mettent en mouvement, réinventent rapidement leur programme historique, c'est-à-dire celui du socialisme autogestionnaire.

Sources[modifier]

  • A.T., "Hommage à la révolution hongroise de 1956", in La Gauche, n° 21, 22 novembre 1996, [1].