Condition des femmes en URSS

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Cette page traite de la condition des femmes en URSS.

Historique[modifier | modifier le wikicode]

Avant 1917[modifier | modifier le wikicode]

Dans la société rurale russe, les femmes étaient mariées par leur père qui les remettaient au mari qu’il leur avait choisi, en lui transmettant son autorité par la remise d’un fouet. Celles qui partaient travailler dans les usines subissaient aussi une oppression particulièrement brutale. Les ouvrières travaillaient jusqu’à 14 ou 16 heures par jour sous le fouet des contremaîtres, pour des salaires bien inférieurs à ceux des hommes. Elles n’avaient aucune protection sociale et devaient par exemple accoucher au pied de la machine, en payant une amende pour les heures non effectuées.

Cependant l'industrialisation et le développement capitaliste en général apporta un début de rupture avec le cadre patriarcal de la société rurale, avec en particulier un net essor de l’alphabétisation. Cette transformation touchait l’ensemble des classes sociales, à commencer par les plus aisées, puisqu’à la veille de la Première Guerre mondiale 45 % des étudiants russes étaient des étudiantes.

Les femmes entrèrent en nombre conséquent dans les organisations révolutionnaires. 21 des 43 révolutionnaires condamnés aux travaux forcés ou à la prison à vie dans les années 1880 étaient des femmes. Des femmes (souvent de classes aisées) exercèrent un rôle dirigeant, à l’exemple de Vera Zassoulitch, une anarchiste russe qui se rendit célèbre pour avoir tiré en 1878 sur un chef de la police, avant de devenir l’une des principales dirigeantes menchevik. Les organisations socialistes étaient cependant elles aussi imprégnées par la domination masculine, ce qui se traduisait par des rôles de genre marqués, les femmes étant souvent reléguées dans des positions subalternes, chargées en général du secrétariat ou encore du samovar.

En février 1905, un premier mouvement féministe fut créé, l’Union des femmes pour l’égalité des droits. Les femmes russes y développèrent un programme de revendications spécifiques : suffrage universel sans distinction de sexe, égalité des sexes devant la loi, lois de protection pour les ouvrières, les paysannes et les prostituées, etc. En 1908, l’Union des femmes parvint à organiser un congrès rassemblant 1 000 déléguées, appartenant à toutes les tendances de l’opposition, de la bourgeoisie libérale jusqu’aux bolcheviks.

En 1913 se tient pour la première fois en Russie une Journée internationale des femmes travailleuses pour le droit de vote, réprimée par le tsarisme. En 1914, les organisatrices sont arrêtées et toute commémoration est empêchée. Mais cette année, un groupe de femmes bolchéviques (Konkordia Samoïlova, Nadejda Kroupskaïa et Iness Armand) publient un journal nommé Rabotnitsa (La travailleuse), qui prend soin de se distancier du féminisme, jugé bourgeois et divisant la classe ouvrière. Rabotnitsa cesse de paraître après 7 numéros, mais reparaît en 1917.

Les femmes dans la Révolution de 1917[modifier | modifier le wikicode]

Avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale et la mobilisation générale, les femmes jouèrent un rôle croissant dans la production, ce qui explique le rôle déclencheur qu'elles eurent dans la révolution de Février. Le 8 mars 1917 (23 février dans le calendrier julien), les ouvrières et ménagères manifestent à Petrograd pour réclamer du pain, la paix et le retour de leurs maris partis au front. C'est le 1er jour de la Révolution Russe.

« Sans tenir compte de nos instructions, les ouvrières de plusieurs tisseries se sont mises en grève et ont envoyé des délégations aux métallurgistes pour leur demander de les soutenir... Il n’est pas venu à l’idée d’un seul travailleur que ce pourrait être le premier jour de la Révolution.»[1]

C'est notamment en commémoration de ce 8 mars que Lénine en fera la journée internationale des droits des femmes. La Ligue pour l'égalité des femmes, créée en 1907, connaît un certain essor. Elle est présidée par Poliksena Shishkina-Iavein, première femme gynécologiste en Russie. Elle organise une manifestation d'environ 40 000 femmes le 20 mars, avec l'aide de la populiste révolutionnaire Vera Figner. Le gouvernement provisoire promet alors le droit de vote aux femmes, qui sera inscrit dans la loi le 20 juillet.

Le 1er mai, l'assemblée de l'usine de câbles de Petrograd, décide des règles d'organisation de la milice locale et donne le droit aux femmes d'y entrer. [2]

Dans l’ensemble du processus révolutionnaires de l’année 1917 (30% des ouvriers étaient des ouvrières), les femmes jouèrent un rôle majeur qui ne se refléta toutefois pas dans leur place dans les soviets et encore moins dans les organisations socialistes. Le 6e congrès du parti bolchevik, qui se tint en juillet-août 1917 à Petrograd, ne comptait ainsi que 10 femmes sur 171 délégués...

Le gouvernement provisoire issu de Février ne procède pas à la séparation de l'Eglise et de l'Etat, et la gestion de l'état civil lui est laissée... Le droit au divorce n'est pas accordé aux femmes.

Des bataillons de femmes sont créés par le gouvernement provisoire pour remotiver les troupes démoralisées.

Premières mesures du pouvoir soviétique[modifier | modifier le wikicode]

Le lendemain de la révolution d'Octobre, le 25 octobre (n.s 7 novembre), le Congrès des soviets nomme un nouveau gouvernement composé de bolchéviks. Il compte en son sein la première femme à entrer dans un gouvernement, Alexandra Kollontaï, qui fut commissaire du peuple à l'Assistance publique [Santé] jusqu'en mars 1918. Avec  Inès Armand, elle permit de mettre en œuvre le programme de l’Union des femmes et de le dépasser.

Les premières mesures du nouveau gouvernement établissent l'égalité des droits et des droits protecteurs spécifiques. Dès fin 1917 est affirmé le droit des femmes à la préservation de l'emploi en cas de grossesse (congés maternités), et la possibilité d'assurer des soins à leurs enfants pendant les heures de travail.

Un décret du 18 décembre 1917 institua la laïcisation du mariage, l’égalité des époux et l’abolition de la différence entre enfants légitimes et illégitimes. Le lendemain, un deuxième décret, intitulé “Sur la dissolution du mariage” instaura le divorce. Dans le code civil fut ajoutée la possibilité pour un couple marié d’adopter le nom de l’époux ou celui de l’épouse, ce qui amena par exemple Trotski à prendre le nom de sa femme (Sedov.a).

Fin 1920, le pouvoir légalisait l'avortement. La même année, la France renforçait sa répression et criminalisait l'avortement.

Alexandra Kollontaï organise de nombreuses conférences (Conférences sur la libération des femmes) ainsi que le 1er congrès panrusse des ouvrières. Dans ses conférences, Kollontaï prend en compte les nouvelles connaissances sur les premières sociétés humaines, qui contredisent la thèse d'Engels dans L'origine de la famille. Kollontaï ne questionnait cependant pas l'attribution des tâches de reproduction aux femmes. Elle met l’accent sur la nécessaire adaptation du droit du travail pour concilier travail des femmes et protection de la maternité.

Le philosophe anglais Bertrand Russel écrit après son son voyage en 1920 : « Il y a peu de prostitution, infiniment moins que dans n’importe quelle autre capitale. Les femmes sont plus respectées qu’ailleurs. »[3].

On estime qu'environ 80 000 femmes ont servi dans l'Armée rouge pendant la guerre civile. La plupart étaient dans des fonctions comme infirmières, docteures, téléphonistes ou employées, mais certaines ont combattu au front, voire ont tenu des fonctionnement de commandement. Un exemple est celui de Rosalia Zemliatchka, commissaire militaire sur le Front sud puis sur le Front nord, qui était surnommée « Rosa la sanglante » par les Britanniques. Il y eut également des femmes dans les armées blanches, mais beaucoup moins.

Une des rumeurs que les Blancs et les médias bourgeois internationaux ont abondamment repris était celle selon laquelle les « femmes auraient été collectivisées par les rouges ». Cela s'appuie sur des calomnies, des déformations, et possiblement quelques très rares cas d'abus très vite sanctionnés.[4][5]

Tentatives de changements structurels[modifier | modifier le wikicode]

Au delà de l'égalité formelle, les bolchéviks étaient conscients qu'il fallait des changements plus profonds pour atteindre l'égalité réelle. Lénine disait par exemple :

« Naturellement, les lois ne sont pas suffisantes, et nous ne nous contentons pas de décrets. Mais, dans le domaine législatif, nous avons fait tout le nécessaire pour élever la femme au niveau de l'homme et nous pouvons en être fiers. La situation de la femme dans la Russie des Soviets peut servir d'idéal aux États les plus avancés. Pourtant, ce n'est encore là qu'un commencement. La femme dans le ménage reste encore opprimée. Pour qu'elle soit réellement émancipée, pour qu'elle soit vraiment l'égale de l'homme, il faut qu'elle participe au travail productif commun et que le ménage privé n'existe plus. Alors seulement, elle sera au même niveau que l'homme (…). La femme a beau jouir de tous les droits, elle n'en reste pas moins opprimée en fait, parce que sur elle pèsent tous les soins du ménage (…). Nous créons des institutions modèles, des restaurants, des crèches, pour affranchir la femme du ménage. Il faut reconnaître qu'à l'heure présente en Russie ces institutions, qui permettent à la femme de sortir de sa condition d'esclave domestique, sont très rares. Leur nombre est infime et les conditions militaires et alimentaires actuelles sont un obstacle à leur accroissement. Il convient cependant de dire qu'il en surgit partout où s'offre la plus petite possibilité. Nous disons que l'émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. De même, l'émancipation des travailleuses sera l’œuvre des travailleuses elles-mêmes. Les travailleuses doivent veiller elles-mêmes au développement de ces institutions ; elles arriveront ainsi à changer du tout au tout le sort qui leur était fait dans la société capitaliste. »

Le travail des femmes était encouragé, dans l'idée « qu'enchaînée au foyer, la femme ne pouvait pas être l'égale de l'homme ».

Plus fondamentalement, l'objectif des bolchéviks était d'instaurer des services publics visant à socialiser les tâches réalisées dans les foyers principalement par les femmes. Le travail ménager fut même reconnu dans la nouvelle Constitution soviétique. Cette ambition se heuretera durement à la misère de la jeune URSS.

Trotsky revient sur les mesures des bolchéviks, leur impact et la limite matérielle qui selon lui a été déterminante :

« La révolution a tenté héroïquement de détruire l'ancien "foyer familial" croupissant, institution archaïque, routinière, étouffante, dans laquelle la femme des classes laborieuses est vouée aux travaux forcés, de l'enfance jusqu'à la mort. A la famille, considérée comme une petite entreprise fermée, devait se substituer, dans l'esprit des révolutionnaires, un système achevé de services sociaux: maternités, crèches, jardins d'enfants, restaurants, blanchisseries, dispensaires, hôpitaux, sanatoriums,  organisations sportives, cinémas, théâtres, etc. L'absorption complète des fonctions économiques de la famille par la société socialiste, liant toute une génération par la solidarité et l'assistance mutuelle, devait apporter à la femme, et dès lors au couple, une véritable émancipation du joug séculaire.  [...]

On n'avait pas réussi à prendre d'assaut l'ancienne famille. Ce n'était pas faute de bonne volonté. Ce n'était pas non plus qu'elle eût une si ferme assise dans les coeurs. Au contraire, après une courte période de défiance envers l'Etat, ses crèches, ses jardins d'enfants, ses divers établissements, les ouvrières et après elles les paysannes les plus avancées apprécièrent les immenses avantages de l'éducation collective et de la socialisation de l'économie familiale. Par malheur, la société se révéla trop pauvre et trop peu civilisée. Les ressources réelles de l'Etat ne correspondaient pas aux plans et aux intentions du parti communiste. La famille ne peut pas être abolie: il faut la remplacer. L'émancipation véritable de la femme est impossible sur le terrain de la "misère socialisée". L'expérience confirma bientôt cette dure vérité formulée par Marx quatre-vingt ans auparavant. » [6]

La fin du rationnement strict, combinée au fait que les services publics étaient très peu développés et de mauvaise qualité a provoqué un retour du travail domestique féminin :

« les ouvriers les mieux payés commencèrent à revenir à la table familiale. [...] La même conclusion s'impose en ce qui concerne les blanchisseries socialisées où l'on vole et abîme le linge plus qu'on ne le lessive. Retour au foyer! Mais la cuisine et la lessive à la maison [...] signifient le retour des femmes aux casseroles et aux baquets, c'est-à-dire au vieil esclavage. »

Il explique également que la socialisation plus faible dans les campagnes rurales (où le travail repose fortement sur le lopin de terre familial) induit une plus grande pression sur les femmes paysannes. On retrouve par ailleurs une fracture de classe entre femmes :

« La condition de la mère de famille, communiste respectée, qui a une bonne, un téléphone pour passer ses commandes, une auto pour ses déplacements, etc., a peu de rapport avec celle de l'ouvrière qui court les boutiques, fait son dîner, ramène ses gosses du jardin d'enfants à la maison — quand il y a pour elle un jardin d'enfants. Aucune étiquette socialiste ne peut cacher ce contraste social, non moins grand que celui qui distingue en tout pays d'Occident la dame bourgeoise de la prolétaire. »

Dans les régions périphériques de l'Empire russe[modifier | modifier le wikicode]

« Khăzir mīndă ăzad! (Maintenant moi aussi je suis libre) » Affiche de 1918-1921 représentant une femme se détournant de la mosquée, rejoignant une organisation de jeunesse.

Le pouvoir bolchévik fit d'importantes concessions au sentiment national et religieux dans les territoires qui avaient été colonisés par le tsarisme.

Par exemple dans le Turkestan musulman, la charia ne fut pas frontalement combattue. Seuls certains châtiments furent interdits, comme lapidation. Certains tribunaux islamiques défiaient la loi soviétique, en refusant, par exemple, d’accorder le divorce aux femmes qui en faisaient la demande, ou en considérant que le témoignage d’une femme valait seulement la moitié de celui d’un homme. C’est ainsi qu’en décembre 1922 un décret introduisit la possibilité qu’une affaire soit rejugée devant les tribunaux soviétiques si l’une des parties le réclamait. Même ainsi, entre 30 et 50 % de toutes les affaires étaient résolues par des tribunaux islamiques, et en Tchétchénie le chiffre était de 80 %.

Ne pouvant s'appuyer sur une classe ouvrière quasi inexistante dans ces pays, les bolchéviks tentèrent de s'appuyer sur les femmes, en tant que groupe le plus opprimé.

Dans la seconde moitié des années 1920, les staliniens vont restaurer une domination grand-russe sans partage. Ils lancent une attaque frontale (nommée « khudzhum », c’est-à-dire attaque, agression, offensive) contre l’Islam au nom de l'émancipation des femmes. Des journaux pour femmes en Ouzbékistan présentaient des femmes blanches « émancipées »[7]. Le khudzhum entra en action massivement le 8 mars 1927, à l’occasion de la journée internationale des femmes. Au cours de meetings de masse on appela les femmes à enlever leur voile. De petits groupes de musulmanes autochtones montèrent sur des podiums et se dévoilèrent en public, après quoi on brûla leurs voiles.

En réaction, des milliers d’enfants musulmans, spécialement des filles, furent retirés des écoles soviétiques  par leur famille et démissionnèrent des jeunesses communistes. Des femmes non voilées furent agressées dans les rues, parfois violées et des milliers d’entre elles furent tuées.

Évolutions ultérieures[modifier | modifier le wikicode]

Tout au long des années 1920, le désir d’accéder à une sexualité plus libre s'exprime fortement, puis perd progressivement en importance. La féministe Madeleine Pelletier, alors au PCF, a raconté son voyage en Russie en 1921. Elle reconnut une certaine libération économique et sexuelle des femmes, mais dénonça leur cantonnement hors du politique, dans des problèmes liés à la maternité, aux enfants, au ravitaillement, aux soins.

Le nouveau Code de la famille entré en vigueur le 1er janvier 1927 apporte quelques progrès supplémentaires, par exemple en donnant les même droit à des concubins de fait qu'à des mariés. Mais avec la stalinisation, c'est globalement une période de recul des droits qui s'ouvre.

Le régime voulait freiner le nombre des divorces (qui atteignait 44 % du nombre des mariages au milieu de 1935). La Constitution adoptée le 5 décembre 1936 déclare, « afin de lutter contre l’attitude frivole à l’égard de la famille et des devoirs familiaux […], le divorce ne peut être effectué que par convocation préalable et personnelle des deux conjoints […]. Il doit être fait mention du divorce sur le passeport des deux divorcés » et la somme à verser pour frais de divorce passe de 3 à 50 roubles pour le premier divorce, à 150 roubles pour le deuxième et à 300 roubles pour le troisième.

Le droit à l'avortement est supprimé en 1936 pour la première grossesse, puis totalement en 1944. En 1941, le célibat est frappé d'une taxe et les frais de divorce sont encore augmentés...

Par ailleurs on peut observer un retour de la prostitution, et de la répression des prostituées...

Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]

Notes[modifier | modifier le wikicode]

  1. Trotsky, Histoire de la révolution russe, 1930
  2. Marc Ferro, Des soviets au communisme bureaucratique, 1980
  3. Bertrand Russell, Pratique et théorie du bolchevisme, 1920
  4. Nick Paton Walsh, 'Nationalisation' of wives made Lenin see red, The Guardian, 20 avril 2006
  5. British socialist party, The Nationalisation of Women: The Natural History of a Lie (being a study in bourgeois frightfulness), 1919
  6. Trotsky, La Révolution trahie - Thermidor au foyer, 1936
  7. British Library, A New Path, A New Dawn: Women’s Magazines in 1920s Soviet Uzbekistan, 10 mai 2017