Racisme en France

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Cette page revient sur l'histoire du racisme en France, et son actualité.

Historique[modifier]

A partir des grandes luttes anti-racistes des années 1980 ("marche des beurs"...) les préjugés et les actes racistes ont eu tendance à diminuer.

Cependant dans les années 2010, cette tendance commence à s'inverser. Si les actes racistes continuent pour l'instant à diminuer, les préjugés augmentent. Dans les sondages, un nombre de plus en plus important de personnes se déclarent elles-mêmes "racistes".[1]

Les racismes[modifier]

Racisme anti-provinciaux[modifier]

En France, la Révolution industrielle a provoqué un fort exode rural des provinces vers Paris (Bretons, Auvergnats...). Les classes possédantes parisiennes ont majoritairement développé un profond mépris de classe pour ces nouveaux venus, qui s'est exprimé dans un racisme latent. Une des théories en vogue était alors que les parisiens étaient les fiers descendants des Francs victorieux, tandis que les provinciaux étaient la progéniture dégénérée des Gaulois vaincus.

C'était principalement de la classe dominante, concentrée à Paris, qu'émanait ce racisme. Ainsi le Journal des débats parlait "d'invasion des barbares", le baron Haussmann y voyait une "tourbe de nomades", et Adolphe Thiers une "multitude de vagabonds".

De nombreuses Bretonnes se retrouvent "bonnes" ou prostituées à Paris, ce qui inspire notamment en 1905 l'image de Bécassine, jeune fille naïve (qui d'ailleurs n'a presque jamais de bouche).

« Les principaux traits de la race bretonne sont la malpropreté, la superstition et l'ivrognerie » Manuel de géographie, 1929

En 1831, Auguste Romieu, sous-préfet à Quimperlé,écrit :

« La Basse-Bretagne, je ne cesserai de le dire, est une contrée à part qui n’est plus la France. Exceptez-en les villes, le reste devrait être soumis à une sorte de régime colonial . Je n’avance rien d’exagéré  » « Créons, pour l’amélioration de la race bretonne, quelques-unes de ces primes que nous réservons aux chevaux et faisons que le clergé nous seconde en n’accordant la première communion qu’aux seuls enfants parlant le français  » .

Le même type de mépris et de domination a été renvoyé aux Auvergnat-e-s :

« Détruisez, si vous pouvez, les ignobles patois des Limousins, des Périgourdins et des Auvergnats, forcez les par tous les moyens possibles à l’unité de la langue française comme à l’uniformité des poids et mesures, nous vous approuverons de grand cœur, vous rendrez service à ses populations barbares et au reste de la France qui n’a jamais pu les comprendre. » Le Messager, 24/09/1840

Quand aux méridionaux, c'est parfois pire... Dès 1793, Fréron dit à la Convetion : « Je crois que Marseille est incurable à tout jamais, à moins d’une déportation de tous ses habitants et d’une transfusion d’hommes du nord ». Et Louis Ferdinand Céline écrivait en novembre 1942 :

« Zone Sud, peuplée de bâtards méditerranéens, de Narbonoïdes dégénérés, de nervis, Félibres gâteux, parasites arabiques que la France aurait eu tout intérêt à jeter par-dessus bord. Au-dessous de la Loire, rien que pourriture, fainéantise, infect métissage nègrifié.  »

En 1951 est promulguée la loi Deixonne, première loi française autorisant l’enseignement des langues régionales de France, de manière facultative. Un député socialiste réagit, « Comment ! On veut nous apprendre le dialecte des cavernes !  ». 

Racisme anti-Belges[modifier]

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Les Belges, majoritaires dans la population de Roubaix vers 1880, sont traités de « pots de beurre » et de « vermines ». De Liévin à Tourcoing, sévissent des émeutes anti-Belges dans les années 1890.

En 1892, le journal républicain anti-communard Le Grelot publie une caricature des travailleurs Belges, qui "pendant que l’ouvrier mineur français laisse sa famille et ses outils pour accomplir son service militaire, le belge lui prend sa place et travaille a vil prix."

Racisme anti-Polonais[modifier]

Ainsi en France dans les années 1920, c’est l’immigration polonaise qui sera victime d’une stigmatisation et de discriminations. Il se développera d’ailleurs tout un discours qui accusera les enfants polonais de ne pas bien s’adapter à l’école (cette chère école française républicaine...) et ainsi de menacer l’ordre public et l’unité nationale.

Racisme anti-Italiens[modifier]

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La première vague d’immigrants avait quitté l’Italie entre 1871 et 1900, pour fuir la pauvreté, comme beaucoup d’immigrés africains actuellement. 5 millions d’Italiens immigrèrent dans le Nord de la France et surtout à Marseille, pour y trouver du travail. Cette première vague connut des conditions de vie extrêmement difficiles et la ségrégation dans des ghettos en périphérie des grandes villes comme Paris ou Marseille, sans parler de la promiscuité dans les baraques ouvrières des villes industrielles du Nord, à l’image du sort de beaucoup d’émigrés africains d’aujourd’hui.

Ces travailleurs étaient surexploités, acceptant les tâches les plus rudes et des salaires dérisoires, ce qui ne les mettait pas à l’abri de rixes parfois très violentes avec les ouvriers français. Ce racisme anti-italien atteindra son point culminant avec la tragédie d’Aigues-Mortes, le 17 août 1893, qui vit des altercations entre travailleurs italiens et français dégénérer en véritable émeute, durant laquelle la foule excitée poursuivit les Italiens, armée de fourches et de pioches, provoquant un véritable massacre.[2]

En juin 1894, l’assassinat de Sadi Carnot, président de la République, par Caserio, anarchiste italien, provoque de nouvelles émeutes anti-italiennes à Lyon.

« Ils arrivent comme des sauterelles. Ils sont sales, tristes,…Ils s’installent chez les leurs, entres eux, demeurant étranger au peuple qui les accueille, travaillants à prix réduits »-La Patrie-1896

Racisme anti-Espagnols[modifier]

La fuite de nombreux espagnols suite à la guerre civile (1936-1939) et à la victoire de Franco a engendré des réactions contrastées en France. Tandis que les communistes étaient majoritairement en solidarité avec ces voisins dont beaucoup étaient des camarades, des mouvements d'extrême-droite n'hésitaient pas à s'insurger contre les camps de réfugiés à la frontière (alors même qu'ils étaient traités dans des conditions de profond dénuement). Par exemple le quotidien de droite bisontin « L’Eclair Comtois » et « La République de l’Est » relaient une diatribe du député local absolument atroce, le 4 février 1939, qui parle de "racailles interlopes", et qui ajoute

« rejetons sans scrupules les violeurs, les profanateurs de sanctuaires, les fusilleurs et les tortionnaires. Fermons sans regret et sans hésitation notre porte aux déterreurs de carmélites, aux rôtisseurs de curés et de moines, aux scieurs d’otages entre deux planches » [...] « Quand une bête est prête à crever, la vermine quitte ce qui ne sera bientôt plus qu’un cadavre encombrant. »
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Racisme anti-Allemands[modifier]

Les rivalités avec la bourgeoisie allemande ont à certains moments conduit des secteurs de la bourgeoisie française a encourager un véritable racisme anti-allemands.

A l'époque de la guerre de 1914-1918, une vraie propagande encourageait la haine "du boche". Un magazine publiait même une "enquête" affirmant que l'urine des Allemands était 30% plus toxique que celle des peuples de l'Entente et des Français en particulier...[3]

Racisme anti-Arabes et anti-Noirs[modifier]

Les Arabes et les Noirs ont été plus durement touchés encore que les autres immigrés par le racisme. La différence de couleur de peau joue bien sûr un rôle aggravant, et rend les réactions de discrimination encore plus immédiates que vis-à-vis des autres immigrés européens, qui se différencie plutôt par la langue. Les arabes, principalement du Maghreb, et les Noirs d'Afrique subsaharienne ont été nombreux à immigrer en France en raison des liens "privilégiés" avec l'ancienne puissance colonisatrice. La langue française leur était souvent connue, ce qui pouvait augmenter leurs espoirs d'adaptation. Plus, ce sont souvent les bourgeois français qui ont organisé les premières vagues d'immigration, lorsqu'ils avaient besoin de main d'oeuvre. Même depuis les années 1970 où le chômage a amené la France a stoppé ce mouvement, de nombreux patrons apprécient encore d'avoir une main d'oeuvre pauvre, prête à s'embaucher dans des métiers que nombre de travailleurs français refuseraient d'exercer.

Un-e maghrébin-e a 1,75 fois moins de chances d’avoir un logement dans le privé qu’un blanc, une personne noire 2,5 fois moins. Ces 20 dernières années, plus de 100 personnes ont été assassinées par les forces de l’ordre, essentiellement des jeunes d’origine immigrée. Quant aux contrôles au faciès, ils sont une dure réalité : un Noir a 6 fois plus de chance qu'un Blanc d'être contrôlé par la police, et un Arabe 8 fois plus.[4]

« Il y a une immigration comorienne importante qui est la cause de beaucoup de violence… mais que je ne peux pas quantifier. » Claude Guéant, 11 septembre 2011

Racisme anti-Chinois[modifier]

Les premières immigrations chinoises en France se sont aussitôt accompagnées d'un racisme spécifique. Par exemple à Tahiti, les autorités françaises ont fait venir des travailleurs chinois à partir du début du 20e siècle, et peu à peu certains sentiments réactionnaires se sont exprimés. Par exemple le peintre Paul Gauguin, installé à Tahiti, organise un mouvement contre les Chinois, agitant un fantasme de domination :

«Cette tache jaune souillant notre pavillon national me fait monter le rouge de la honte à la face. (…) L’étranger, comme nous, vit d’un certain luxe, et à mesure qu’il fait fortune, il augmente ses dépenses, entretient un courant de capitaux et concourt à la fortune publique. Tandis qu’avec le Chinois, il n’y a rien de tout cela : l’argent entre dans sa caisse et s’en retourne en Chine ; (…) On peut donc voir avec quelle facilité et quelle rapidité le Chinois aura tout absorbé en ne nous laissant à nous autres qui sommes cependant à Tahiti chez nous, une terre française, rien. Rien à nous mettre sous la dent.»[5]

Ces dernières années, des agressions racistes ont eu lieu contre des Chinois à Paris, et ces derniers (particulier les enfants des premières générations) ont commencé à se mobiliser, ce qui visibilise ce racisme largement sous-estimé.[6]

Racisme anti-Roms[modifier]

Les Roms sont autant sinon plus touchés par le racisme que les Arabes et les Noirs. En particulier, le mode de vie nomade qu'une partie d'entre eux ont gardé les rend suspects aux yeux des sédentaires, et ce depuis des siècles. Là où ils se sont installés, ils forment souvent des communautés très pauvres.

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« Ils vivent avec huit enfants dans une pièce. Lorsqu 'on n'a qu'une pièce, on ne fait pas huit enfants ! » Arno Klarsfeld

«C’est vrai, la délinquance roumaine intervient pour 2% dans la délinquance générale en France et même pour la région parisienne, c’est 3% (…) D’ailleurs il suffit de se promener dans la rue pour voir qu’il y a une forte présence, pour autant qu’on puisse reconnaître la nationalité des gens sur leur visage. » Claude Guéant[7]

En juillet 2013, le député-maire de Cholet Gilles Bourdouleix (UDI) dit à propos de gens du voyage, « Hitler n’en a peut-être pas tué assez ».

« La présence immigrée des Roms, bien qu'elle ne représente pas un véritable danger pour la sécurité des gens, est particulièrement urticante. » Jean-Marie Le Pen[8]

Racisme anti-juifs (antisémitisme)[modifier]

L'antisémitisme a une longue histoire en France. Jusqu'au 19ème siècle, il a été surtout véhiculé alors par des chrétiens. Les juifs sont notamment accusés d'être coupables de la mort de Jesus-Christ ("peuple déicide"), et de ne pas s'être convertis à la nouvelle religion. La prière du vendredi saint contient le terme de "juifs perfides" jusqu'en 1965.

Au Moyen Âge, nombre de professions furent interdites aux Juifs. Ils furent exclus de toute fonction administrative, et surtout des corporations de métiers, et des confréries religieuses. Il leur était interdit de posséder des terres pour les cultiver. Ils vivaient donc dans les villes, où ne leur restaient comme possibles activités que celles qui étaient précisément interdites aux chrétiens. Si bien qu’ils furent repoussés de presque tous les métiers, et contraints principalement de s’orienter vers le commerce et le prêt à intérêt, souvent interdit aux chrétiens d’Occident et aux musulmans. De ce fait, de nombreux banquiers seront parmi les premiers financiers, et ceux-ci sont puissants à la fin du féodalisme.

Les Lumières méprisaient majoritairement les Juifs, qu'ils voyaient comme des survivances de l’obscurantisme médiéval (étant très attachés à leur culte), et en tant que soutiens financiers de l’aristocratie.

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Au début du capitalisme industriel, des banquiers Juifs comme les frères Péreire ou la dynastie des Rothschild ont joué un rôle important dans le financement du développement industriel (chemins de fer), ce qui de plus leur apporter des avantages politiques (annoblissement, protection de l'État...). Même si le poids relatif des Juifs a été largement dilué dans la bourgeoisie, ce facteur, mis en perspective historique, servira de base au cliché du Juif-banquier-surpuissant. D'autant plus que les Juifs forment une diaspora présente dans de nombreux pays, ce qui a servi à fantasmer sur le "complot mondial" (un exemple qui sert de base à cette idée, le fait que la famille Rothschild soit présente en France, en Autriche et en Angleterre).

Pour ce genre de raison, le mouvement socialiste du 19ème siècle, dénonçant les puissants, amalgamera souvent juifs et capitalistes. Par exemple, Alphonse Toussenel, disciple de Fourier, publie un ouvrage intitulé «les Juifs, rois de l’époque. Histoire de la féodalité financière». L'antisémitisme reculera dans le mouvement ouvrier et dans la gauche bourgeoise à partir de l'Affaire Dreyfus.

L'antisémitisme, comme les autres racismes, connaît un regain très fort dans les années 1930, et devient une politique criminelle d'Etat sous l'occupation nazie et le régime de Vichy.

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Après la Seconde guerre mondiale, le contexte a changé. L'effet idéologique de la Shoah a certes joué un rôle dans la condamnation officielle de l'antisémitisme à une large échelle. Mais c'est surtout la formation de l'Etat d'Israël qui va créer une nouvelle situation qui sert de base à un changement idéologique. L'Etat d'Israël devient la tête de pont des intérêts occidentaux et leur meilleur allié au Moyen-Orient, et pour cette raison les impérialistes occidentaux cautionnent la politique coloniale d'Israël envers les Palestinien-ne-s, ou en tout cas la passent sous silence.

Dans ce contexte, l'Etat français cesse toute discrimination juridique envers les citoyen-ne-s de confession juive, et se présente comme leur défenseur. Il ne manque pas de véhiculer l'amalgame que Juif serait synonyme de sionisme (pro-Israël) et donc d'accuser tout antisioniste d'être antisémite.

Certains ont analysé ce changement comme un tournant "philosémite". Par exemple Ivan Segré écrit en 2009[9] (approuvé par Daniel Bensaïd[10]) qu'un courant prend de l'ampleur chez des intellectuels réactionnaires qui opposent musulmans et juifs, et qui mettent en avant la "défense" de ces derniers au nom d'un camp occidental.

Le sociologue Saïd Bouamama reprend par exemple la notion de philosémitisme d'Etat[11], ou encore Michèle Sibony, de l'Union juive française pour la paix (UJFP) :

« L’islamophobie structurelle et aujourd’hui portée par l’Etat, a pour pendant une forme de philosémitisme-sioniste d’État. Le philosémitisme-sionisme assumé de l’État agit aussi comme un racisme puisqu’il essentialise une population en tant que victime absolue, passée présente et à venir, et la jette en pâture à ceux qu’il opprime »[12]

Le Parti des Indigènes de la République (PIR) reprend le terme de "philosémitisme d'Etat"[13]. Le MRAP a condamné[14] le mot d'ordre du PIR, notamment lors de la manifestation antiraciste du 21 mars 2015[15]. D'autres acceptent d'utiliser le terme, mais critiquent l'usage que le PIR en fait. En tout état de cause, cela recouvre de nombreux débats dans les organisations antiracistes et du mouvement ouvrier[16][17][18][19].

Hiérarchisation des racismes ?[modifier]

D'un point de vue moral, aucun antiraciste ne peut parler d'une quelconque hiérarchisation entre les différents racismes. Mais les racismes sont de fait plus ou moins présents selon les lieux et les époques, ce qui implique dans les luttes des campagnes ciblant prioritairement des combats. Par ailleurs, les racismes n'ont pas la même force de nuisance selon de nombreux facteurs : sont-ils seulement des sentiments diffus dans la population, une idéologie portée par la classe dominante et/ou une politique d'Etat ? visent-ils une couche particulièrement dominée en terme de classe ?

Le sociologue Saïd Bouamama considère que l'Etat français est actuellement responsable d'une hiérarchisation des racismes.[11]

Le racisme "de gauche"[modifier]

Il existe toute une tendance à une forme de racisme "respectable" dans la gauche française, qui remonte à des fondements historiques anciens[20]. En particulier, lors de l'époque de la colonisation, la SFIO ne défendait qu'une variante de l'idéologie bourgeoise colonialiste, en prétendant "l'humaniser" et en insistant de façon paternaliste sur le "devoir civilisateur" des Blancs, qui apporteraient avec eux le progrès. L'évolution du PCF est assez symptomatique : anti-impérialiste lorsqu'il était révolutionnaire, il a rapidement repris l'attitude méprisante des socialistes à partir du Front populaire.

Mensonges utilisés par l'extrême droite[modifier]

"De plus en plus d'immigrés"[modifier]

Non. Le recensement de 1990 a comptabilisé 3,6 millions d’étrangers en France, moins qu’en 1982, soit une proportion de 6,4 % de la population totale, comme en 1931. Les ressortissants du Maghreb et d’Afrique noire représentent 45,4 % des étrangers Depuis les sévères restrictions de 1974 ce taux n’a pratiquement pas bougé. Au début des années 1970, près de 200 000 étrangers étaient autorisés à venir travailler en France chaque année. Ils n’étaient plus que 24 388 en 93, dont 59 % venant de l’Union européenne. Le regroupement familial a bénéficié à 32 400 personnes en 1991. Les restrictions à la demande du droit d’asile (l’impossibilité d’obtenir une autorisation de travail, les mesures expéditives de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides) ont entraîné une chute très importante des demandes. Il y en a eu 61 300 en 1989 contre 26 500 en 1993. Parmi celles-ci, seules 28 % ont été acceptées.

"De plus en plus de clandestins"[modifier]

Mensonge. L’immigration clandestine est par nature difficile à comptabiliser. Mais en 1981, lors de la régularisation des clandestins rentrés en France depuis 1974, seuls 150 000 dossiers ont été déposés, soit l’équivalent de 21 500 entrées irrégulières par an. Le Bureau international du travail estimait le nombre de clandestins vivant en France à 350 000 en 1991. On est bien loin des chiffres permettant de résorber le chômage. D’autant plus que les clandestins sont utilisés par des patrons qui s’en servent, dans des conditions effroyables, comme main d’oeuvre à très bas prix. Ils n’ont aucun droit et leurs patrons ne payent aucune cotisation. Après l’expulsion des Zaïrois par charter en juillet dernier, Debré disait: " Si nous voulons intégrer les immigrés en situation régulière, il faut être intraitable avec les étrangers en situation irrégulière ". Rien ne distingue un immigré régulier d’un clandestin. Une telle politique ne sert qu’à montrer du doigt tous les immigrés, à développer le racisme envers les Blacks et les Beurs, immigrés ou français. En multipliant les entraves aux démarches administratives, Debré comme Pasqua poussent de plus en plus d’immigrés dans l’irrégularité.

"Ils prennent le travail aux Français"[modifier]

En 1992 la France comptait 1,5 million d’actifs étrangers, dont près de la moitié d’origine européenne; bien moins que le nombre de chômeurs. Tous les pays industrialisés, qu’ils soient des pays d’immigration ou non, sont touchés par le chômage massif. Le taux de chômage dépasse les 20 % en Espagne alors qu’il n’y a pratiquement pas d’immigrés. Faire des immigrés les responsables du chômage, c’est faire oublier que ce sont les patrons qui licencient aujourd’hui. De plus, les immigrés sont ceux qui sont le plus touchés par le chômage. De 1975 à 1990 le chômage a été multiplié par 2,75 parmi les Français mais par 4 parmi les immigrés où il atteint le taux de 18,6 %. De 1979 à 1988, le nombre de salariés étrangers a été réduit de 370 000, le chômage des français n’a pas pour autant cessé d’augmenter. Seuls les patrons en ont profité.

"Les immigrés sont des profiteurs de la SECU"[modifier]

En 1991, Chirac avait repris ce mensonge en affirmant que grâce aux aides sociales, une famille d’immigrés vivait mieux qu’une famille française. Une enquête des élèves de l’ENA faite en 1984 montrait que les étrangers cotisent plus qu’ils ne perçoivent dans les deux secteurs déficitaires de la Sécu. Ils cotisent à hauteur de 7,6 % pour le régime maladie alors qu’ils ne touchent que 6,3 % des prestations. De même ils cotisent à hauteur de 7,9 % pour les retraites alors qu’ils n’en perçoivent que 5 %. Ceci est dû à la jeunesse de leur population et au fait qu’ils consultent moins souvent le médecin : 3,7 fois par an en moyenne pour les Maghrébins contre 6,6 fois pour les Français (1991). Par ailleurs, ayant rarement les moyens de cotiser à une mutuelle complémentaire, le taux de remboursement des dépenses médicales n’étaient que de 56,4 % pour les immigrés en 1991 contre 77,8 % pour les Français. Leur contribution est déficitaire dans la seule caisse qui ne l’est pas : la caisse d’allocation familiale. Ils versent 7,9 % mais touchent 14,4 % des prestations. C’est le résultat d’un taux de natalité plus important qui ne cesse cependant de diminuer, et d’une grande jeunesse de leur population.

"Les immigrés sont la cause de la délinquance"[modifier]

A condition sociale identique, la délinquance n’est pas plus élevée chez les immigrés que chez les Français. La petite délinquance est généralement plus importante dans les milieux défavorisés où se retrouvent les immigrés venant des pays pauvres. Sur les condamnations prononcées en 1991, 15,7 % concernaient des étrangers. Mais un quart des délits se rapporte à des infractions aux lois sur l’immigration. Infractions qui ne cessent d’augmenter du fait d’une législation de plus en plus dure. Le harcèlement incessant de la police explique aussi le fait que les immigrés soient plus souvent mis en cause. Les chiffres sont encore plus biaisés en ce qui concerne l’incarcération : 27 % des détenus sont étrangers. Mais pour une même infraction, 35 % des personnes seront envoyées au parquet si elles sont françaises contre 63 % si elles sont maghrébines. En 1986, 40,5 % des inculpés étrangers étaient en détention provisoire contre 27,4 % pour les Français.

"Les immigrés squattent les HLM"[modifier]

Mensonge. Trois ménages immigrés sur quatre vivent dans le privé. Les étrangers occupent 7 fois plus souvent des logements précaires et 4 fois plus souvent des logements surpeuplés que les Français de même condition sociale. Un quart des familles manquent soit d’un W.C. soit d’une installation sanitaire. Un dixième seulement des HLM est occupé par une famille étrangère. En 1988, 9,5 % des HLM parisiens étaient occupés par des cadres supérieurs. Le gouvernement Balladur a augmenté en 1993 le plafond d’accès au HLM, défavorisant encore les familles les plus nécessiteuses. Dans le même temps, alors que 60 000 familles prioritaires avaient fait une demande de logement en région parisienne on y comptabilisait plus de 120 000 logements vacants.

Notes et sources[modifier]

  1. Libération, «On assistait à un recul des préjugés racistes, la tendance s'est inversée», 2012
  2. http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/immigration-en-italie-quand-68128
  3. Cité par Boukharine in Imperialism and World Economy, 1915
  4. http://tendanceclaire.npa.free.fr/breve.php?id=1917
  5. Welcome Tahiti, Chinois de Tahiti : Des premiers migrants à la naturalisation 1865 – 1973, 19 janvier 2017
  6. France info, Le racisme anti-asiatique est vu comme moins grave parce qu’il est banalisé, janvier 2018
  7. http://www.slate.fr/tribune/43905/gueant-exorciste
  8. 20 minutes, « Je n'ai jamais fait de provocations verbales », 05/10/2012
  9. Ivan Segré, La réaction philosémite, ou La trahison des clercs, Éditions Lignes, 2009
  10. Daniel Bensaïd, Une thèse à scandale : la réaction philosémite à l’épreuve d’un juif d’étude, novembre 2009
  11. 11,0 et 11,1 Saïd Bouamama, La construction étatique d’une hiérarchisation « des racismes », 25 avril 2015
  12. Michèle Sibony, Israël et Palestine dans la société française, 25 février 2015
  13. PIR, Racisme (s) et philosémitisme d’Etat ou comment politiser l’antiracisme en France ? , (allocution de Houria Bouteldja du 3 Mars 2015)
  14. MRAP, « Non au philosémitisme d’État » : un slogan indigne !, 7 avril 2015
  15. http://indigenes-republique.fr/non-aux-racismes-detat-non-au-philosemitisme-detat/
  16. Denis Godard, La gauche, les Indigènes, l’antisémitisme…, avril 2015
  17. Vacarme, Pour une approche matérialiste de la question raciale, 25 juin 2015
  18. Racialisateurs Go Home , A propos du texte « Pour une approche matérialiste de la question raciale » 26 septembre 2015
  19. Fred Albi, Un autre point de vue sur une intervention d’Houria Bouteldja…, 3 mai 2015
  20. Les fondements historiques et idéologiques du racisme « respectable » de la « gauche » française, Revue Que faire, Avril/mai 2012