Jean-Luc Mélenchon

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Jean-Luc Mélenchon est un politicien français issu de la gauche du Parti socialiste, qui a fondé le Parti de Gauche en 2009 et a été le candidat du Front de Gauche aux élections présidentielles de 2012. C'est un leader charismatique qui a su fédérer autour de lui beaucoup de travailleurs et de militants d'extrême-gauche, bien que son projet politique soit scrupuleusement respectueux de l'Etat bourgeois et du capitalisme.

Biographie politique[modifier | modifier le wikicode]

Des débuts trotskisants[modifier | modifier le wikicode]

Jean-Luc Mélenchon a fait partie dans sa jeunesse d'une organisation trotskiste (l'OCI lambertiste - Organisation Communiste Internationaliste). Comme d'autres il s'est écarté de ce chemin laborieux et entre au Parti socialiste qui occupe progressivement tout l'espace politique à gauche.

1976 - Début d'une longue carrière au PS[modifier | modifier le wikicode]

Jean-Luc Mélenchon commence sa carrière au PS en 1976.  Il se bat pour le programme commun PS-PCF, et devient un fervent partisan de François Mitterrand.

Lors du tournant de la rigueur en 1983, l'échec économique du réformisme keynésien est brutal. Mélenchon est refroidi, mais reste loyal, se réfugiant dans l'idéal républicain de la franc-maçonnerie (adhésion au Grand Orient de France). « C'est l'année de la crise morale. Rien ne marche. Tout est perdu. [...] Quand tout s'est cassé la figure, que reste-t-il ? La République. Donc, in fine, la liberté et l'égalité »[1].

Rétrospectivement, il juge que le PS a fait une erreur, et que "la France" aurait dû se battre contre le paradigme néolibéral. « Quand la gauche, en 1983, a fait le constat de l'échec de la politique de relance appliquée dans un seul pays, elle a cru qu'il lui suffirait de s'inscrire dans le cadre européen. Que plus on s'intégrait dans une zone politique, plus il serait possible de réguler par la loi ou la norme. Ce fut une colossale erreur d'analyse sur l'évolution du capitalisme. La gauche n'a pas compris alors que la pente naturelle du monde était à la dérégulation. »[2]

On sait aussi que dans sa carrière de sénateur de l'Essonne, il a été assez proche du PDG-politicien réactionnaire Serge Dassault. Il a beau affirmer que c'est le "grand industriel français" (cocorico) et pas le politicien qu'il admire individuellement, cela ne l'a pas empêché de l'aider à se faire élire, et à s'abstenir lors du vote sur son éligibilité (il y a conflit d'intérêt manifeste).[3]

1988 - Dans la gauche du PS...[modifier | modifier le wikicode]

Sans doute plus sincère que d'autres, il défendra l'axe "première gauche" du PS, contre les tenants du recentrage. En 1988, il dénonce la "gauche molle" de Rocard qui tend la main à des centristes, et la participation à la Première guerre du Golfe contre la majorité de son parti. Il fonde alors avec Julien Dray (ex-trotskiste aussi, à la LCR - Ligue Communiste Révolutionnaire) la Nouvelle Ecole Socialiste, qui fait 1,35% au Congrès de Rennes en 1990.

En 1992, il appelle à voter pour le traité de Maastricht. Il déclarera par la suite que c'était les opposants à ce traité qui avaient raison et que l'objectif affiché à l'époque est un « échec total ».

Le courant Gauche socialiste progresse : 10,21% au Congrès de Brest en 1997, 13,28% au Congrès de Grenoble en 2000. Au Congrès de Brest, Mélenchon tente de se faire élire à la tête du PS face à François Hollande, mais il n'obtient que 8,81%.

...et au gouvernement bourgeois (2000-2002)[modifier | modifier le wikicode]

En Mars 2000, il entre au gouvernement Jospin (1997-2002) comme ministre délégué à l'enseignement professionnel. L'ironie, c'est que selon lui, ce gouvernement était sous influence de la gauche du PS, au moins "au début" :

"_La gauche du PS que vous animiez a-t-elle pesé entre 1997 et 2002 ? _Sous Lionel Jospin, c'est la gauche du PS qui a donné le tempo, avec 35 heures sans pertes de salaires et l'alliance rouge-rose-verte notamment. Nous avons eu une contribution utile. A la fin de la législature, le rapport de forces s'est dégradé. Le mouvement socialiste a fini par être contaminé par l'orientation blairiste social-libérale, à laquelle François Hollande est d'ailleurs très lié."

Au début, on trouve pourtant au moins quelques sales coups portés à notre classe :

  • l'ouverture du capital de France Télécom (1997) et sa mise en concurrence (1998)
  • le processus de Bologne de casse du service public d'enseignement supérieur (à l'initiative de Allègre en mai 1998)
  • les CRS et la BRAV envoyés contre les mobilisations de chômeurs de l'hiver 1997-1998[4][5]
  • la privatisation de Air France (entamée en février 1999)
  • l'agenda de Lisbonne, prévoyant les privatisations et le plein règne de la concurrence et du profit sur l'Europe, mars 2000
  • sans compter la poursuite de la politique françafricaine sans faire de vagues, tout au long du mandat...

Alors, peut-être (?) qu'il n'approuvait pas certaines mesures de fin de mandat :

Mais il était bel et bien payé par ce gouvernement bourgeois !

Lui-même, en tant que ministre délégué à l'Enseignement Professionnel, a mené une politique pro-patronale, en luttant contre le collège unique, en mettant en place les "lycées de métiers" (dénoncés par les syndicats Sud[6], FO, SNEETA, FSU[7], CGT[8] ...).

2002-2007 - A gauche... et derrière Royal[modifier | modifier le wikicode]

Suite à la cinglante défaite du PS en avril 2002, Gauche socialiste éclate, et Mélenchon fonde Nouveau Monde avec Henri Emmanuelli, qui obtient 16,3% au Congrès de Dijon en 2003. Mélenchon est conforté dans son idée que l'orientation du Parti socialiste la rend incapable de "parler au peuple". En 2005, lors du référendum sur la Constitution Européenne, il fait campagne pour le "non", en cotoyant Buffet, Besancenot, Bové et les collectifs unitaires antilibéraux. Son nom est même évoqué en passant comme candidat des collectifs.

Puis il vote la synthèse au Congrès du Mans en novembre 2005, rassemblant les socialistes du Oui et du Non. Il soutient alors Laurent Fabius, au Congrès comme à la primaire de 2006 pour la désignation du candidat à la présidentielle, parce que celui-ci avait fait campagne pour le Non. Il critique alors l'aile droitière ("blairiste") de Dominique Strauss-Khan, puis de Ségolène Royal, dont il reproche l'ouverture aux centristes de Bayrou et la "béatification sécuritaire" (elle proposait notamment l'armée pour encadrer les jeunes délinquants).[9] Il fera néanmoins la campagne de Ségolène Royal « parce qu'elle paraît la seule efficace pour atteindre le programme commun le plus élémentaire : être présent au deuxième tour et battre la droite. » Sauf qu'un "programme" si vide de sens pour les travailleurs ne les mobilise pas, et cela conduit à la défaite face à la droite décomplexée de Nicolas Sarkozy.

2008 - Départ du PS[modifier | modifier le wikicode]

Déjà un mois avant le Congrès de Reims de novembre 2008, Jean-Luc Mélenchon menaçait. Il écrivait dans son blog que « Lafontaine [ex du SPD allemand qui cofonda Die Linke] est un modèle de fidélité à soi-même si le PS fait le choix de la ligne démocrate au congrès de Reims.» D'autres comme Marc Dolez appelaient clairement à un nouveau partie sur le modèle de Die Linke.[10]

Cela va notamment convaincre Mélenchon qu'il s'agit non pas d'une aventure, mais d'un mouvement de fond en Europe. D'autre part, il y avait aussi du côté de la direction du PS une vraie réduction de l'espace pour la gauche :

« Dans la transformation d’un parti socialiste en parti démocrate, il y a toujours un prologue, qui est l’élimination de la gauche du parti. En France, on est un peu dans les prémices. Tous les leaders de la gauche du parti sont tenus à l’écart des responsabilités. »[11]

Enfin, Mélenchon comprend que si le PS n'occupe plus le créneau du changement, d'autres forces (réformistes ou révolutionnaires) le feront :

« De plus, l’organisation de l’autre gauche, avec ATTAC et Besancenot, a tendance à nous siphonner. [11]

Mélenchon pousse à l'unité des sensibilités de gauche, et se range dans un bloc derrière Benoît Hamon qui fait 18,5%. La direction sortante et parmi elle l'aile droitière de Ségolène Royal l'emporte, ce qui décide enfin Mélenchon à quitter le PS pour appeler à fonder une autre force politique.[12]

2009 - Fondation du Parti de gauche[modifier | modifier le wikicode]

Le Parti de gauche (PG) est fondé le 1er février 2009, à l'initiative des parlementaires Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez, après leur départ du Parti socialiste, lors du Congrès de Limeil-Brévannes, en présence de quelque six cents délégués venus de tous les départements dans lesquels des comités du parti se sont formés. Le parti réunit autour de trois grands axes : l'écologie, le socialisme, et la république (pour une sixième république).

le Parti de gauche entend fédérer l'ensemble des sensibilités de la gauche antilibérale — qu'il nomme aussi « l'autre gauche » — au sein d'une même alliance.

Le 19 décembre 2012, Marc Dolez, cofondateur du Parti de gauche, annonce qu'il quitte le parti. Il juge les propos de Jean-Luc Mélenchon comme trop centrés sur une critique du Parti socialiste. « Nos propositions sont rendues souvent inaudibles à cause de l'outrance du verbe (…) Je ne crois pas à la thèse de deux gauches irréconciliables ni au mythe du recours (…) Je ne me résoudrai jamais à considérer que le gouvernement va échouer et que nous serons là à ramasser les morceaux. Si la social-démocratie devait s'effondrer, je crains que ce ne soit au profit de la droite extrême. », déclare-t-il[13].

Campagne présidentielle de 2012[modifier | modifier le wikicode]

Le Front de Gauche et son programme : Front de Gauche.

Mélenchon a su mener une campagne dynamique, remobilisant une bonne partie des militants ou sympathisants du PCF, et absorbant la plupart des électeurs qui s'étaient radicalisés et tournés vers l'extrême-gauche (Laguiller, Besancenot...) auparavant. Selon l'historien Romain Ducoummier, il « arrive à paraître à la fois réformiste et révolutionnaire » en ressuscitant le "discours jauressien des deux méthodes[14]". Il a été fortement aidé par le retrait du candidat du NPA, Olivier Besancenot, qui un an auparavant apparaissant comme plus populaire que lui.[14]

Lors de ses meetings il est parvenu à rassembler largement (50 000 personnes à Toulouse, jusqu'à 60 000 personnes à Paris, près de 100 000 à Marseille...). Il rassemble jusqu'à 120 000 personnes, selon les organisateurs, lors d'une « marche pour la Sixième République » organisée place de la Bastille, à Paris, le 18 mars 2012, date d'anniversaire de la Commune de Paris. Les soutiens du PCF et ses réseaux dans la CGT ont beaucoup facilité les choses, en affrétant de nombreux cars...

Totalisant 11,10 % des voix (3 984 822 voix) au premier tour, Jean-Luc Mélenchon termine quatrième de cette élection présidentielle, derrière le Front National. Les statistiques montrent que Mélenchon a gagné une parti de l'électorat populaire, plus que le PS, mais moins que le FN.

Campagne présidentielle de 2017[modifier | modifier le wikicode]

Relevons que lors d'un discours à l'Assemblée nationale le 11 juillet 2017, Jean-Luc Mélenchon a exposé clairement sa vision réformiste assumée :

Ce dont nous avons à discuter ici, ce n'est pas de la gravitation universelle ou de la lutte de classe, mais de savoir ce qu'on en fait comme fait social pour en faire un fait politique civilisé, c'est-à-dire qui ne dégénère pas en bataille rangée, ou que l'un ait une domination absolue sur l'autre.

Après avoir rappelé que la CGT et FO sont issues historiquement de la Charte d'Amiens, qui avait pour perspective la grève générale révolutionnaire, il conclut « vous avez remarqué que ce n'est pas ce que je vous propose. »[15]

Perspectives[modifier | modifier le wikicode]

Mélenchon est sans doute un peu déçu, mais il mise sur le long terme. Il a une analyse suffisamment intelligente pour savoir que la situation peut évoluer très vite, et en attendant, il préserve soigneusement ses possibilités de recomposition avec le PS, avec qui il se décrit comme étant dans la même "majorité de gauche".

« je savais parfaitement que je ne pouvais pas d’un bond arriver sur la première marche. Je poursuis ma stratégie : essayer de passer devant les socialistes et proposer une majorité alternative de gauche. [...] Il y a une majorité de gauche à l’Assemblée : je propose qu’elle change de centre de gravité. Je suis prêt à être Premier ministre »[16]

En attendant, il refuse de se dire dans l'opposition au gouvernement Hollande, parlant de "propositions constructives". Au niveau des votes, cela se traduit par une allégeance aux projets pro-capitalistes du PS : les députés du Front de gauche votent les contrats d'avenir, leurs élus locaux votent les budgets d'austérité du PS...

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

Mélenchon, un sauveur pour les travailleurs ? Tendance Claire du NPA, avril 2012
Ne mélenchon pas le Front de Gauche et les soviets. avril 2012