Immigration en France

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Cette page traite de l'immigration en France, de son évolution historique et des positions politiques que cela a alimenté.
Migrants

Après-guerre[modifier]

Une immigration demandée et légale...[modifier]

Dans l'Après-guerre, les besoins en main d'oeuvre sont importants, notamment dans le secteur de la Reconstruction. Certaines grandes firmes recrutent directement dans le pays d'origine (colonies ou anciennes colonies).

Comme cela répond aux besoins du patronat, la loi fixe alors les conditions d'une immigration de travail légale. L’ordonnance du 2 novembre 1945[1] créée l’Office national d’immigration et instaure les cartes de séjour de un, cinq et dix ans. Elle permet également le regroupement familial, et l'acquisition de nouveaux droits au fur et à mesure de l'allongement la durée du séjour de l'étranger, supposée signifier son intégration.

...très liée aux colonies[modifier]

L'immigration est très liée aux colonies de la France, car les liens politiques, économiques et linguistiques la facilitent.

À la fin de la guerre d'Indochine (1954), près de 5 000 Français d'Indochine (couples mixtes ou veuves de Français fuyant la guerre) sont rapatriés et « accueillis » dans des Centres d'accueil des Français d'Indochine (CAFI), en particulier à Noyant, dans l’Allier, et à Sainte-Livrade, en Lot-et-Garonne.

C'est ensuite le tour à nombre de juifs marocains, souvent en transit pour Israël, puis aux harkis après les accords d'Évian (1962), qui sont aussi logés dans des centres de transit ou d'« accueil ». Leur liberté de mouvement est entravée, les contacts avec la population locale, sinon impossible, découragés quand ils ne sont pas déjà difficiles, et les conditions de travail précaires.

Mais c'est principalement du Maghreb que viennent les immigrés. Certains sont logés dans des foyers ouvriers, mais il y a vite une vraie pénurie de logements : beaucoup logent dans des café-hôtels, et bien d'autres dans de nombreux bidonvilles autour de Paris, celui de Nanterre étant le plus connu.

...et accompagnée par l'État[modifier]

L'État accompagne cet appel massif de main d'oeuvre par le patronat français. Pour éviter une trop grande crise sociale, il met notamment en place la Société nationale de construction de logements pour les travailleurs algériens et leurs familles (SONACOTRA). Cette politique de prise en charge partielle cohabite avec le racisme d'État envers ces travailleurs immigrés, comme l'illustre le massacre du 17 octobre 1961.

Le virage des années 1970[modifier]

Un frein brutal à l'immigration...[modifier]

La forte croissance des "30 glorieuses" prend fin dans les années 1970 suite à la baisse du taux de profit. L'investissement a beaucoup diminué et beaucoup moins d'emplois sont créés chaque année. Dans ce contexte, l'État va fermer rapidement ses portes.

La publication de la circulaire Marcelin-Fontanet en 1972 va durcir fortement les critères de régularisation : contrat de travail, attestation de logement, primauté des nationaux pour l'emploi, facilités d'expulsions, le tout sous prétexte d'éradiquer le travail clandestin... Cette circulaire plonge 85 % de travailleurs étrangers dans l'illégalité, et inaugure une période de profondes difficultés pour les immigrants (expulsions, arrestations, blessures, séparation).

...et une exploitation accrue de celle-ci[modifier]

Mais l'intérêt fondamental de ces mesures anti-immigrés pour le capitalisme est d'infliger un recul social à l'ensemble des travailleurs en créant une couche de travailleurs encore plus exploitée. Car les travailleurs qui immigrent malgré l'interdiction sont souvent désespérés et prêts à travailler à tout prix, et se retrouvent plus précaires du fait de leur situation irrégulière, donc encore moins capables de défendre leurs droits. Ainsi dans cette nouvelle période, ce n'est pas seulement que le patronat a besoin de "moins de travailleurs", mais surtout qu'il a besoin de travailleurs "plus flexibles", plus exploités.

Deux façons d'exploiter les étrangers au travail vont se côtoyer : le travail légal sans égalité des droits et le travail illégal sans les droits sociaux qui sont attachés à l'emploi. Au fur et à mesure des régularisations interviennent. Un petit nombre constant de sans papiers rejoignent les titulaires d'un titre de séjour et par là deviennent des candidats légaux au travail, mais les inégalités de traitements demeurent. Entre autres, des discriminations légales excluent les étrangers non-communautaires des emplois de service public. Mais, ces emplois ne leur sont pas interdits puisque l'embauche va se faire hors statut, par exemple : les maîtres auxiliaires dans l'éducation nationale, les médecins hospitaliers et les entreprises de sous-traitances qui emploient des étrangers pour EDF dans les centrales, pour la SNCF à la construction des voies, pour la Poste au tri...Sans statut, ce sont des emplois précaires, mal payés, avec horaires élastiques et mauvaises conditions de travail.

On peut constater qu'il n'y a pas besoin de papiers pour travailler, puisque l'offre de travail non déclaré est abondante. C'est à ce niveau que, du point de vue du capitalisme, le rôle de l'immigration est important. Rendre l'immigration illégale lui a permis d'organiser une frange de travailleurs super flexibles.. Dans ce sens, l'immigration illégale peut être considérée comme utile et bénéfique pour les entreprises. Elle permet de créer des entreprises de sous-traitance, qui se développent massivement, grâce au volant de main d'oeuvre illégalé.

Cette offre de travail illégal rend l'exploitation des sans-papiers profitable au maximum et les expulsions réalisées tous les ans, créent un climat d'insécurité qui renforce les possibilités d'exploitation, permettant : des salaires très faibles, une durée du travail sans limites, l'absence du paiement des charges sociales de la part des employeurs ce qui entraîne la suppression des droits afférents à l'emploi, (Sécurité Sociale, retraite, allocations chômage, couverture des accidents du travail...), des licenciements abusifs, sans possibilité de recours.

...dans un climat de division du prolétariat[modifier]

Cette situation dramatique, crée un climat de peur et de vulnérabilité accrue par crainte de la délation et des expulsions. L'absence totale de règles de la part des employeurs est une des caractéristiques du travail des sans papiers. Rendre I'immigration illégale en refusant les régularisations permet d'organiser précarisation et flexibilité, et contribue à les ériger en norme. Les capitalistes y trouvent une source considérable de hausse des profits. Les sans-papiers font partie de la classe ouvrière la plus exploitée, taillable et corvéable à merci, sans aucune garantie. En acceptant qu'existe une catégorie de salariés surexploités, on laisse tirer le droit par le bas. Ces manquements au droit représentent une menace pour les travailleurs dans leur ensemble, et sont utilisés comme un moyen de pression par les employeurs sur l'ensemble des travailleurs.

Evolutions récentes[modifier]

La France se prépare à la relance d'une politique d'immigration légale. Une partie du patronat, PME, est favorable à l'emploi d'une main d'oeuvre étrangère. Grâce au regroupement familial, les emplois types, comme les aides familiales ou le travail de femmes de chambres dans les hôtels que les autres refusent, ont trouvé preneurs. Le patronat a besoin de travailleurs saisonniers (+31 %) et de manoeuvres pour les travaux les plus durs comme dans le bâtiment.

D'autre part en 2002, des circulaires émanant des ministères de l'Emploi et de l'intérieur prennent acte de la demande de main d'oeuvre qualifiée : « pour demeurer compétitif dans le contexte de mondialisation et de concurrence exacerbée, les Entreprises doivent pouvoir recruter des étrangers présentant pour elles un intérêt technologique et commercial elles envisagent un assouplissement des modalités de séjour. Sont bien venus, les étudiants étrangers en fin de parcours et les techniciens hautement qualifiés. »

La lutte des femmes de ménage des hôtels Accor est exemplaire à ce titre. Ces femmes font un travail d'esclave, qui n’a pu se perpétrer que grâce au volant de sans-papiers utilisé par l'employeur, travaille et tais-toi. Elles mènent un mouvement revendicatif depuis plusieurs mois, avec toutes les difficultes relatives au fait d'être femmes et immigrées.

Le poids de l'existence du travail non réglementé des sans droits n'est pas sans répercutions sur le travail des salariés; il contribue à faire reculer le contenu des garanties collectives.

Toutefois, les récents attentats ont attisé les amalgames et les candidats de droite, qui ont toutes leurs chances de passer aux élections, pourraient ralentir ce flux, sans toutefois annuler complètement le solde migratoire (il faudrait pour cela construire des réseaux de défense tout autour des littoraux...).

Notes et sources[modifier]

http://www.preavis.org/formation-mr/Antifascisme-antiracisme/Travail.doc