Régime de Vichy

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Imagerie de la Révolution nationale.jpg

Le régime de Vichy est le nom donné à la dictature qui dirige la moitié sud de la France du 10 juillet 1940 au 20 août 1944, après la défaite française face à l'Allemagne nazie. Le régime, dirigé par le réactionnaire Pétain, efface toute référence à la République et se dénomme lui-même « État français ».

Pétain n’est pas arrivé au pouvoir par un coup d’État. L’Assemblée nationale qui lui accorde les pleins pouvoirs constituants le 10 juillet 1940 est composée de la Chambre des députés élue en mai 1936 (celle du Front populaire) et du Sénat élu en 1938.

Contexte[modifier | modifier le wikicode]

Un impérialisme français affaibli[modifier | modifier le wikicode]

Depuis la fin du 19e siècle, les puissances capitalistes se heurtent de plus en plus violemment pour préserver ou accroître leur domination impérialiste. A la fin de la Première guerre mondiale, en Europe, la France est confortée dans un statut dominant sur le plan politique, militaire et diplomatique. Elle héritait aussi du deuxième plus grand empire colonial. Pourtant, sur le plan économique, elle était nettement en perte de vitesse. L'Allemagne était en train de reconstruire rapidement sa puissance industrielle et militaire, surtout depuis la prise de pouvoir par les nazis (1933). La bourgeoisie française n'avait donc pas envie d'une nouvelle guerre dans laquelle elle avait beaucoup à perdre.

Une lutte de classe plus forte[modifier | modifier le wikicode]

En Allemagne, la nazisme a vaincu le mouvement ouvrier qui était pourtant composé de puissants partis (SPD et KPD), et cet écrasement de toute résistance sociale et démocratique a joué un grand rôle pour donner un pouvoir décuplé à la bourgeoisie et donc à l'impérialisme allemand. A l'inverse, en France, la lutte de classe a joué un rôle relativement paralysant pour le pouvoir.

La grande grève de juin 1936 avait obligé le patronat à consentir de lourdes concessions comme les congés payés. Au cours de cette situation révolutionnaire, les dirigeants de la CGT, du PCF et de la SFIO ont tout fait pour calmer les masses, empêchant toute remise en cause du capitalisme. Cela rassurait certains secteurs modérés de la bourgeoisie, mais cela n'empêchait pas les craintes et la haine de toute la droite, qui enrageait de devoir négocier avec les syndicalistes, qui voyait la révolution en Espagne, et qui craignait qu'une insurrection ouvrière éclate à tout moment.

« Éradiquer le “danger communiste” devenait l’obsession de beaucoup et prenait le pas sur tout projet international. Ils voyaient de plus en plus la démocratie parlementaire comme un fardeau insupportable qui empêche toute élimination de la puissance syndicale. Laval est la personnification de ce point de vue qui l’emportait très largement au Parlement.»[1]

Une marche à la guerre sans conviction[modifier | modifier le wikicode]

En conséquence, la bourgeoisie française ne prépare la guerre que très mollement, et accepte toutes sortes de concessions à Hitler. Ainsi elle valide à Munich en septembre 1938 l'annexion d'une partie de la Tchécoslovaquie par le Troisième Reich (seuls les députés du PCF refusent de voter la confiance au négociateur de Munich).

En 1938, le gouvernement opère un net glissement à droite. La répression s'accentue sur les travailleurs combatifs, et des acquis de 1936 sont remis en question.

Le 25 février 1939, un accord franco-espagnol reconnait la légitimité de Franco sur l’Espagne, signant ainsi l’arrêt de mort de la République espagnole, tout en permettant d’obtenir la neutralité de l’Espagne en cas de guerre. Les camps de concentration se mettent en place dans le sud de la France pour enfermer les dizaines de milliers de républicains espagnols, qui seront rejoint rapidement par les antifascistes allemands, les réfugiés de toutes nationalités.

La guerre et le tournant autoritaire[modifier | modifier le wikicode]

Le 23 août 1939, l'URSS de Staline signe un pacte de non agression avec l'Allemagne de Hitler (qui prévoit aussi le dépeçage de la Pologne et autres partages de zones d'influence). Le PCF, courroie de transmission du Komintern, se met aussitôt à défendre le pacte, et à accuser l'impérialisme britannique d'être la cause des menaces de guerre, provoquant incompréhension et opposition de milliers de militants et sympathisants auxquels la direction communiste parlaient de priorité à l'antifascisme (souvent de façon interclassiste et pacifiste) depuis 4 ans.

Le 1er septembre 1939, l’Allemagne envahit la Pologne. Deux jours après la Grande-Bretagne et la France déclarent la guerre à l’Allemagne.

S'appuyant sur le pacte et agitant la trahison de la patrie, le gouvernement lance une vague de répression anticommuniste. L'Humanité et plus d'une centaine d'autres publications sont interdites. Le 26 septembre, le PCF et les organisations affiliées sont dissoutes, les maires et conseillers municipaux communistes sont suspendus. À part les 26 députés qui se désolidarisent, ceux qui ne sont pas dans la clandestinité ou mobilisés sont tous arrêtés, soit une trentaine. Le Secrétaire général Maurice Thorez, mobilisé, déserte pour rejoindre Moscou. Entre septembre 1939 et mars 1940, 620 syndicats et 675 associations où siégeaient des communistes seront dissouts, 2 718 élus déchus de leur mandat dont 69 députés et un sénateur, 3 400 arrestations effectuées et 3 000 sanctions prises contre des fonctionnaires.

Les dirigeants du mouvement ouvrier refont l'Union nationale comme en 1914, au premier chef Léon Jouhaux, le secrétaire général de la CGT (dans laquelle les communistes sont écartés). Le 7 octobre sont signés les « Accords Majestic » : la CGT et le patronat déclarent la nécessité d’un assouplissement de la législation sociale concernant les conventions collectives, la durée du travail et les congés payés.

La guerre provoque une rapide montée de l'autoritarisme de l’État (bonapartisme).

Édouard Daladier obtient les pleins pouvoirs le 30 novembre 1939. Le 22 mars 1940, un gouvernement d’union nationale est mis en place, et tout ce qui est à gauche de la SFIO se voit durement réprimé (le PCF, Marceau Pivert et le PSOP, les trotskistes...). Au moment où l’Allemagne, après avoir envahi la Pologne, s’attaque au Danemark et à la Norvège, le Ministre socialiste de l’Intérieur, Sérol, fait étendre la peine de mort aux « propagandistes de la Troisième internationale ».

La défaite et l'instauration du régime de Vichy[modifier | modifier le wikicode]

L’armée allemande, qui s'était concentrée sur l'Est tandis que les Alliés restaient sur la défensive, commence son offensive à l'Ouest le 10 mai 1940. La « guerre éclair » écrase les troupes hollandaises, belges, anglaises et françaises. Paris est occupé le 14 juin.

Parmi les élites françaises, la volonté d'accepter la défaite l'emporte rapidement, face à ceux qui voulaient continuer la guerre aux côtés de l'Angleterre et à partir de l'Empire colonial. Le Commandant en chef de l’armée, le général Weygand (qui eut un rôle dirigeant contre l'Armée rouge en Pologne en 1920) fait partie de tous ceux qui sont persuadés que la France n’aurait pas dû déclarer la guerre car elle n’était pas prête à cause de son régime politique. Il est prêt à tout sauf accepter une nouvelle Commune de Paris : « Afin de préserver le moral des armées et éviter un mouvement révolutionnaire, le gouvernement doit assurer qu’il restera dans la capitale à tout prix, et gardera le contrôle de la situation, y compris au risque d’être pris par l’ennemi. Il en va de l’ordre et de la dignité ».

En conséquence, un nouveau gouvernement d’union nationale est formé, pour négocier l'armistice. Il est dirigé par le maréchal Philippe Pétain, qui faisait partie des défaitistes également. Il est à noter que Pétain, Weygand, mais aussi De Gaulle, faisaient partie de ces gradés qui avaient participé à la guerre en Pologne contre l'Armée rouge). Pétain était devenu célèbre pour son rôle dans la bataille de Verdun, mais il était aussi notoirement un homme lié à l'extrême droite. Ce gouvernement comprend deux ministres socialistes, avec l'accord de Léon Blum lui-même.

L'autre figure de ce gouvernement est Pierre Laval. Cet ancien de la vie parlementaire de la IIIe république (onze fois ministre et plusieurs fois président du Conseil) fut un temps avocat de la CGT avant de venir un anticommuniste.

Issy-L'Évêque - carte zone occupée.png

L'armistice est signé le 22 juin 1940. Les autorités françaises obtiennent le maintien d'un appareil d'État, en collaboration avec les occupants nazis. Le gouvernement français paye les « frais d’occupation ». Cela arrangeait en réalité l'Allemagne, qui n'avait pas les moyens humains d'administrer directement l'ensemble de ses conquêtes. Le pays est donc divisé en deux zones, la « zone libre » (avec très peu de présence allemande) et la zone occupée (Nord et Atlantique, sur la ligne de front). Le gouvernement de la zone libre est installé à Vichy, ce qui donnera le nom courant de ce régime.

L’Assemblée nationale et le Sénat réunis le 10 juillet accordent les pleins pouvoirs constituants à Pétain, qui fait effacer toute référence à la République (le régime se dénomme « État français »). Une large majorité de 569 voix vote pour cette liquidation, 357 députés et 212 sénateurs, (soit 87,67 % des suffrages exprimés) dont 90 SFIO et 170 radicaux. Seuls 80 parlementaires (57 députés et 23 sénateurs) votent contre, incluant 36 SFIO dont Blum et 27 radicaux. Enfin 20 autres s’abstiennent dont 7 SFIO dont Georges Monnet. Une large majorité de députés SFIO et radicaux s’ajoutent donc aux votes de la droite pour introniser Pétain tout à fait légalement. Étaient absents les députés communistes arrêtés ou en fuite et quelques députés prudents.

Au-delà du personnel politique, c’est la quasi-totalité du personnel administratif, policier, judiciaire et même artistique qui apporte son soutien au régime de Pétain. Les magistrats devaient jurer serment à Pétain, bien peu refusèrent. Les fonctionnaires se turent. Les policiers le servirent avec zèle. Les hauts fonctionnaires de l’administration préfectorale de Vichy, issus du radicalisme, servirent sans ciller l’État français jusque dans les pires errements de la collaboration. Malgré cela, estimant que la politique avait profondément pénétré dans les cadres administratifs du pays, en en paralysant l’action, et que les préfets d’hier n’avaient plus leur place, un vaste renouvellement est organisé : « un an après l’instauration du régime […] 82 postes sur 87 étaient occupés par de nouveaux titulaires, tandis que 80 anciens préfets étaient sortis des cadres », même si les nouveaux sont largement pris dans le vivier issu de la IIIe République.[2]

Le rôle de De Gaulle[modifier | modifier le wikicode]

Il n’était pas un membre de la classe politique ni même du Haut commandement de l’armée. Ce n’est pas pour autant qu’il n’avait aucune connexion avec l’appareil d’État. Ce bourgeois catholique, militaire de carrière, proche des idées d’extrême droite, familier de Pétain, hostile à la « démocrassouillerie », appartient de 1932 à 1937 au Conseil supérieur de la défense nationale, organisme qui le place à la jonction de l’armée et de la politique sous 14 ministères successifs.

Il est nommé sous-secrétaire d’État à la Défense nationale le 6 juin dans le gouvernement d’union nationale… jusqu’à son départ de France le 16 juin.

Son appel du 18 juin ne sera pas entendu par grand monde, sans crédibilité à ce moment.

Les britanniques qui lui permettent de le lancer cherchent des représentants plus légitimes. Mais la tentative de constituer à partir de quelques dizaines de parlementaires dont Édouard Daladier, Georges Mandel, Pierre Mendès France, Jean Zay un nouveau gouvernement en exil échoue lamentablement. Le bateau, le Massilia, qui les convoie part le 21 juin, mais est bloqué au Maroc trois jours après. Les possessions françaises basculent presque toutes du côté de Vichy. De Gaulle va donc alors occuper l’espace politique laissé vacant pour constituer petit à petit une structure politique paraétatique bourgeoise crédible pour l’après-guerre. Il a su représenter efficacement les besoins de la bourgeoisie dans une période compliquée.

Paralysie du mouvement ouvrier[modifier | modifier le wikicode]

Le PCF est paralysé par l’interdiction, mais aussi plus substantiellement à cause de sa politique. Il n’y a aucune action contre l’occupation jusqu’au moment de l’attaque de l’URSS par l’armée nazie en juin 1941. Il dénonce la guerre impérialiste, propose la fraternisation avec les prolétaires allemands sous l'uniforme, refuse de voir la France enchaînée au char de l’impérialisme britannique, tout en menant une propagande pour l’instauration d’une république française des soviets ! Ses dirigeants entament même en juin 1940 une démarche auprès des autorités allemandes pour une reparution légale du journal L’Humanité, leur espoir venant du pacte Hitler-Staline. Elle est violemment refusée par les autorités de Vichy qui confirment l’interdiction de parution.

Mais rapidement le renvoi dos à dos des vichystes et gaullistes, le refus de prendre les armes contre l'armée allemande, qui peut passer avec le sentiment pacifiste des premiers mois d’occupation, est de plus en plus en décalage avec la progression du sentiment anti-occupant.

La SFIO est hors course. Comme l’indiquent les votes lors de l’instauration de l’État français, les socialistes sont divisés, hésitants, certains se rallient à la politique gouvernementale, d’autres attendent. Ceux qui veulent s’opposer sont incapables s’adapter aux conditions de la clandestinité.

La classe ouvrière est complètement déstabilisée. La CGT est dans l’Union sacrée. Il y a d’abord l’effet de la mobilisation qui concerne 5 millions d’hommes, puis de l’exode, puis les 1 600 000 prisonniers en Allemagne, le chômage massif, l’embauchage sur les chantiers du gouvernement, les travailleurs envoyés en Allemagne.

Les 4 ans de régime de Vichy[modifier | modifier le wikicode]

Corporatisme et « Révolution nationale »[modifier | modifier le wikicode]

Dans son message aux Français du 25 juin 1940, le jour même de l'armistice, Pétain annonce un « ordre nouveau ». « C'est à un redressement intellectuel et moral que d'abord, je vous convie », ajoute-t-il, se voyant mettre fin à un déclin qui aurait été causé par des ennemis intérieurs de toutes sortes : les juifs, les francs-maçons, les syndicalistes, etc. De fait le régime de Vichy sera obsédé par ces ennemis intérieurs désignés, auxquels les Résistants vont évidemment s'ajouter.

La devise républicaine « Liberté, Égalité, Fraternité » est remplacée le 15 septembre 1940 par le slogan « Travail, Famille, Patrie ». Cette devise était déjà celle des Croix-de-feu (ligue d'extrême droite) dans les années 1930, et encore auparavant, dès 1902, mais dans un ordre différent, celle de la Fédération nationale des Jaunes de France (syndicat jaune), fondée au début du siècle par Paul Lanoir et Pierre Biétry.

Le slogan traduit la politique réactionnaire, nationaliste et nataliste du régime. La personnalisation du régime, étroitement associé à Pétain, est marquée par l’emploi de la francisque : symbole du chef de l’État à titre personnel, elle sert d'emblème du régime sur les documents officiels ainsi que sur la monnaie nationale.

Vichy se voyait lui même comme une réaction à 1936. Il déteste la "gauche" au sens large, aussi bien les radicaux (petite bourgeoisie anticléricale) et leur libéralisme politique que le mouvement ouvrier socialiste et communiste. Il promeut l'ordre et la hiérarchie contre l'idéal d'égalité, l'union nationale contre la lutte des classes, tout en mettant avant le mythe du mérite et de l'égalité des chances :

« Le régime nouveau sera une hiérarchie sociale. Il ne reposera plus sur l’idée fausse de l’égalité naturelle des hommes, mais sur l’idée nécessaire de l’égalité des « chances » données à tous les Français de prouver leur aptitude à « servir ». Seuls le travail et le talent redeviendront le fondement de la hiérarchie française. Aucun préjugé défavorable n’atteindra un Français du fait de ses origines sociales, à la seule condition qu’il s’intègre dans la France nouvelle et qu’il lui apporte un concours sans réserve. On ne peut faire disparaître la lutte des classes, fatale à la nation, qu’en faisant disparaître les causes qui ont formé ces classes et les ont dressées les unes contre les autres. Ainsi renaîtront les élites véritables que le régime passé a mis des années à détruire et qui constitueront les cadres nécessaires au développement du bien-être et de la dignité de tous. » Discours de Pétain du 11 octobre 1940

Ce renouveau opposé à la "décadence" de la IIIe République, la propagande du régime l'appelle la « révolution nationale ». Si Pétain assure qu'il n'y aura pas de recherche de revanche contre les forces de 1936, l'extrême droite était en joie. L'écrivain réactionnaire Paul Claudel écrit par exemple dans son journal :

« La France est délivrée après soixante ans de joug du parti radical et anticatholique (professeurs, avocats, Juifs, francs-maçons). Le nouveau gouvernement invoque Dieu et rend la Grande Chartreuse aux religieux. Espérance d'être délivré du suffrage universel et du parlementarisme. »

Charles Maurras, fondateur de la revue royaliste L'Action française, saluera, le 9 février 1941, la disparition de la « gueuse » (la République) en parlant d'une « divine surprise ».

Vichy va soutenir le clergé catholique, notamment en abrogeant la loi du 5 juillet 1904 qui interdisait aux religieux d'enseigner dans le public, et en subventionnant largement les écoles privées confessionnelles.

Le régime de Vichy privilégie le mythe d’une société rurale, corporative et religieuse. La fait du concept de folklore paysan étroitement imbriqué à celui du régionalisme un modèle normatif, partie intégrante de l'idéologie vichyste et de son projet culturel.


Corporatisme[modifier | modifier le wikicode]

Le Régime de Vichy comme la plupart des régimes réactionnaires oppose le « corporatisme » à la lutte des classes, c'est-à-dire l'idée que les patrons et les ouvriers forment un tout qui doit rester uni et harmonieux, les organisations par métier (par corporation) devant donc remplacer les syndicats.

Dès le 9 novembre 1940, les syndicats sont interdits.

La Charte du travail du 4 octobre 1941 instaure des corporations par branches d'activité, dissout les syndicats et interdit les grèves (ainsi que le lock-out par les patrons - cela dit ceux-ci n'en ont plus besoin si les ouvriers ne peuvent plus protester).

Dans le même temps, la Charte proclame la naissance d'un salaire minimum vital fixé par l'État, une ancienne revendication syndicale qui ne sera jamais mise en œuvre dans la France de Vichy mais « ouvrira la voie » au salaire minimum interprofessionnel garanti instauré en 1950.

Soutenue par le renouveau de l'idée corporatiste dans les années 1930, la Charte du travail fait la synthèse entre diverses influences :

  • l'Italie fasciste de Mussolini a promulgué une Charte du travail en 1927
  • la Charte hérite également du catholicisme social, qui le premier a développé le terme de corporation avec notamment la contribution de François René de La Tour du Pin Chambly de La Charce ;
  • le courant « anti-Lumières » et contre-révolutionnaire d'inspiration maurrassienne. La Charte, par la mise en place de corporations entend revenir sur le décret d'Allarde voté en 1791 ;
  • l'économiste François Perroux se prononce pour une association entre patrons et employés, sur le modèle portugais.

Collaboration dans la Shoah[modifier | modifier le wikicode]

Environ 25 % des juifs de France, soit environ 80 000 personnes, ont été assassinés pendant la Seconde Guerre mondiale. C'est certes beaucoup moins que dans la plupart des autres pays européens. Mais contrairement à ce que certaines franges de l'extrême droite nostalgiques de Vichy racontent, le régime de Pétain n'a pas du tout tenté de s'opposer à la Shoah.

L'antisémitisme était bien présent en France avant l'arrivée des nazis, de part l'héritage de l’antijudaïsme catholique, de la droite antidreyfusarde et des ligues des années 1930. Dès sa mise en place, le gouvernement de Vichy développa une orientation antisémite, qui imprégna toutes ses actions.

Adolf Hitler et Philippe Pétain lors de l’entrevue de Montoire, le 24 octobre 1940.

Il fit ainsi adopter, le 22 juillet 1940, une loi permettant de déchoir les "mauvais Français" de leur nationalité, ce qui fut appliqué à environ 6 000 juifs. Au mois d’octobre 1940, le gouvernement supprima de manière rétroactive le décret Crémieux, qui avait accordé en 1870 aux juifs d’Algérie la nationalité française. Dans le même état d’esprit, le régime de Vichy avait aussi décidé, le 17 juillet 1940, d’éliminer de la fonction publique tous les fonctionnaires dont le père n’était pas français. Cette mesure entraina la radiation immédiate de nombreux juifs, dont les parents étaient venus à la fin du 19e siècle d’Europe centrale. Vichy concevait le juif comme un étranger qu’il fallait surveiller, ce qui amena, dès le mois de septembre 1940, sa police à constituer un premier fichier juif. Les hommes de Vichy se méfiaient tout particulièrement des juifs étrangers (Pétain autorisé les Préfets à les faire arrêter sans contrôle judiciaire dès octobre 1940).

Le gouvernement de Vichy encouragea les journaux antisémites, en abolissant le 27 août 1940 les lois antiracistes qui encadraient la liberté de la presse. La presse d’extrême droite eut les mains libres pour mener une campagne quotidienne de dénonciation des juifs et pour publier les pires caricatures ou feuilletons antisémites. Vichy entendait surtout mettre en place un antisémitisme d’État, ce qui l’amena à adopter le 3 octobre 1940 un statut des juifs, qui avait valeur constitutionnelle. Sans retirer aux juifs tous leurs droits civils, ce statut en faisait des Français d’un rang inférieur. Il leur interdisait d’occuper un poste de direction, de pouvoir enseigner ou de travailler dans la presse et établissait des quotas professionnels dans les professions libérales. Dans un rapport adressé à Berlin, Otto Abetz, l’ambassadeur de l’Allemagne à Paris, pouvait ainsi assurer Hitler que « la tendance antisémite de la population française est tellement forte qu’il n’y a pas besoin de faire des demandes de notre côté ».

En revanche il est clair que l'antisémitisme des élites de Vichy n'avait pas le degré de fanatisme sur la "pureté raciale" qui caractérisait le nazisme. Il pouvait être toléré certains juifs qui affichaient une forte assimilation, surtout ceux qui faisaient partie de la bourgeoisie et ressemblaient culturellement peu aux ouvriers venus d'Europe de l'Est parlant yiddish. Il n'y eut pas non plus d'interdictions de mariages mixtes chrétiens-juifs.

Des tensions émergent entre Vichy et les Allemands lorsque ceux-ci expulsent massivement les juifs de la zone occupée, et que des convois de juifs arrivent en "zone libre". Ceux-ci sont alors massivement internés par Vichy. Pour se coordonner avec les nazis, Vichy créa en mars 1941 d’un Commissariat général aux questions juives, confié à Xavier Vallat, un vieil antisémite de l’extrême droite française. En juin 1941, Vallat mit au point avec les Allemands un nouveau Statut des juifs, qui uniformisait et renforçait les multiples interdictions professionnelles faites aux juifs, limitant par exemple à 3 % le nombre d’étudiants juifs. Vallat expliquait que « les juifs ne sont tolérables dans la société qu’à dose homéopathique ». Tout au plus étaient tolérés ceux qui pouvaient prouver leur patriotisme, en attestant que leurs ancêtres avaient combattu pour la France en 1870, en 1914 et en 1939.

Surtout, le nouveau statut prévoyait un recensement général des juifs et permettait aux Préfets d’interner administrativement tous les juifs et non plus seulement les seuls juifs étrangers, comme cela avait été le cas en octobre 1940. Enfin, le nouveau Statut des juifs mettait aussi en œuvre une politique d’aryanisation de l’économie française, qui se traduisit par une vaste expropriation des juifs, dont les collections des musées français purent tirer profit, grâce à la confiscation de leurs œuvres d’art.

À partir de 1941, les nazis durcirent leur politique, adoptant la ligne de la « solution finale », visant le génocide des juifs. Ils souhaitaient que Vichy leur apportât tout son appui, et exigèrent le remplacement de Xavier Vallat par le néo-nazi Louis Darquier de Pellepoix en mai 1942.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Pierre Laval en avril 1942, Vichy s’engageait dans une politique de collaboration ouverte avec les Allemands. En juin et juillet 1942, Laval accepta de conclure avec les Allemands un accord, qui prévoyait que la police française arrêterait et leur livrerait tous les juifs étrangers vivant en France, en zone libre comme en zone occupée. Les négociations furent difficiles, en particulier parce que les Allemands ne voulaient rafler que les juifs de plus de 16 ans et que les autorités françaises, qui ne voulaient pas avoir à gérer les orphelins, exigeaient que les enfants partent avec leurs parents.

Au final, les Allemands acceptèrent les exigences françaises et la police de Vichy put commencer l’opération, en menant le 16 juillet 1942 la rafle du Vél d’Hiv, afin d’arrêter une liste de 28 000 juifs étrangers vivant en région parisienne, pour les envoyer à Auschwitz. La rafle du Vél d’Hiv constitua un tournant majeur. Dans les semaines qui suivirent, des rafles massives se mirent en place sur tout le territoire, la police française agissant aussi bien en zone libre qu’en zone occupée. Les rafles furent mal acceptées par l’opinion. L’Église commença à adopter une attitude critique. Plus de la moitié des juifs qui auraient dû être raflés échappèrent d’ailleurs à l’arrestation, en raison principalement des réticences qui se manifestaient au sein même de la police française, qui semble avoir fait globalement peu de zèle en la matière.

L’hostilité de plus en plus forte de l’opinion publique constitua sans doute la raison qui amena Vichy à refuser de mettre en place le port obligatoire de l’étoile jaune, que les Allemands avaient imposé en juin 1942 dans la zone occupée. À la place de l’étoile jaune, Vichy ordonna d’inscrire la mention « Juif » sur les cartes d’identité et d’alimentation de tous les juifs français.

Avec l’occupation par les Allemands de la zone libre le 11 novembre 1942, le gouvernement de Vichy vit ses marges se rétrécir. Le 10 décembre, Hitler ordonna à la police allemande d’arrêter tous les juifs de France pour les envoyer dans les camps d’extermination. La police française, sans laquelle rien d’important ne pouvait se faire (vu la faiblesse des effectifs de la police allemande en France) n’accepta toutefois d’arrêter que les seuls juifs étrangers. Les Allemands haussèrent le ton et à partir de janvier 1944, la police française fut sommée par les autorités d’occupation de prêter main-forte aux rafles antijuives, y compris lorsqu’elles étaient faites contre des juifs de nationalité française. Vichy, qui à cette date ne constituait plus qu’un gouvernement fantoche, se soumit à contre-cœur aux ordres des Allemands. Se défiant toutefois de la police française qui trainait de plus en plus les pieds, les Allemands la contournèrent en faisant appel à la Milice de Darnand. Remplaçant de fait la police, la Milice devint le bras armé de la vaste chasse aux juifs que les Allemands lancèrent en France durant l’hiver et le printemps 1944.

Fascisme ?[modifier | modifier le wikicode]

Les historiens et politologues sont divisés sur la question de qualifier le régime de Vichy de fasciste ou non. Dans les années d'après-guerre, beaucoup ont voulu mitiger le tableau, distinguant un "bon Vichy", dominé par la figure du maréchal Pétain (1940-1942) et qui aurait joué une sorte de double jeu face à l'Allemagne, et un "mauvais Vichy", dominé par la figure de Pierre Laval (1942-1944), pleinement collaborationniste. Ces années sont dominées par le "mythe résistantialiste" : la France aurait été majoritairement résistante, sinon en acte du moins en pensées, et les collaborationnistes une minorité.

L'ouvrage majeur de l'historien américain Robert Paxton (université Columbia, New York) (La France de Vichy, USA, 1972 et France, 1973) basé notamment sur les archives allemandes, ainsi que la diffusion du film Le chagrin et la pitié, 1969) vont faire bouger l'historiographie. Paxton montre que le régime de Vichy a dès le début recherché la collaboration avec l'Allemagne nazie et mené une politique antisémites.

Cela va notamment amorcer une série de discussions sur la nature du régime. Stanley Hoffmann (université Harvard) (Essai sur la France, Déclin ou Renouveau, 1974) a analysé le régime de Vichy comme une dictature pluraliste, expression qui sera largement reprise par la suite.

Zeev Sternhell (université de Jérusalem) a écrit sur le fascisme français, jusqu'alors peu mis en avant, allant dans le sens d'un Vichy fasciste.

En réaction, l'"École française" (René Rémond, Serge Berstein, Alain-Gérard Slama...) a prétendu que la culture républicaine était profondément intégrée dans la société française et que cela lui donnait une sorte d'immunité au fascisme.

Beaucoup d'historiens (Yves Durand, Denis Peschanski, Pierre Milza) reprennent la date de 1942 comme point d'inflexion, en faisant un tournant de Vichy vers le fascisme.

Il est à noter que la définition du fascisme est plus précise chez les marxistes, et en particulier chez les trotskistes (Trotski ayant écrit sur le fascisme). Ainsi beaucoup de trotskistes, considèrent que le régime de Vichy n'était pas un régime fasciste au sens où il n'est pas né d'un mouvement de masse plébéien, mais d'une transition par en haut. Même s'il était composé de nombreux militants d’extrême droite (dont d'anciens socialistes et communistes) qui souhaiteraient construire un régime totalitaire.

La Libération et la transition bourgeoise[modifier | modifier le wikicode]

🔍 Voir aussi : Libération de la France.

La fin de la Seconde Guerre mondiale inquiète les possédants, tant au niveau national qu’international. Tous craignent une vague révolutionnaire du type de celle qui s’est produite en Europe entre 1917 et 1923. Les trotskystes n’étaient pas les seuls à penser que la révolution pouvait survenir du choc produit par cette guerre. La Résistance, dont les forces vives sont majoritairement communistes, condamne la trahison des classes dirigeantes, les arrangements avec les nazis, identifie les élites, la grande bourgeoisie avec le régime de Vichy. Au moment où le journal trotskyste la Vérité titre en août 1944 « Pour que la défaite de Hitler soit la victoire des travailleurs », Albert Camus intitule l’éditorial du quotidien Combat « De la Résistance à la Révolution ».

Dès la défaite nazie à Stalingrad en février 1943, les plus perspicaces pouvaient envisager que le Troisième Reich perdrait la guerre, et que le régime de Vichy chuterait avec lui. Certains secteurs de la bourgeoisie qui s'étaient bien accommodés de Vichy, commencent à préparer l’avenir, et cela s'accélère après le débarquement du 6 juin 1944. Des patrons commencent à soutenir financièrement la Résistance, des fonctionnaires démissionnent, à l’image de la police parisienne en grève le 15 août 1944.

A Vichy, quelques hommes d'État se rapprochent des États-Unis, ces derniers espérant construire une alternative à De Gaulle. Le secteur autour de De Gaulle, lui, veut au contraire construire un pôle le plus indépendant possible, craignant que les États-Unis et l'Angleterre profitent l'affaiblissement de la souveraineté française. Ceux-ci avaient en effet déjà prévu d'essayer de mettre en place un gouvernement militaire d'occupation. Ce sera finalement De Gaulle qui parviendra à canaliser autour de lui les bases de l'État, et il y est parvenu en grande partie parce que le PCF et la SFIO ont accepté de se ranger derrière lui et le programme du Conseil national de la résistance (CNR). De Gaulle a réussi son pari politique : intégrer les communistes à la reconstruction de l’État à la Libération, pour éviter toute vacance du pouvoir et tout bouleversement social.

Pourtant il y avait une volonté de changement profond dans les classes populaires, et il y a eu des expériences fortes d'auto-organisation au moment de la Libération. Tout le poids de l'appareil du PCF et de la CGT ont été utilisés pour canaliser les masses, et les désarmer.

Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]

Articles :


  1. Ernest Mandel « Sur la seconde guerre mondiale Une interprétation marxiste », Éd. La Brèche 2018, p. 24.
  2. Marc Olivier Baruch, Qui sont les Préfets de Vichy ?