Élections

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Les élections sont un processus de désignation de représentants ou de délégués par le biais d'un vote. Les élections ont historiquement été et restent employées dans de nombreux cadres très différents.

Généralités[modifier | modifier le wikicode]

Les premiers "chefs" des communautés primitives étaient souvent élus, puis l'apparition des sociétés de classes a fait nettement reculer l'usage des élections.

Certaines sociétés esclavagistes (à Athènes par exemple) ont utilisé les élections pour établir une forme de démocratie au sein de la classe dominante (les citoyens libres). Il est intéressant de rappeler que parmi les premières communautés chrétiennes, le clergé était élu, avant que celui-ci ne se bureaucratise totalement.

Au sein du féodalisme, même si les élections n'ont pas un rôle majeur (les seigneurs et rois ne sont pas élus...), elles servent au sein de la bourgeoisie, notamment pour les Etats généraux (ou Etats provinciaux).

Les révolutions bourgeoises et l'instauration de la démocratie représentative moderne ont généralisé le système d'élections. Le suffrage a d'abord été censitaire (vote réservé aux plus riches) car les classes possédantes voulaient exclusivement décider, et craignaient par dessus tout que les prolétaires ou petit-paysans majoritaires ne s'émancipent par ces élections. C'est ce qu'illustrent par exemple les très éclairants débats de Putney.

La poussée de la lutte des classes a forcé la classe capitaliste à concéder des élections plus larges, jusqu'au suffrage universel. La gauche bourgeoise (républicains, libéraux...) a fait la démonstration historique que son idéologie permettait de rendre beaucoup plus acceptable et invisible l'exploitation capitaliste grâce à la généralisation de la "démocratie".

Démocratie bourgeoise et vote de classe[modifier | modifier le wikicode]

Les élections sous la démocratie bourgeoise moderne ont une caractéristique : elles sont un reflet déformé de la lutte des classes et de la conscience de classe. C'est assez flagrant du côté de la bourgeoisie qui vote en majorité pour les candidats de droite, et c'est plus indirect au sein du prolétariat, où beaucoup votent pour les intérêts de leurs expoiteurs, en raison de la force des idéologies dominantes ou d'autres facteurs :

  • sans conscience de classe, les travailleurs peuvent s'identifier aux politiciens qui s'adressent en apparence "à tous les citoyens", même lorsqu'ils sont de cyniques représentants des riches
  • le capitalisme étant présenté comme un système indépassable, les experts bourgeois assénant ses lois économiques comme des fatalités, les travailleurs tendent eux aussi en partie à accepter des politiques anti-sociales et à estimer irréalistes les idées anticapitalistes
  • l'abstention étant plus élevée parmi les plus jeunes et les plus pauvres, notamment les immigrés, elle affecte bien plus le vote pour les partis ouvriers que pour les partis bourgeois.
  • les média bourgeois véhiculent consciemment ou non l'idéologie dominante, souvent dans sa version conservatrice (malgré les règles pour une pseudo égalité des temps de parole)
  • enfin, les moyens que les différents partis peuvent investir dans leur campagne électorale sont d'autant plus grands qu'ils sont adossés à l'Etat bourgeois et soutenus par le patronat
    • Un meeting de Nicolas Sarkozy (UMP) en 2012 : de 1 à 3 millions d'euros
    • Dépenses de campagne, exemples en 2002 : Chirac 18 007 061,41 €, Laguiller (LO) , 2 381 073,68 €, Besancenot (NPA) 762 564,00 €


En période de crise sociale et / ou de radicalisation, le votre des travailleurs peut évoluer rapidement et se tourner vers les partis plus ou moins socialistes, et enfin vers les révolutionnaires.

Article détaillé : Vote des travailleurs.

La progression du vote bourgeois pour les libéraux, les conservateurs ou l'extrême-droite, est elle-même en très large partie déterminée par l'évolution des intérêts des différents secteurs capitalistes et de la lutte de classe.

Les socialistes et la démocratie ouvrière[modifier | modifier le wikicode]

Critique de la démocratie bourgeoise[modifier | modifier le wikicode]

Le mouvement ouvrier a toujours eu un rapport compliqué aux institutions créées par la démocratie bourgeoise. Tout d'abord il subit l'idéologie bourgeoise qui présente les parlements et l'Etat comme « la démocratie » en général, en masquant la domination de classe et en entrenant la fiction que la règle « 1 citoyen = 1 voix » suffit à assurer la démocratie. Ainsi un politicien comme Mélenchon entretient totalement cette idéologie lorsqu'il tente de faire "participer" les exploités à des élections dont ils voient de plus en plus l'inutilité, en déclarant dans les quartiers populaires (très abstentionnistes) : « Avec votre bulletin de vote, le plus misérable est l'égal du plus puissant. Ne renoncez jamais à cette dignité, parce que vous êtes le nombre, donc vous êtes la force »[1].

Cette tendance pèse structurellement sur le mouvement socialiste, et conduit aux idées réformistes qui défendent que les institutions bourgeoises (les élections aux parlements, la participation au gouvernement...) peuvent servir à une transition graduelle du capitalisme au socialisme.

Les marxistes révolutionnaires et les anarchistes ont au contraire toujours dénoncé la dictature bourgeoise qui se maintient même sous le régime parlementaire formellement le plus démocratique. Ainsi l'anarchiste Bakounine considérait que le suffrage universel reproduit une domination lorsqu'il est utilisé au niveau national :

« le suffrage universel, non organisé par différentes et libres associations ouvrières, mais exercé par l’agrégation mécanique des millions d’individus qui forment la totalité d’une nation, est un moyen excellent pour opprimer et ruiner le peuple au nom même et sous le prétexte d’une soi-disant volonté populaire. »

Il précisait qu'aucune réforme n'était possible, et que y compris que le mandat impératif (promu par beaucoup d'anarchistes) n'apportait aucune solution : « Les mandats impératifs imposés à chaque député seront tellement discordants, dans toutes les questions, que l’Assemblée ne pourra réunir une majorité sur aucune et devra se dissoudre sans avoir rien résolu »

Pour Marx, la question centrale n'était pas l'échelle nationale ou locale, mais les rapports de production dans la société qui organise les votes :

« L’élection est une forme politique, dans la plus petite commune russe et dans l’artel. Le caractère de l’élection ne dépend pas de cette dénomination, mais au contraire de la base économique, des rapports économiques entre les électeurs; et du moment que les fonctions ont cessé d’être politiques [c'est-à-dire après l'extinction de l'Etat], 1) il n’existe plus de fonction gouvernementale; 2) la répartition des fonctions générales est devenue affaire pratique qui ne donne aucun pouvoir; 3) l’élection n’a rien de son caractère politique actuel. (...) Avec la propriété collective, disparaît la prétendue volonté du peuple, pour faire place à la volonté réelle de la coopérative. »[2]

Cela n'empêchaient cependant pas Marx et Engels de s'intéresser aux différences entre les formes plus ou moins centralisées d'Etat.

Débats sur la démocratie ouvrière[modifier | modifier le wikicode]

De nombreux socialistes révolutionnaires ont donc théorisé des formes de « démocratie ouvrière ».

La révolution implique une forme de violence exercée par la classe prolétaire sur la bourgeoisie, d'abord pour enfreindre la légalité bourgeoise qui empêcherait notamment de lui reprendre les moyens de production, et ensuite pour l'empêcher de regrouper ses forces et de mener une contre-révolution comme c'est arrivé si souvent dans l'histoire. C'est ce type de « mesures dictatoriales » que Marx avait en tête quand il parlait de « dictature du prolétariat ». Mais dans le même temps, Marx considérait que la révolution ouvrière conduirait à une démocratie plus complète que la démocratie bourgeoisie, car pour la première fois dans l'histoire le pouvoir serait détenu par la majorité de la population, et à terme par l'ensemble de la société communiste, sans classe et sans Etat.

Cependant, Marx soutenait que l'Etat existe tant qu'il existe des classes : même si la dictature du prolétariat brise l'Etat bourgeois, c'est nécessairement au moyen d'un Etat ouvrier. L'Etat ne peut pas être « aboli » subitement, comme le prônent les anarchistes.

Les formes concrètes de la dictature du prolétariat sont l'objet de nombreux débats parmi les marxistes. Marx n'a jamais développé précisément sur ce sujet, en grande partie parce qu'il était confiant dans les capacités du prolétariat à exercer le pouvoir. Lors de la Commune de Paris de 1871, il a considéré qu'il s'agissait de « la forme enfin trouvée » de la dictature du prolétariat. Le prolétariat parisien utilisait le suffrage universel au niveau des quartiers et au niveau municipal, mais ce qui en faisait une démocratie ouvrière selon Marx était :

  • le fait que le corps électoral était essentiellement ouvrier et petit-bourgeois, puisque les bourgeois avaient fui Paris en masse
  • le fait que la séparation des pouvoirs et les « parlements qui parlent » sont remplacés par un organe « agissant »

Dans la révolution d'Octobre 1917, Lénine et les bolchéviks identifient la dictature du prolétariat à la « forme soviétique », par opposition aux parlements bourgeois (dans les deux cas, les élections sont à la base). Beaucoup de « communistes de gauche », d'accord sur ce point, dénonceront alors la politique pratique du pouvoir bolchévik, qui aurait réduit le pouvoir des soviets face à l'Etat central et au parti.

Utilisation des élections bourgeoises[modifier | modifier le wikicode]

Si les marxistes révolutionnaires et les anarchistes peuvent être d'accord sur l'impossibilité du réformisme électoral, ils n'ont pas la même attitude vis-à-vis des élections bourgeoises.

Les anarchistes considèrent que participer aux élections c'est « reconnaître l'Etat », et que c'est inacceptable, puisqu'il s'agit de l'abolir. Ils appellent en général à l'abstention. Partant de l'idée qu'il est impossible d'abolir subitement toute forme d'Etat, les marxistes révolutionnaires n'ont pas un rapport aussi moral aux élections.

La classe ouvrière est imprégnée de l'idéologie de la démocratie bourgeoise, et participe aux élections, même si elle s'abstient bien plus que la bourgeoisie, du fait de sa démoralisation devant le peu de changement concret que celles-ci apportent pour elle. Partant de là, les partis ouvriers marxistes considèrent qu'il est utile de participer aux élections, pour y faire de la propagande, utiliser les moyens organisés par l'Etat, et disputer l'influence bourgeoise. Ils acceptent donc d'avoir des députés aux parlements bourgeois, car ceux-ci peuvent encore augmenter le pouvoir de propagande. Les marxistes considèrent que se tenir à l'écart dans ces conditions est une erreur gauchiste.

Les marxistes ont cependant eu de nombreux débats sur les conséquences négatives que peuvent avoir ces participations à des institutions bourgeoises. Il est clair que le succès électoraux des partis de l'Internationale ouvrière (1889-1914) ont montré le pouvoir qu'avait cette tactique, ce qui a longtemps inquiété la bourgeoisie. Mais ces succès ont aussi contribué à intégrer la direction social-démocrate (en particulier les députés) à la bourgeoisie. Ce phénomène réformiste a été analysé et critiqué par des révolutionnaires (Luxemburg, Lénine...). Une minorité, surtout parmi les communistes de gauche, ont rejoint des positions proches de celles des anarchistes. Lénine et l'Internationale communiste ont maintenu l'idée que la participation aux élections pouvait être utile tant en préparation d'une situation révolutionnaire, tout en définissant une ligne politique qui tente de prévenir l'opportunisme (parlementarisme révolutionnaire, refus de la participation aux gouvernements bourgeois...).

Majorité dans les élections bourgeoises ?[modifier | modifier le wikicode]

En lien avec la question précédente se pose la question de savoir si un parti ouvrier peut obtenir une majorité dans les élections bourgeoises. Pour les réformistes, c'est précisément l'unique but visé.

Historiquement, les premières conquêtes du pouvoir par des socialistes ont eu lieu par la voie révolutionnaire (commune de Paris, révolution russe). Avant cela, les partis socialistes -même de masse- n'avaient pas la majorité absolue et il n'y avait eu que des exemples de compromissions individuelles de socialistes participant à des gouvernements bourgeois. C'est avant tout le reflet de l'idéologie dominante.

Marx avait évoqué la possibilité pour l'Angleterre d'un passage au socialisme sans "révolution violente", à une époque où celle ne disposait que d'un appareil répressif d'État très peu développé.[3] Il pensait cependant que même si l'arrivée au pouvoir du prolétariat se faisait par les élections, la bourgeoisie n'accepterait certainement pas ce résultat :

« La bourgeoisie anglaise a toujours accepté de bonne grâce le verdict de la majorité, tant qu'elle se réservait le monopole du droit de vote. Mais, croyez-moi, aussitôt qu'elle se verra mise en minorité sur des questions qu'elle considère comme vitales, nous verrons ici une nouvelle guerre esclavagiste »[4]

Cependant, comme le prévoyait Trotsky en 1920, « l'obtention par le parti du prolétariat d'une majorité démocratique dans un parlement démocratique n'est pas une impossibilité absolue ».[5] Mais cela ne peut que débouher sur une situation instable, soit une situation révolutionnaire, soit une normalisation bourgeoise du parti (qui est déjà un parti contradictoire, « parti ouvrier bourgeois »). Ainsi Trotsky poursuivait :

« Mais ce fait, même s'il se réalisait, n'apporterait rien de nouveau en matière de principe au déroulement des événements. Influencés par la victoire parlementaire du prolétariat, des éléments intermédiaires de l'intelligentsia offriraient peut-être une moindre résistance au nouveau régime. Mais la résistance essentielle de la bourgeoisie serait déterminée par des faits tels que l'état d'esprit de l'armée, le degré d'armement des ouvriers, la situation dans les pays voisins; et la guerre civile suivrait son cours sous l'influence de ces facteurs très réels et non de l'instable arithmétique parlementaire. »

Soit le parti réformiste au pouvoir a donné suffisamment de gages d'intégration à l'Etat bourgeois et la lutte de classe est suffisamment calme pour que ce gouvernement soit toléré par la bourgeoisie (cela devient alors vite un simple gouvernement bourgeois). Soit les masses dont l'espoir a été animé exercent une pression qui menance l'ordre établi, et qui provoque une réaction anti-démocratique de la bourgeoisie et/ou de groupes fascistes qu'elle utilise plus ou moins. Dans le cas rare où des dirigeants réformistes sont sincères (et donc idéalistes), qu'ils se cantonnent aux méthodes légales de lutte, ils s'exposent particulièrement à des assassinats ou coup d'Etat.

Droit de vote des femmes[modifier | modifier le wikicode]

Article détaillé : Droit de vote des femmes.

Le suffrage universel a d'abord été exclusivement masculin, les femmes subissant un violent sexisme qui les considérait comme des sous-citoyennes incapables d'autonomie. Sous la pression de certains libéraux et du mouvement des travailleurs, le droit de vote des femmes a peu à peu été arraché dans différents pays.

En France, ce n'est qu'à la Libération, en 1944, que les femmes obtiennent l'égalité dans le droit de vote avec les hommes.

Droit de vote des étrangers[modifier | modifier le wikicode]

Article détaillé : Droit de vote des étrangers.

Le capitalisme a créé une classe ouvrière mondiale, qui a les mêmes intérêts partout contre les capitalistes. Mais les différentes bourgeoisies nationales s'appuient sur les Etats et leur idéologie "nationale" pour diviser les travailleurs et les lier à leurs exploiteurs. En particulier, les réactionnaires s'opposent fermement au droit de vote des étrangers, sous prétexte que cela représenterait un "risque pour la nation".

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

  1. http://www.lemonde.fr/depeches/2012/04/01/jean-luc-melenchon-en-banlieue-pour-amplifier-son-audience_1618757.html
  2. Annotations de Marx à Étatisme et anarchie de Bakounine
  3. Karl Marx, Lettre à Kugelmann, 12 avril 1871
  4. Karl Marx, Le parti de classe, 1871
  5. Léon Trotsky, Terrorisme et communisme, 1920