Méritocratie

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La méritocratie est un concept bourgeois qui justifie les inégalités par le mérite, l'effort, l’aptitude et l'intelligence. C'est un des fondements de l'idéologie bourgeoise.

Le principe[modifier | modifier le wikicode]

Dans le discours dominant, l'économie capitaliste de libré marché engendre naturellement une récompense appropriée aux efforts de chacun-e. Les salarié-e-s gagnent plus ou moins en fonction de leurs efforts, et ceux qui ont été « innovants » et « entreprenants » , qui « ont pris des risques », deviennent patrons.

Ce système serait bien sûr le meilleur, car il encouragerait tout le monde à donner le meilleur de ses capacités, ce qui profiterait à l'ensemble de la société.

La réalité[modifier | modifier le wikicode]

En premier lieu, le discours des bourgeois et des politiciens à leur service doit être tourné en ridicule.

Est-ce qu'un PDG qui gagne 1000 fois plus qu'un-e de ses salarié-e-s travaille vraiment 1000 fois ?

Est-ce que les nombreux héritiers de dynasties capitalistes ont beaucoup de mérite d'être « fils de » ou « fille de » ? On peut penser par exemple à l'actionnaire principale de L'Oréal, Liliane Bettencourt, qui n'a quasiment jamais travaillé et a hérité d'une des plus grosses multinationales des cosmétiques. Peut-on dire qu'elle mérite sa place parce « qu'elle a pris des risques et qu'elle le mérite » ?

La société est de plus en plus inégalitaire et il y a un nombre toujours plus réduit de riches : est-ce que cela signifie que curieusement toujours moins de gens sont "méritants" ?

La réplique de l'idéologie dominante est de monter en épingle les rares exceptions de « réussites »spectaculaires de personnes issues du prolétariat. Cela ne prouve pourtant rien, car même s'il n'y a pas de "mur infranchissable", il y a bien des "tendances" clairement démontrées, ce que la sociologie nomme« reproduction sociale »(l'écrasante majorité des enfants restent dans la classe de leurs parents).

Plus fondamentalement, il s'agit de comprendre que cette idéologie n'est là que pour justifier la domination de la bourgeoisie. Lorsqu’on est chômeur ou ouvrier non qualifié, ce n’est pas parce qu’on le mérite, c'’est parce que rien ne nous a permis ou « incité » à faire autre chose ! Il est plus facile de faire de longues études si on bénéficie d'un solide capital (sur le plan financier et/ou culturel).

On peut d'ailleurs noter que lorsque le sociologue travailliste Michael Young créé ce néologisme en 1958 dans The Rise of Meritocracy, c'est dans un sens critique. Son livre est un roman dystopique « à la 1984 », dans lequel les élites justifient leur domination par leur intelligence, alors qu'en réalité leur réussite scolaire / académique ne fait que s'auto-reproduire.[1]

Combat socialiste et prespective communiste[modifier | modifier le wikicode]

La combat socialiste est d'abord est avant tout une lutte pour que la majorité travailleuse se débarrasse de ses exploiteurs capitalistes, et organise elle-même une production au service de l'immense majorité. C'est dans ce sens que le mouvement socialiste a toujours retourné aux parasites (grands patrons, rentiers...) la méritocratie avec le slogan « Qui ne travaille pas ne mange pas ! »

Au moment de la révolution, la classe travailleuse héritant de l'idéologie bourgeoisie trouvera certainement normal de continuer à rémunérer en partie selon des critères « méritocratiques ». Par exemple en fonction du temps de travail (un-e travailleur/se à mi-temps gagnerait toujours deux fois moins) ou en fonction des métiers plus en moins "qualifiés" (avec des écarts de 1 à 3 par exemple). Ce reste de méritocratie serait cette fois appliqué sans hypocrisie. Car la transformation socialiste de la société créé des conditions dans lesquelles le capital cesse d'être accumulé par des individus ou des familles, et dans lesquelles les individus peuvent réellement choisir de plus en plus facilement leur "métier" / "activité" et en changer.

Mais la perspective communiste va plus loin que la mise en place d'une égalité des chances. Pour les marxistes, une société socialiste évoluerait d'elle-même vers une société supérieure, le communisme. En effet, la précarité matérielle disparaîtrait, le travail serait décidé en fonction des besoins, et une part de plus en plus large des besoins relèverait de services publics. Parallèlement, les mentalités seraient transformées par le fait de vivre dans une société sans classe sociale. Concrètement, cela signifierait que la méritocratie et les formes de stimulants matériels en général ne seront plus nécessaires au fonctionnement de la société.

Dans cette société communiste serait réalisé le principe communiste : « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins. »

Affaiblissement partiel de la méritocratie[modifier | modifier le wikicode]

La méritocratie reste un socle majeur de la société capitaliste. Mais il faut reconnaître que la société a beaucoup évolué depuis le 19e siècle. Une accumulation de réformes ont instauré des mécanismes de redistribution qui conduisent à des revenus “hors emploi” : pour les chômeur-se-s, pour les retraité-e-s, pour les malades, pour les personnes handicapées…

La fonction publique, qui était à l’origine une petite bureaucratie de l’Etat capitaliste, est devenue une sphère assez large qui incorpore une part importante de travailleur-se-s (tout en gardant sa fonction originelle). Or la condition des fonctionnaires est assez différente de celle des salarié-e-s du privé, et leur revenu n’est pas issu d’un travail directement quantifiable. La justification par le mérite est néanmoins présente par le biais des concours à l'entrée (que ne sont pas toujours allés de soi[1]).

Même dans le privé, certains secteurs connaissent une décorélation partielle entre revenu et travail. Par exemple chez les dockers, il existe une part garantie, et une part effectuée en fonction des besoins en travail (journalier).[2]

On ne peut que constater que les concessions que les luttes ouvrières ont arrachées à la classe possédante ont déplacé le curseur de ce qui est “socialement acceptable”, et introduit des éléments qui relèvent partiellement de valeurs communistes.

Depuis le tournant néolibéral, les capitalistes cherchent à rogner un à un ces acquis, en espérant opposer cette contre-tendance à la baisse tendancielle du taux de profit. Une véritable contre offensive idéologique a lieu (« travailler plus pour gagner plus »...).

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]