Liquidationnisme

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Potressov, ancien jeune fondateur de l'Iskra avec Lénine, devient une des plus ouvertement partisans de la liquidation de l'organisation clandestine

Le terme de liquidationnisme sert généralement à qualifier un courant politique accusé de liquider un héritage théorique ou politique important. Par exemple, de liquider ce qui fait qu'un parti est révolutionnaire.

Exemples[modifier | modifier le wikicode]

Dans la social-démocratie russe[modifier | modifier le wikicode]

Dans le contexte de contre-révolution qui suit 1905, la répression tsariste est très dure, le Parti ouvrier social-démocrate russe (POSDR) s'effondre. Pour le courant que Lénine qualifiera de « liquidateur », l'action clandestine paraît sans perspectives, il faut la limiter, sinon l'abandonner, rechercher avant tout l'alliance de la bourgeoisie libérale, gagner avec elle des positions parlementaires, limiter les dégâts. L'action révolutionnaire de 1905, aux yeux des liquidateurs, n'a pas été réaliste. Axelrod écrit « L'élan de l'histoire pousse ouvriers et révolutionnaires même avec beaucoup plus de force vers le révolutionnarisme bourgeois ». Martynov dit que le parti « doit pousser en avant la démocratie bourgeoise ».[1]

Un des liquidateurs les plus assumés était Potressov, avec Tchérévanine. Rédacteur en chef de Nacha Zaria, il y déclara en février 1910 : « Le parti en tant que hiérarchie intégrée et organisée d’institutions n’existe plus. » Commentant cette opinion, un autre périodique liquidateur, Vozrojdénié, dans son numéro du 30 mars 1910, déclarait :

« Il n’y a rien à liquider ; et nous ajouterons que le rêve de restauration de cette hiérarchie, sous son ancienne forme clandestine, est une chose tout simplement nocive, une utopie réactionnaire qui atteste une perte du sens politique chez les représentants du parti, il fut un temps, le plus réaliste ».[2]

De la même manière, le menchevik B. Bogdanov écrivait :

« La volonté de rompre avec l’ancienne clandestinité et d’aborder une étape d’activité sociale et politique menée véritablement au grand jour, est l’élément nouveau qui caractérise le stade actuel du mouvement ouvrier russe. »

Ce courant touche de fait la grande partie des menchéviks. Le Goloss Sotsial-Demokrata (La voix du Social-Démocrate), journal publié par des menchéviks (Axelrod, Martynov, Martov, Potressov) hors de Russie de février 1908 à décembre 1911, prit la défense de la fraction « liquidatrice ». Et la plupart d'entre eux collaboraient régulièrement aux journaux légaux publiés en Russie par les liquidateurs.

Le liquidationnisme prenait aussi la forme de l'appel à la dissolution dans un parti large, comme le défendaient Larine ou Axelrod.

Martov et Dan n'étaient pas sur les positions extrêmes des liquidateurs, mais ils les défendaient dans leur journal et étaient incapables de rompre avec eux, et dénonçaient surtout les bolchéviks. Il appelait à l’égalité des droits entre les organisations du parti légales et illégales. Dans sa pensée, l’organisation illégale devait servir essentiellement de soutien au parti légal.

… une organisation conspiratrice plus ou moins définie et jusqu’à un certain degré centralisée n’a véritablement de sens (et beaucoup de sens) aujourd’hui que dans la mesure où elle participe à la construction d’un parti social-démocrate, qui par nécessité est moins défini et dispose de ses principaux soutiens dans les organisations ouvrières existant au grand jour.[3]

Lénine pensait exactement l'inverse. Sur l’égalité des droits il disait :

[Cela] revient en fait à subordonner le parti aux liquidateurs, car le légaliste qui s’oppose au parti illégal, tout en considérant que ses droits sont égaux à ceux du parti, n’est rien d’autre qu’un liquidateur. « L’égalité des droits » d’un social-démocrate clandestin traqué par la police et d’un légaliste garanti par sa légalité et son éloignement du parti est en fait « l’égalité des droits » de l’ouvrier et du capitaliste.[4]

Les conséquences politiques de l’attitude consistant à tourner le dos à la clandestinité allaient loin. Il était, bien sûr, impossible de parler de renversement du tsarisme dans des publications qui passaient par les mains du censeur. Par conséquent, limiter le parti à des formes d’action légales équivalait virtuellement à abandonner le principe républicain.

Les intellectuels, qui avaient fui en masse les difficultés de la clandestinité, étaient le gros des liquidateurs. Olminski témoignera :

« Il y avait parmi eux de nombreux écrivains, une bonne partie des conférenciers et dans l’ensemble la plupart des intellectuels. Ils étaient les coqs de la basse-cour et se rengorgeaient. »

A cette même époque, symétriquement, une tendance gauchiste existait au sein des bolchéviks, les otzovistes. Leur courant a été qualifié par Lénine « liquidationnisme de gauche ». Là où les otzovistes fétichisaient l’illégalité et avaient horreur de tout effort allant dans le sens du travail légal à la Douma ou dans les syndicats, les liquidateurs tentaient de limiter le mouvement aux activités légales à la vue de tous (élections à la Douma, activité parlementaire, syndicats et journaux légaux).

Les liquidateurs de droite affirment qu’il ne doit pas y avoir de POSDR illégal et que la social-démocratie doit centrer son activité exclusivement ou presque exclusivement sur les possibilités légales. Les liquidateurs de gauche défendent la thèse inverse, selon laquelle il n’existe aucune possibilité légale pour l’activité du parti, et ils prônent l’illégalité à tout prix. Ces deux courants aboutissent à peu près identiquement à la liquidation du POSDR. Dans la situation actuelle, que l’histoire nous a imposée, il ne peut être question, en effet, de « sauvegarder et de renforcer » le POSDR si on ne combine pas de façon méthodique et rationnelle le travail légal au travail illégal.[5]

Pour des dirigeants menchéviks et bolchéviks, un terrain d'entente sur une ligne à égale distance de ces déviations de droite et de gauche était envisageable, et elle a donc été essayée. Un courant « pro-parti », « non fractionniste », poussait à la réunification. Il était notamment représenté par Trotski qui militait à ce moment-là à Vienne. Fin 1908, Plekhanov rompit avec le gros des menchéviks, et regroupa autour de lui des « menchéviks du parti » recherchant l'unité avec les « bolchéviks du parti ». Les menchéviks se mirent à le moquer et à dire qu’il avait attendu la vieillesse pour se faire le « barde de l’action clandestine ».[6]

Lénine y voit une opération inspirée par les liquidateurs, et raillait les « conciliateurs ».[2] Mais une majorité de bolcheviks (Doubrovinski, Rykov, Sokolnikov, Noguine...) se rallient à cette politique unitaire. Une volonté d'unité se fait fortement sentir dans le POSDR, sur fond d'une déliquescence générale.

En février 1910, le POSDR est formellement réunifié, même si les bolchéviks restaient organisés en fraction. Mais très vite le parti est en crise. Ce rapprochement reçut le coup de grâce lorsque les trois liquidateurs invités à se joindre au comité central (Mikhaïl, Romane, Youri) refusèrent d’avoir le moindre rapport avec l’organisation clandestine.

A partir de 1912, les menchéviks et les bolchéviks fonctionneront définitivement comme deux partis différents.

Dans le stalinisme[modifier | modifier le wikicode]

La « déstalinisation » initiée par Krouchtchev après la mort de Staline a été qualifiée de révisionnisme et de liquidationnisme par des courants (notamment Mao) voyant dans Staline la pureté doctrinale.

Certains qualifient la ligne de plus en plus ouvertement réformiste du PTB comme du liquidationnisme.

Dans le trotskisme contemporain[modifier | modifier le wikicode]

Après la fondation du NPA en 2008-2009, certains groupes trotskistes ont accusé cette branche du trotskisme (qualifiée par eux de pablisme) de liquidationnisme :

« Dans ce monde postsoviétique, le liquidationnisme pabliste trouve son expression dans le rejet pur et simple du marxisme »[7]

Courant économique des années 1930[modifier | modifier le wikicode]

Après la grande crise de 1929, des économistes pensaient que la récession était une « purification » du système, nécessaire pour corriger les excès et les déséquilibres nés dans Années Folles. Ils étaient inspirés par Adrew Mellon, secrétaire du Trésor américain, qui disait :

« Liquidez le travail, liquidez les actions, liquidez l’agriculture, liquidez les biens immobiliers… cela purifiera ce système gangrené. Les coûts de la vie excessifs de même que les trains de vie se réduiront. Les gens travailleront plus dur, vivront une vie plus morale. Les valeurs seront ajustées et les entrepreneurs prendront la relève des incompétents. »[8]

Ces économistes furent plus tard désignés sous le nom de « liquidationnistes ».

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

  1. Cité par E.H. CARR, The bolchevik révolution, t. 1, p. 83.
  2. 2,0 et 2,1 Lénine, Notes d'un publiciste, 1910
  3. Martov, « О «ликвидаторстве» », Голос Социал-Демократа, aout-septembre 1909
  4. Lénine, Œuvres, vol.16, p. 163.
  5. Lénine, Œuvres, vol.15, pp. 432-3.
  6. Grigori Zinoviev, Histoire du Parti Bolchevik, 31 mars 1924
  7. www.icl-fi.org/francais/lebol/186suppl/npa.html
  8. Herbert Hoover, Mémoires, Hollis and Carter, 1952, p30