Paul Lafargue

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Paul-Lafargue-1871.jpg

Paul Lafargue (né à Santiago de Cuba le 15 janvier 1842 et mort à Draveil en France le 25 novembre 1911[1]) est un socialiste français.

Gendre de Karl Marx, il est surtout connu pour son essai Le Droit à la paresse. Il a été militant de l'Association internationale des travailleurs, du Parti ouvrier français, du Parti socialiste de France et de la Section française de l'Internationale ouvrière.

Biographie[modifier | modifier le wikicode]

Paul Lafargue est issu d'une famille amérindienne – mulâtre par sa mère et bordelais de confession juive par son père. Les Lafargue regagnent la France en 1851 ; le jeune Paul est alors âgé de neuf ans. Il suit des études secondaires à Bordeaux, dont est originaire son père François Lafargue, puis des études de médecine à la faculté de médecine de Paris[2], où il fait connaissance avec Proudhon. Il collabore alors au journal La Rive gauche, favorable aux idées de Proudhon[3].

À la suite d'une déclaration au premier congrès international des étudiants qui a lieu à Liège, en octobre 1865, et dans laquelle il émet le souhait de voir disparaître les rubans tricolores au profit de la seule couleur rouge, il est exclu à vie de l'université de Paris. En 1865, il vient présenter l'état du mouvement socialiste français au conseil général de l'Association internationale des travailleurs à Londres. Il rencontre Friedrich Engels et Karl Marx (en février 1865), dont il épouse la seconde fille, Laura, en avril 1868[1],[4]. Après son exclusion de l'université en France, il retourne à Londres finir ses études. Il est élu au conseil général de l'Internationale et fréquente régulièrement les Marx[4].

La Première Internationale[modifier | modifier le wikicode]

Il rentre alors en France où il devient membre de la Première Internationale. Dès 1866, il est élu au conseil général de l'Internationale où il représente l'Espagne jusqu'au congrès de Bruxelles en 1868.

Il participe à la Commune de Paris en 1871. Il est alors envoyé à Bordeaux pour y organiser un soutien pour le mouvement parisien. Il y est rejoint par son épouse, ses enfants et ses belles-sœurs. Après la semaine sanglante, pour éviter d'être arrêtés, ils trouvent tous refuge à Luchon. Le dernier né, Marc-Laurent, meurt à Luchon le 26 juillet 1871 à l'âge de cinq mois. Finalement, Lafargue doit passer secrètement en Espagne à Bossòst en août. Lorsque les femmes et un enfant, Charles-Étienne, tentent de le rejoindre, ils sont arrêtés à la frontière et ramenés sous escorte à Luchon. Leurs chambres sont fouillées, à la recherche d'explosifs et de documents compromettants, sans succès (le seul document qui aurait pu les incriminer, une lettre de Gustave Flourens, avait été détruit par Jenny). Après une nuit d'interrogatoire à la gendarmerie, les sœurs Marx et les enfants sont libérés et peuvent gagner l'Espagne[5].

Lafargue fonde, à Madrid, une section marxiste (1871) de la Ire Internationale. Il y dirige des groupes ouvriers et combat les thèses anarchistes.

Le Parti ouvrier français[modifier | modifier le wikicode]

Après s'être rendu au Portugal, Lafargue revient à Londres où il rencontre Jules Guesde. Il rentre en France après l'amnistie et fonde, avec Guesde, le Parti ouvrier (1880) et son périodique, Le Socialiste (1885-1904).

Il est incarcéré en 1883 à la prison Sainte-Pélagie pour propagande révolutionnaire, où il rédige le Droit à la paresse. Il devient député de Lille en novembre 1891 alors qu'il est à nouveau emprisonné à la suite d'une condamnation pour « provocations au meurtre » après les fusillades de Fourmies (1 mai 1891) qui avaient fait neuf morts chez les ouvriers.

Il est élu député du Nord du 25 octobre 1891 au 14 octobre 1893[6]. Lors de l'affaire Dreyfus, il prend parti pour ce dernier[7].

En 1896, Laura Marx-Lafargue hérite d’une partie de la fortune de Friedrich Engels. Paul et Laura achètent alors une propriété à Draveil où ils vivent d’une « manière hédoniste », tout en poursuivant leurs anciens combats[8].

À partir de 1906, il rédige régulièrement des éditoriaux pour l'Humanité.

À 69 ans, en 1911, proche de la limite d'âge de 70 ans qu'il s'était fixé, il se suicide à Draveil avec son épouse, en se justifiant dans une courte lettre :

« Sain de corps et d'esprit, je me tue avant que l'impitoyable vieillesse qui m'enlève un à un les plaisirs et les joies de l'existence et qui me dépouille de mes forces physiques et intellectuelles ne paralyse mon énergie, ne brise ma volonté et ne fasse de moi une charge à moi et aux autres. »

Paul Lafargue et Laura Marx sont enterrés au cimetière du Père-Lachaise (division 76), face au mur des Fédérés.

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

L'Assemblée nationale : base de données des députés français depuis 1789

  1. 1,0 et 1,1 Ducange 2011.
  2. Paul Lafargue : philosophe, propagandiste et homme d’action, Pascal Bavencove et Pierre Outteryck, L'Humanité.fr, 2 mars 2012.
  3. « Paul Lafargue » Encyclopédie Universalis.
  4. 4,0 et 4,1 Tsuzuki 1967, p.16.
  5. Tsuzuki 1967, p.27-28.
  6. Mandat à l'Assemblée nationale, sur le site de l'AN.
  7. Par Jean-Numa Ducange pour la Fondation Jean-Jaurès, « Paul Lafargue, cent ans après… », Le Monde, 2011.
  8. Paul Lafargue et Laura Marx-Lafargue, Archives de France, ministère de la Culture, 2011.

L'œuvre[modifier | modifier le wikicode]

Paul Lafargue est l'auteur, entre autres, du pamphlet fameux Le Droit à la paresse (1880) :

« Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis deux siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l'amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu'à l'épuisement des forces vitales de l'individu et de sa progéniture… »

Il est également l'auteur d'un Cours d'économie sociale (1884), du Communisme et l'Évolution économique (1892), et du Socialisme et la Conquête des pouvoirs publics (1899) et de nombreux textes polémiques ou de circonstance.


Publications[modifier | modifier le wikicode]

Textes de Lafargue sur Marxists.org

Du vivant de l'auteur[modifier | modifier le wikicode]

  • Le Droit à la paresse (Réfutation du « Droit au travail » de 1848), 1880, (version numérique disponible sur wikisource) et nouvelle édition, 1883, (sur wikisource)
  • Le Parti socialiste allemand, 11 décembre 1881
  • La Politique de la bourgeoisie, 18 décembre 1881
  • Que veulent donc les seigneurs de l'industrie du fer ?, 18 décembre 1881
  • Au nom de l'autonomie, 18 décembre 1881
  • Le Sentimentalisme bourgeois, 25 décembre 1881
  • M. Paul Leroy-Beaulieu, 25 décembre 1881
  • L'Autonomie, 25 décembre 1881
  • L'Ultimatum de Rothschild, 8 janvier 1882
  • Les Luttes de classes en Flandre de 1336-1348 et de 1379-1385, 22 & 29 janvier 1882
  • La Journée légale de travail réduite à huit heures, 26 février 1882
  • Un moyen de groupement, 12 mars 1882
  • La Base philosophique du Parti ouvrier, 1882
  • Essai critique sur la Révolution française du XVIIIe siècle, 1883
  • Le Matérialisme économique de Karl Marx, cours d'économie sociale, 1884
  • La Légende de Victor Hugo, 1885, écrit pamphlétaire écrit quelques jours après l'enterrement de ce dernier et l'accusant de n'être qu'un bourgeois opportuniste, sur Wikisource
  • Une visite à Louise Michel, 1885
  • Sapho, 1886
  • Les Chansons et les cérémonies populaires du mariage, 1886
  • Le Matriarcat, étude sur les origines de la famille, 1886 (ed Kodawa, 126p. 2012 (ISBN 979-10-90589-06-3))
  • La Circoncision, sa signification sociale et religieuse, 1887
  • La Religion du Capital, 1887, sur Wikisource
  • Le Parti ouvrier français, 1888
  • Pie IX au Paradis, 1890
  • Le Darwinisme sur la scène française, 1890
  • Souvenirs personnels sur Karl Marx, 1890
  • Appel aux électeurs de la 1re circonscription de Lille, 1891
  • Origine de la propriété en Grèce, 1893
  • Un appétit vendu, 1893
  • Campanella, étude sur sa vie et sur la Cité du Soleil, 1895
  • Idéalisme et matérialisme dans la conception de l'histoire, 1895
  • Le Mythe de l'Immaculée Conception, étude de mythologie comparée, 1896
  • Les Origines du Romantisme, 1896
  • Le Socialisme et la Science sociale, 1896
  • La Fonction économique de la bourse, contribution à la théorie de la valeur, 1897
  • Le Socialisme et la Conquête des pouvoirs publics, 1899
  • Origine de l'idée du Bien, 1899
  • Le Socialisme et les Intellectuels, 1900
  • Les trusts américains : leur action économique, sociale, politique, 1903
  • Souvenirs personnels sur Friedrich Engels, 1904
  • La Question de la femme, 1904
  • Le Mythe de Prométhée, 1904
  • Le Patriotisme de la bourgeoisie, 1906
  • Origine des idées abstraites, 1909
  • La Croyance en Dieu, 1909
  • Le Problème de la connaissance, 15 décembre 1910

Dernières éditions sur papier[modifier | modifier le wikicode]

  • La Religion du capital, Éditions de l'Aube, 2013 (ISBN 978-2815906500)
  • La Religion du capital, suivi de, Le droit à la paresse, et de Pie IX au paradis, éditions Théolib Paris 2014 (ISBN 978-2-36500-079-6)
  • Le Matriarcat, Éditions Kodawa, 126 p., 2012 (ISBN 979-10-90589-06-3)
  • Karl Marx. Le Capital - Résumé par Paul Lafargue, 106 p., 2011 (ISBN 979-10-90589-00-1)
  • Origine et évolution de la propriété, éd Kodawa, 200 p., 2011 (ISBN 979-10-90589-01-8)
  • Pie IX au Paradis, Éditions d'ores et déjà, 2010 (ISBN 978-2918527039)
  • Suivi d'un texte de Wilhelm Liebknecht, Souvenirs sur Marx, Éditions du Sandre, 2008 (ISBN 978-2914958844)
  • Précédé par une réfutation d'Yves Guyot, La Propriété : Origine et évolution - Thèse communiste, Editions du Sandre, 532 p., 2007 (ISBN 978-2914958653)
  • Traduction et annotation par Lafargue, Socialisme utopique et socialisme scientifique, Aden Editions, 108 p., 2005
  • Le Socialisme et la conquête des pouvoirs publics, Les Bons Caractères, 48 p., 2004 (ISBN 978-2915727036)
  • Le Socialisme et les intellectuels, Les Bons Caractères, 43 p., 2004 (ISBN 978-2915727043)
  • Les Luttes de classe en Flandre de 1336-1348 et 1379-1385, Aden, 2003 (ISBN 978-2960027341)
  • Le Déterminisme économique de Karl Marx. Recherche sur l'origine et l'évolution des idées de justice, du bien, de l'âme et de Dieu, L'Harmattan, 264 p., 1997 (ISBN 978-2738458704)
  • « Idéalisme et matérialisme dans la conception de l'histoire » in Le Grand Débat : Jaurès, Lafargue, Guesde, Le Temps des Cerises, 168 p., 1994
  • Le Droit à la paresse présente de multiples éditions récentes.

Recueils ou textes choisis[modifier | modifier le wikicode]

  • Gilles Candar et Jean-Numa Ducange, Paresse et Révolution - écrits 1880-1911, Tallandier, coll. dirigée par Jean-Claude Zylberstein, 431 p., novembre 2009
  • Jacques Girault, Paul Lafargue - Textes choisis, collection les classiques du peuple, Éditions Sociales, 1970
  • Jean Fréville, Paul Lafargue. Critiques littéraires, 1936

Sur Paul Lafargue[modifier | modifier le wikicode]

Littérature[modifier | modifier le wikicode]

  • Jean Jaurès, « La destinée », L’Humanité, 28 novembre 1911
  • (en) Leslie Derfler, Paul Lafargue and the Founding of French Marxism, 1842-1882, Harvard University Press, , 1re éd., 304 p. (ISBN 978-0674659032)
  • (en) Leslie Derfler, Paul Lafargue and the Flowering of French Socialism 1882-1911, Harvard University Press, , 1re éd., 384 p. (ISBN 978-0674659124)
  • Bernard Delmas, « Paul Lafargue et les économistes libéraux, les débats du tournant du siècle » in : Les traditions économiques françaises, 1848 – 1939 (Colloque de l’Association Charles Gide), P. Dockès, L. Frobert, G. Klotz, J.-P. Potier, A. Tiran (eds.), Paris, 2000, p. 811-822
  • Jacques Macé, Paul et Laura Lafargue. Du droit à la paresse au droit de choisir sa mort, L'Harmattan, 220 p., 2001 [extraits en ligne]
  • Françoys Larue Langlois, Paul Lafargue, Paris, Punctum, 2007
  • Le Droit à la paresse (1999), pièce de théâtre de Roger Gouze, mise en scène par Christian Le Guillochet, avec Annie Bertin, Jean Bertho, Mario Pecqueur, Jacques Philipson. L'action se situe peu avant la décision des époux Lafargue de mettre fin à leurs jours.
  • Jean-Numa Ducange, « Paul Lafargue, cent ans après... », dans Notes de la fondation Jean Jaurès, 22 novembre 2011 [texte intégral (page consultée le 23/11/2011)] 
  • Pierre Outteryck, Pascal Bavencove, Salut camarade. Paul Lafargue, passeur de la pensée-Marx, Geai Bleu Éditions, 2011 (ISBN 978-2-914670-60-9) (notice BnFFRBNF42565293f)
  • (en) Chushichi Tsuzuki, The Life of Eleanor Marx 1855-1898 : A Socialist Tragedy, Oxford, Clarendon, , 354 p.

Hommage[modifier | modifier le wikicode]

  • 1974 : Georges Moustaki écrit une chanson intitulée Le Droit à la paresse.
  • 1999 : Le Droit à la paresse, mise en scène Christian Le Guillochet, Théâtre du Lucernaire
  • 2011 : À l'occasion du centenaire de la mort de Laura Marx et Paul Lafargue, à l'Université libre de Bruxelles, le 23 novembre 2011 : « Le droit à la paresse, nécessaire, urgent ?! ». Publication des actes de ce colloque en PDF


Citations[modifier | modifier le wikicode]


Le Droit à la paresse, 1880[modifier | modifier le wikicode]

La morale capitaliste, piteuse parodie de la morale chrétienne, frappe d'anathème la chair du travailleur; elle prend pour idéal de réduire le producteur au plus petit minimum de besoins, de supprimer ses joies et ses passions et de le condamner au rôle de machine délivrant du travail sans trêve ni merci.
  • Le Droit à la paresse, Paul Lafargue, éd. Oriol, 1883, Avant-propos, p. V
Les socialistes révolutionnaires ont à recommencer le combat qu'ont combattu les philosophes et les pamphlétaires de la bourgeoisie; ils ont à démolir, dans les têtes de la classe appelée à l'action, les préjugés semés par la classe régnante;...
  • Le Droit à la paresse (1883), Paul Lafargue, éd. Le Temps des Cerises, 2002  (ISBN 2-84109-052-3), partie Avant-propos, p. 42
Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis des siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l'amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu'à l'épuisement des forces vitales de l'individu et de sa progéniture. Au lieu de réagir contre cette aberration mentale, les prêtres, les économistes, les moralistes, ont sacro-sanctifié le travail. Hommes aveugles et bornés, ils ont voulu être plus sages que leur Dieu; hommes faibles et méprisables, ils ont voulu réhabiliter ce que leur Dieu avait maudit.
  • Le Droit à la paresse, Paul Lafargue, éd. Oriol, 1883, chap. 1 (« Un dogme désastreux »), p. 7
Jéhovah, le dieu barbu et rébarbatif, donna à ses adorateurs le suprême exemple de la paresse idéale ; après six jours de travail, il se repose pour l'éternité.
  • Le Droit à la paresse, Paul Lafargue, éd. Henry ORIOL, 1883, chap. 1 (« Un dogme désastreux »), p. 10 et 11

Et les économistes s'en vont répétant aux ouvriers : Travaillez pour augmenter la fortune sociale ! et cependant un économiste, Destut de Tracy, leur répond :

« Les nations pauvres, c'est là où le peuple est à son aise; les nations riches, c'est là où il est ordinairement pauvre. »

[...] Mais, assourdis et idiotisés par leurs propres hurlements, les économistes de répondre : travaillez, travaillez toujours pour créer votre bien-être ! [...] Travaillez, travaillez, prolétaires, pour agrandir la fortune sociale et vos misères individuelles, travaillez, travaillez, pour que, devenant plus pauvres, vous avez plus de raisons de travailler et d'être misérables. Telle est la loi inexorable de la production capitaliste.

 

  • Le Droit à la paresse, Paul Lafargue, éd. Oriol, 1883, chap. 2 (« Bénédictions du travail »), p. 20
Notre époque est, dit-on, le siècle du travail; il est en effet le siècle de la douleur, de la misère et de la corruption.
Notre époque sera appelée l'âge de la falsification comme les premières époque de l'humanité ont reçu les noms d' âge de pierre, d' âge de bronze, du caractère de leur production.
  • Le Droit à la paresse (1883), Paul Lafargue, éd. Le Temps des Cerises, 2002  (ISBN 2-84109-052-3), p. 73
Ô idiots ! c'est parce que vous travaillez trop que l'outillage industriel se développe lentement.
Pour forcer les capitalistes à perfectionner leurs machines de bois et de fers, il faut hausser les salaires et diminuer les heures de travail des machines de chaire et d'os. La preuve à l'appui ? C'est par centaine qu'on peut les fournir.
  • Le Droit à la paresse (1883), Paul Lafargue, éd. Le Temps des Cerises, 2002  (ISBN 2-84109-052-3), p. 77
... La Farce électorale. Devant les électeurs, à têtes de bois et oreilles d'âne, les candidats bourgeois vêtus en paillasses danseront la danse des libertés politiques, se torchant la face et la postface avec leurs programmes électoraux aux multiples promesses, et parlant avec des larmes dans les yeux des misères du peuple et avec du cuivre dans la voix des gloires de la France; et les têtes des électeurs de braire en chœur et solidement: hi han! hi han!
  • Le Droit à la paresse (1883), Paul Lafargue, éd. Le Temps des Cerises, 2002  (ISBN 2-84109-052-3), p. 83-84
Si, déracinant de son cœur le vice qui la domine et avalit sa nature, la classe ouvrière se levait dans sa force terrible, non pour réclamer les Droits de l'homme, qui ne sont que les droits de l'exploitation capitaliste, non pour réclamer le Droit du travail qui n'est que le droit de la misère, mais pour forger une loi d'airain, défendant à tout homme de travailler plus de trois heures par jours, la Terre, la vieille terre, frémissant d'allégresse, sentirait bondir en elle un nouvelle univers... Mais comment demander à un prolétariat corrompu par la morale capitaliste une résolution virile ?.
  • Le Droit à la paresse (1883), Paul Lafargue, éd. Le Temps des Cerises, 2002  (ISBN 2-84109-052-3), p. 85
Ô Paresse, mère des arts et des nobles vertus, sois le baume des angoisses humaines !
  • Le Droit à la paresse, Paul Lafargue, éd. Oriol, 1883, chap. 4 (« À nouvel air, chanson nouvelle »), p. 49
Nos machines au souffle de feu, aux membres d'acier, infatigables, à la fécondité merveilleuse, inépuisable, accomplissent docilement d'elles-mêmes leur travail sacré, et cependant le génie des grands philosophes du capitalisme reste dominé par le préjugé du salariat, le pire des esclavages. Ils ne comprennent pas encore que la machine est le rédempteur de l'humanité, le Dieu qui rachètera l'homme des sordidae artes et du travail salarié, le Dieu qui lui donnera des loisirs et la liberté.
  • Le Droit à la paresse, Paul Lafargue, éd. Oriol, 1883, Appendice, p. 54

La politique de la bourgeoisie, 1881[modifier | modifier le wikicode]

Les lois et la justice n'existent que dans les sociétés qui ont le vol pour unique mobile; dans un société communiste, les lois et la justice n'ont pas de raison d'être.
  • in Gilles Candar, Jean-Numa Ducange, Paresse et Révolution: Ecrits 1880-1911, Paul Lafargue, éd. Éditions Tallandier, 2009, La politique de la bourgeoisie, p. 288
La bourgeoisie au pouvoir entend non seulement se servir des forces de la nation pour étendre son exploitation sur les pays non civilisés, et pour protéger les butins déjà acquis, mais encore pour mettre au pillage les caisses de l'État; c'est sous le gouvernement républicain que ce pillage est le plus cyniquement pratiqué.
  • in Gilles Candar, Jean-Numa Ducange, Paresse et Révolution: Ecrits 1880-1911, Paul Lafargue, éd. Éditions Tallandier, 2009, La politique de la bourgeoisie, p. 292
Au vainqueur, le butin ! L'éternel vaincu est la classe ouvrière.
  • in Gilles Candar, Jean-Numa Ducange, Paresse et Révolution: Ecrits 1880-1911, Paul Lafargue, éd. Éditions Tallandier, 2009, La politique de la bourgeoisie, p. 295

Le Programme du Parti Ouvrier, son histoire, ses considérants, ses articles, 1883[modifier | modifier le wikicode]

« Une révolution seule - comme l'affirme les considérants du programme - permettra à la classe productive de s'emparer du pouvoir politique et de le faire servir à l'expropriation économique de la petite France capitaliste et à la socialisation des forces productives.

« Cette révolution inévitable ne sera déterminée ni par des déclamations à la dynamite, ni par d'héroïques folies individuelles, ni par colletages locaux avec la police, ni par prises d'armes partielles. Elle ne sera pas d'avantage conjurée ou retardée par les chinoiseries politico-économiques des meneurs du radicalisme et du possibilisme ou par les réformes ouvrières qui s'impôsent même à l'État bourgeois. Elle jailliera des complications fatales qu'élaborent le développement industriel de l'Europe et la concurrence agricole de l'Amérique et de l'Australie.

« S'il n'est pas donné, nous ne dirons pas seulement à aucun homme, mais à aucun parti, de précipiter ou de conjurer une révolution comme celle que porte dans ses flancs le XIXe siècle, un parti conscient de la transformation économique à accomplir pourra en prendre la direction.

  • Paresse et Révolution, Écrits 1880-1911 (22 oct. 1883 avec Jules Guesde dans Le Programme du Partie Ouvrier... (citation reprise dans Le Petit Sous en 1900), Paul Lafargue, éd. Tallandier, 2009  (ISBN 978-2-84734-631-2), chap. 3 - Combat politique, La doctrine révolutionnaire des sectaires, le Petit Sous, 15 oct. 1900, p. 333 (texte intégral sur Wikisource)

Articles de 1883[modifier | modifier le wikicode]

Le nom de Marx pénètre pourtant en ce moment : on s'incline devant sa science, sa logique d'acier, même si on n'en a pas lu une ligne.
  • Paul et Laura Lafargue - Du droit à la paresse au droit de choisir sa mort, Jacques Macé, éd. L'Harmattan, 2003  (ISBN 978-2-7475-1488-0), chap. XI, Juin 1883 - Décembre 1883 ) Sainte-Pélagie, p. 93

Socialisme et patriotisme 1884[modifier | modifier le wikicode]

Loin de s'exclure, patriotisme et internationalisme ne sont que deux formes, se complétant, du même amour de l'humanité.
  • PaulLafargue (1892, POF, p.15), Françoiys Larue-langlois, éd. Punctum, 2007  (ISBN 9-782351-160213), chap. III, Socialismes rivaux et socialismes alliés 1892-1984, p. 109

Karl Marx, Souvenirs personnels, 1890[modifier | modifier le wikicode]

Tout en estimant que toute science doit-être cultivée pour elle-même et que, dans aucune recherche scientifique, on ne doit se soucier de ces conséquences éventuelles, il était cependant d'avis que le savant, s'il ne voulait pas s'abaisser lui-même, ne devait jamais cesser de participer activement à la vie publique et ne devait rester confiné dans son cabinet de travail ou dans son laboratoire, comme un ver dans son fromage, sans jamais se mêler à la vie et aux luttes politiques et sociales de ses contemporains
  • Souvenirs sur Marx (1935), Paul Lafargue et Wilhem Liebnknecht, éd. Éditions de Sandre, 2008  (ISBN 978-2-914958-84-4), chap. I, Karl Marx, Souvenirs personnels, p. 4
La science ne doit pas être un plaisir égoïste: ceux qui ont la chance de pouvoir se consacrer aux études scientifiques doivent-être aussi les premiers à mettre leurs connaissances au service de l'humanité
  • Souvenirs sur Marx (1935), Paul Lafargue et Wilhem Liebnknecht, éd. Éditions de Sandre, 2008  (ISBN 978-2-914958-84-4), chap. I, Karl Marx, Souvenirs personnels, p. 4
Il retrouvait dans les mathématiques supérieures le mouvement dialectique sous sa forme la plus logique en même temps que la plus simple.
  • Souvenirs sur Marx (1935), Paul Lafargue et Wilhem Liebnknecht, éd. Éditions de Sandre, 2008  (ISBN 978-2-914958-84-4), chap. I, Karl Marx, Souvenirs personnels, p. 9
Une science n'était vraiment développée que quand elle pouvait utiliser les mathématiques
  • Souvenirs sur Marx (1935), Paul Lafargue et Wilhem Liebnknecht, éd. Éditions de Sandre, 2008  (ISBN 978-2-914958-84-4), chap. I, Karl Marx, Souvenirs personnels, p. 9
« Une langue étrangère est une arme dans la lutte pour l'existence » (propos de Karl Marx)
  • Souvenirs sur Marx (1935), Paul Lafargue et Wilhem Liebnknecht, éd. Éditions de Sandre, 2008  (ISBN 978-2-914958-84-4), chap. I, Karl Marx, Souvenirs personnels, p. 9
Marx et Engels ont réalisé, dans notre temps, l'idéal de l'amitié que dépeignent les poêtes de l'antiquité.
  • Souvenirs sur Marx (1935), Paul Lafargue et Wilhem Liebnknecht, éd. Éditions de Sandre, 2008  (ISBN 978-2-914958-84-4), chap. II, Karl Marx, Souvenirs personnels, p. 20
Le Capital est devenu aujourd'hui en réalité, comme l'a dit le congrès de l'internationale, la Bible de la classe ouvrière
  • Souvenirs sur Marx (1935), Paul Lafargue et Wilhem Liebnknecht, éd. Éditions de Sandre, 2008  (ISBN 978-2-914958-84-4), chap. II, Karl Marx, Souvenirs personnels, p. 23

"L'Argent" de Zola, 1891-1892[modifier | modifier le wikicode]

un idéaliste typique [...] ne se doute même pas que Marx, disciple de Hegel, était convaincu du développement dialectique des principes prétendus immuables, qu'il avait dépassé son maître et montré comment l'apparition et la transformation de ces principes dans le cerveau humain étaient étroitement liées au développement des rapports économiques. Mais [...] affirme que la nouvelle organisation sociale reposera sur les principes immuables de la justice et des droits reconnus et rendus à chacun ! Prenant pour modèle Karl Marx. [...] Or, Marx était fermement convaincu qu'il est vain de vouloir monter de toutes pièces une société, de même qu'il est impossible de créer un animal : ce sont les rapports économiques qui créent et développent les formes sociales qui y correspondent.
  • "L'Argent" de Zola (1891-1892), Paul Lafargue, éd. Sociales Internationales, 1936, p. 160 in Paul Lafargue - Critiques Littéraires

L'idéalisme et le matérialisme dans la conception de l'histoire, 1895[modifier | modifier le wikicode]

La classe opprimée ne commence pas à formuler ses revendications au nom de la Justice et d'une Morale supérieures, mais au nom de celles qui ont cours ; les droits qu'elle réclame sont ceux que lui accorde la Justice accommodée aux intérêts de la classe opprimante.


ce qu'on méprisait à ces époques, c'est la vente du travail. L'homme qui vendait son travail, qui recevait un salaire, se dégradait au rang des esclaves, il se vendait comme esclave, il perdait sa dignité d'homme libre. Cette action dégradante est commise quotidiennement par les hommes libres de la société capitaliste. Les prolétaires de la main comme ceux de l'intelligence, n'ont qu'une unique préoccupation : se vendre, vendre leur travail manuel, vendre leur travail intellectuel, vendre la pensée, cette chose sacrée.
Le prolétaire n'a et ne peut avoir qu'un idéal : vendre son travail le mieux possible. Un juste salaire pour une juste journée de travail est la devise des trade's unions de tous les travailleurs du monde. Le prolétaire ne se plaint que lorsqu'il ne peut vendre son travail à son juste prix. Et ce n'est que lorsque la classe ouvrière ne parvient pas à obtenir la dégradante et avilissante justice de la classe capitaliste, qu'elle commence à songer à la révolte.
  • « L'idéalisme et le matérialisme dans la conception de l'histoire. Réponse à la Conférence du citoyen Jean Jaurès. », Paul Lafargue, La Jeunesse socialiste, janvier 1895, p. 1

Le socialisme et les intellectuels, 1900[modifier | modifier le wikicode]

Ce n'est pas dans le monde des intellectuels, avilis par un siècle d'oppression capitaliste, qu'il faut aller chercher des exemples de courage civique et de dignité morale.
  • « Le socialisme et les intellectuels », Paul Lafargue, Les bons caractères, 2004, p. 23

La race noire et le socialisme, 1901[modifier | modifier le wikicode]

Les capitalistes des villes industrielles fomentent la guerre des races, en opposant les nègres aux grévistes blancs; comme dans les villes de France, les patrons entretiennent les haines nationales des ouvriers.
  • Paresse et Révolution, Écrits 1880-1911 (1901), Paul Lafargue, éd. Tallandier, 2009  (ISBN 978-2-84734-631-2), chap. 3 - Combat politique, La race noire et le socialisme, le Petit Sous, 1 Avril 1901, p. 343 (texte intégral sur Wikisource)
La haine intense contre la race noire, si utile aux intérêts capitalistes, a été sinon créée, du moins encouragée et développée par la religion chrétienne et la science bourgoise, ces deux servantes à tout faire de la classe régnante
  • Paresse et Révolution, Écrits 1880-1911 (1901), Paul Lafargue, éd. Tallandier, 2009  (ISBN 978-2-84734-631-2), chap. 3 - Combat politique, La race noire et le socialisme, le Petit Sous, 1 Avril 1901, p. 343 (texte intégral sur Wikisource)
L'Église a toujours autorisé toutes les infamies bourgeoises au nom de la volonté divine; après l'Église arrive la science, qui les consacre au non de la Justice et de la Vérité.   Les savants bourgeois, juristes, économistes, anthropologistes et sociologues, sauf de très rares exceptions, ont été unanimes pour déclarer que les peuples barbares et sauvages, avec qui les bourgeois chrétiens, voleurs et assassin, venaient en contact, étaient inférieur et pouvaient être dépouillés et massacrés sans scrupules.
  • Paresse et Révolution, Écrits 1880-1911 (1901), Paul Lafargue, éd. Tallandier, 2009  (ISBN 978-2-84734-631-2), chap. 3 - Combat politique, La race noire et le socialisme, le Petit Sous, 1 Avril 1901, p. 345 (texte intégral sur Wikisource)
Le socialisme est le seul parti qui, dans l'histoire, reconnaît l'égalité des races et des sexes.
L'émancipation du travail n'est possible que par l'entente et l'union intime des opprimés du capital, sans distinction de sexe, de races et de nationalités.
  • Paresse et Révolution, Écrits 1880-1911 (1901), Paul Lafargue, éd. Tallandier, 2009  (ISBN 978-2-84734-631-2), chap. 3 - Combat politique, La race noire et le socialisme, le Petit Sous, 1 Avril 1901, p. 346 (texte intégral sur Wikisource)