Parti ouvrier

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Un parti des travailleurs ("parti ouvrier") est un parti qui regroupe des travailleurs et s'adresse à eux, en se donnant pour objectif de défendre leurs intérêts. Pour le socialisme scientifique, la construction d'un parti des travailleurs représente la première nécessité, celle d'organiser politiquement la classe ouvrière, à la fois pour défendre leurs intérêts immédiats face à l'exploitation de la bourgeoisie, mais aussi parce que c'est la classe qui est en mesure de renverser le capitalisme.

Nécessité d'un parti de classe[modifier]

Les premiers socialistes, rattachés a posteriori au courant du socialisme utopique, n'analysaient pas la société en terme de classes sociales, ou alors ne voyaient pas dans la classe ouvrière la force potentielle de transformer cette société.

Plus tard, les anarchistes se sont opposés à la forme "parti", expliquant que les travailleurs devaient se tenir à l'écart de la politique, source de divisions artificielles entre eux, et de compromission. Pour eux, seule l'organisation en syndicats devait être visée.

L'organisation en parti n'étaient donc pas une évidence, tout comme elle ne l'a pas été d'emblée pour la bourgeoisie dans sa jeunesse.

Pourtant, ne pas participer à la politique d'un pays et renoncer à s'y exprimer revient à renoncer à combattre efficacement les autres forces politiques, qui sont devenues de plus en plus réactionnaires à mesure que le capitalisme créait à grande échelle "deux grandes classes" aux intérêts antagoniques. Il est suicidaire de renoncer à s'organiser nationalement alors que la bourgeoisie l'est, et il est gauchiste de se tenir à l'écart des élections alors que la majorité des travailleurs ont des illusions sur la nature de la démocratie bourgeoise.

Formes dégénérées[modifier]

Parti ouvrier bourgeois[modifier]

Le réformisme n'est pas une simple histoire d'erreur théorique. Il a une base matérielle : l'embourgeoisement des directions du mouvement ouvrier, formant ce que l'on appelle l'aristocratie du travail. Cela concerne les directions syndicales, mais aussi les directions des partis ouvriers. Lorsqu'un parti continue à organiser la classe travailleuse mais que sa direction est liée matériellement et idéologiquement aux capitalistes, on parle de "parti ouvrier bourgeois".

Parti du peuple, parti des pauvres...[modifier]

Une dérive réformiste s'accompagne généralement d'un révisionnisme à la fois dans l'orientation (abandon du programme et de la propagande révolutionnaire) et dans la notion de parti de classe. Quand la direction d'un parti a des intérêts à défendre le modèle bourgeois, et qu'elle s'incline devant la pression électoraliste, elle tend à vouloir redéfinir le parti sur des bases plus larges.C'est souvent au nom de la main tendue à la petite bourgeoisie que la délimitation de classe est affaiblie.

Parti de masse ou parti révolutionnaire ?[modifier]

Dans une perspective marxiste, il faut non seulement s'atteler à construire un parti ouvrier, mais il faut que ce soit un parti de masse, et un parti révolutionnaire. Il existe une contradiction partielle entre ces deux objectifs, dans la mesure où la conscience de classe et a fortiori la conscience révolutionnaire n'est pas "innée" dans le prolétariat, et n'est jamais "acquise" pour toujours. En effet, dans une explication matérialiste de la société de classe, l'idéologie dominante (en temps "normal") est l'idéologie de la classe dominante. Lénine considérait que l'on « ne saurait penser sérieusement qu'il soit possible, en régime capitaliste, de faire entrer dans les organisations la majorité des prolétaires. »[1]

Pour la construction du nécessaire parti révolutionnaire de classe et de masse, il n'y a donc pas de recette politique à appliquer de façon intemporelle. Il y a un certain nombre d'expériences à retenir du passé, et une compréhension dialectique de la situation présente à atteindre. 

Historique[modifier]

19e siècle - AIT[modifier]

Marx et Engels tenaient à l'objectif de "fusionner le parti communiste et la classe ouvrière". C'est ce qu'ils expriment dans le Manifeste lorsqu'ils ecrivent "Les communistes n'ont pas d'intérêts distincts des intérêts du prolétariat.". C'est notamment pour cela qu'ils ne cherchaient pas à créer des partis sectaires à côtés de partis déjà implantés dans la classe ouvrière, même si ces partis avaient des stratégies erronées. En revanche, tout en rejoignant ces militants (comme le parti de Lassalle en Allemagne), ils n'ont jamais caché leurs objectifs et toujours essayé de convaincre largement de la nécessité pour le parti de définir une stratégie révolutionnaire.

La fragmentation du mouvement socialiste en sectes a perduré en France jusqu’en 1905, quand un parti socialiste unifié a été formé. Les sectes ont continué d’exister dans de nombreux pays, comme en Grande-Bretagne, où la fédération social-démocrate prétendait représenter le socialisme « révolutionnaire ».

Internationale ouvrière[modifier]

La social-démocratie et particulièrement sa section allemande (SPD et syndicats), exprime le mieux ce double objectif. L'objectif d'une organisation de masse du prolétariat a été spectaculairement réussi au tournant du 20e siècle. Officiellement, le SPD était aussi un parti révolutionnaire, s'appuyant sur la théorie marxiste. Mais l'émergence de l'impérialisme modifia profondément la base sociale de la social-démocratie : dans le prolétariat émergeait une aristocratie ouvrière qui avait un intérêt immédiat au maintien de l'ordre capitaliste. Sur cette base, et au sein de la longue "Belle Époque", la social-démocratie avait une pratique de plus en plus dominée par un syndicalisme de cogestion et un parlementarisme appaisé. C'est pourquoi son aile droite (Bernstein...), même si elle n'a pas "officiellement" imposé son révisionnisme avant 1914, avait un poids objectif grandissant et écartait la perspective révolutionnaire. L'aile gauche révolutionnaire (Rosa Luxemburg...) n'a pas vu le risque que représentait la dérive réformiste et l'absence d'organisation propre des révolutionnaires en face, tandis que les "centristes" (Kautsky) voulaient à tout prix garder l'unité du parti, y compris après la trahison de 1914. Dans ce cas pourtant, la divergence stratégique exprimait une divergence d'intérêts de classe, et il fallait oser s'opposer à ce parti ouvrier à direction bourgeoise qu'était devenu le SPD. Quand l'appareil du SPD s'est intégré à l'État bourgeois allemand, comme la Révolution allemande l'a montré, sa base ouvrière avancée s'est détournée de lui, et c'est là que l'absence de parti ouvrier révolutionnaire, même minoritaire, a été un lourd handicap.

A cette époque, les sectes ne survivaient qu’en marge de la Deuxième Internationale et dans le mouvement anarchiste.

En Russie, malgré l'image de constructeur de petit groupe révolutionnaire qu'il a aujourd'hui, Lénine a longtemps maintenu l'objectif de militer dans le cadre large du Parti ouvrier social démocrate de Russie. Les fractions bolchévique et menchévique étaient avant tout des centes de propagande politique axés autour de journaux (comme l'Iskra que rejoint Lénine en exil).

Années 1920 - Internationale communiste[modifier]

La rupture avec la social-démocratie et la fondation de partis communistes s'est souvent, en réaction, accompagnée d'un sectarisme gauchiste. Sous prétexte de ne rien avoir à faire avec des traîtres, beaucoup se sont isolés des travailleurs qui avaient encore des illusions dans ces directions traîtresses. Un des plus durs combats menés par l'Internationale communiste et Lénine sera de pousser les partis communistes (KPD principalement) à réellement et efficacement s'adresser largement à la base prolétaire de la social-démocratie. Cette politique conduira notamment en Allemagne aux succès temporaires que furent la fondation du VKPD et les fronts uniques en 1922. 

Après-guerre[modifier]

Après la Seconde guerre mondiale, il y a eu un grand nombre "d'aggiornamentos" dans les partis ouvriers bourgeois, de mises à jour de leur idéologie. Cela a été accéléré par la relative prospérité économique ("30 glorieuses") qui a donné l'impression à beaucoup de commentateurs que le prolétariat disparaissait pour laisser place à une grande classe moyenne... C'est ce qui a fait dire à André Gorz « adieu au prolétariat » (1980).

Le SPD allemand a officiellement rompu avec le marxisme au congrès de Bade-Godesberg en 1959. Il parlait notamment de couvrir l’« espace intermédiaire ». Lorsque Tony Blair transforme le Parti Travailliste en New Labour au milieu des années 1990, il le justifie de la même façon. La direction de Syriza, qui se droitise rapidement au fur et à mesure de la crise grecque, évoque également cette notion d'espace intermédiaire à couvrir, en réponse à l'effondrement des partis traditionnels.[2]

Notes et sources[modifier]