Féminisme

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Le féminisme est le mouvement politique de défense des femmes. Historiquement et toujours aujourd'hui, il est composé de plusieurs courants, qui s'opposent parfois. Les communistes révolutionnaires ont toujours affirmé soutenir la lutte pour l'émancipation des femmes, mais la question des rapports du mouvement ouvrier et socialiste avec les féminismes est un sujet controversé.

Constats du sexisme[modifier]

  • Violences : Que ce soit dans la sphère privée (dans la famille ou le ménage) ou du travail, les femmes sont davantage victimes de violences de la part des hommes. Cette violence peut être à tous les niveaux (insultes, intimidation, agressions physiques, agressions sexuelles, viols...). 35,6 % des femmes du monde à l’échelle mondiale subiront des violences sexuelles ou physiques dans leur vie, le plus souvent de la part de leur compagnon[1]. Même en cas d'agressions homophobes ou racistes, ce sont principalement à des femmes que s'en prennent les agresseurs (lesbiennes, femmes voilées...).
  • Inégalités en droit : Dans de nombreux domaines et dans de nombreux pays, certains droits sont reconnus aux hommes mais pas aux femmes (droit de vote, droit au divorce...).
  • Inégalités sociales : sur le marché du travail, les femmes sont généralement moins payées que les hommes, parce qu'elles y occupent souvent des postes moins qualifiés ou à temps partiel, mais des différences de salaires existent y compris pour un même poste. Le taux de chômage des femmes est en général supérieur à celui des hommes. Les patrons sont bien plus souvent des hommes que des femmes. Alors qu'elles sont majoritaires à l'entrée de l'Université, les étudiantes en ressortent plus rapidement, avec des diplômes moins "spécialisés" et moins reconnus sur le marché du travail. Concernant les retraites, la plupart des femmes ont des difficultés à cotiser jusqu'au bout du fait de leurs carrières plus irrégulières liées aux grossesses, aux temps partiels... Et même à temps de travail égal, les écarts de pensions entre homme et femmes sont en moyenne de 33% à cause des écarts de salaire.
  • Division sexuelle du travail : Les femmes participent bien plus au travail domestique et au travail d'élevage et d'éducation des enfants que les hommes. Il y a bien plus de mères au foyer que de pères au foyer. Certains métiers sont majoritairement exercés par des hommes, d'autres majoritairement par des femmes. Dans les IUT, les étudiantes sont un peu plus de 50 % dans les filières du secteur tertiaire, pour à peine moins de 10 % dans l'informatique. Un tiers des travailleuses européennes sont à temps partiel (souvent subi) contre 8 % des hommes.
  • Violence symbolique (Sexisme dans le langage, dans la publicité, des les livres pour enfants...)

La condition des femmes évoluent cependant selon les époques et les pays.

Ces évolutions sont développées sur la page Patriarcat

Principaux débats[modifier]

Analyse du sexisme et de ses causes[modifier]

Ce débat est développé sur la page Patriarcat

Certains courants voient seulement dans la société un problème de sexisme considéré comme un ensemble de préjugés à faire reculer peu à peu par l'éducation ou la propagande.

Pour d'autres, l'oppression des femmes est davantage structurelle, on parle alors souvent de patriarcat, ou de système patriarcal. Parmi ce courant, de nombreuses divergences existent, selon la définition qui est donnée du patriarcat, de ses causes et de son origine historique. Pour les anticapitalistes se pose également la question de l'articulation du féminisme et de la lutte des classes, du patriarcat et du capitalisme (le renversement du capitalisme est une condition nécessaire/suffisante pour le renversement du patriarcat ?).

Sexe et genre[modifier]

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Depuis plusieurs décennies, un courant de réflexion ("études de genre") a développé la notion de genre, qui permet de penser la différence entre sexe et genre :

  • Le sexe est l'ensemble des caractéristiques naturelles (différences génétiques et morphologiques).
  • Le genre est l'ensemble des caractères qui sont attribués socialement et reproduits (par l'éducation genrée notamment).

La frontière n'est cependant pas absolue. Des études ont par exemple mis l'accent sur des éléments d'influence sociale sur le sexe (par exemple les présupposés sur les besoins différents en alimentation et en sport selon les sexes influencent la morphologie). Dans le strict domaine naturel, il existe aussi des cas ne correspondant à aucun des deux sexes majoritaires (les intersexuel-les).

Le courant du postgenrisme qui prône le dépassement volontaire des différences sexuelles par la libre modification de son corps et de ses caractéristiques sexuelles. Par exemple, Shulamith Firestone écrivait en 1979 :

« La visée ultime de la révolution féministe doit être, contrairement aux premiers mouvements feministes, non seulement l’élimination du privilège masculin, mais de la distinction sexuelle elle-même »[2]

Différentialisme ?[modifier]

Il existe une divergence sur la question de savoir si les femmes doivent se considérer/revendiquer comme différentes par nature (par "essence", d'où le terme généralement associé d'essentialisme) par rapport aux hommes ou non.

Le différentialisme a longtemps été dominant, par défaut, parfois affirmé par des hommes et des dogmes religieux. Il était considéré comme allant de soi que les femmes étaient vouées aux enfants et au travail domestique. Les courants réactionnaires utilisent en général l'essentialisme pour affirmer une subordination ("la femme est inférieure à l'homme, l'épouse doit obéissance au mari" etc.). Mais il existe également, dans le camp progressiste, des courants différentialistes qui revendiquent "l'égalité dans la différence".

La majorité des féministes considèrent cependant que les genres sont construits, et donc qu'il n'y a pas de "féminité" à revendiquer. Il existe en revanche de nombreux débats pour savoir, alors, quel modèle viser. Un alignement des femmes sur les hommes ? Une convergence des deux genres ? Un éclatement des genres ?

Rapport au marché du travail[modifier]

Si le mot d’ordre « À travail égal, salaire égal » remporte l’adhésion de l’ensemble des composantes du mouvement féministe, l’idée d’une protection spécifique des femmes sur le marché du travail divise. En 1906, la Convention de Berne, ratifiée par quatorze pays, prononce l’interdiction du travail industriel nocturne des femmes. Déjà en vigueur dans certains pays, comme la France où elle s'applique depuis 1892, cette législation rencontre l’opposition des féministes égalitaristes. Menées par la Hollandaise Marie Rutgers-Hoitsem, elles se regroupent dans le réseau Correspondance internationale qui recrute principalement parmi les laïques et les libre-penseuses.

Après-guerre, le Bureau International du Travail reprend le mot d’ordre de protection des travailleuses. Toujours minoritaires dans les fédérations féministes internationales, les partisanes de l’égalité constituent l’Open Door Council autour de la personnalité de Chrystal MacMillan. Mouvement d’avant-garde qui réunit des intellectuelles de l’ensemble de l’Europe, il élabore un argumentaire qui s’oppose au « féminisme maternaliste » alors dominant : il marque notamment son refus de voir la maternité devenir « une sorte de domaine clos où les femmes se trouveraient parquées d'office, en marge de l'ensemble de la vie sociale et culturelle… ».[3]

C'est un aspect que l'on retrouve chez les premiers socialistes. Par exemple, le programme de Gotha du Parti ouvrier allemand (1875)[4] réclamait l'interdiction "du travail des enfants, ainsi que du travail des femmes, qui porte préjudice à la santé et à la moralité." Dans la critique que Marx fait de ce programme[5], il évoque la limitation de la journée de travail pour les femmes, voire des interdictions pour "branches d'industrie qui sont particulièrement préjudiciables à leur santé physique où contraires à la morale au point de vue du sexe", mais indique que les femmes doivent être intégrées à la production.

Le droit à disposer de son corps[modifier]

Le corps des femmes ne leur a jamais entièrement appartenu dans l'histoire. La tolérance aux viols en est la manifestation la plus extrême. Mais bien d'autres contraintes existent : la limitation du droit de divorce, l'interdiction de l'avortement, voire de la contraception, le port du voile sous la contrainte... Le droit à l'avortement est toujours un important sujet de bataille à l'échelle mondiale, qui conduit à une opposition entre mouvements "pro-choix" et "pro-vie".

Les innovations techniques ont enrichi cette question, en augmentant les possibilités de maîtrise sur son corps : méthodes de contraception, d'avortement... et plus récemment les techniques de procréation médicalement assistée (PMA). Une majorité de féministes sont engagées dans la bataille pour obtenir ce droit.

La question de la gestation pour autrui (GPA), c'est-à-dire la question des "mères porteuses", est une question différente, puisqu'elle ne repose pas uniquement sur un choix de celles/ceux qui veulent être parent-e-s, mais aussi sur une tierce personne.

La liberté de pouvoir choisir son orientation sexuelle est également un champ de lutte important.

Marchandisation du corps des femmes[modifier]

L'image de "la femme" est communément un objet de désir masculin. La logique de marché capitaliste surfe là dessus et engendre une omniprésence de représentations de corps de femmes associés à divers produits à vendre (en particulier d'autres produits associés à "l'homme", comme la voiture). La recherche de l'audience la plus large favorise dans ces représentations la suprématie des visions normées, notamment des stéréotypes de genre (dans les publicités, la pornographie...).

Le principal argument des opposants à la GPA est le risque de marchandisation du corps des femmes : en cas d'autorisation, les femmes, surtout les pauvres, seraient très certainement poussées à porter des enfants pour d'autres (surtout des riches) contre rémunération. Certains marxistes sont cependant pour autorisation réglementée[6].

La prostitution est généralement considérée comme le paroxysme de la marchandisation du corps des femmes. D'autres féministes nuancent cependant cette affirmation, en soulignant qu'elle relève d'une sacralisation de la sexualité, et que la marchandisation est générale (vente de sa force de travail).

Rapport aux tâches domestiques[modifier]

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Une grande majorité des féministes considère les tâches domestiques comme des activités ingrates, peu épanouissantes, qu'il faut réduire au minimum et partager avec les hommes pour que les femmes fassent d'autres choses de leur vie. Beaucoup de féministes utilisent aussi le terme "élevage des enfants" pour attirer l'attention sur l'aspect laborieux et peu épanouissant des premiers soins (changer les couches, laver, biberonner...).

Ainsi Marthe Bigot écrivait en 1921 :

« L'aspirateur de poussières, mû à l'électricité, remplacera le balai malpropre et les chiffons sordides. [...] La machine à laver la vaisselle et la lessiveuse-repasseuse électriques, accompliront les tâches répugnantes de la blanchisseuse. »[7]

Certaines féministes (Hubertine Auclert, Silvia Federici, Mariarosa Dalla Costa...) ont défendu l'idée d'un "salaire ménager", c'est-à-dire d'un salaire pour le travail domestique, afin que les femmes ne fassent plus ce travail gratuitement[8]. De nombreuses féministes considèrent que cela institutionnaliserait le travail domestique des femmes et donc nuirait à l'égalité dans ces tâches.

Rapport aux enfants[modifier]

Les sociétés et les États ont très souvent fait des choix concernant la régulation de la natalité. C'est en partie au nom du natalisme que les courants réactionnaires et notamment les fondamentalistes dénient aux femmes le droit à l'avortement. Par ailleurs, la logique du capitalisme lui-même incite parfois les États bourgeois au natalisme. La volonté des femmes de pouvoir choisir (d'avorter, d'avoir moins d'enfants, de n'avoir aucun enfant...) entre en contradiction avec ces logiques.

Les mouvements de femmes ont longtemps revendiqué la maternité comme spécificité, comme fierté, et comme source de légitimité. Par exemple, cela donnerait aux femmes une meilleure sensibilité au sort de leurs enfants, thème récurrent dans le pacifisme socialiste et communiste. La féministe Cécile Brunschvicg (1877-1946) expliquait dans les années 1920 que le premier devoir d’une femme est d’avoir des enfants.

La critique de la maternité comme source d’aliénation a néanmoins peu à peu pris en importance. Contre le natalisme et le militarisme, Nelly Roussel lance un appel à la « grève des ventres » en 1919. En 1921, Marthe Bigot parle de « servitude de la maternité »[9]. Un « féminisme de l’égalité », universaliste ou « intégral » se développe et s'oppose au « féminisme maternaliste »[10] ou « social »[11], tout en restant minoritaire.

Particulièrement en France, les réformateurs réclament des évolutions législatives pour protéger la "spécificité des femmes" et leur permettre de repeupler le pays[12]... La valorisation de la participation des femmes à l’équilibre de la nation, à travers notamment l’exercice de la « fonction maternelle », occupe ainsi une place centrale dans l’argumentaire des réformistes et des sociaux-démocrates. Pour les représentantes de l’Union française pour le suffrage des femmes, « détruire le prestige de la maternité, c’est atteindre le plus sûr prestige de la femme...C’est au nom de la maternité, non point contre elle, que doit se faire la réforme indispensable de la condition féminine »[13].

Puis ce sera Simone de Beauvoir déclarant, au vu des conditions de son temps, « je conseillerais à une femme de ne pas devenir mère ». C'est à partir des années 1970 que le discours normatif centrant les femmes sur les enfants va le plus reculer. En 1972 a lieu une manifestation contre la fête des Mères (« Fêtées un jour, exploitées toute l'année ! »).

Shulamith Firestone faisait une critique radicale de la grossesse, misant sur les techniques de reproduction artificielle :

« La crainte que soulèvent les nouvelles méthodes de reproduction est si répandue qu’à l’époque ou j’écris ceci, en 1969, le sujet est encore tabou à l’extérieur des cercles scientifiques. Et bien des membres du mouvement de libération des femmes — peut-être même surtout dans le mouvement de libération des femmes — redoutent d’exprimer le moindre intérêt sur ce sujet, de peur de confirmer ce que tout le monde soupçonne : qu’elles ne sont pas « naturelles »; elles consacrent donc une grande énergie à nier qu’elles soient contre la maternité, pour la reproduction artificielle, etc. Je vais par conséquent le dire brutalement : La grossesse est barbare. (...) La grossesse est la déformation temporaire du corps de l’individu pour le bien de l’espèce. En outre, accoucher est douloureux. Et ne vous fait aucun bien. Il y a trois mille ans, les femmes qui accouchaient « naturellement » n’avaient pas besoin de prétendre (les yeux perdus) que la grossesse était une expérience merveilleuse, un orgasme mystique. La Bible le disait : souffrance et douleur. »[2]

De façon similaire, Marcela Iacub estime que « le pire ennemi des femmes, c'est l'enfant, c'est la famille. La maternité précarise. Les femmes sacrifient leur destin personnel à la reproduction de la société. » Elle revendique un « droit des femmes à se passer de leur corps pour procréer », ce qui passerait par des techniques d'ectogenèse restant à développer (qui pourraient être au point prochainement).

Par ailleurs, certaines formes nouvelles de famille se développent, en partie parce que rendues possibles par des innovations, et entre en contradiction avec les idéologies établies sur. Par exemple il est possible pour des couples de lesbiennes ou des femmes seules d'avoir des enfants via la PMA. Certains soutiennent que cette quête d'un "droit à l'enfant" entre en contradiction avec le "droit de l'enfant". Cela nécessite cependant d'être précisé. Concernant l'éventuel "droit de l'enfant à connaître ses parents biologiques"[14], la contradiction existe partiellement. Concernant de supposés "problèmes" pour l'enfant du fait de ne pas être élevé dans un couple hétérosexuel, rien n'a permis de le mettre en évidence à ce jour.

Colonialisme et racisme[modifier]

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Pendant la période coloniale, certains chefs militaires ou politiques n'ont pas hésité à justifier leur domination en disant que les formes de sexisme parmi les peuples colonisés étaient le signe de leur infériorité, par rapport à "l'occident civilisé" ("féminisme colonial"). Instrumentalisation cynique du féminisme, d'autant plus qu'elle émane de leaders appartenant généralement au camp réactionnaire qui s'est toujours opposé, dans les métropoles, aux droits des femmes. Toutes ces tendances se retrouvent, sous des formes différentes, dans le néocolonialisme actuel.

Le racisme traversant les sociétés, on le retrouve assez logiquement au sein du féminisme. Ainsi par exemple, le Black feminism aux États-Unis a mis l'accent sur les oppressions particulières subies par les femmes Noires et dénoncé le racisme au sein des féministes blanches. Par extension, certains courants dénoncent un "féminisme blanc"[15], tandis que d'autres estiment qu'il est dangereux de "racialiser" les oppositions, et de masquer ainsi qu'il n'y a pas "un" féminisme blanc.[16] La question des rapports entre féminisme et racisme soulève aussi la question de l'universalisme ou du différentialisme culturel/ethnique...

Rapport avec les religions[modifier]

Les luttes des femmes pour obtenir des droits égaux et pour conquérir une autonomie réelle, notamment à partir du 19ème siècle dans les pays d'Europe et d'Amérique du Nord, ont souvent trouvé contre elles des courants chrétiens conservateurs[17]. Il est vrai que Paul dans son Epître aux Ephésiens disait : « L’homme est le maître de la femme comme le Christ est le chef de l’Église » ou encore « Il ne faut pas permettre à la femme d’acquérir de l’éducation ou de s’instruire ; qu’elle obéisse, qu’elle serve et se taise ».

La bataille pour la laïcité, c'est-à-dire la séparation de l'Église et de l'État, a donc été d'une grande importance historiquement pour les féminismes. Ce combat reste d'actualité, notamment dans les pays où le clergé conserve un poids majeur, voire central pour certaines "théocraties". En 1921, l'Internationale communiste évoquait ainsi la question de la lutte contre les préjugés religieux dans les pays orientaux :

« Tout en évitant les attaques grossières et sans tact aux croyances religieuses et aux traditions nationales, les sections et les commissions travaillant parmi les femmes de l'Orient, devront nettement lutter contre l'influence du nationalisme et de la religion sur les esprits. »[18]

Mais même dans les pays occidentaux, la laïcité n'est pas totale (subventions publiques à des écoles privées) et parfois bafouée.

Mais à la fin du 20ème siècle, le contexte a profondément changé dans les pays occidentaux. Le christianisme y a beaucoup reculé, et les justifications chrétiennes les plus réactionnaires ne s'y affichent plus aussi ouvertement. Mais la présence d'un nombre significatif d'immigré-e-s de religions différentes a relancé des débats sur la laïcité. Dans un pays comme la France, ces débats se focalisent sur l'Islam et le port du voile, et traversent les courants féministes : faut-il y voir un signe d'oppression des femmes ?

De nombreux courants racistes ont alors trouvé une nouvelle façon d'enrober leur propagande : utiliser la laïcité et le féminisme pour stigmatiser les musulman-e-s (islamophobie). Par exemple, une partie du courant « républicain et laïc », Riposte laïque, a dérivé vers l’extrême droite en faisant une alliance avec le Bloc identitaire. Ils sont les coorganisateurs des « apéros saucisson-pinard » ou des Assises sur l’islamisation de l’Europe en décembre 2010. Une féministe « historique », Anne Zelinsky, est intervenue dans ces assises.

ll existe aussi des courants défendant des interprétations différentes des textes religieux (féminisme chrétien, féminisme musulman[19]...).


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Parité et discrimination positive[modifier]

Cette question divise les féministes, entre celles qui considèrent que la parité en tant que discrimination positive ("affirmative action" en anglais) est une béquille dégradande pour les femmes, et ceux qui considèrent qu'elle peut être un instrument utile pour faire avancer l'égalité.

La question de la prostitution[modifier]

Les trois positions principales vis-à-vis de la prostitution sont :

  • le prohibitionnisme : interdiction et répression de la prostitution
  • l'abolitionnisme : autorisation de la prostitution, mais répression du proxénétisme
  • le réglementarisme : réglementation (donc autorisation / tolérance) de la prostitution (maisons closes, femmes en vitrines...)

Faut-il pénaliser les clients des prostituées ? Les féministes sont divisées sur la question. Certaines pensent que cela a avant tout pour effet d'obliger les prostituées à se cacher davantage et à s'exposer d'autant plus aux violences des hommes.

Intersection avec les oppressions des LGBTI[modifier]

Une femme lesbienne a par exemple plus de chances de se faire agresser qu'un homme gay.

Rapport à la sexualité[modifier]

Un courant récent qui se désigne comme "féministe pro-sexe" accuse les féministes des générations précédentes d'être anti-sexualité, de par leur critique de la pornographie, de certaines pratiques jugées dégradantes (sado-masochisme...).

Féminisation du langage[modifier]

En réaction au sexisme du langage, des féministes mènent le combat pour le féminiser. Des débats existent cependant : faut-il employer un genre neutre (comme cela se fait surtout dans les pays nordiques / anglo-saxons) ou rendre plus visible le genre féminin souvent masqué ?

Classes de femmes ? Exploitation ou oppression ?[modifier]

Le courant féministe matérialiste estime que le patriarcat est un mode de production distinct du capitalisme, et que les femmes consituent une classe exploitée par la classe des hommes.

Au nom du courant "féministe lutte de classe", Josette Trat écrit :

« nous n’avons jamais utilisé la notion de « classe sociale des femmes » pour éviter d’homogénéiser abusivement le groupe des femmes ; la solidarité entre femmes ne peut naître que des luttes communes sur des revendications qui prennent en compte la situation des femmes les plus exploitées et opprimées. »[20]

Certains marxistes considèrent toutefois que l'on peut analyser la répartition inégale du travail domestique comme une exploitation des femmes par les hommes sans recourir à la notion de classe.

Hommes opprimés par le patriarcat ?[modifier]

Certains considèrent que les hommes sont opprimés par le système patriarcal.

Pour la plupart des féministes radicales, cette conception établit une symétrie inacceptable entre hommes et femmes, alors que les premiers oppriment, voire exploitent les secondes. Elles parlent plutôt de "coûts de la domination" pour désigner les contraintes qui pèsent sur les hommes (pression à ne pas s'écarter du rôle d'oppresseur viriliste), mais qui n'empêche pas que les hommes en tant que groupe sont "gagnants".

« Si l’on dit que les hommes oppriment les femmes, le mari s’indigne, mais le fait est que c’est le code masculin, c’est la société élaborée par les mâles et dans leur intérêt qui a défini la condition féminine sous une forme qui est à présent pour les deux sexes une source de tourments. » Simone de Beauvoir

Hommes féministes ou pro-féministes ?[modifier]

Pour certaines féministes radicales, les hommes ne peuvent pas se prétendre féministes au même titre que les femmes, car ils appartiennent au groupe social dominant, et leur intrusion dans le combat féministe a généralement pour effet de confisquer la parole des femmes, défendre plus ou moins consciemment les privilèges masculins, etc. On parle alors d'hommes "pro-féministes".

Solidarité de sexe ou de classe ?[modifier]

Assez spontanément, les féministes tendent à vouloir regrouper toutes les femmes pour se battre. Cependant, cela pose la question de l'interférence avec le mouvement ouvrier. Les premières grandes organisations féministes étaient surtout bourgeoises, avec parfois la participation de socialistes.

Généralement, les marxistes tendent à appuyer sur l'antagonisme de classe, y compris au sein des femmes :

« Entre la vue d'une femme de la grande bourgeoisie et celle d'une ouvrière du textile, il existe d'énormes différences que le fait d'appartenir au même sexe ne saurait masquer. » Clara Zetkin
« La femme en lutte pour son émancipation est, pour le monde des travailleurs, une compagne de travail et de combat. » Clara Zetkin

Trotsky le relevait également :

« La condition de la mère de famille, communiste respectée, qui a une bonne, un téléphone pour passer ses commandes, une auto pour ses déplacements, etc., a peu de rapport avec celle de l'ouvrière qui court les boutiques, fait son dîner, ramène ses gosses du jardin d'enfants à la maison — quand il y a pour elle un jardin d'enfants. Aucune étiquette socialiste ne peut cacher ce contraste social, non moins grand que celui qui distingue en tout pays d'Occident la dame bourgeoise de la prolétaire. »[21]

Certains courants sont néanmoins en faveur d'organisations larges sans délimitation de classe.

A l'opposé, certaines féministes radicales sont séparatistes, souvent parce qu'elles font l'analyse que les hommes sont un groupe d'exploiteurs avec laquelle aucune alliance n'est possible. Christine Delphy a refusé longtemps toute alliance avec des associations, partis ou organisations mixtes.

"Vagues du féminisme"[modifier]

Une périodisation courante de l'historique du féminisme parle des "trois vagues du féminisme". Cette présentation est très critiquable dans la mesure où elle masque le fait qu'à chaque époque il a existé des courants différents, et que ces "vagues" sont centrées sur les pays riches. Elle permet cependant de faire ressortir les idéologies qui ont connu le plus de progression ou qui ont émergé, et ainsi de traduire éventuellement une correspondance de ces idéologies avec des changements structurels.

Article détaillé : Trois vagues du féminisme.

Première vague[modifier]

Le premier combat relativement massif des femmes fut celui pour obtenir le droit de vote, et plus largement des réformes assurant l'égalité juridique avec les hommes. Il court de la fin du 19ème siècle jusqu'à la moitié du 20ème siècle environ. Le mouvement des suffragettes est emblématique de cette vague, dominée donc par un féminisme bourgeois se plaçant dans le prolongement du libéralisme politique. Cependant, le féminisme du mouvement ouvrier (Internationale socialiste des femmes...) a aussi joué un rôle important dans cette bataille (Journée internationale des femmes...). En revanche les rôles traditionnels (maternité...) et le genre n'étaient quasiment pas déconstruits.

Deuxième vague[modifier]

À partir du milieu des années 1960 et pendant les années 1970, un nouveau féminisme fait surface, et rejette cet objectif d'égalité « dans » le système. Pour les féministes de cette deuxième vague, aucune égalité entre les sexes ne peut être obtenue à l'intérieur du présent système « patriarcal », sinon quelques compromis temporaires qui seraient perpétuellement menacés. Pour la plupart, la solution est donc de renverser ce système, le patriarcat, et d'instaurer de nouvelles valeurs et de nouveaux rapports entre les sexes. Le Mouvement de libération des femmes (MLF) fut l'organisation qui regroupa ce courant (dans sa diversité) en France, les batailles fédératrices étant celles pour le droit à l'avortement et pour l'égalité salariale notamment. Avec le slogan « le privé est politique » la critique a été introduite dans les foyers sur la question du travail domestique notamment.

Cette vague correspond globalement au féminisme radical. Le féminisme marxiste, minoritaire, s'est inscrit en son sein (cf par exemple le courant "féministe lutte de classe" dans le MLF), tout en ayant des approches différentes vis-à-vis des autres courants (féminisme matérialiste, féminisme différentialiste...).

Troisième vague[modifier]

A partir des années 1980, partant des États-Unis, la "troisième vague" est portée surtout par des militantes issues de groupes minoritaires (femmes racisées, lesbiennes, prostituées...). De ces critiques diverses émerge la notion d'intersections entre diverses oppressions : de sexe, de classe, de "race", d'orientation sexuelle...

Cette vague n'est pas caractérisée par un fort mouvement unifié, mais par un vaste ensemble de pratiques aussi bien politiques qu'artistiques... Ce qui est d'ailleurs l'objet de critiques, car le résultat est un éclatement de l'identité "femmes" et de la sororité qu'avait mis en avant la deuxième vague.

Courants du féminisme[modifier]

Hubertine Auclert est sans doute la première militante à se proclamer "féministe".

"Féminisme libéral" ou "bourgeois"[modifier]

Ce que l'on peut caractériser comme féminisme bourgeois, c'est l'ensemble des courants féministes qui ne se placent pas du côté de la lutte de classe des prolétaires, et inscrivent leur combat dans le cadre du capitalisme. C'est un courant issu du libéralisme politique qui se focalise sur la conquête de l'égalité des droits dans le système, et qui généralement néglige les questions économiques. Ses méthodes de lutte sont le parlementarisme bourgeois, la sensibilisation de l’opinion publique (presse, pétitions, éducation…). La seule perspective est l’indifférence aux différences de sexe dans le cadre de l’espace public (devant "la République", etc.).

En 1793, Olympe de Gouges, Louise Lacombe et d’autres, conscientes que les « Droits de l’Homme » ne parlent en fait que du droit des hommes, rédigent en réponse les « Droits de la Femme » en proclamant que : « Si la femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir aussi celui de monter à la tribune. »

Article détaillé : Féminisme libéral.

"Féminisme social" ou "maternaliste"[modifier]

Ces termes ont désigné la tendance à prôner des droits spécifiques pour "protéger les femmes". C'est une caractéristique que l'on peut retrouver aussi bien dans le féminisme bourgeois que dans le féminisme socialiste, en particulier dans la première_vague_féministe. Par exemple le premier congrès de femmes à se qualifier de "féministe", en 1892, insiste sur la nécessité d'assurer une protection sociale à "toutes les mères". Si ces revendications peuvent être défendues de façon pragmatique, vue la précarité dans laquelle des mères seules peuvent se retrouver, des courants féministes ont par la suite de plus en plus critiqué les discours différentialistes qui enferment les femmes dans la maternité.

"Féminisme Noir", "féminisme arabe"...[modifier]

Dans le sillage du mouvement des Noirs aux États-Unis dans les années 1960-1970, un courant "Black feminism" s'est développé (Mary Ann Weathers, Angela Davis, Margaret Sloan-Hunter, Barbara Smith...). Il dénonce les oppressions particulières subies par les femmes Noires (stérilisations forcées...). Mais il n'a pas visé une délimitation "Noire" : dès ses origines, il inclut des femmes chicanas, orientales, etc. Il est plutôt caractérisé par la volonté de lier ensemble les problématiques du sexisme, du racisme et de la lutte de classe. Il s'agit aussi de dénoncer le racisme au sein des féministes blanches.

De même on parle de féminisme arabe pour étudier les courants féministes qui se sont développés dans le monde arabe - et généralement invisibilisés dans le monde occidental.[22]

Article détaillé : Féminisme Noir.

"Féminisme radical"[modifier]

Le féminisme radical affirme que la société et son fonctionnement (lois, religion, politique, art…) sont majoritairement issus des hommes, et sont imprégnés d'un caractère patriarcal. La domination patriarcale constitue un problème en soi qui doit être traité de façon autonome et non, comme le pensent les "marxistes orthodoxes", en tant que conséquence de la domination de classe. Le féminisme radical est cependant une vaste famille, traversée par diverses oppositions : Queer et féminisme "pro-sexe", séparatisme lesbien, féminisme matérialiste, féminisme marxiste...

Le féminisme radical est généralement critique du "réformisme", bien que certaines féministes radicales (Catharine MacKinnon et Andrea Dworkin) aient précisément centré leur lutte sur des réformes législatives.

Article détaillé : Féminisme radical.

"Féminisme différentialiste"[modifier]

On peut regrouper sous ce terme les féministes qui valorisent la "féminité".

Un courant différentialiste s'est développé en France au sein du féminisme radical dans les années 1970, avant d'y être minorisé. Des auteures comme Julia Kristeva, Luce Irigaray ou Antoinette Fouque (et dans le monde anglo-saxon, Mary Daly et Adrienne Rich) pensent que le patriarcat est si profondément enraciné dans les mentalités qu'il empêche l'expression de la "féminité" (la notion de refoulement est importante pour ce courant influencé par la psychanalyse). Les femmes sont sans cesse construites comme antithèses (idéalisées ou démonisées) de l'Homme.

Le féminisme de la différence a mis en valeur la parole des femmes, les relations mères-filles, l'importance des groupes de femmes, et a critiqué le logocentrisme de la pensée occidentale (en particulier), y compris chez certaines féministes.

Article détaillé : Féminisme différentialiste.

"Féminisme matérialiste"[modifier]

Le féminisme matérialiste est un courant du féminisme radical, apparu en France après Mai 68. Christine Delphy se réfère au matérialisme historique de Marx lorsqu'elle écrit en 1975 « Pour un féminisme matérialiste ». Ce courant entend mettre à jour un mode de production patriarcal dans lequel les femmes sont une classe exploitée par les hommes. Ce système étant distinct du mode de production capitaliste, la lutte des femmes est sur le même plan que la lutte des classes, et la fin du capitalisme n'impliquerait pas la fin du patriarcat.

Article détaillé : Féminisme matérialiste.

"Féminisme lutte de classe" ou "marxiste"[modifier]

Le mouvement féministe lié au socialisme / communisme est très divers, même s'il met majoritairement l'accent sur l'importance de la question sociale pour l'émancipation des femmes.

Article détaillé : Féminisme socialiste.

"Féminisme lesbien"[modifier]

La deuxième vague a aussi coïncidé avec un essor des luttes des lesbiennes (et des gays) pour leur droit et pour leur auto-affirmation. De par leur situation d'oppression, les lesbiennes tendent à être plus consciente de l'oppression sexiste que la moyenne.

Le terme de féminisme lesbien peut désigner :

  • un féminisme tentant de prendre en compte l'intersectionnalité
  • un séparatisme lesbien, présent notamment parmi les groupes militants lesbiens des grandes métropoles que sont Londres ou New York

Monique Wittig écrit en 1992 :

« Notre survie exige que nous contribuions de toutes nos forces à la destruction de la classe de femmes où les hommes s'approprient les femmes. Ce n'est possible que par la destruction de l'hétérosexualité en tant que système social fondé sur l'oppression des femmes par les hommes, et qui produit la doctrine de la différence entre les sexes pour justifier cette oppression. »
Article détaillé : Féminisme lesbien.

Notes et sources[modifier]

  1. Rapport 2013 de l’OMS sur les violences faites aux femmes
  2. 2,0 et 2,1 Shulamith Firestone, La dialectique du sexe, 1970
  3. Eliane Gubin, « Pour le droit au travail : entre protection et égalité », in Eliane Gubin (et al.), Le Siècle des féminismes, Les Éditions de l’Atelier, 2004
  4. Programme de Gotha du parti social-démocrate allemand, 1875
  5. Karl Marx, Gloses marginales au programme du Parti Ouvrier allemand, 1875
  6. https://genrehumain.wordpress.com/2015/07/01/gpa-pour-une-autorisation-reglementee/
  7. Marthe Bigot, La servitude des femmes, 1921
  8. Contretemps, Aux origines du capitalisme patriarcal : entretien avec Silvia Federici, mars 2014
  9. Marthe Bigot, La servitude des femmes, 1921
  10. Cette notion est notamment développée dans Gisela Bock et Pat Thane (dir.), Maternity and gender policies. Women and the rise of the European welfare states, Routledege, Londres et New York, 1994. Cité in Ute Gerhard, « Concept et controverses », in Gubin (et al.) (2004),
  11. Olive Banks, Faces of feminism, Blasil Blackwell, Oxford, 1986
  12. Yannick Ripa, Les femmes, actrices de l’Histoire. France, 1789-1945, Armand Colin, Paris, 1999
  13. La Française, 8 mai 1915.
  14. La Charte des droits de l'enfant de l'ONU indique un droit de l'enfant à connaître ses deux parents et à être de préférence élevé par eux.
  15. Contretemps, [http://www.contretemps.eu/lectures/bonnes-feuilles-f%C3%A9ministes-blanches-lempire-f%C3%A9lix-boggio-%C3%A9wanj%C3%A9-%C3%A9p%C3%A9e-stella-magliani-belkac Bonnes feuilles:
  16. Josette Trat, [http://www.contretemps.eu/interventions/f%C3%A9ministes-blanches-empire-r%C3%A9cit-complot-f%C3%A9ministe-fantasm%C3%A9
  17. Voir notamment l'exposé du Cercle Léon Trotsky Les religions et les femmes.
  18. III° Congrès de l'Internationale communiste, La propagande parmi les femmes, 1921
  19. Zahra Ali, Décoloniser le féminisme, Revue Ballast, 11 juin 2016
  20. Josette Trat, De nouveaux défis pour les féministes, 2011
  21. Trotsky, La Révolution trahie - Thermidor au foyer, 1936
  22. La Révolution des femmes, un siècle de féminisme arabe